13.09.2009
Vite, une arche de Noe a Ouagadougou
Après le déluge, il faut maintenant construire une arche suffisamment grande et solide pour abriter les 150 000 sinistrés recensés à Simonville et dans les communes rurales de la région du Centre. A en croire la situation établie par le Premier ministre, «180 logements se sont (également) écroulés occasionnant environ 500 sinistrés» dans les autres localités touchées par les pluies diluviennes du 1er septembre. Ce sont donc, au total, 150 500 sans-logis à qui il faut trouver une demeure.
«Pour ce qui concerne la commune de Ouagadougou, 24 489 maisons d’habitation se sont écroulées pour une valeur estimée à 13 224 060 000 F CFA. 67,08 % de ces logements se retrouvent en zones non loties et 32,92 % en zones loties». Même si la cagnotte de la «campagne de solidarité nationale et internationale» lancée lundi dernier par le Blaiso national permet de prendre les sinistrés en charge pendant un certain temps, il va falloir résoudre l’équation du logement pour tout ce monde. Le gouvernement pourra-t-il régler le problème de tous ces non-lotis et mal-lotis du Faso?
Le déluge n’a fait que mettre à nu une politique d’aménagement territorial et de logement. C’est connu, la galère des non lotis était devenue un casse-tête chinois pour le courtmestre de la ville de Ouagadougou et aussi la source de tous les problèmes des maires d’arrondissements. Malgré les professions de foi destinées à mettre un terme à la cacophonie qui a fini par s’installer autour du problème des lotissements, les collectivités locales n’ont presque jamais réussi à trouver la bonne solution. Certains conseils municipaux, pour ne pas dire des maires, ont tissé leur toile de deals sur de sales affaires de lotissements. Ils ont parcellé et loti partout, au-delà des limites officielles de la ville, dans les zones réservées et même dans les «bandes vertes» destinées à aérer la ville. Beaucoup d’affairistes ont trouvé là l’occasion de s’enrichir sur le dos de pauvres citoyens qui ne demandaient qu’un bout de terre pour reposer leurs pieds.
A côté des édiles dealeurs, il y a aussi des habitants fieffés de non-lotis qui ont fait pousser ces habitations précaires comme des champignons. En dehors de Baskuy qui n’a plus de terres à bazarder, le marché des parcelles a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les 4 autres arrondissements de la capitale. On a vendu à tour de bras. Les plus cupides ont dribblé les plus naïfs et se sont engraissés sur leur dos. Pour bénéficier à tout prix du sésame, certains ont choisi d’élire domicile sur leur lopin de terre, dans l’espoir que les agents recenseurs ne passeront pas en leur absence. Ils sont devenus des habitants de non lotis, malgré eux. Cela fait plusieurs années que ça dure...
A côté de ces “clodos”, il y a aussi ceux qui voguent de non-loti en non-loti. Leur stratégie est simple: ériger un clapier de «8 tôles» pour marquer le territoire. Dès qu’ils sont recensés par la mairie, ils s’empressent de liquider leur numéro de recensement et vont plus loin pour créer un nouveau quartier non loti et cela avec la complicité souvent de conseillers municipaux qui y voient là l’occasion de lotir pour se remplir les poches. Pour avoir la parcelle et l’argent de la parcelle, certains ont accepté de vivre dans le lit des eaux de ruissellement avec tous les risques que cela comporte.
Au non-loti du secteur 30, par exemple, plusieurs sinistrés avaient leurs maisons dans le couloir des eaux qui convergent vers le barrage de Yamtenga. Ce qui veut dire que, logiquement, ces habitations en banco blaguées par quelques pelletées de ciment ne pouvaient pas résister à la pression de la flotte de 263 mm d’eau qui s’est abattue sur Ouagadougou en 10 heures. Les sinistrés des berges du barrage n° 3 de Ouaga, eux, ont poussé l’outrecuidance jusqu’à s’installer sur un espace réputé inondable et donc dangereux pour leur propre vie en cas de pluie diluvienne. Certains auraient même été indemnisés, quelques années plus tôt, par la mairie de Ouagadougou qui leur aurait attribué des parcelles pour les aider à déguerpir des bords du barrage. Hélas. Par cupidité surtout, ils ont choisi de prendre des risques qui leur ont été finalement fatals le 1er septembre dernier. La plupart d’entre eux ont perdu leurs maisons et devront nécessairement aller voir ailleurs.
