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présidentielle 2005

  • Sanctionnez-moi ces messieurs!

    P 2.jpgQuand des personnalités qui prétendent gérer le destin du Burkina ne respectent pas les lois de ce pays, il ne reste plus qu'à leur appliquer la loi dans toute sa rigueur. C'est, du moins, ce qu'il faut souhaiter pour la répartition de la subvention de l'Etat pour la prochaine élection présidentielle prévue, en principe, pour novembre 2010. Conformément aux dispositions de l'article 7 de la loi n° 012/200/AN du 02 mai 2000, «L'organe dirigeant national d'un parti ou un candidat ayant bénéficié d'un financement public est tenu de rendre compte, dans un rapport financier, de l'utilisation des fonds publics reçus dans le cadre de sa campagne électorale». Or, il ressort du contrôle que la Cour des comptes a effectué sur les subventions octroyées aux candidats au titre de la campagne pour la présidentielle du 13 novembre 2005 que «Sur un total de 12 candidats - qui ont effectivement perçu l'argent public (ndlr) -, 7 ont respecté le délai légal de dépôt de leurs rapports financiers et 5 n'ont déposé aucun rapport».
    On se rappelle qu'ils étaient 13 présidentiables sur la ligne de départ. L'Etat a consenti à mettre à leur disposition la somme de 99 999 991 F CFA à répartir à raison de 7 692 307 pour chacun. Le candidat Hermann Yaméogo s'étant retiré à la dernière minute, ils ne restaient plus que 12 candidats pour se partager le «gâteau public». Même si l'on convient que ce pactole était bien trop maigre pour faire face aux dépenses d'une véritable campagne présidentielle, on ne saurait admettre qu'il donne lieu à aucune justification. Or, c'est ce qui s'est passé pour 5 d'entre les candidats à la présidentielle.
    P 1.jpgQui, donc, de Blaise Compaoré, de Stanislas Bénéwendé Sankara, de Clément Toubé Dakio, de Philippe Ouédraogo, de Soumane Touré, de Nayabtigoungou Congo Kaboré, de Laurent Bado, de Norbert Michel Tiendrebeogo, d'Ali Lankoandé, de Ram Jean-Baptiste Ouédraogo, de Emile Pargui Paré ou de Gilbert Bouda n'a pas rendu compte de la subvention qui lui a été octroyée? Mystère et boule de gomme. Les limiers de la Cour des comptes n'ont pas osé révéler des noms de ces présidentiables peu délicats vis-à-vis de la loi. Ils ont préféré garder cette information dans les liens du secret de délibération. Soit. Au regard du séisme provoqué par le dévoilement qui a été fait des noms des personnalités qui doivent de gros sous à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), on est aujourd'hui fondé à croire que la transparence rougit certainement les yeux. Du reste, l'environnement politique du Faso aurait gagné en assainissement, si l'opinion nationale pouvait identifier clairement ces gens qui dépensent l'argent public sans se soucier de justifier ce qu'ils en ont fait. Hélas! Les membres de la haute juridiction financière ont leur raison que l'opinion ignore. Lorsque les journalistes ont voulu insister le 29 janvier dernier pour pousser le Premier président de la Cour des comptes à cracher le morceau, Boureima Pierre Nébié a simplement esquivé toutes les questions. Non sans reconnaître que «Ce sont des sanctions concrètes que l'opinion publique attend». Comment peut-on sanctionner sans savoir qui a fait quoi, comment et pourquoi?
    Pour ce qui est du dossier des subventions non justifiées par les 5 présidentiables, la publication des noms aurait eu l'avantage de situer les électeurs sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'eux. Ce d'autant plus qu'il est apparu qu'un des candidats, en l'occurrence Gilbert Bouda, a réussi le tour de passe-passe de tromper la vigilance du Conseil constitutionnel avec un chèque en bois. Pire, en plus de n'avoir déposé aucune caution pour se présenter, ce plaisantin a encaissé la subvention de l'Etat. Jusqu'au moment où nous traçons ces lignes, il n'a écopé d'aucune P 3.jpgsanction officielle, alors qu'il s'est visiblement foutu d'une haute juridiction qu'est le Conseil constitutionnel. Et pourtant, cette institution juridique a préféré un chèque en bois à une caution en bonne et due forme du candidat Boukary Kaboré, dit le Lion, du Bulkiemdé, sous prétexte qu'il était arrivé en retard. Imaginons un seul instant que l'apprenti-délinquant Gilbert Bouda soit devenu, par le hasard des choses, président du Faso?!
    Tout compte fait, la Cour des comptes ne semble pas bien inspirer de garder secrets les noms des présidentiables qui n'ont pas fourni de justifications. Il s'agit là d'un excès de confidentialité qui peut même avoir la fâcheuse conséquence d'encourager de futurs candidats à persister dans ce non-respect de leur engagement vis-à-vis de la loi. Car, comme on peut le relever également dans le rapport public 2006 de la Cour des comptes, d'autres irrégularités sont reprochées à l'ensemble des 12 candidats. Il s'agit de:
    «- dépôt d'un état récapitulatif de recettes et de dépenses en lieu et place du rapport financier;
    - rapport financier non certifié et affirmé sincère;
    - absence de précision sur l'ouverture du compte spécial destiné à recevoir la subvention. Il est seulement mentionné parfois les références du chèque Trésor qui est établi à l'ordre du candidat».
    Le chemin qui mène à la transparence dans la gestion des fonds publics est si long qu'il devrait commencer dès la campagne électorale. On ne devrait lésiner sur cette exigence fondamentale sous aucun prétexte, surtout pas celui de ménager des susceptibilités. Les 5 candidats qui n'avaient pas déposé de rapports financiers auprès de la Cour des comptes, à la date de rigueur du 13 février 2006, doivent être purement et simplement exclus de toute forme de financements publics pour les prochaines élections. C'est, du moins, cela qu'exige l'esprit et la lettre de l'article 16 de la loi n° 012/200/AN qui stipule que «Le parti qui n'aura pas déposé, dans les délais prescrits, son rapport financier de campagne ou hors campagne électorale, perd son droit à la subvention de l'Etat pour la toute prochaine campagne électorale ou pour l'exercice suivant la décision de la Cour des comptes». Un point c'est tout.