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médias

  • Ceux qui ont fait le Burkina en 2008

    P 5.jpgL’année qui s’achève aura été faite au Burkina par des hommes et des femmes qui méritent bien que le Dromadaire s’arrête sur leurs faits et gestes. Non pas pour leur distribuer des palmes ou des blâmes. Mais pour signaler ce qu’ils ont pu faire ou n’ont pas fait et qui risque de continuer à marquer l’année qui vient. Si certains ont eu la chance de faire l’événement, d’autres ont été plutôt faits ou défaits par des événements qui se sont imposés à eux. C’est tout cela qui a probablement contribué à orienter l’année 2008 et à lui imprimer un certain rythme.

    Le moins que l’on puisse relever, c’est que «la vie chère» et ses dégâts collatéraux auront été un sujet très marquant qui a conduit le politicien et agitateur social Nana Thibault en taule. Le remaniement ministériel du mois de septembre a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Mais bien avant, le «réajustement gouvernemental» de mars -à l’issue duquel seul l’ex-tout-puissant sinistre d’Etat Calife Diall’Eau a été débarqué- n’a pas moins fait jaser. Cela a été même perçu dans certains milieux comme un «séisme» qui devrait annoncer d’autres bouleversements. On a également cru à des chamboulements au sein du mégaparti au pouvoir, suite au mouvement d’humeur des «refondateurs», mais rien n’y fit en fin de compte. Marc Oubkiri Yao et ses camarades frondeurs sont, apparemment, rentrés dans les rangs.

    Au gouvernement comme au Congrès pour la démocratie et le progrès, la «guerre de Troie» n’a donc pas eu lieu. Il a seulement fallu attendre l’interview que le Blaiso national a accordée, le 10 décembre, à nos confrères de L’Observateur paalga, du Pays et de Sidwaya pour apprendre que Gorba était en fait encombrant et gênait le pasteur Testicus Zorro. Serait-ce cela seul qui a valu son débarquement du gouvernement et son éloignement jusqu’à Vienne, en Autriche? Cela va peut-être se savoir un jour.

    On sait au moins qu’il est allé remplacer Béatrice Damiba qui est revenue pour présider aux destinées du Conseil supérieur de la communication (CSC) en lieu et place de Luc Adolphe Tiao promu, au cours de l’année, ambassadeur du Burkina à Paris. Ce fut en réalité un jeu de chaise musical. Mais tous les remplacements n’ont pas été des plus heureux.

    Nommé président de l’Université de Ouagadougou à la place de Odile Noucoulma, le Pr Jean Coulidiati a visiblement manqué de tact dans la gestion des revendications estudiantines au point d’aboutir à une fermeture du campus dont les plaies sont encore béantes. Zambendé Théodore Sawadogo, qu’on croyait avoir gagné un jackpot en se faisant élire président de la Fédération burkinabè de football, n’arrive toujours pas à trouver les sous qu’il faut pour faire démarrer le championnat national. N’eurent été les victoires engrangées par les Etalons seniors et cadets, il n’aurait probablement pas échappé aux foudres des supporters qui ont dû contraindre l’équipe de Seydou Diaquitté.

    Plus heureusement, Alain Yoda a remplacé Djibrill Bassolé comme sinistre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale et bat ainsi le record d’une longévité gouvernementale sans interruption. L’Ange Djibrill a gagné du galon. Et c’est à lui qu’il revient de conduire les négociations jusqu’à l’extinction du brasier du Darfour. Sa nomination à ce poste par le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) et par le président de l’Union africaine (UA) est le signe du dynamisme de la diplomatie burkinabè. Ce qui n’a pas empêché que la belle étoile dont bénéficie le Blaiso soit mise à mal par les déclarations de l’ancien chef rebelle libérien Prince Jonhson qui l’a accablé d’avoir été l’instigateur de la liquidation de son frère Thom Sank.

    Le nouveau patron de Reporters sans frontières (RSF), Jean-François Julliard, aura marqué un bon coup en marquant d’une pierre blanche le 10e anniversaire du drame de Sapouy en rebaptisant l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo». Un acte qui prouve qu’il peut aussi avoir l’audace provocatrice de son prédécesseur Robert Ménard dont le nom reste lié au dossier Norbert Zongo au Burkina. Chrisogone Zougmoré n’a pas moins réussi son baptême de feu à la tête du Collectif contre l’impunité par l’organisation remarquée et remarquable du 10e anniversaire. Du coup, ce mouvement que l’on disait agonisant a repris du poil de la bête et se repositionne comme un client sérieux face à un appareil judiciaire qui en avait bien besoin pour sortir aussi de son sommeil. Les choses risquent de bouger dans le placard des dossiers pendants.