Plus besoin donc de leur faire un dessin pour leur démontrer la dangerosité de leur option. Ils ne devront pas également trop rêver à un quelconque dédommagement, surtout pour ceux qui avaient déjà eu des parcelles et ont préféré les vendre. Une chose est sûre, quel que soit le montant des collectes de l’opération de solidarité, il sera difficile que le gouvernement bâtisse une maison pour chaque sinistré des zones non loties et mal loties. En dehors des entreprises privées tel l’hôtel Silmandé qui a souscrit à une assurance pour ses installations, l’écrasante majorité des victimes n’a aucun recours pour les biens mobiliers et immobiliers qu’elle a perdus. Tous les regards sont tournés vers le pasteur Testicus Zorro et son équipe gouvernementale. A l’instar de Noé, aura-t-il les moyens de bâtir une arche qui peut contenir les 150 000 sinistrés? Rien n’est moins sûr.
Au-delà du malheur du déluge, il faut espérer que la catastrophe serve de leçon aussi bien aux autorités gouvernementales, communales qu’au citoyen lambda. Le lotissement anarchique et l’habitat sauvage ne peuvent pas être adoptés comme une voie d’urbanisation d’une ville qui se veut moderne et sûre. Une chose est de faire appel à l’aide internationale pour essayer de colmater les brèches. Mais il faut surtout faire une introspection et construire désormais selon un schéma et des normes rigoureux. Tout compte fait, même si le gouvernement consent d’ores et déjà à la réhabilitation et à la réinsertion des sinistrés, ce programme ne saura être crédible que s’il tient compte du «déguerpissement des zones inondables des villes comme des villages», comme l’a du reste souligné le document élaboré par le Premier ministre.
Mais comme on le sait aussi ici au Faso, le tout n’est pas de savoir ce qu’on doit faire. C’est surtout d’avoir les coudées franches pour le faire. Et le faire bien. Attendons donc de voir ce qu’on va faire concrètement de ces zones non loties et mal loties.
17:15 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : inondations, ouagadougou, pluies diluviennes, burkina faso
28.08.2009
Que devient le dossier de la bavure policière de Boulpouré?
En décembre 2005, une procédure judiciaire a été ouverte contre X suite à la découverte de 4 corps criblés de balles et abandonnés en brousse, dans le village de Boulpouré, sur la Départementale n°1, Ouaga-Kongoussi. La justice s’était ainsi mise en branle sur une plainte du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (Mbdhp) et des familles des victimes. Il avait été établi, à l’époque, qu’il s’agirait d’une bavure policière consécutive à une traque de coupeurs de route. Les forces de l’ordre se seraient trompées de cibles. Les premières investigations avaient orienté les regards vers la Direction des compagnies d’intervention rapide (Dcir), l’actuelle Compagne républicaine de sécurité (CRS). Quatre années après, les plaignants attendent toujours que les auteurs de cette bavure policière soient identifiés, jugés et punis, conformément à leurs actes. Hélas! L’appareil judiciaire se hâte lentement.
Le 10 janvier 2006, Me Halidou Ouédraogo, alors président du MBDHP et fraîchement investi de sa nouvelle mission de «défenseur de la veuve et de l’orphelin», s’est constitué conseil aux côtés des parents des suppliciés de Boulpouré. Malheureusement, cette période a coïncidé avec ses propres ennuis de santé. C’est donc entre ses différentes hospitalisations et évacuations sanitaires à l’étranger que l’intrépide avocat défenseur des droits humains a déposé les éléments nécessaires pour le traitement du dossier. Mais il a fallu attendre le 10 janvier 2007, soit une année après, pour que le juge en charge de l’affaire lui signifie que le dossier a été transmis au Parquet de Ouagadougou. Malgré ce temps qui paraît long aux yeux des profanes, Me Halidou Ouédraogo pense que «C’est un exploit». Qu’à cela ne tienne.
Pendant ce temps, les familles des victimes sont inconsolables. Elles ne voient rien venir. Naturellement, il leur est difficile de faire le deuil de leurs parents fauchés, aussi longtemps qu’ils ne connaîtront pas la vérité sur les circonstances de leurs disparitions tragiques.
