Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

tourisme

  • Lettre de Madagascar

    AL 1.jpggité, écrasé, bousculé. Je me trouve immobilisé. Sous mes pieds, une famille de poulpes en route pour le marché. À ma gauche, une femme malgache trop impatiente de me rappeler que oui, les êtres humains ont une odeur, et que oui, il faut l’assumer. À ma droite, la porte arrière. Personne ne peut bouger tellement on est serré, et pourtant cinq nouveaux passagers franchissent le pas. Telle est la loi du taxi-brousse. Une loi qui tente, par tous les moyens, de se rapprocher de la mythique frontière du confort zéro. Nous sommes tout de même arrivés vivants à Tuléar. Une ville dynamique du sud-ouest de Madagascar où tout le monde circule en «taxi écologique» d’étonnantes machines qui carburent au riz ! Il s’agit, bien entendu, des
    pousse-pousse. Ces brouettes inversées, échos des colonialismes du 19e siècle sont un héritage des migrations asiatiques. On en trouve dans de nombreuses villes malgaches. Au début on se sent mal de monnayer la transpiration d’un autre homme, mais on s’y fait vite. C’est rigolo, c’est pas cher, et les Tuléariens sont les premiers à les utiliser. Du coup la ville demeure libérée des voitures, et les rues sont calmes. Le silence étant régulièrement brisé par les accélérations d’un énorme quad, piloté par un homme blanc, la cinquantaine, flanqué d’une jeune Malgache, la vingtaine (ou moins). A croire qu’ici les critères de beauté ne sont pas les mêmes qu’en Europe ! Le tourisme sexuel reste une réalité affligeante et visible dans tout le pays, et surtout sur les côtes. Dans chaque hôtel, à côté du lit, vous trouverez un paquet de préservatifs posé sur un exemplaire du nouveau testament.
    L 2.jpgNous avons eu l’occasion de visiter quelques villages au nord de Tuléar. Notamment Ifaty, village de pêcheurs, et quartier général de Reef Doctor, petite ONG que nous avons connu dans le cadre d’un reportage. Ils tentent, entre autres, d’inculquer les valeurs de la protection du patrimoine marin aux pêcheurs vezo (prononcez «vaise») qui deviennent trop nombreux pour les capacités marines des côtes. Vers 18h30 le soleil se couchait pour nous. En ombres chinoises, des pirogues à balancier rentraient de leur journée, d’autres partaient pour la
    pêche nocturne. Un tableau paradisiaque dont il est impossible se lasser, et que l’on dégustait tous les soirs avant de rentrer dans notre bungalow sans eau ni électricité, peuplé d’une dizaine de cafards très curieux de connaître leurs nouveaux colocataires...

    On mange très bien à Madagascar. À la tombée de la nuit dans toutes les villes et tous les villages, des odeurs de viande grillée viennent vous chatouiller les poils de nez. Et à 100 Ar (3 centimes d’euros) la brochette de zébu, il n’y a pas de raison de se priver. Leur viande est excellente, et pour ceux qui connaissent les joies du boeuf américain, sachez que le zébu malgache est meilleur. Ici, l’expression «un steak qui se coupe à la cuillère» prend tout son sens. Mais le festin ne s’arrête pas là. Toutes les influences culturelles de cette grande île se côtoient dans les assiettes.
    Allant des nouilles sautées chinoises au foie gras français, en passant par le manioc africain et la pizza italienne. Étrangement, les Malgaches disent «maztou» ce qui signifie «courage» avant d’entamer le repas. Je ne parlerais pas de courage quand il suffit de prononcer les mots «beignet de banane» pour me faire frétiller les papilles. Pour les boissons, c’est pareil. Une bonne bière, la THB (Three Horses Beer), du vin local ou sud africain, des rhums arrangés à la vanille, au letchi, à la mangue, au gingembre... on a vraiment l’embarras du foie!
    Bientôt il va falloir rentrer sur Tana avant de repartir, assez rapidement,
    dans le nord pour d’autres reportages. Plus précisément autour de Diego Suarez, dans une région qui produit les mangues les plus délicieuses de l’univers connu. Aller, on vous laisse, avant notre ultime escapade dans la région de Tuléar, au sud, où l’on admirera les poissons dans leur milieu naturel, avant des les admirer dans notre assiette. Maztou !


  • Où sont passés les hippos de Tengréla ?

    819a054ca4ba45e103c4fce13b38e7db.jpgPrincipale attraction touristique dans la région des Cascades, les hippopotames de Tengréla - village situé à quelques encablures de Banfora sur la route de Sindou - se font désirer en cette période de vacances où de nombreux touristes nationaux et blancos y accourent à longueur de journée. Le moins que nous avons pu constater, c’est que l’apparition de ces mastodontes s’apparente à celle de la Vierge Marie. Il faut une grâce spéciale pour les voir apparaître.

    Les piroguiers qui sont chargés de conduire les visiteurs à leur découverte ne savent plus à quel saint se vouer. Si vous insistez, les plus courageux vous diront honnêtement qu’il vous faut une sacrée chance pour voir les hippos. Quant aux cupides, qui tiennent absolument à vous faire payer la visite, tous les blabla sont bons pour vous embobiner. L’essentiel étant pour eux de vous faire monter dans leur pirogue, de vous faire ensuite tourner en rond sur la mare. Après une heure de balade sans voir les hippos, il est vraiment difficile d’insister.  En tout cas, les piroguiers rompus au manège vous promettent de revenir une autre fois, gratuitement, si vous voulez. Mais ils savent pertinemment que vous finirez par vous lasser.

    Visiblement blasés par les va-et-vient sans l’apparition des hippos, de jeunes Français ne sont pas allés par quatre chemins pour crier leur désenchantement. Pour eux, l’histoire des hippos ressemblait plus à un mythe qu’à la réalité. Et ils avaient raison, d’autant plus que leurs guides n’avaient pas d’autres arguments que de brandir celui de la «chance». L’hypothèse de la saison des pluies est la plus probable, puisque ces mammifères porcins massifs qui adorent se balader sur les berges de la mare doivent se sentir envahis par les eaux débordantes en cette période d’hivernage. Mais les hippopotames ont certainement leur raison que les guides touristiques et les piroguiers ignorent ou feignent d’ignorer. La vérité c’est que: dire que les hippos sont en vacances d’hivernage, comme c’est d’ailleurs le cas, ce serait se priver de la manne des visites touristiques. Or, ils sont au moins 40 jeunes du village de Tengréla à compter sur les jetons que génère la mare aux hippos.

    Selon des sources généralement bien informées, les hippos se seraient réfugiés quelque part dans un canal pour éviter d’être importunés par une activité touristique de plus en plus incompatible avec la préservation de leur intimité. Il paraît que des touristes auraient poussé des piroguiers à traquer ces «chevaux aquatiques» jusque dans leurs derniers retranchements. Conséquence: un des hippos furieux aurait cassé la barque emmerdante; mais on a évité le pire. La scène se serait passée au mois de mars dernier. Et les autorités du village auraient réuni les piroguiers pour leur demander de ne plus franchir la «ligne rouge». Ceci expliquerait-il cela?

    Les hippos se font certes très désirer pour divers intérêts. Mais le ministère en charge du Tourisme gagnerait à préserver l’inaliénable tranquillité de ces animaux tout en organisant le tourisme de façon plus professionnelle autour de la mare de Tengréla.