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restaurants de rue

  • La malbouffe a la peau dure au Faso

    cbf55a310f6e881fb66cb05eb7a743bb.jpgVous avez dit malbouffe? Au Burkina, nous sommes bien servis. L’impunité et le laxisme aidant, des commerçants véreux ne ménagent pas leur cupidité pour mettre sur le marché des produits contrefaits, dangereux pour la santé. Certains les distribuent peut-être par ignorance. Mais, à force de se faire facilement de l’argent sur le dos de consommateurs, certains commerçants n’ont visiblement plus de limites à leur cupidité.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que le phénomène qui menace très sérieusement la santé publique semble avoir de beaux jours devant lui au Faso. Et comme pour confirmer le cercle vicieux de ce «commerce de la mort», un des délinquants qui se fait passer pour un commerçant est tombé dans les filets de la police la semaine dernière. Certainement déformé par l’appât du gain facile, il s’est transformé en alchimiste au secteur 16 de Ouagadougou. Dans l’obscurité de sa baraque, il fabriquait pêle-mêle du vinaigre, du sel en poudre, de l’eau de javel, de l’insecticide, etc. Cela, avec des matières douteuses, récupérées à gauche et à droite, le tout malaxé dans du matériel vieillot sans la moindre précaution d’hygiène et de sécurité. Comme pour ne mettre aucune réserve à son ingéniosité criminelle, cet apprenti sorcier s’est confectionné des emballages estampillés: «La Croix», «Made in Côte-d’Ivoire», «Qualité supérieure». De quoi aguicher indistinctement ceux qui «aiment les produits moins chers» ou qui aiment la «Qualité supérieure» sans débourser ce qu’il faut. Et Dieu sait que ce pays est rempli de ces catégories de consommateurs qui achètent la maladie et parfois la mort malgré eux.

    Selon le commissaire du Commissariat central de la ville de Ouagadougou, ce criminel artificier de commerçant s’apprêtait à mettre sur le marché d’autres produits de grande consommation tel l’arôme de bouillon, trivialement appelé «maggi». N’eût été le coup d’arrêt de la police, il aurait poursuivi son action macabre. Dieu sait qu’il a déjà disséminé ses «produits de la mort» dans plusieurs boutiques ou marchés dans les villes et villages du Burkina. Certains de ses clients ont dû s’attraper la tête en apprenant ses mésaventures dans la presse. Ceux qui n’ont pas encore été victimes de ce genre de criminels peuvent estimer avoir de la chance. Mais combien sont-ils en réalité dans ce pays piégé par la pauvreté où tout semble bon pour calmer la faim pour survivre? Combien de consommateurs sont-ils capables de se poser la pourtant nécessaire question de la qualité des produits qu’ils consomment?

    656e01e670dff0457a9c60e67a733bf6.jpgEn cette ambiance générale de «vie chère» où l’on court sans discernement à la recherche de tout ce qui peut être moins cher, on aboutit facilement à tous les impairs et à tous les amalgames. Le staff du Laboratoire national de santé publique (LNSP) en sait d’ailleurs quelque chose. Cette institution qui a en charge le contrôle de la qualité de tous les produits importés et fabriqués localement a actuellement maille à partir avec des producteurs de yaourt qui desservent les alimentations et les grandes surfaces de la capitale. En effet, face à la prolifération de yaourts de qualité non certifiée, le Laboratoire a décidé, courant juin, d’exiger un certificat à toutes les unités qui déposent leurs produits dans les différents commerces cités plus haut.

    La mesure devait prendre effet à compter du 30 juin dernier. Mais comme elle ne s’y attendait probablement pas, la direction du LNSP a été surprise d’apprendre que des producteurs de yaourt se sont ligués non seulement pour ne pas se soumettre à la certification, mais aussi pour organiser une levée de boucliers et appeler au besoin des hommes politiques à la rescousse. Autrement dit, des fabricants de yaourt nonconforme voudraient continuer à faire distribuer leurs produits tout en piétinant la réglementation en la matière. Quand on sait que le lait est un aliment particulièrement dangereux et exige un maximum de précaution, on a du mal à comprendre la logique qui anime ces producteurs-rebelles. En tout cas, on espère qu’ils ne franchiront pas le rubicond. S’ils s’entêtaient, avec la complicité de politiciens mal inspirés, à continuer de servir du yaourt non contrôlé, ils mériteraient d’être considérés comme des assassins de consommateurs, à l’instar de «l’alchimiste» interpellé.

    A défaut d’avoir un «José Bové» burkinabè bon teint, le LNSP devrait s’inspirer du forfait du secteur 16 et ne plus se contenter uniquement de contrôler la qualité des aliments dans les supermarchés et autres surfaces, mais se déployer dans les marchés, voire dans les rues. La santé de la grande majorité des populations en dépend. En matière de consommation au Burkina Faso, il y a réellement péril en la demeure. Ce sont les actions vigoureuses, conséquentes et permanentes qui manquent le plus. Les conclusions de la fameuse enquête parlementaire qui avait pourtant mis à l’index des huiles de cuisine, des pains, des sels et des eaux dites minérales n’ont-elles pas été simplement rangées dans les tiroirs sans autres effets concrets et coercitifs ou même dissuasifs sur le terrain? 0f13502d56010c8807a8681bff7e815e.jpgLa production de la malbouffe n’est-elle pas devenue le sport favori d’unités semi-industrielles qui poussent comme des champignons dans des six-mètres lugubres?

    Si ceux qui sèment la mort dans les marchés et boutiques persistent et signent, c’est parce qu’ils sont quelque part persuadés d’agir et de continuer à agir impunément. Par ailleurs, il faut également mettre de l’ordre dans l’alimentation de rue et autres «restaurants au bord de la route» où toutes sortes de produits nocifs sont utilisés pour la préparation et dans la conservation des aliments. L’huile que la vendeuse de beignet et la grilleuse de viande réutilisent à longueur de journée est tout aussi dangereuse pour la santé que le vinaigre contrefait ou de composition douteuse. La malbouffe a la peau dure au Faso. Mais la lutte n’est pas impossible. C’est de la responsabilité de tout le monde d’agir ici, maintenant, ou de périr ou de laisser périr. Autrement, à force de tirer le diable par la queue, les consommateurs finiront par atterrir en enfer comme de vulgaires clandestins qui s’abîment en haute mer.