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maquis

  • Nuisances sonores à Ouagadougou

    Depuis quelques semaines et par médias interposés, le torchon brûle entre le maquis «La Jet 8» et un groupe de résidents de la cité «1200-Logements» sis au secteur 14 de Ouagadougou. À l’origine de cette bagarre: un voisinage difficile entre le bar dancing et des riverains qui se disent assaillis par des nuisances de toutes sortes. En novembre dernier, ils se sont ligués une première fois en publiant une lettre de protestation au maire contre l’ouverture du maquis. Mais visiblement le bourgmestre n’a pas eu une oreille attentive à cette levée de boucliers. Contre vents et marées, La «Jet 8» a bel et bien pris son envol.

    Dame Zaïnatou Kontogomdé, qui s’y connaît dans le goût des «maquisards», n’a pas fait dans la dentelle pour que son nouveau coin attire le plus de monde possible. Comme des papillons à la recherche de nouveaux nectars, c’est par centaines que les clients se ruent sur la «Jet 8» et sa renommée a largement dépassé le cadre de la cité. Évidemment, les jeunes du quartier ne se laissent pas conter ce qui se passe à l’intérieur du maquis.

    Pendant ce temps, le groupe de résidents mécontents n’en a pas démordu. Bien au contraire. Il a cru mieux fonder ses protestations en commettant, en décembre et janvier, un huissier pour constater et confirmer (c’est selon) ses incriminations. Aussi, à la suite d’une investigation qu’il dit avoir menée de jour comme de nuit, Me Séverin Somda a livré un rapport aussi long que détaillé qui semble corroborer la plainte qu’il a reçue. «... J’ai constaté, à travers mes multiples allées et venues, qu’effectivement la situation du maquis, compte tenu de la proximité des maisons d’habitation, de la fréquentation des lieux par des mineurs, rend difficile la maîtrise de l’éducation des enfants mineurs; en sus, le lieu est fréquenté par des personnes à la moralité douteuse et aux mœurs légères. En outre, j’ai constaté que le son de la musique, si élevé, ne permet pas un paisible repos des riverains», a conclu l’huissier dans un document publié le 25 janvier par notre confrère L’Observateur paalga. La réponse de la bergère au berger ne s’est pas fait attendre. Dans une interview publiée le 30 janvier par «Le Pays», Zaïnatou Kontogomdé prend le contre-pied du constat de l’huissier, l’accuse de «diffamation» et «d’espionnage» et regrette que son «bar soit ainsi diabolisé». Tout en reconnaissant que les reproches de nuisances sonores peuvent se justifier et être réglées à l’amiable, elle pense que «si on doit fermer le bar à cause de l’éducation des enfants, qu’on ferme alors les autres bars... ».

    Tous les regards sont tournés vers la mairie de l’arrondissement de Bogodogo qui a accordé une autorisation d’exercer au maquis, certainement en toute connaissance de cause. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au-delà des bruits que provoquent les nuisances évidentes de la «Jet 8» qui n’est certainement pas un cas isolé, la prolifération des maquis et ses corollaires pose un réel problème social. Ce n’est certainement pas en cassant le thermomètre qu’on va faire baisser la fièvre que provoque la ruée vers les maquis.

     

    IL Y A AUSSI LE «KASSETO»

    Un bras de fer est également en cours entre les étudiants de la cité universitaire de l’immeuble Kafando à Tampouy et les responsables du maquis «Kasséto» situé au pied du bâtiment. Il n’y a pas longtemps, les étudiants avaient manifesté leur mécontentement face au son de la musique qui perturbe leur concentration. Dans l’immédiat, le propriétaire du coin avait réussi à calmer les jeunes en réduisant le volume des décibels. Mais cela n’a été que de courte durée. La musique du Kasséto a recommencé de plus belle à perturber la tranquillité des pensionnaires. Pour l’heure, une pétition serait en train de circuler dans les chambres pour aboutir à l’arrêt définitif des activités du maquis, visiblement incompatibles avec la vie des étudiants.

     

    FORTUNES DIVERSES

    POUR LES MAQUIS

    La prolifération des maquis à Ouaga a un certain rapport avec la crise ivoirienne. À côté des bons vieux bars dont la plupart étaient concentrés autour des quartiers Dapoya, Paspanga, Koulouba ou Tiedpalgho, on a vu pousser, comme des champignons, une panoplie de maquis dont les dénominations sont aussi provocatrices que révélatrices du nouvel esprit. De la «Gazèta» à la «Gazèta plus», en passant par «La Gazoum» et «La Ligaze», tous ou presque ont connu les mêmes problèmes que ceux dont La «Jet 8» est taxée aujourd’hui. Le premier a dû changer plusieurs fois de gérance et de style pour ne pas être complètement fermé. Suite à plusieurs plaintes de son voisinage et à des verbalisations répétées de la police municipale, le second est redevenu un restaurant et le troisième a été fermé par la police pour, dit-on, «atteinte aux bonnes mœurs», entre autres. D’autres maquis, tels «Virus B52», «Serum 4x4», «Le Pouvoir», «Le Nope», «L’éclat d’acier», ont disparu sans crier gare.

     

    MAQUIS ET NUISANCES DANS LES CITéS

    Si les «révolutionnaires d’août 83» avaient voulu rapprocher les loisirs des populations en installant les bars au cœur des cités, force est de reconnaître que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la cohabitation ne se passe pas sans grincements et désagréments. Il n’y a qu’à faire un tour au Kundé de la cité An II, au Festival de la Cité An III et dans les nombreux maquis qui inondent la cité An IV A de l’Avenue Kwame Nkrumah pour se rendre compte que la liberté des maquisards ne s’arrête pas toujours là où commencent celle des résidents. À qui la faute?

     

    INTROUVABLES STATISTIQUES

    Bien malin qui peut dire le nombre de maquis, bars et gargotes en service dans la ville de Ouagadougou. À la mairie, on esquive la question en vous renvoyant aux arrondissements qui, eux, se cachent derrière «la permission de l’autorité» pour ne pas répondre. Appelé en rescousse, le commandement de la police municipale se gratte longtemps la tête avant de vous renvoyer vers la police nationale qui vous renvoie à la mairie. Vous l’avez donc compris. Ou bien personne ne connaît le nombre de maquis, ou bien on ne veut pas le donner. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas résoudre efficacement l’épineux problème des nuisances sans ce minimum. C’est peut-être là où le bât blesse.