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marché central

  • Redécollage difficile pour le grand marché de Ouagadougou

    R 1.jpgQuelque deux mois après sa réouverture en grande pompe, le «poumon économique» du Burkina fonctionne péniblement. L’enthousiasme des retrouvailles des commerçants au sein de cette infrastructure retapée à près 3,5 milliards de francs CFA a fait place à la morosité. On est dépaysé de ne plus voir cette foule qui se pressait autrefois dans les allées devenues trop petites. On n’a plus droit à ces apostrophes de marchands qui usaient de toutes les astuces pour aguicher des clients. Cette masse bigarrée dans laquelle femmes, enfants et autres commerçants ambulants se faufilaient, se frottaient sans ménagement, est toujours introuvable.

    Rood-Woko offre le spectacle d’une maison mortuaire. Les affaires n’y marchent guère.  Las d’attendre désespérément des clients qui n’arrivent pas, les commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Rood-Woko, qui veut dire «Marché en continu» en langue nationale mooré, a perdu son bouillonnement et ses mille feux d’antan. Le monde ne se bouscule plus à ses portes. Du moins pas encore. Les nouvelles mesures draconiennes de sécurité instaurées par les autorités municipales semblent avoir produit des effets  contraires aux attentes. Au lieu de rassurer commerçants et clients, le dispositif sécuritaire déployé aux quatre coins et à l’intérieur du marché est pointé du doigt comme un facteur répulsif, voire un obstacle à l’engouement. Vérité ou intox?

    Pour Ouibié Oumar Niangao, directeur général de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (Ragem), «c’était prévisible que commerçants et acheteurs ne reprennent pas le chemin de Rood-Woko du jour au lendemain… Un marché qui était fermé durant six ans ne reprend pas aussi facilement». Il s’est même voulu rassurant, en ajoutant que «ce qui se passe est dans l’ordre normal des choses». Il reconnaît que le marché ne bouillonne pas encore, mais il note que le taux de réinstallation, c’est-à-dire de signatures de contrats, avoisine 95%. A en croire ses explications, ce sont les commerçants qui traîneraient les pieds pour achever les aménagements nécessaires pour l’ouverture de leurs boutiques et échoppes. Par ailleurs, la non-disponibilité de l’électricité dans le marché constitue, à ne point douter, un autre frein à l’animation du marché. La Société nationale d’électricité n’ayant pas été associée au début du processus de réhabilitation, c’est seulement maintenant qu’elle s’attelle à des vérifications préalables avant de connecter chacune des unités de vente au réseau électrique. Ce n’est pas demain la veille que ce travail prendra fin!

    R 2.jpgIl y a, visiblement, un faux départ dans la réouverture de Rood-Woko. Selon toujours le DG de la Ragem, les commerçants ont jusqu’au 15 juillet prochain pour occuper effectivement les places qui leur ont été attribuées. En effet, leur contrat débute en réalité à compter du mois de juillet. Ceci explique sans doute pourquoi ils se hâtent lentement pour emménager. La plupart ayant installé leurs quartiers dans les marchés périphériques de la ville, ils attendent probablement de voir le marché central prendre sa vitesse de croisière avant de lever complètement le camp. Qui est fou!?

    En attendant la fameuse vitesse de croisière, certains attributaires de boutiques et d’échoppes n’hésitent pas à les revendre au plus offrant. Selon quelques indiscrétions recueillies ici et là, cette spéculation qui a cours en ce moment oscillerait entre 4 et 6 millions de francs CFA.

    L’autre reproche que l’on fait au Rood-Woko réhabilité et sécurisé est incontestablement l’éloignement des parkings. Selon un parkeur que nous avons rencontré au côté sud du marché, les gens redouteraient les policiers qui sont planqués devant les  différentes entrées. Ceux-ci feraient particulièrement peur aux clients venus des provinces dont certains craindraient que les flics ne leur demandent des pièces d’identité ou les papiers de leurs engins. En plus, plusieurs usagers considéreraient la zone piétonne délimitée tout autour du marché comme une sorte de «rempart infranchissable». En plus, les zones de parkings étant réduites pratiquement à une seule pour les deux-roues et assez éloignée des entrées du marché pour les voitures, plusieurs personnes préfèrent aller voir ailleurs que de devoir tourner en rond.

    R 3.jpgMême les propriétaires des boutiques qui ouvrent sur la rue ou celles qui jouxtent le marché ne vivent pas moins l’enfer de cette fameuse zone piétonne. Puisqu’il n’est pas autorisé d’y stationner, les clients potentiels ne s’y aventurent même pas. Ceux qui sont obligés d’aller par exemple à une librairie papeterie située dans les environs tombent si régulièrement dans les panneaux de la Police municipale que le patron de la boutique est obligé de palabrer avec les policiers pour sortir ses clients du pétrin.

    On comprend le souci d’éviter, vaille que vaille, le retour du désordre autour et à l’intérieur du Rood-Woko réhabilité. Mais force est de constater qu’à force d’exhiber l’argument sécuritaire, le marché fait peur. Et pourtant, cette infrastructure marchande a été réhabilitée grâce à des prêts que la mairie de Ouagadougou doit rembourser. Il faut donc tout faire pour éviter le fiasco.