En effet, ce sont 2 ouvriers (Jean-Baptiste Nacanabo, né en 1980, et Abdoul Aziz Ouédraogo, né en 1984), 1 chauffeur (Adama Sawadogo, né en 1977, fils unique et unique soutien de son père) et 1 passager qui ont été pris au piège de l’opération de police. Les 3 ouvriers étaient employés par l’entreprise de construction General Eco, sise dans les environs du marché de Sankaryaaré à Ouagadougou. Ils rentraient alors d’un chantier situé à Rollo, dans la nuit du 7 au 8 décembre 2005, à bord d’un camion de transport de matériaux de construction. Trois jours après qu’ils urent quitté leur point de départ, leur patron n’avait toujours pas de nouvelles d’eux. Il s’était alors mis à les chercher partout. C’est pratiquement 9 jours après, soit le 14 décembre, que la découverte macabre a été faite. Avant, ce fut la croix et la bannière pour être situé. Il a fallu que le patron de General Eco apprenne que son camion était cloué au commissariat de police du département de Dapélogo pour voir enfin le bout du tunnel. Mais c’était sans compter avec un jeu de cache-cache de la police qui ne semblait pas disposée à laisser jaillir la lumière sur ce qui est arrivé à ses employés.
Au commissariat de Dapélogo, on lui a juste laissé entendre que le camion a été immobilisé par des policiers venus de Ouagadougou. Dans la capitale, il lui a fallu marcher plusieurs fois entre l’état-major des CRS, la direction régionale de la police judiciaire et la Sûreté nationale pour enfin tomber sur un certain Almissi qui était censé détenir le secret du dossier. C’est auprès de ce cadre de la Police nationale qu’il va apprendre finalement que ses employés ont été pris en flagrant délit comme coupeurs de route. Et c’est pour cette raison qu’ils ont été liquidés sans autre forme de procès.
Comme il fallait s’y attendre, cette information n’a convaincu ni le P-DG de General Eco, encore moins les familles des victimes. Même si les malheureux ouvriers avaient été pris sur des faits de braquage sur la route, cela pouvait-il justifier que des policiers en opération les envoient ad patres et jettent leurs cadavres dans la brousse? Indéniablement, les éléments envoyés en expédition punitive ont franchi le rubicond. Ils ont eu la main trop lourde et surtout aucun respect pour la vie humaine.
En effet, sur les lieux où les corps ont été balancés, on a pu dénombrer 38 douilles de kalachnikov. Plus accablant pour les auteurs de cet horrible carnage, les restes découverts 9 jours après le forfait portaient des fractures diverses et des parties amputées. Après avoir été probablement liquidés sur la voie, ils ont été traînés à 150 m du lieu du crime à la merci des charognards et des chiens. Ce qui peut laisser présager d’un acte consciemment exécuté et non d’une simple erreur de cible. C’est, du reste, suffisamment grave pour demander des comptes à la hiérarchie policière.
En s’associant aux familles des suppliciés de Boulpouré pour porter plainte contre X, le MBDHP ne s’attendait pas à un marathon judiciaire aisé. Quoi que des soupçons sérieux pèsent sur la police, notamment sur des éléments de la CRS, l’organisation de défense des droits humains a choisi de ne pas devancer l’iguane dans l’eau. De sources proches du dossier, il y aurait eu trois personnes inculpées. Le sont-elles toujours?
Même si l’issue de la bataille judiciaire semble encore loin, elle aura eu le mérite de faire avancer les choses. Le dossier est déjà passé du Parquet de Ouaga à la Chambre d’accusation où il peut encore subir les derniers réglages si on estime que les faits ne sont pas suffisamment constitués. Pour l’heure, on ne saurait dire si des personnes ont été nommément inculpées ou non. Le voile du secret d’instruction ne permettant pas d’aller au-delà, il ne reste plus qu’à attendre le fameux arrêt de renvoi qui pourra permettre de l’enrôler pour le jugement.
Pendant ce temps, le camion-benne de la société de construction General Eco est toujours bloqué au commissariat de police de Dapélogo. Si l’on estime que ce type de véhicule se loue à environ 75 000 F par jour, force est de constater qu’en 4 années d’arrêt, c’est toute une fortune qui est ainsi perdue. Et rien ne prouve qu’il sera récupérable à la fin de cette histoire. Visiblement impatient de voir arriver le procès, l’avocat des victimes espère que le dossier sera enfin prêt pour les prochaines assises criminelles. Très confiant, il pense qu’«il ne peut pas se perdre dans le sable. Il doit être jugé pour l’exemple». Foi de Me Halidou Ouédraogo.
