31.01.2007
Quand Dieu ne passe que sur les télévisions privées...
Ainsi, «le champ du Seigneur» s’est élargi sur les ondes. Canal Viim Koeega (CVK), qui était jusque-là la seule télévision confessionnelle à distiller «la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ», perd quelque peu l’exclusivité de la prédication télévisée. Mieux, certains prédicateurs sont prêts à mettre les moyens qu’il faut pour s’assurer une certaine visibilité sur les autres chaînes. Grâce au concours insoupçonné de la télévision, on peut toucher plus d’auditeurs qu’on ne peut l’imaginer. Et les bergers en quête de «brebis égarées» ne veulent pas rater l’aubaine que leur offre le miracle de l’audiovisuel. Eh oui! la télévision a remplacé toutes les églises associées. Par le petit écran, un «envoyé de Dieu» peut semer dans un champ bien plus vaste que celui de l’espace étriqué d’un temple. S’il y a une grande influence chrétienne dans certains coins de la planète comme au pays de l’Oncle Sam, c’est en partie grâce à tous les grands prédicateurs à la télévision. Les mêmes causes peuvent-elles produire partout les mêmes effets? Rien n’est moins sûr.
Le rêve américain a toujours hanté tous ceux qui partagent la même foi que les Ricains. Mais si la prédication télévisée a l’avantage de toucher un large public, elle a aussi l’inconvénient de mettre la «parole de Dieu» au même niveau que toutes les marchandises que l’on tente de vendre à travers la télévision. Lorsque Dieu est présenté comme une superstar du petit écran, il ne faut pas s’étonner qu’on le mette en concurrence avec les autres stars et qu’on tire le bouchon jusqu’à le banaliser au pire des cas.
Certes, la vie de la plupart des Burkinabè n’est pas piégée par le vertige de la société de consommation où tout peut s’acheter et se vendre. Mais quand on sait que dans l’environnement médiatique qui est le nôtre le passage à la télévision est payée d’une manière ou d’une autre, il y a peut-être lieu de recadrer les choses dans les justes proportions. La montée de la téléprédication sur les chaînes privées a certainement trouvé un terrain favorable sur lequel elle se déploie sans aucun problème. Que ferait-on si les autres confessions religieuses - et Dieu sait qu’elles sont légion au Faso - décidaient de se payer aussi leur temps d’antenne à la télévision privée ou publique?
Dans le temps, il y avait un service télévisuel public qui permettait aux principales tendances religieuses qui cohabitent au Faso de promouvoir leur foi et leurs croyances plus ou moins équitablement à la télévision nationale. La nature ayant horreur du vide, il y a peut-être lieu de rétablir la religion dans ses droits pour éviter que Dieu ne soit privatisé à la télé. Le débat mérite d’être ouvert pour la santé - au propre comme au figuré - de la sacro-sainte laïcité du Faso.
16:26 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Burkina, médias, liberté de presse

