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  • Il faut scanner l'hôpital national

    H 1.jpgLa yalgadose - entendez la malgouvernance de l’hôpital national Yalgado-Ouédraogo - serait-elle devenue une maladie chroniquement incurable? Depuis quelques mois, le principal et unique centre de référence que compte le Burkina souffre d’un “cancer” aigu du fait d’une panne profonde de ses scanners. Une panne qui ne serait pas due à un accident ou à un incident imprévisible, mais à un dysfonctionnement dans l’entretien de cet appareil acquis à coups de milliards et qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître dans un pays qui était supposé prendre toutes les précautions en la matière, personne n’est en mesure de délivrer Yalgado de cette paralysie préjudiciable aux nombreux patients qui, faute de diagnostic approprié, sont obligés d’aller voir ailleurs ou de prendre leur mal en patience, ou, tout simplement, de trépasser. Jusqu’à quand ?

    Pour les usagers de l’hôpital national, cette situation désastreuse n’a que trop duré. Mais pour cette fois, le désastre ne touche pas moins le moral du nouveau directeur général de l’institution. Ce qui est assez rare. Mais comme dirait le raggaeman ivoirien Alpha Blondy, «tout change, tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas». Quoi donc de plus normal que le Dr Lansandé Bangagne se fende d’une lettre pour dénoncer les «mauvaises prestations» de Siafco, la société chargée de la maintenance des scanners en question. Probablement las d’attendre une réponse convaincante de la part de son interlocuteur, le DG s’est même senti obligé de distiller une copie de sa missive, avec une copie de chèque à l’appui. Comme pour prendre l’opinion à témoin et laisser, par la même occasion, épancher son profond désarroi. Malgré le fait que ce dernier dit avoir «violé» les procédures en la matière pour faire une avance «de 50 % de leur facture proforma pour l’achat des pièces de rechange», c’est toujours le fiasco au niveau de Siafco. En clair, le maintenancier a encaissé les sous, mais il ne s’exécute guère. Pire, il ne se foule pas la rate pour dire pourquoi il est dans l’incapacité ou dans l’impossibilité de s’exécuter. Pourquoi ce silence radio? Mystère et boule de gomme.

    Selon toute vraisemblance, les termes du contrat entre la société américaine, General Electric Healthcare, fournisseur des scanners, et son “soi-disant” représentant Siafco, ne sont pas des plus clairs. Le flou qui a prévalu à la transaction n’a pas tardé à déteindre négativement sur la maintenance préventive des précieux et délicats appareils médicaux que sont les scanners. Qui sont ceux qui ont ficelé ce dossier qui est à l’origine de tous les problèmes d’aujourd’hui? C’est la question que le nouveau DG de Yalgado semble éviter soigneusement de poser.

    H 2.jpgIl lui est probablement loisible et judicieux de s’attaquer publiquement à la défection de Siafco et par ricochet à son partenaire américain. Mais le hic dans cette rocambolesque affaire, c’est que le Dr Bangagne semble s’attaquer à des moulins à vent. D’une part, la société mise en cause est basée à Abidjan et, d’autre part, le dossier de l’achat des scanners a été monté, en son temps, par la Direction des affaires administratives et financières (DAAF) du ministère de la Santé et non par la direction générale de l’hôpital Yalgado. En plus, l’opération s’est faite avec les prédécesseurs de l’actuel DG, qui n’a pris fonction qu’en septembre dernier. Alors question: pourquoi se croit-il obligé de forcer les procédures de décaissement pour payer une avance à la société Siafco, sans d’abord chercher à comprendre le brouillard qui entoure le contrat de maintenance des scanners? La DAAF du ministère de la Santé se serait-elle désintéressée du dossier au point que le Dr Bangagne se retrouve seul à se débattre, aujourd’hui, comme un beau diable dans un bénitier? Ce dernier serait-il agacé au point de publier la fameuse lettre de protestation auprès de Siafco dans la presse, sans consulter apparemment son ministre de tutelle?

    Selon des sources concordantes, les relations entre la société américaine General Electric Healthcare, propriétaire de la marque GE, et son partenaire africain Siafco, ne seraient pas au beau fixe. A l’origine de ces déboires, des difficultés de recouvrement de créances dues à la première par la seconde. Puisque, «quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», l’hôpital Yalgado serait-elle donc une victime collatérale ?

    Cela est fort probable. Mais il n’est pas exclu que les dysfonctionnements prennent d’abord leur source dans une transaction bien montée, mais mal ficelée au finish. C’est un secret de Polichinelle de relever que dans ces marchés de milliards, les intermédiaires et les négociants sont tellement rompus dans l’art de verser des commissions qu’ils sont prêts à disparaître au moindre pépin. Ceci peut aussi expliquer le fait que le DG de Yalgado se retrouve à vouloir résoudre un problème qui semble dépasser visiblement ses seules prérogatives.

    Le “cancer” causé aujourd’hui par la panne des scanners est plutôt révélateur d’un dysfonctionnement auquel le ministère de la Santé, pour ne pas dire le gouvernement, gagnerait à s’attaquer. Il faut mettre au clair ces affaires qui mettent à mal la gouvernance, surtout lorsqu’elle touche un domaine aussi délicat que stratégique, comme celui de la santé. A quelque chose malheur est peut-être bon: c’est une bonne épreuve pour le pasteur Testicus Zorro et son Autorité de contrôle de l’Etat.