11:03 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bavures policières, boulpouré, burkina faso, me halidou ouédraogo, general ecco, dapelogo, crs, dcir, ouagadougou
19.06.2009
Redécollage difficile pour le grand marché de Ouagadougou
Quelque deux mois après sa réouverture en grande pompe, le «poumon économique» du Burkina fonctionne péniblement. L’enthousiasme des retrouvailles des commerçants au sein de cette infrastructure retapée à près 3,5 milliards de francs CFA a fait place à la morosité. On est dépaysé de ne plus voir cette foule qui se pressait autrefois dans les allées devenues trop petites. On n’a plus droit à ces apostrophes de marchands qui usaient de toutes les astuces pour aguicher des clients. Cette masse bigarrée dans laquelle femmes, enfants et autres commerçants ambulants se faufilaient, se frottaient sans ménagement, est toujours introuvable.
Rood-Woko offre le spectacle d’une maison mortuaire. Les affaires n’y marchent guère. Las d’attendre désespérément des clients qui n’arrivent pas, les commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Rood-Woko, qui veut dire «Marché en continu» en langue nationale mooré, a perdu son bouillonnement et ses mille feux d’antan. Le monde ne se bouscule plus à ses portes. Du moins pas encore. Les nouvelles mesures draconiennes de sécurité instaurées par les autorités municipales semblent avoir produit des effets contraires aux attentes. Au lieu de rassurer commerçants et clients, le dispositif sécuritaire déployé aux quatre coins et à l’intérieur du marché est pointé du doigt comme un facteur répulsif, voire un obstacle à l’engouement. Vérité ou intox?
Pour Ouibié Oumar Niangao, directeur général de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (Ragem), «c’était prévisible que commerçants et acheteurs ne reprennent pas le chemin de Rood-Woko du jour au lendemain… Un marché qui était fermé durant six ans ne reprend pas aussi facilement». Il s’est même voulu rassurant, en ajoutant que «ce qui se passe est dans l’ordre normal des choses». Il reconnaît que le marché ne bouillonne pas encore, mais il note que le taux de réinstallation, c’est-à-dire de signatures de contrats, avoisine 95%. A en croire ses explications, ce sont les commerçants qui traîneraient les pieds pour achever les aménagements nécessaires pour l’ouverture de leurs boutiques et échoppes. Par ailleurs, la non-disponibilité de l’électricité dans le marché constitue, à ne point douter, un autre frein à l’animation du marché. La Société nationale d’électricité n’ayant pas été associée au début du processus de réhabilitation, c’est seulement maintenant qu’elle s’attelle à des vérifications préalables avant de connecter chacune des unités de vente au réseau électrique. Ce n’est pas demain la veille que ce travail prendra fin!
Il y a, visiblement, un faux départ dans la réouverture de Rood-Woko. Selon toujours le DG de la Ragem, les commerçants ont jusqu’au 15 juillet prochain pour occuper effectivement les places qui leur ont été attribuées. En effet, leur contrat débute en réalité à compter du mois de juillet. Ceci explique sans doute pourquoi ils se hâtent lentement pour emménager. La plupart ayant installé leurs quartiers dans les marchés périphériques de la ville, ils attendent probablement de voir le marché central prendre sa vitesse de croisière avant de lever complètement le camp. Qui est fou!?
En attendant la fameuse vitesse de croisière, certains attributaires de boutiques et d’échoppes n’hésitent pas à les revendre au plus offrant. Selon quelques indiscrétions recueillies ici et là, cette spéculation qui a cours en ce moment oscillerait entre 4 et 6 millions de francs CFA.
L’autre reproche que l’on fait au Rood-Woko réhabilité et sécurisé est incontestablement l’éloignement des parkings. Selon un parkeur que nous avons rencontré au côté sud du marché, les gens redouteraient les policiers qui sont planqués devant les différentes entrées. Ceux-ci feraient particulièrement peur aux clients venus des provinces dont certains craindraient que les flics ne leur demandent des pièces d’identité ou les papiers de leurs engins. En plus, plusieurs usagers considéreraient la zone piétonne délimitée tout autour du marché comme une sorte de «rempart infranchissable». En plus, les zones de parkings étant réduites pratiquement à une seule pour les deux-roues et assez éloignée des entrées du marché pour les voitures, plusieurs personnes préfèrent aller voir ailleurs que de devoir tourner en rond.
