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sansté publique

  • Les médicaments de la rue ont toujours pignon sur rue!

    0705414ceb97c7d89dc9fd4295689f60.jpgMalgré une Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (Cameg) qui fait du Burkina Faso «Le leader de l’Afrique de l’Ouest dans le domaine du médicament essentiel générique en termes de volume, d’accessibilité géographique et financière», ce pays traîne paradoxalement, comme un boulet, la plaie d’une omniprésence du médicament de la rue. Malgré l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre le phénomène, sans compter les campagnes de l’Ordre national des pharmaciens pour tirer annuellement la sonnette d’alarme, les «médicaments de la mort» ont toujours pignon sur rue. Entre les dispositions institutionnelles parfois ostentatoires et la réalité de la lutte contre le fléau des médicaments de la rue, le fossé est grand. Et pourtant, les enjeux sanitaire et économique sont énormes. Les produits contrefaits et nocifs qui envahissent nos marchés provoquent des drames importants qui sont généralement vécus dans le silence par les victimes. A ce sujet, l’impuissance des pouvoirs publics fait froid dans le dos.

    En effet, s’il est vrai que certaines structures telles les Communes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ainsi que le Comité national de lutte contre la drogue sont engagées dans la lutte à travers quelques actions coup-de-poing, l’essentiel du combat est du ressort des forces de sécurité et de défense. Or, c’est justement là où le bât blesse!

    Tout se passe comme si l’Ordre des pharmaciens - qui défend légitimement son terrain de prédilection - et la Cameg - qui fait la promotion du médicament essentiel générique en vue de le rendre plus accessible aux populations - se battent contre des moulins à vent. Du moins, la logique aurait voulu que la puissance publique s’impose sur les différents marchés où opèrent, au vu et au su de tout le monde, des grossistes, des détaillants et des marchands ambulants. Hélas! ces jeunes ‘’pharmaciens’’ pirates sillonnent les rues, passant sous le nez et à la barbe de policiers ou de gendarmes qui ont visiblement d’autres chats à fouetter. En réalité, les forces de l’ordre ne se mettent en action que lorsqu’elles sont activées par leur hiérarchie. Or, apparemment, la lutte contre les médicaments n’est pas encore rentrée dans les mœurs. Mieux, elle ne semble pas exciter outre mesure ceux-là qui peuvent y mettre définitivement un terme ou la réduire pour le moins à sa portion congrue.

    Des forces de sécurité peu motivées

    e90bc6212da55d2e5a86d397ebef6ef7.jpgNos investigations nous ont révélé que les douaniers, qui sont supposés saisir ces produits nocifs aux portes du Burkina, ne sont pas tellement portés à le faire comme on peut l’imaginer. Selon le Dr Alfred Sandouidi, secrétaire général de l’Ordre des pharmaciens, «les médicaments contrefaits ne représentant pas de valeur marchande, les douaniers ne sont pas motivés à les saisir systématiquement». Autrement dit, un garde-côte burkinabè ne gagnerait rien à mettre la main sur un trafiquant de médicaments parce que cette marchandise ne pourra pas être vendue aux enchères et ne lui rapportera rien du tout. En plus, il devra se soumettre à des formalités judiciaires et donc à un tas de tracasseries pour faire traduire le malfrat devant les juridictions. Ceci expliquerait pourquoi les médicaments contrefaits entrent impunément sur le territoire et ceux qui tirent les ficelles de ce commerce immonde continuent d’opérer sans être véritablement inquiétés.

    Par ailleurs, pour mettre en mouvement la police et la gendarmerie, il faudrait non seulement les doter de logistique appropriée, mais aussi motiver financièrement les agents, autant de fois qu’ils seront en mission sur le terrain. La solution à la passivité des forces de l’ordre est donc de créer un fonds spécial pour les motiver conséquemment, comme l’a, du reste, déjà proposé l’Ordre des pharmaciens. En outre, le Comité national de lutte contre la drogue, qui est également conscient de la délicatesse de la lutte, avait aussi proposé des décorations d’agents de force de sécurité pour les motiver à s’impliquer activement dans la lutte contre les médicaments de la rue.

    Quand les Chinois s’en mêlent

    2ebaa0ffe629a9efe56c0dcc4c6f5a5f.jpgEn définitive, le combat est assez simple, voire facile à gagner. Car, «s’il n’y a plus de médicament qui entre facilement au Burkina, il n’y aura plus de vendeur et par conséquence il n’y aura plus de menace pour la santé des populations et pour l’économie», conclue J. Compaoré, un étudiant en fin de cycle de médecine. Voilà qui est bien vu. Mais au Burkina, ce sont les politiques qui ont le dernier mot. En la matière, ceux-ci ont une logique que les partenaires sociaux et les universitaires ne comprennent pas. Sinon, «ils ont une idée précise du danger que représentent les médicaments de la rue. Mais c’est une volonté politique clairement affichée qui manque le plus», suggère le Dr Sandouidi. Aussi longtemps que le problème ne sera pas globalement pris à bras-le-corps, les médicaments de la rue auront toujours pignon sur rue. Pire, le laxisme des autorités publiques ouvre déjà la voie à une médecine chinoise très agressive qui va non seulement à l’assaut des populations, mais inondent les villes et les campagnes de médicaments sans la moindre autorisation de mise sur le marché pourtant imposée par le ministère de la Santé aux pharmaciens. En plus, les notices sont en langue chinoise, privant les consommateurs du droit fondamental d’avoir accès aux informations relatives au produit.

    Il ne faut donc pas se voiler la face. Le trafic des médicaments de la rue s’est imposé au Burkina et dans beaucoup de pays africains comme un business qui ronge - au propre comme au figuré - entre 25 à 60% des parts de marché du médicament et désorganise ainsi le système sanitaire et pharmaceutique. Va-t-on laisser cette gangrène détruire tous les efforts de rapprochement du médicament des populations à travers notamment la Cameg qui a réussi le pari de préposer le médicament essentiel générique dans tous les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), c’est-à-dire dans les plus petites cellules du système sanitaire national?