Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

pesanteurs socio-culturelles

  • Education des filles: lourdes sont encore les pesanteurs cul-turelles

    E 3.jpgAlors que les échanges allaient bon train et que la parole était accaparée, comme d’habitude, par des hommes qui la prenaient chacun à son tour, personne ne pouvait s’imaginer que dame Djingri Lankoandé en avait gros sur le cœur. Elle aurait pu se taire, comme la plupart des femmes. Mais, en tant que membre actif de l’Association des parents d’élèves (APE), elle s’en voudrait de ne pas révéler cette situation tristement embarrassante qui est celle de l’école de la petite bourgade de Pantaloana, dans la province de la Gnagna. Une école qui n’est plus comme les autres, surtout depuis qu’elle a été visitée par le chef de l’Etat en personne. Son école à elle devrait donner l’exemple; mieux, elle devrait être l’exemple. C’est pourquoi elle a osé briser la glace. Ce devant le parterre de techniciens du ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (Meba), du maire de la commune rurale et surtout des hommes et femmes de médias présents ce jour-là dans le village, le 13 octobre dernier pour le lancement d’une caravane de presse en faveur de «l’accélération de l’éducation des filles» sous l’égide du Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (Rejced). L’occasion était tout aussi belle que délicate.

    E 2.jpgMais la brave dame ne s’est pas embarrassée de protocole, encore moins de pudeur. A la question de savoir quelles sont les difficultés qui entravent l’accès et le maintien des filles à l’école, elle a choisi d’aller à un cas concret et très “bandantif”, comme on le dit dans le jargon journalistique. Elle a trouvé inconcevable qu’un maître enceinte une élève de l’école primaire de Pantaloana. Elle a pris son courage à deux mains et a brisé la glace devant tout le monde. Quitte à frustrer les autorités qui auraient voulu qu’on ne parlât que du bien, en ce jour où tous les regards étaient une fois encore tournés vers cette bourgade et que les oreilles indiscrètes des journalistes allaient impitoyablement capter le scandale et l’amplifier dans leurs organes de presse respectifs.

    Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration d’une dame visiblement sereine et sûre de son coup a fait l’effet d’une bombe. Mais le directeur provincial de l’enseignement de base et de l’alphabétisation (Dpeba) a tout aussi sereinement saisi la balle au bond. Loin de réprimander, même par le regard, dame Lankoandé, il s’est plutôt réjoui que ce problème n’ait pas été étouffé. Mieux, si on a senti la nécessité d’en reparler, c’est la preuve qu’il n’a pas été résolu, comme il se doit. Apparemment au parfum de l’affaire, il a une fois encore renvoyé la solution au sein des structures chargées de la gestion de la vie scolaire. Vont-ils aller jusqu’au bout? La balle est désormais dans leur camp.

    E 1.jpgProfond était l’embarras du représentant de la Direction de la promotion de l’éducation des filles (DPEF) et celui du maire de la commune rurale de Bilanga. Théoriquement, le Meba dispose d’une structure locale d’alerte sur ce genres de situation. Comme l’a relevé Mme Lankoandé, «c’est la dénonciation qui manque le plus». Qui plus est, dans une petite bourgade où tout le monde connaît tout le monde, il faut avouer qu’il n’est pas toujours aisé de franchir le pas. Mais il est aussi éthiquement inadmissible de sacrifier l’éducation des jeunes filles à la libido mal maîtrisée d’enseignants. Aucune sanction n’a été proposée ou prise à l’encontre du maître-enceinteur dont l’identité n’a d’ailleurs pas été révélée. Mais il faut croire que cette affaire ne restera pas sans suite. En tout cas, Mme Djingri Lankoandé a pris sa part de responsabilité. Mieux, elle a mis la communauté face à la sienne. Il faut espérer qu’elle n’a pas pris ce risque pour rien.

    Car, son souci, il faut le croire, n’était probablement pas de jeter l’opprobre sur l’enseignant ou sur ses concitoyens qui, eux, ont choisi de garder le silence. On peut s’imaginer que depuis que le Blaiso est allé à Pantaloana, en janvier 2003, pour y lancer un message fort en faveur de l’éducation de base en général et de l’éducation des filles en particulier, cette localité est devenue une sorte de symbole. Elle a été incontestablement hissée au mât des écoles satellites qui continuent de faire leurs preuves comme une alternative crédible et pertinente pour booster l’éducation de base au Faso. Parce que ce village a été mis sous les feux de la rampe par la présence mobilisatrice du chef de l’Etat, ses habitants, dont dame Lankoandé, conservent une conscience aiguë de leur responsabilité vis-à-vis des enfants qui sont confiés à l’école. En effet, la petite école de 3 classes que l’on apercevait à peine sur les collines a fait désormais place à un véritable complexe scolaire et éducatif. Celui-ci comporte une école presque normalisée de 6 classes avec 235 élèves, dont 96 filles, un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) d’un effectif de 76 apprenants, dont 42 filles et 34 garçons, un Bisango (garderie d’enfants) de 155 pensionnaires, dont 75 filles et 80 garçons, et un centre de santé qui n’attend plus que l’affectation d’un personnel médical pour être fonctionnel.

    E 4.jpgComme on peut le voir, l’éducation des filles a encore besoin d’un coup d’accélérateur. Aussi bien à Pantaloana, où elle est plombée par d’autres maux tels que le mariage forcé et/ou précoce,  que dans toute la région de l’Est et du Centre-Est, où l’échange de femmes ou ‘’lito’’ sévit comme une pratique dans laquelle plusieurs jeunes sont prises en otage dans la province du Koulpélogo.