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marché central de ouagadougou

  • Polciers zélés affolent commerçants indisciplinés

    SI.jpgPauvre Simon! Le courtmestre de la capitale a probablement jubilé trop vite, en proclamant que ses cheveux allaient enfin pousser. Optimiste qu’il était le 16 avril dernier à l’occasion de la cérémonie d’inauguration du grand marché réhabilité, il avait achevé son speech par un vœu qui semble être devenu, aujourd’hui, un cauchemar. «Bonnes affaires à tous les commerçants et commerçantes de Rood-Woko afin que prospère la ville de Ouagadougou!», avait-il proclamé, sous les applaudissements très nourris de la foule bigarrée des commer’ qui étaient venus assister à l’événement. Tout le monde était beau, tout le monde était content. Mais les anciennes habitudes ont la peau dure. 

    S 2.jpgQuelques semaines après, l’euphorie est tombée. Les nouvelles mesures prises pour éviter les dérives qui ont été à l’origine de l’incendie qui a ravagé le marché en mai 2003 commencent à faire leurs effets. L’ordre et la discipline y règnent, mais les affaires ne marchent point. Du moins, pas encore. Les clients se font toujours désirer. Et comme le maire devait s’y attendre, les commerçants se sont lancés dans des conjectures. D’aucuns estiment qu’avec la bande piétonne qui enserre l’édifice, l’accès serait devenu plus difficile aux acheteurs qui étaient autrefois habitués à stationner leurs motos ou voitures pratiquement aux portes du marché. En tout cas, tous les engins sont tenus bien à l’écart dans des parkings réservés au côté sud pour les «deux-roues» et à la Maison du peuple pour les «quatre-roues». Cette nouvelle organisation de la circulation routière serait-elle responsable de la morosité des affaires à Rood-Woko? Rien n’est moins sûr.

    Certes, cette disposition a mis fin à l’allure de grand bazar qu’était le marché. Désormais, les autorités communales ont l’œil sur chaque commerçant qui occupe régulièrement les lieux. Finie l’époque des occupations anarchiques et d’autres désordres qui avaient fait de Rood-Woko une sorte de «no man’s land» sécuritaire, «une terre sans loi». Mais là où le bât blesse, c’est qu’à force de vouloir que l’ordre et la discipline règnent comme dans une caserne militaire, les policiers municipaux, qui veillent à l’intérieur et à l’extérieur, ont fini par devenir indésirables et casse-pieds pour des commerçants. A force d’arpenter les couloirs du marché en lieu et place de clients qui se font toujours attendre, la flicaille de Simon s’est rendue agaçante. Et ce qui devait arriver arriva le 25 juin dernier.

    Un policier, probablement trop zélé, avait voulu obliger un commerçant très aigri à respecter la consigne qui voudrait que les marchandises ne soient pas étalées devant les boutiques. Compte tenu de la haine cordiale que le second entretient traditionnellement avec  l’autre, la tension a vite fait de monter. Les autres commerçants, qui n’attendaient que la moindre étincelle pour «braiser du policier municipal», ont saisi l’occasion pour s’attaquer aux symboles d’une sécurité qu’ils considèrent comme étouffante pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Selon les constats que l’on pouvait encore faire sur place, les commer’ rebelles n’ont pas fait dans la dentelle. Dans leur rage de se libérer, ils ont littéralement défoncé les barrières de police qui étaient placées aux différentes entrées de la zone piétonne. Une manière bien ravageuse de signifier à l’autorité municipale qu’ils ne voulaient plus de ce dispositif. 

    Après les chassés-croisés entre policiers et commerçants rebelles, certaines langues se sont déliées et on pouvait les entendre fustiger les barrières de la zone piétonne comme un obstacle qui empêche les gens de fréquenter le marché. Ou encore: «il y a trop de policiers dans le marché. Ils nous empêchent de travailler normalement». Le diable est donc lâché contre la Police municipale. Elle a même été obligée d’appeler la Compagnie républicaine de sécurité en renfort, mais le mal était déjà commis. La cocotte-minute avait eu le temps d’exploser.

    S 3.jpgAlerté, le courtmestre Simon Compaoré a, lui aussi, débarqué sur les lieux pour constater les dégâts de la rupture entre commerçants et policiers. Il a même essayé de rassurer les occupants du marché. Mais sa conviction profonde est et demeure que «Les nouvelles mesures de sécurité ne plaisent pas à certains commerçants qui tentent de faire de la résistance». Déjà, à la cérémonie de réouverture du marché, il avait indiqué que: «Il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous ne serons pas compris par certains, mais si le prix à payer pour que Rood-Woko traverse le temps et reste un exemple est la rigueur dans son administration, eh bien! nous ne reculerons devant rien pour qu’il en soit ainsi.» Voilà qui est clair. Mais jusqu’où ira Simon dans la défense de cette rigueur?

    Force est de reconnaître qu’il y a des efforts à faire aussi bien de la part des policiers municipaux que des commerçants pour que Rood-Woko ne devienne pas un fiasco. Autant «les enfants de Simon» -comme on appelle les policiers municipaux - doivent éviter l’excès de zèle, autant les commerçants doivent savoir se défaire de l’irrévérence qui semble avoir marqué génétiquement certains d’entre eux. Bref, chacun doit savoir raison garder pour aboutir à un partenariat plus intelligent. Car, ce n’est pas dans l’intérêt de la mairie ni de Simon lui-même de réhabiliter un grand marché qui n’est finalement que l’ombre de lui-même. Pour que les affaires prospèrent véritablement à Rood-Woko, il faut certainement que la mairie prenne la peine de communiquer un peu plus sur les conditions et les possibilités de sa réanimation. Un point, c’est tout.