Même les propriétaires des boutiques qui ouvrent sur la rue ou celles qui jouxtent le marché ne vivent pas moins l’enfer de cette fameuse zone piétonne. Puisqu’il n’est pas autorisé d’y stationner, les clients potentiels ne s’y aventurent même pas. Ceux qui sont obligés d’aller par exemple à une librairie papeterie située dans les environs tombent si régulièrement dans les panneaux de la Police municipale que le patron de la boutique est obligé de palabrer avec les policiers pour sortir ses clients du pétrin.
On comprend le souci d’éviter, vaille que vaille, le retour du désordre autour et à l’intérieur du Rood-Woko réhabilité. Mais force est de constater qu’à force d’exhiber l’argument sécuritaire, le marché fait peur. Et pourtant, cette infrastructure marchande a été réhabilitée grâce à des prêts que la mairie de Ouagadougou doit rembourser. Il faut donc tout faire pour éviter le fiasco.
15:39 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rood-woko, marché central, ouagadougou, burkina faso
04.03.2009
Cinéma africain, cinéma saisonnier
Au cours de cette semaine dédiée aux cinémas d’Afrique et de la diaspora, on a les films africains plein les yeux. Mieux, on n’a pas nécessairement besoin de venir à Ouagadougou pour voir ou revoir du cinéma africain. Certaines télévisions internationales ont même aménagé spécialement leur grille de programmes pour diffuser se mettre quelque peu aux couleurs du Fespaco. La télévision nationale du Burkina n’est pas en marge du mouvement. Les films dits «africains» ont signé leur retour sur le petit écran. Et cela au grand bonheur de ceux qui vivent hors de la capitale et qui ne peuvent pas prendre part à la biennale.
Mais le hic dans cette coloration momentanée des écrans –grands et petits-, c’est qu’on se demande ce que devient le cinéma africain après le Fespaco. Tout laisse croire que malgré le combat qu
e mènent les cinéastes d’Afrique et de la diaspora pour imposer les images du continent sur la scène internationale, on est toujours aux schémas traditionnels. On a l’impression que le cinéma africain est simplement toléré sur certaines chaînes de télévision, juste pour la forme. Et cela est certainement très frustrant. Mais à qui la faute ? Telle est la crue et cruelle qu’on ne se pose pas assez.
Aussi longtemps qu’on ne répondra pas sérieusement à cette question, il sera bien difficile de considérer le cinéma africain autrement que comme un cinéma saisonnier, bon pour le Fespaco et rangé après dans les tiroirs. Le combat doit commencer par les télévisions nationales africaines et les opérateurs économiques qui préfèrent investir dans des films et feuilletons importés plutôt que de faire une promotion sincère des images d’Afrique. Quoique le Fespaco soit déjà vieux de 40 ans, il n’est jamais trop tard pour relever ce défi vital pour les cultures et les civilisations africaines. Personne ne viendra le faire à notre place.
15:15 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma africain, télévisions, ouagadougou, fespaco, burkina faso
15.02.2008
L'humour a enfin son festival à Ouagadougou
Alors que l’humour (et le rire) figure, depuis 2003, en bonne place dans la galaxie «grands prix» des arts du Faso, le Burkina n’avait pas un rendez-vous précis pour célébrer cette haute valeur culturelle qui serait, selon Léopold Sédar Senghor, «le privilège de Dieu et de l’homme». C’est désormais chose faite avec le lancement du 1er Marathon du rire et de l’humour de Ouagadougou. Une initiative originale de l’association Ellipse qui prolonge l’action du ministère en charge de la Culture.
Du 7 au 9 février, la capitale burkinabè a bénéficié de plages de rire au centre culturel français et au Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (Cito) en compagnie de comédiens rompus à l’art de mettre en scène et en images les péripéties de la vie. Le public le leur a bien rendu, en se déplaçant massivement pour s’offrir de magiques moments de dépaysement qui ont la magie de rompre la monotonie de la vie et de surmonter les plus dures situations de la vie.
