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surcharges

  • L'intégration sous-régionale serait-elle un cercle vicieux?

    E 1.jpgAlors que la libre circulation des personnes apparaît toujours comme une arlésienne à cause de la persistance des tracasseries et des rackets policiers et douaniers, une menace paradoxale pèse sur l’approvisionnement des pays de l’hinterland. L’entrée en vigueur du «pesage à l’essieu» fait bruyamment grincer des dents. Importateurs et camionneurs ne semblent pas avoir digéré cette nouvelle mesure de l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui stipule que seulement 11,5 tonnes de marchandises par essieu et 51 tonnes de poids brut de camion sont autorisées sur les axes de l’espace communautaire. La décision est applicable depuis le 31 mai de cette année et les pays qui ne disposent pas encore de matériel nécessaire à cet effet ont encore jusqu’au 30 juin prochain pour se mettre en règle.
    Au Burkina, le tout premier dispositif est à l’essai au niveau du poste de péage de la route nationale n° 1 Ouaga-Bobo. Il s’agit d’un pont bascule qui détermine le poids des camions qui empruntent la voie en vue de détecter ceux qui sont surchargés et de les sanctionner en conséquence. L’objectif de l’opération est de sauver nos routes d’une trop rapide dégradation à cause des mastodontes débordants de charges qui mettent le bitume à rude épreuve. Mais le hic est que l’institution de cette vérification cause un tel cafouillage au niveau des ports et des postes de contrôle qu’on se demande finalement si on n’a pas mis, encore une fois, la charrue avant les bœufs?
    E 3.jpgLes différentes récriminations qui fusent depuis le mois de juin autour du «pesage à l’essieu» prouvent, sans aucun doute, que la pilule n’est pas passée, ou du moins qu’elle passe difficilement. Les premiers couacs sont intervenus au niveau de Makalondi, le poste frontière entre le Burkina Faso et le Niger. Pris en flagrant délit de surcharge, des centaines de camions ont été bloqués pendant des semaines avec les marchandises qu’ils transportaient. Premier et seul pays à se lancer dans la mise en œuvre de la directive de l’Uemoa, le Niger faisait ainsi figure de pionnier dans la préservation de ses routes. Mais cette célérité n’était pas sans désagrément pour les importateurs de ce pays enclavé et donc très dépendant des ports de Téma, de Lomé et de Cotonou pour l’approvisionnement de ses populations. En voulant jouer les bons élèves de l’organisation sous-régionale, il ne courait pas moins le risque de voir les prix des produits de première nécessité flamber dans son pays. Du reste, cela s’est vite fait ressentir au niveau du prix du riz. Les transporteurs n’ont pas manqué de répercuter le coût des taxes supplémentaires qu’ils ont dû payer avant de passer le contrôle du pesage.
    Une chose est donc d’édicter des mesures pour l’ensemble de l’espace communautaire, une autre est de les rendre applicables et sans dommages. En la matière, il y a un gouffre terrible entre les normes auxquelles on aspire et les réalités du terrain. Aussi, au lieu d’être un cercle vertueux qui ouvre progressivement les Etats de la sous-région à la bonne gestion et à la compétitivité de leurs économies, l’intégration est devenue une sorte de cercle vicieux qui enferme les populations. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le respect de la charge à l’essieu a un prix. Et il faut bien que quelqu’un le paie.
    S’il est vrai que les camionneurs et les importateurs n’ont pas d’autre choix que de se soumettre à cette mesure qui entre en vigueur sur toute l’étendue du territoire communautaire au plus tard le 30 juin 2010, ils ne seront pas seuls à faire face aux conséquences sur le plan financier. D’ores et déjà, il faut deux camion-remorques pour transporter des marchandises dont on chargeait un seul au moment où tout était permis. Très logiquement, il y a un supplément de coût qu’il faut combler. Et si le commerçant grossiste commence à le ressentir, il va sans dire que le consommateur n’y échappera absolument pas. Quand on sait que les affres de la crise économique mondiale pèsent lourdement sur le pouvoir d’achat, «le pesage à l’essieu» ne risque-t-il pas de créer une nouvelle flambée de prix et donc de nouvelles émeutes des crève-la-faim qui ont déjà mal au prix du riz, de la farine et du sucre?
    Force est de constater que le chemin de «la libre circulation des personnes et des biens» est encore long et semé d’embûches. Des embûches certes naturelles, mais également des difficultés pour les différents acteurs de l’intégration à se mettre sur la même longueur d’onde. Hier encore, on avait cru que l’adoption des mesures par les chefs d’Etat suffirait à l’harmonisation des économies. Mais la réalité a fini par rattraper le rêve. Les lourdeurs administratives et les mauvaises habitudes ont repris leurs droits. Même sur la taxe sur la valeur ajoutée harmonisée de 18%, certains Etats, et non des moindres, sont tentés de revenir en arrière. Conséquence, on fait un pas en avant et deux pas en arrière. Eu égard à ce passif, on est en droit de se demander si la mise en œuvre du «pesage à l’essieu» ne connaîtra pas le même sort que les précédentes décisions.
    E 2.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est impératif de sauver le réseau intra-communautaire de la forte dégradation à laquelle il est soumis en ce moment. En cela, la pertinence du contrôle de la charge des camions par le «pesage à l’essieu» n’est plus à démontrer. Encore faut-il maintenant que les principaux concernés, c’est-à-dire les camionneurs et les importateurs, soient préparés à entrer dans la danse. Apparemment, ils ne sont pas prêts. Le pire, c’est de voir que les transporteurs sont obligés de perdre un temps fou pour passer sur ces ponts-bascules à la sortie du port de Téma, pour ne citer que cet exemple. Qu’adviendra-t-il, lorsque les autres pays portuaires appliqueront la mesure? Ne confond-on pas finalement vitesse et précipitation dans l’application de cette mesure? La libre circulation serait-elle un cercle vicieux difficile à rompre pour amorcer une véritable intégration? A quand ce système de transport fluide, fiable, sécurisé et rapide?