     

    P 11.jpgJean Coulidiati: L’UO dans le mur

    Nommé président de l’Université de Ouagadougou fin décembre 2007, il n’a pas mis plus d’une année pour éprouver le poids et la complexité de cette mission pour laquelle Odile Nacoulma, son prédécesseur, a été éjectée en pleine année académique. Sa plus grande épreuve aura été la gestion de la crise du mois de juin. Dépassé par les événements, il n’a pas résisté à la pression qui a conduit à la fermeture du campus, pendant près de 5 mois. Avec le dernier débrayage du Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec), il a vraiment du pain sur la planche pour achever l’année 2007-2008 et commencer une nouvelle année.

     

    P 6.jpgZambendé Théodore Sawadogo: Foot sans sous n’est que ruine... 

    Elu président de la Fédération burkinabè de football (FBF), «contre vents et marrées», il est aujourd’hui confronté à un véritable casse-tête chinois pour financer le championnat national. Il peut se consoler du bon comportement des Etalons seniors et surtout des cadets qui se sont qualifiés pour la phase finale de la CAN qui aura lieu cette année en Algérie. Mais il doit avoir le triomphe modeste puisque rien n’est encore gagné par l’équipe nationale qui doit affronter de grosses légumes du foot africain, tels les Eléphants de la Côte d’Ivoire et le Sylli national de Guinée pour espérer se qualifier au moins pour la CAN Angola 2010.

     

    P 7.jpgAlain Yoda: sinistre sans interrupteur

    Avec sa nomination comme ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, il devient non seulement le ministre qui aura séjourné le plus longtemps dans l’équipe gouvernementale, mais aussi celui qui aura changé le plus de portefeuilles. De la gestion des Transports et du Tourisme en passant par le Commerce et la Santé pour aboutir aujourd’hui à la Diplomatie, il faut peut-être avoir un puissant marabout pour le faire. Même s’il se défend d’en avoir, Yod’Afro, devenu chauve par la force des choses, mérite bien le titre de deuxième n°1 du gouvernement en tant que sinistre d’Etat.

     

    P 4.jpgBéatrice Damiba: Mousso puissante

    L’ex-ambassadeur du Burkina à Vienne, en Autriche, aura marqué l’année par sa nomination à la tête du Conseil supérieur de la communication (CSC). Première femme à diriger cette institution, elle a aussi l’honneur d’accroître le nombre de «mousso puissantes» du Faso. C’est probablement pour marquer son mandat qu’elle a annoncé l’adoption de la convention collective des travailleurs des médias et de la carte de presse comme ses priorités de l’année. A voir l’évolution de la situation, elle va devoir accorder ses ambitions avec les réalités du terrain.

     

    P 8.jpgDjibrill Bassolé au Darfour et au moulin

    Considéré à raison comme le plus fidèle parmi les fidèles du Blaiso nouveau, il a réussi à tronquer son treillis de gendarmator contre le costume de diplomate. Ce qui lui a valu la confiance de l’ONU et l’UA pour éteindre le feu qui brûle au Darfour. La mission n’est pas facile, a priori, mais l’homme a visiblement le profil de la tâche. Et peut compter sur le carnet d’adresses de son boss Compaoré pour être à la fois au Darfour et au moulin.

     

     

    P 1.jpgNana Thibault:

    martyr au frais sans frais

    Taxé d’instigateur des émeutiers de la faim de février et mars, il a pris 3 ans de prison ferme à l’issue du fameux procès des casseurs. Pour cet agitateur social qui se réclame aussi d’être sankariste sans toutefois tourner le dos au rectificateur Blaise Compaoré, il paraît un peu injuste de lui faire porter la responsabilité d’une situation socio-économique internationale dont une goutte d’eau a fait déborder le vase. Mais il aura eu l’avantage d’avoir été fait martyr à peu de frais, en purgeant sa peine jusqu’au bout.

     

    P 10.jpgChrisogone Zougmoré: président réel du pays virtuel

    Ceux qui ont sous-estimé sa capacité à prendre la relève du président du «pays réel» Halidou Ouédraogo ont dû se raviser après l’organisation du 10e anniversaire du drame de Sapouy. L’homme semble avoir repris la flamme de la lutte contre l’impunité avec ses camarades. En faisant la Une des journaux au cours de la 2e moitié du mois de décembre, il prouve bien qu’il faut encore recompter avec le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques.