Même lorsque la mort frappe au très mauvais moment. Comme ce vendredi 7 février où la 2e soirée du Marathon a été endeuillée par la tragique disparition accidentelle de notre confrère Karim Garba, chargé de communication du Cito. Il était justement parti ce jour-là pour la ville de Tenkodogo en vue des préparatifs de la représentation d’Afriopa, un cocktail de clownerie concocté par le Cito en partenariat avec Kuckuck production de Suisse. C’est précisément avant la présentation de cette création que la triste nouvelle a été annoncée au public. Très bouleversée, Augusta Palenfo, coordonnatrice de l’association Ellipse, n’est pas arrivée à contenir ses larmes. Il a fallu recourir au doyen Amadou Bourou pour donner le coup d’envoi de la soirée non sans souligner que les comédiens du jour devraient remplir leur engagement en guise de témoignage non seulement à l’illustre disparu, mais aussi au public et que l’art doit toujours prendre le dessus sur les drames les plus déroutants.
Ainsi, malgré la consternation qui s’est abattue sur le Cito, la paire de clowns - suisse et burkinabè - qui a interprété Afriopa a réussi à arracher des rires au public. Leur jeu de rôle était si plaisant que de joyeux bambins se sont laissé aller à des moments de détente. Le lendemain samedi, il était bien difficile de résister à l’humour très entraînant du groupe Gombo.com et de Gérard Ouédraogo, alias Excellence, pour ne citer que ces deux.
Organisé dans le but de promouvoir l’art humoristique dans un Burkina où il n’y a pas toujours beaucoup de raisons de rire pour barrer la route aux nombreux obstacles du développement économique et socioculturel, la première édition du Marathon du rire et de l’humour s’est achevée dans le deuil qui a frappé le Cito et tous les acteurs culturels. Mais loin d’être interprété comme un mauvais sort, cet événement malheureux éclaire paradoxalement le sens de ce nouveau festival. Devant la mort inévitable, le rire n’est-il pas finalement la seule réponse digne, l’expression d’une révolte qui dit à la fois non à la mort sans l’accepter et oui à la vie qu’on voudrait éternelle pour soi et pour les personnes qui nous sont chères? Vivement que la deuxième édition du Marathon soit un véritable hommage à Abdoul Kader Karim Garba, qui aura donné le meilleur de lui-même pour que vive le théâtre au Faso.
16:40 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Festival du rire et de l'humour, Ouagadougou, Cito, Palenfo
31.01.2007
Nuisances sonores à Ouagadougou
Depuis quelques semaines et par médias interposés, le torchon brûle entre le maquis «La Jet 8» et un groupe de résidents de la cité «1200-Logements» sis au secteur 14 de Ouagadougou. À l’origine de cette bagarre: un voisinage difficile entre le bar dancing et des riverains qui se disent assaillis par des nuisances de toutes sortes. En novembre dernier, ils se sont ligués une première fois en publiant une lettre de protestation au maire contre l’ouverture du maquis. Mais visiblement le bourgmestre n’a pas eu une oreille attentive à cette levée de boucliers. Contre vents et marées, La «Jet 8» a bel et bien pris son envol.
Dame Zaïnatou Kontogomdé, qui s’y connaît dans le goût des «maquisards», n’a pas fait dans la dentelle pour que son nouveau coin attire le plus de monde possible. Comme des papillons à la recherche de nouveaux nectars, c’est par centaines que les clients se ruent sur la «Jet 8» et sa renommée a largement dépassé le cadre de la cité. Évidemment, les jeunes du quartier ne se laissent pas conter ce qui se passe à l’intérieur du maquis.
