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salif kossouka ouédraogo

  • La justice pouvait donc pêcher de gros poissons au Burkina

    K 1.jpgL’année 2009 sera-t-elle enfin celle de la justice au Burkina? Ventre mou de l’arsenal institutionnel du Faso, l’appareil judiciaire n’a pas moins marqué un point de nature à convaincre, en ce début d’année, par la mise en examen de Salif Ouédraogo, alias Kossouka, P-DG de la holding Nesko S.A. Considéré comme le présumé commanditaire de la tentative d’assassinat du représentant de la British American Tobacco (BAT), ce jeune homme d’affaires - «milliardaire à seulement 34 ans» selon le quotidien L’Observateur paalga - que l’on dit très introduit dans les hautes sphères du pays semblait, jusque-là, intouchable dans cette affaire. Pour ceux qui en doutaient, il en a même donné la preuve à travers une interview qu’il a exclusivement accordée à notre confrère précédemment cité et dans laquelle il clamait haut et fort son innocence. Il est même allé jusqu’à défier toutes les mauvaises langues qui l’avaient voué aux gémonies sans l’avoir entendu. Et patati, et patata.
    À parcourir sa très longue confession au «doyen des canards» du Burkina, il semblait si sûr de lui qu’on ne pouvait pas imaginer qu’il passerait ne serait-ce qu’une nuit en prison. Morceau choisi dans les propos publiés: «Quel intérêt pourrais-je avoir dans l’assassinat de ce pauvre monsieur? Voici un film de mauvaise qualité, tissé sur la base d’un mauvais scénario: quelqu’un va à la gendarmerie, affirme gaillardement avoir été envoyé pour assassiner quelqu’un, monsieur Bandjan en l’occurrence, et cela suffit pour que l’on fasse de moi le commanditaire, voire le coupable. On est où là! On est quand même dans un Etat de droit!» Cette profession n’a apparemment pas convaincu la juge d’instruction.
    K 2.jpgIronie du sort, à la surprise générale, c’est le même journal qui semblait l’absoudre de tous les soupçons portés contre lui qui a été le premier à annoncer, le mardi 6 janvier dernier, que «Selon des sources concordantes, Salif Kossouka Ouédraogo, patron de la holding Nesko, a été entendu hier (lundi 5 janvier) par la juge d’instruction Rose Ouédraogo, qui a décerné un mandat de dépôt contre lui. Aussitôt, il a été déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco)». Qu’est-ce qui a bien pu provoquer ce retournement de situation? Les commentaires vont bon train sur radio Koulouba, la FM la plus écoutée à Simonville. Pour ce qui est des mobiles et motivations officielles, la justice préfère faire durer le suspense. Et c’est de bonne guerre.
    En tout cas, le simple fait de la mise en examen du ‘’tout-puissant’’ homme d’affaires semble parler de lui-même. La plupart des observateurs du marigot politico-économique du Faso s’accordent à reconnaître que cet acte judiciaire a été retentissant dans ce pays où on avait fini par croire que la prison n’était faite que pour les «petits délinquants et autres voleurs de poulets, de bicyclettes et de charrettes».
    C’est vrai que l’incarcération de Salif Kossouka n’est que provisoire et entre dans la marche normale de la procédure judiciaire. Cela ne fait aucunement de lui ni le commanditaire, encore moins le coupable de la tentative d’assassinat. Mais dans un environnement où certains citoyens se croient si facilement au-dessus de la loi parce qu’ils ont le pouvoir politique, économique et autre, une telle affaire fait nécessairement du bruit et beaucoup de bruit. D’aucuns vont jusqu’à croire que la «tache de la prison est indélébile» et que celui qui a fait la prison, même pour quelques heures, est comme déshonoré et donc déchu de son aura. Il s’agit là d’une superstition qui vaut malheureusement son pesant dans une société ignorante des préceptes et des arcanes de l’État de droit.
    K 3.jpgAu-delà de toutes ces considérations qui fusent autour de l’affaire dite de Salif Kossouka, c’est la justice burkinabè qui semble redorer quelque peu son blason avec une nouvelle jurisprudence, celle de décerner un mandat de dépôt contre un môgô puissant du monde des affaires. En tout cas, l’arrestation du P-DG de Nesko n’est pas sans rappeler l’affaire des «malversations financières aux services des douanes». Le substitut du juge d’instruction commis à ce dossier avait cru nécessaire de mettre le DG des douanes sous mandat de dépôt, c’est-à-dire le mettre au frais à la Maco pour les besoins de l’enquête. Mais la manœuvre n’a pas abouti. L’inculpé a été ôté de justesse des griffes des gardes de sécurité pénitentiaire qui attendaient pour l’embarquer. L’affaire a fait grand bruit en son temps. Des langues fourchues n’ont pas hésité à parler de «justice à deux vitesses», de «deux poids deux mesures» ou encore de «juges aux ordres». Faut-il applaudir aujourd’hui la même justice pour avoir foutu le tout-puissant homme d’affaires en prison? Evidemment non.
    Dans ce cas comme dans l’autre, les avis sont partagés et les intérêts aussi. Il faut savoir raison garder et «laisser la justice suivre son cours» comme les magistrats aiment à le dire. La principale leçon à tirer de l’épisode en cours, c’est que si le P-DG de Nesko et le DG des douanes peuvent être considérés comme des moutons de la même prairie, ils n’ont apparemment pas le même prix. Le premier a clamé son «innocence» dans les colonnes de notre confrère L’Observateur paalga, mais cela n’a pas empêché la juge Rose Ouédraogo de le cueillir et de le mettre au frais. On a également eu droit à une sortie médiatique du patron des douanes - jusque-là très réservé - qui a déclaré au quotidien Sidwaya être «blanc comme neige». Mais comme on peut le voir, la profession de foi dans un journal ne peut pas être un gage d’innocence. Il n’y a que la justice qui puisse percer cet autre abcès.