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  • Les chintocs tuent le marché des cycles au Burkina

    M 5.jpgDepuis quelques jours, la Société industrielle du Faso (Sifa) a lancé une vaste opération de déstockage de ses produits. Les motocyclettes -P50 Junior, Ninja et autres Tassaba-, qui étaient autrefois hors de prix, sont même devenues subitement “plus moins chères” que les chars importés de Chine qui ont inondé le marché burkinabè au cours de ces dernières années. Une inondation qui avait déjà contraint à arrêter le montage de la mythique Yamaha V 80, considérée comme «la voiture burkinabè».

    En effet, depuis la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994, ils étaient de moins en moins nombreux, les Burkinabè qui étaient encore capables de l’acheter pour eux, pour leur épouse ou encore pour leur «2e bureau». Le flux des salaires des fonctionnaires n’ayant pas suivi la flambée du coût de la vie, il a fallu revoir les priorités. Pendant ce temps, les responsables de la Sifa, désormais membre du groupe Cfao, n’ont pas pu adapter les prix au niveau des nouvelles réalités.  Comme elle devait s’y attendre, sa part du marché a été d’abord grignotée et maintenant accaparée par des importateurs de motocyclettes d’origine chinoise. Qualifiés au début de «génériques» à cause de leurs coûts 2 à 3 fois moins chers que les motos Sifa, ces «deux-roues» sont progressivement rentrés dans les habitudes. Les arguments de solidité et de longévité, autrefois évoqués par la «pionnière des deux-roues au Faso», ne semblent plus tenir la route.  Le prix d’achat a été finalement plus déterminant dans le choix des consommateurs. Paradoxalement, ils préfèrent une moto moins chère, donc accessible, qui ne dure pas à une moto qui dure mais trop chère.

    Le message était donc clair. Et pourtant, la Sifa a cru, pendant longtemps, à un revirement de situation. Hélas. Après plusieurs années d’espoir, la vérité du marché est implacable.  Les Burkinabè ont été résolument conquis par les “chintocs”. Il a fallu que le volume de ventes des motos Yamaha se réduise comme peau de chagrin pour que l’état-major se rende compte qu’il ne pouvait tenir la concurrence.

    M 1.jpgEn 2007, l’assemblage de cette moto qui se faisait autrefois dans la zone industrielle de Bobo-Dioulasso a été purement et simplement arrêté. La société n’arrivait plus à écouler suffisamment de produits pour maintenir cette chaîne de production. Pour ne pas abandonner complètement le marché à la concurrence et satisfaire une clientèle qui reste malgré tout attachée aux valeurs de la Yam’dame, le groupe Cfao s’est tourné vers le Japon pour l’importer directement. Une solution qui a permis de sauver la face, mais pas les finances, et les emplois. On a même parlé de délocalisation du montage au Mali voisin, mais il paraît que là également, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Les motos chinoises ne sont pas moins omniprésentes sur le marché malien.

    Comme si cela ne suffisait pas, le virus du chintoc a également touché d’autres produits de la Sifa, les motocyclettes P50 Junior, Ninja, Tassaba... Par le jeu du prix, ces chars, qui étaient très prisés par les élèves, étudiants, jeunes gendarmes et jeunes fonctionnaires, ont été progressivement abandonnés au profit des «made in China». Avec des coûts maintenus à plus de 400 000 F CFA alors que ceux des chintocs n’ont cessé de baisser, il n’y a pas match. Au nom d’un certain réalisme économique dicté par la crise économique, les jeunes et leurs parents font le choix du moyen de déplacement le moins cher.  Comme on peut le constater dans les grandes villes et les campagnes du Burkina, les mobylettes sont de plus en plus rares tandis qu’on ne passe plus un «six-mètres» sans croiser ces nouvelles marques de chars qui pullulent partout. 

    M 2.jpgAujourd’hui, la Sifa est confrontée à une nouvelle équation, celle de l’écoulement de ses cyclomoteurs qui se sont entassés au fil des mois dans ses magasins. Probablement las d’attendre une clientèle qui a les yeux et le porte-monnaie tournés vers des motos bon marché, le directeur général de la société et son staff ont choisi le scénario de déstockage. Conscient du fait que «c’est parce que nos motos coûtent cher qu’on a du mal à les vendre», le DG Seydou Ouédraogo, joint au téléphone depuis Bobo-Dioulasso où se trouve le siège social de la société, a laissé entendre qu’il était préférable de casser les prix pour rattraper des clients qui peuvent encore l’être afin de libérer les magasins. Cette opération est surtout commandée par la nécessité de soulager la Sifa de la pression qui pèse sur elle du côté des banques qui mettent de l’argent à sa disposition. En baissant les prix jusqu’à un niveau raisonnable, mais oscillant toujours entre 350 000 et 400 000 F chez les détaillants, il s’agit là d’une liquidation stratégique qui tombe à pic au début des vacances scolaires et universitaires. Mais ce clin d’œil intéressé suffira-t-il pour faire revenir tous ceux qui avaient abandonné les chars de la Sifa pour les chintocs? Rien n’est moins sûr.

    M 3.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’en plus de la problématique du prix, une sorte de désaffection semble s’être installée par rapport à la mobylette. Des jeunes gens désormais habitués à des motos qui vont plus vite que les voitures «France-au-revoir» n’auront-ils pas du mal à se remettre sur des P 50 qui décollent difficilement au feu rouge? Depuis la dernière pénurie du mélange, il paraît de plus en plus périlleux de posséder une motocyclette qui consomme du carburant 2 temps. Toutes choses qui ne militent pas en faveur des objectifs fixés par le déstockage de la Sifa. En plus, le lancement de cette opération est interprété par certaines langues fourchues comme le signe avant-coureur de la liquidation de la société. Vérité ou intox? Pour le directeur général de la Sifa, «il ne s’agit que d’une opération normale de gestion. La Sifa est toujours en place pour le moment», a martelé Seydou Ouédraogo. Mais jusqu’à quand? L’invasion des motos «made in China» va-t-elle finir par faire disparaître la Sifa? Les prochains jours nous éclaireront, probablement.