Pendant ce temps, le groupe de résidents mécontents n’en a pas démordu. Bien au contraire. Il a cru mieux fonder ses protestations en commettant, en décembre et janvier, un huissier pour constater et confirmer (c’est selon) ses incriminations. Aussi, à la suite d’une investigation qu’il dit avoir menée de jour comme de nuit, Me Séverin Somda a livré un rapport aussi long que détaillé qui semble corroborer la plainte qu’il a reçue. «... J’ai constaté, à travers mes multiples allées et venues, qu’effectivement la situation du maquis, compte tenu de la proximité des maisons d’habitation, de la fréquentation des lieux par des mineurs, rend difficile la maîtrise de l’éducation des enfants mineurs; en sus, le lieu est fréquenté par des personnes à la moralité douteuse et aux mœurs légères. En outre, j’ai constaté que le son de la musique, si élevé, ne permet pas un paisible repos des riverains», a conclu l’huissier dans un document publié le 25 janvier par notre confrère L’Observateur paalga. La réponse de la bergère au berger ne s’est pas fait attendre. Dans une interview publiée le 30 janvier par «Le Pays», Zaïnatou Kontogomdé prend le contre-pied du constat de l’huissier, l’accuse de «diffamation» et «d’espionnage» et regrette que son «bar soit ainsi diabolisé». Tout en reconnaissant que les reproches de nuisances sonores peuvent se justifier et être réglées à l’amiable, elle pense que «si on doit fermer le bar à cause de l’éducation des enfants, qu’on ferme alors les autres bars... ».
Tous les regards sont tournés vers la mairie de l’arrondissement de Bogodogo qui a accordé une autorisation d’exercer au maquis, certainement en toute connaissance de cause. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au-delà des bruits que provoquent les nuisances évidentes de la «Jet 8» qui n’est certainement pas un cas isolé, la prolifération des maquis et ses corollaires pose un réel problème social. Ce n’est certainement pas en cassant le thermomètre qu’on va faire baisser la fièvre que provoque la ruée vers les maquis.
IL Y A AUSSI LE «KASSETO»
Un bras de fer est également en cours entre les étudiants de la cité universitaire de l’immeuble Kafando à Tampouy et les responsables du maquis «Kasséto» situé au pied du bâtiment. Il n’y a pas longtemps, les étudiants avaient manifesté leur mécontentement face au son de la musique qui perturbe leur concentration. Dans l’immédiat, le propriétaire du coin avait réussi à calmer les jeunes en réduisant le volume des décibels. Mais cela n’a été que de courte durée. La musique du Kasséto a recommencé de plus belle à perturber la tranquillité des pensionnaires. Pour l’heure, une pétition serait en train de circuler dans les chambres pour aboutir à l’arrêt définitif des activités du maquis, visiblement incompatibles avec la vie des étudiants.
FORTUNES DIVERSES
POUR LES MAQUIS
La prolifération des maquis à Ouaga a un certain rapport avec la crise ivoirienne. À côté des bons vieux bars dont la plupart étaient concentrés autour des quartiers Dapoya, Paspanga, Koulouba ou Tiedpalgho, on a vu pousser, comme des champignons, une panoplie de maquis dont les dénominations sont aussi provocatrices que révélatrices du nouvel esprit. De la «Gazèta» à la «Gazèta plus», en passant par «La Gazoum» et «La Ligaze», tous ou presque ont connu les mêmes problèmes que ceux dont La «Jet 8» est taxée aujourd’hui. Le premier a dû changer plusieurs fois de gérance et de style pour ne pas être complètement fermé. Suite à plusieurs plaintes de son voisinage et à des verbalisations répétées de la police municipale, le second est redevenu un restaurant et le troisième a été fermé par la police pour, dit-on, «atteinte aux bonnes mœurs», entre autres. D’autres maquis, tels «Virus B52», «Serum 4x4», «Le Pouvoir», «Le Nope», «L’éclat d’acier», ont disparu sans crier gare.
MAQUIS ET NUISANCES DANS LES CITéS
Si les «révolutionnaires d’août 83» avaient voulu rapprocher les loisirs des populations en installant les bars au cœur des cités, force est de reconnaître que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la cohabitation ne se passe pas sans grincements et désagréments. Il n’y a qu’à faire un tour au Kundé de la cité An II, au Festival de la Cité An III et dans les nombreux maquis qui inondent la cité An IV A de l’Avenue Kwame Nkrumah pour se rendre compte que la liberté des maquisards ne s’arrête pas toujours là où commencent celle des résidents. À qui la faute?
INTROUVABLES STATISTIQUES
Bien malin qui peut dire le nombre de maquis, bars et gargotes en service dans la ville de Ouagadougou. À la mairie, on esquive la question en vous renvoyant aux arrondissements qui, eux, se cachent derrière «la permission de l’autorité» pour ne pas répondre. Appelé en rescousse, le commandement de la police municipale se gratte longtemps la tête avant de vous renvoyer vers la police nationale qui vous renvoie à la mairie. Vous l’avez donc compris. Ou bien personne ne connaît le nombre de maquis, ou bien on ne veut pas le donner. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas résoudre efficacement l’épineux problème des nuisances sans ce minimum. C’est peut-être là où le bât blesse.