     

    P3.jpgMarc Oubkiri Yao:

    refondateur fondu dans la masse

    Le mouvement de refondation du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) n’aura donc été qu’un feu de paille. Le linge sale a été étalé sur la place publique, mais après moult disputes avec leurs camarades, ils ont fini par retourner dans les rangs. C’est ce qu’il faut croire, puisque ni Marc Oubkiri Yao, ni Pierre Joseph Tapsoba, Moussa Boly ou encore René Emile Kaboré n’ont été annoncés pour une autre formation politique.

     

    P 2.jpgSalif Diallo: mis en quarantaine à Vienne

    La dernière interview de Blaise Compaoré aura relevé les «vraies raisons» de son éviction du gouvernement. Il était non seulement un obstacle à «la cohésion de l’équipe gouvernementale», mais faisait trop d’ombre au pasteur Testicus Zorro. Même mis en quarantaine... à Vienne, son ombre a beaucoup pesé sur le gouvernement, le mégaparti au pouvoir et aussi sur son fief de Ouahigouya où on doit probablement reparler de lui au cours de l’année prochaine. Ne serait-ce que pour l’organisation du 49e anniversaire de l’indépendance.

     

    P 12.jpgPrince Johnson: gros gâteau  

    Quoique réalisée à mille lieues du Burkina, l’interview que l’ancien chef rebelle libérien a accordée à Radio France internationale (RFI) en octobre aura produit une onde de choc qui a valu une sortie du porte-parole du gouvernement, F’lipe-le-Parigot et pour cause. En accusant Blaise Compaoré d’avoir été le bras qui a décidé de la mise à mort de son prédécesseur Thomas Sankara, Prince Johnson a apporté de l’eau au moulin de ceux qui font de «l’enfant terrible de Ziniaré» le suspect idéal du meurtre de son frère et ami. On comprend alors le branle-bas qu’il y a eu au palais de Kosyam. Le Blaiso devait en avoir gros sur la patate contre ce gros gâteau.

     

    P 9.jpgJean-François Julliard: Débaptiseur sans frontières 

    En débarquant à Ouagadougou à l’occasion du 10 anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo, le 13 décembre, le nouveau secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) a prouvé qu’il «ne lâche pas l’affaire». En poussant le bouchon jusqu’à débaptiser l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo», il converse la même audace que son prédécesseur Robert Ménard qui n’aura ménagé aucune civilité pour exiger l’élucidation du dossier.

  • L'argent a pollué les relations-presse au Faso

    4e8a82623a227ae251afcfbdda06b47f.jpgDans la lettre qu’elle a adressée le 13 février pour inviter les organes de presse au «lancement du plan triennal de lutte contre la piraterie dans les œuvres artistiques et littéraires», la directrice de communication et de la presse (DCPM) du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication a eu la subtilité de glisser une ligne qui en dit long sur les rapports entre les institutions publiques et privées et les médias au Burkina. «Nous portons à votre connaissance qu’aucun budget n’est disponible pour la couverture médiatique de cette cérémonie», peut-on lire sur la correspondance. Pourquoi cette précision sur un document qui est supposée être une lettre d’invitation et non un bon de commande?

    Cette phrase, qui atterrit comme un cheveu dans la soupe, n’est pas aussi anodine comme peut le voir a priori. Elle a été expressément formulée pour couper l’herbe sous les pieds des organes de presse qui nourriraient l’intention de facturer leur «prestation». Une bien maligne prévention qui ne l’empêche pas, pour autant, de marteler un «vous saurai-je gré des dispositions que vous voudrez bien faire prendre pour la participation effective de votre structure à ladite cérémonie». A quoi rime cette insistance et pourquoi la faire, si on sait qu’on n’a pas les moyens de sa politique?

    D’un côté comme de l’autre, on est en plein dans un véritable jeu de cache-cache qui a fini par assombrir les relations de collaboration bien comprise qui devraient exister entre les institutions et les organes de presse. A force de facturer systématiquement toutes les demandes de couverture, sans attendre une commande expresse, les seconds ont progressivement dilué l’information publique dans une démarche de communication rythmée par la facturation tous azimuts.

    Lorsqu’un organe de presse est représenté à une des multiples cérémonies dont les comptes-rendus inondent les colonnes de journaux, les ondes des radios et les écrans de télévisions locales, c’est qu’il a été payé pour y être. Un glissement que certaines directions de journaux justifient par le fait que ce sont les organisateurs des séminaires, ateliers et autres manifestations sans intérêt informatif réel qui auraient intérêt à ce qu’on parle de leurs machins. Autrement dit, s’il y a des gens et des structures pour payer, les patrons de presse ne sont pas prêts à cracher dessus. Bien au contraire. L’information n’étant pas la denrée la plus prisée sous nos cieux, il va sans dire que les canards se dirigent prioritairement vers les sources d’eau vitales, quitte à nager très souvent à contre-courant de leur mission première.

