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parité homme-femme

  • Ce que femme veut, Blaise le peut-il?

    F 1.jpgPour son premier «faux rhum» national des femmes tenu du 25 au 27 novembre, Céline Bongombo, la sinistre de la Promotion de la Femme, a réussi à ratisser large. Avec plus de mille déléguées mobilisées à travers les 13 régions administratives du pays, il y avait de quoi demander et obtenir une rencontre en live avec le Blaiso national. Quoi de plus normal, puisque les femmes comptent pour près de 52% de la population, et pèsent donc très lourd dans la balance électorale. Sous cet angle, l’enfant terrible de Ziniaré n’avait pas à réfléchir par deux fois avant de répondre à leur invitation. C’était pour lui comme un impératif. A quelques encablures de la présidentielle de 2010, toutes les occasions sont bonnes pour prendre des longueurs d’avance sur ses potentiels concurrents, et surtout marquer des points auprès de la gent féminine. Il y avait ainsi un réel intérêt réciproque pour la rencontre entre Blaise et les femmes.
    Mais ceux qui attendaient des échanges directs à l’instar de ce qui se passe avec les organisations paysannes ont dû être déçus, et pour cause. B.jpgLes questions brûlantes relatives aux quotas de 30% pour la nomination aux postes exécutifs ou encore pour leur «bon placement» en vue d’accroître leurs chances aux postes électifs ont été noyées par des litanies de doléances à n’en plus finir.
    Au fur et à mesure que les déléguées prenaient la parole, on avait plutôt l’impression d’être à une foire où le président était capable de satisfaire toutes les demandes. Quel gâchis! C’est vrai, des roitelets d’Afrique noire n’ont-ils pas longtemps donné à leur peuple l’impression de régler tous les problèmes qui leur sont exposés par un bâton magique? D’autres ont même étendu leurs pouvoirs jusqu’à la résolution des conflits familiaux ou des problèmes de couple. Du coup, certaines franges de la population sont amenées à croire que le président peut régler tous les problèmes, il suffit de le lui demander. C’est ce mythe du «chef tout-puissant» qui pesait lourdement sur les interventions des femmes dont certaines se sont données à cœur joie à demander au Blaiso de «peser de tout son poids» sur les décisions à prendre pour améliorer leurs conditions de vie. Illusion ou naïveté?
    F 2.jpgTout porte à croire que les interventions ont été concoctées au sein de comités régionaux. On pouvait même ressentir que certaines doléances cachaient mal des revendications de régions défavorisées. Par exemple, sur l’accélération de la construction de l’Université annoncée de Fada N’Gourma ou sur celle du bitumage de la route de Dédougou, il y a avait plus que la satisfaction d’un besoin spécifique aux femmes. C’était certainement de bonne guerre car l’occasion était belle. Ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le veut? Et Blaise, peut-il tout pour les femmes du Burkina? Apparemment non.
    Car, voyant justement venir le piège des doléances impossibles à satisfaire, il n’a pas manqué de souligner, non sans humour, qu’il ne pèse que 83 kilos et que, par conséquent, il ne pouvait pas «peser de tout son poids» sur tout ce que les femmes veulent voir changé dans ce pays. Une feinte de corps qui a fait rire plus d’une femme. Mais fallait-il attendre mieux d’un président, aussi «tout-puissant» soit-il? Surtout que plusieurs problèmes renvoyaient à la même cause, celle des pesanteurs socioculturelles, il est évident que le chef de l’Etat est aussi impuissant que les veuves qui vivent des situations humainement inconcevables. En revanche, l’enfant terrible de Ziniaré a repris la main en se servant habillement de la couverture de son Premier ministre. Plus habile à amortir les problèmes que son patron, le pasteur Testicus Zorro, s’appuyant à son tour sur ses ministres, a réussi à contenir presque toutes les doléances dans «les dossiers déjà en cours au niveau du gouvernement». «Allez-y, soyez tranquille, c’est quelque chose de réglé», a-t-il repris sous la forme d’un refrain fatal. Et puisqu’il s’agissait beaucoup plus de doléances et non d’échanges comme annoncé au départ, les femmes n’avaient visiblement d’autre choix que de se satisfaire des promesses sélectives du gouvernement. En fait, ce n’était pas vraiment des promesses, puisqu’il s’agit de chantiers déjà inscrits dans l’agenda de l’exécutif. Des tirs croisés sur la question angulaire des quotas auraient pu mettre le Blaiso et son gouvernement dos au mur. Mais hélas! En dehors du coup isolé de la députée Fatou Diendéré et d’une autre déléguée, les autres femmes semblaient avoir d’autres chats à fouetter. Conséquence: elles sont passées à côté de la plaque. Bref, la rencontre avait un goût d’inachevé.
    F 3.jpgTout compte fait, on peut dire que les femmes ont tenu leur faux-rhum national. Mais les fruits seront-ils à la hauteur des ambitions? Telle est la grande question que les différentes organisations féminines qui ont pris part à l’événement devraient désormais se poser et y répondre en toute lucidité. Le plus grand gagnant de ce show transmis le lendemain par la télébidon nationale est incontestablement le Blaiso, qui, en plus d’être présent en chair et en os, pouvait sourire lui-même à son propre poster géant qui tapissait l’arrière-fond du praesidium. En plus, elles étaient nombreuses, les participantes drapées de pagnes frappés à l’effigie de Blaise Compaoré, sans compter les drapelets sur lesquels l’image du président était omniprésente. On avait pratiquement l’impression d’être en campagne. Ceci explique peut-être un certain sens du thème: «Investir dans les femmes et les filles pour un développement humain durable». Mais si l’on veut vraiment compter avec les femmes et les filles, ne serait-il pas plus judicieux de leur donner le pouvoir de s’investir pleinement dans toutes les sphères de décisions et d’actions en vue d’un développement plus équitable? Les débats postforum nous éclaireront probablement sur cette question.