16:28 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ouagadougou, maquis
04.10.2006
Cyberescroquerie à forte odeur de “feuilles” faciles
Dans la course contre l’argent dans laquelle la société de consommation nous a engagés, la Toile mondiale est devenue un lieu de prédilection pour des escrocs de tout acabit. Lorsque Internet rime avec une zone de “sans loi” où toutes sortes de falsifications et de camouflages sont permis, rien ne semble désormais arrêter les marchands d’illusions. A Ouagadougou, ils sont désormais légion, des cyberescrocs qui écument les cybercafés, envoient des milliers de messages à toutes les adresses qu’ils arrivent à choper, dans l’espoir d’appâter des pigeons à plumer.
“Paul Comepare” - remarquez la méprise sur son nom -, c’est l’identité de camouflage d’un des cyberescrocs qui fait le tour des cybercafés de Ouagadougou pour recueillir les adresses électroniques. Sa stratégie consiste à copier systématiquement les e-mails des clients du cyber en recourant à l’historique des ordinateurs. En effet, lorsque quelqu’un se déconnecte d’Internet, son mail ne disparaît pas tout de suite de la machine. Il suffit au pirate d’en prendre pour avoir accès à toutes les personnes qui se sont connectés à la machine avant lui. Il y en a même qui entrent dans la boîte électronique des imprudents qui saisissent leur code de sécurité (mot de passe) sur les ordinateurs des cybercafés. L’intégration de cette sphère strictement privée de la boîte électronique donne à l’escroc la possibilité d’avoir accès aux e-mails de tous les correspondants de cette dernière. Le reste ne devient pour lui qu’un jeu d’enfant. Il envoie, à qui mieux mieux, une “Lettre confidentielle” à toutes les adresses qui lui tombent sous la main.
Dans son manège, le cyberescroc, paulcomepare@hotmail.com, se fait passer pour “Le responsable du Département comptabilité de la BANK OF AFRCA BURKINA-FASO”. Pour pêcher ses proies, il écrit: “Au cours d’opérations de contrôle et d’audits, mon département a découvert une somme importante d’argent par hasard .Cette somme a appartenu à un étranger décédé en novembre 2003 dans un accident d’avion. Les fonds dorment dans son compte chez nous sans réclamation de sa famille ou de ses parents avant notre découverte. Personnellement, j’ai maintenu cette information secrète à mon niveau et à celui de mes associés pour permettre de mettre en place un plan qui puisse m’être profitable et trouver des idées pour mettre ce plan en exécution. Cette somme est de $2.500.000 (deux millions cinq cent mille dollars)”.
Le sulfureux Paul Comepare pousse le bouchon de la témérité jusqu’à laisser son numéro de téléphone portable (76 52 90 04) à qui voudrait s’assurer qu’il réside bien à Ouagadougou. Mais il a suffi de l’appeler pour se rendre compte qu’il s’agit d’un Nigérian. Son accent ne trompe d’ailleurs pas. Lorsqu’on tente d’engager une discussion avec lui en français, il se dérobe en répliquant: “je préfère qu’on communique par E-mail”. Un autre escroc s’exprimant uniquement en anglais se dissimule sous l’identité de “Salif Diallo”, répond au mail: “s4d09@hotmail.com” et se dit être du département “Audit et Comptabilité de BANK OF AFRICA (BOA). OUAGADOUGOU BURKINA-FASO.(WEST AFRICA)”.
Plus à l’aise à opérer dans l’ombre, les cyberescrocs ne supportent guère qu’on les découvre.
Ce qui est plus inquiétant c’est que les cyberescrocs, en majorité Nigérians, ne sont pas inquiétés par qui que ce soit, puisqu’ils opèrent à partir de Ouaga, avec une flagrante usurpation d’identité et de fonction qui ne semble guère émouvoir ni la police, encore moins les responsables des institutions bancaires concernées. En attendant une prompte réaction, les cyberescrocs sèment à tout vent des promesses de “feuilles” faciles. Tant pis pour ceux qui se laisseront prendre au piège.
07:44 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cyberescrocs, ouagadougou, piège, argent facile