    Mais le hic dans ce commerce, c’est que le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur sont complètement et en permanence floués. En dehors peut-être du carnet d’audiences du président et du Premier ministre, si presque tous les éléments des journaux parlé, télévisé, et les 3/4 des articles publiés dans la presse sont payés, il faut avouer qu’on finira par perdre le nord. Une presse «libre et responsable», comme nous aimons à nous en gargariser, c’est aussi une presse qui sait rechercher un équilibre financier vital tout en préservant des relations propres et transparentes avec ses «clients» et ses lecteurs. Tout le monde est coupable de la dérive. Mais il n’est jamais trop tard pour assainir les relations-presse. La crédibilité du pouvoir de la presse en dépend. Et on ne le dira jamais assez!

  • Quand Dieu ne passe que sur les télévisions privées...

    La fièvre de la télévision a fini par rattraper les «envoyés de Dieu» au pays des Hommes intègres. La téléprédication prend pied dans le petit écran, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les pasteurs ne se sont pas fait prier pour élargir leur champ d’influence par le biais du tube cathodique. Les «enseignements» du prédicateur burkinabè Philippe Mamadou Karambiri du Centre international d’évangélisation de Ouagadougou, figurent désormais en bonne place dans les programmes de Sport Music Télévision (SMTV) et de Canal 3, deux télévisions privées qui arrosent la capitale burkinabè et Bobo - pour la seconde. Il n’est un secret pour personne que la ferveur des téléspectateurs - toutes chaînes confondues - a dépassé celle des ouailles dans les lieux de culte.

    Ainsi, «le champ du Seigneur» s’est élargi sur les ondes. Canal Viim Koeega (CVK), qui était jusque-là la seule télévision confessionnelle à distiller «la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ», perd quelque peu l’exclusivité de la prédication télévisée. Mieux, certains prédicateurs sont prêts à mettre les moyens qu’il faut pour s’assurer une certaine visibilité sur les autres chaînes. Grâce au concours insoupçonné de la télévision, on peut toucher plus d’auditeurs qu’on ne peut l’imaginer. Et les bergers en quête de «brebis égarées» ne veulent pas rater l’aubaine que leur offre le miracle de l’audiovisuel. Eh oui! la télévision a remplacé toutes les églises associées. Par le petit écran, un «envoyé de Dieu» peut semer dans un champ bien plus vaste que celui de l’espace étriqué d’un temple. S’il y a une grande influence chrétienne dans certains coins de la planète comme au pays de l’Oncle Sam, c’est en partie grâce à tous les grands prédicateurs à la télévision. Les mêmes causes peuvent-elles produire partout les mêmes effets? Rien n’est moins sûr.

    Le rêve américain a toujours hanté tous ceux qui partagent la même foi que les Ricains. Mais si la prédication télévisée a l’avantage de toucher un large public, elle a aussi l’inconvénient de mettre la «parole de Dieu» au même niveau que toutes les marchandises que l’on tente de vendre à travers la télévision. Lorsque Dieu est présenté comme une superstar du petit écran, il ne faut pas s’étonner qu’on le mette en concurrence avec les autres stars et qu’on tire le bouchon jusqu’à le banaliser au pire des cas.

    Certes, la vie de la plupart des Burkinabè n’est pas piégée par le vertige de la société de consommation où tout peut s’acheter et se vendre. Mais quand on sait que dans l’environnement médiatique qui est le nôtre le passage à la télévision est payée d’une manière ou d’une autre, il y a peut-être lieu de recadrer les choses dans les justes proportions. La montée de la téléprédication sur les chaînes privées a certainement trouvé un terrain favorable sur lequel elle se déploie sans aucun problème. Que ferait-on si les autres confessions religieuses - et Dieu sait qu’elles sont légion au Faso - décidaient de se payer aussi leur temps d’antenne à la télévision privée ou publique?

    Dans le temps, il y avait un service télévisuel public qui permettait aux principales tendances religieuses qui cohabitent au Faso de promouvoir leur foi et leurs croyances plus ou moins équitablement à la télévision nationale. La nature ayant horreur du vide, il y a peut-être lieu de rétablir la religion dans ses droits pour éviter que Dieu ne soit privatisé à la télé. Le débat mérite d’être ouvert pour la santé - au propre comme au figuré - de la sacro-sainte laïcité du Faso.