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justice burkinabè

  • La justice burkinabè à l'épreuve d'une tentative d'assassinat

    P 1.jpgA peine a-t-elle emménagé dans son Palais rénové du centre-ville que la justice doit affronter une affaire aussi brûlante que délicate: la présumée tentative d’assassinat du représentant de la British American Tobacco (BAT) au Burkina. Les faits remontent au 8 octobre 2008. Selon des sources concordantes, des tueurs à gages auraient été recrutés pour occire le sieur Bandyan Travaly à son domicile de Ouaga 2000 dans la nuit. Heureusement pour ce dernier, le coup a foiré et les bruits de la tentative sont parvenus aux services de renseignements de la gendarmerie. Une enquête s’est ouverte aussitôt et 6 poissons sont tombés dans les filets des pandores. Dans le lot, il se trouve un certain Issouf Ouédraogo, que l’on dit «proche» de Salif Ouédraogo, P-DG du groupe Kossouka, un partenaire d’affaires de BAT. Les 5 autres seraient des agents d’une agence de gardiennage dénommée «Force de sécurité et protection» agissant sous les ordres d’un certain Ferdinand Bamogo. Les présumés «tueurs à gages» auraient déclaré agir pour le compte du sieur Salif Ouédraogo dont Issouf Ouédraogo ne serait que l’intermédiaire qui aurait assuré les aspects financiers et logistiques de l’opération. 

    Face à une accusation si grave, les limiers de la gendarmerie auraient demandé à entendre le P-DG de Kossouka. Celui-ci se trouvant hors du pays à la date des faits, il aurait tout de même été joint, probablement par téléphone, et aurait promis de rentrer au pays pour répondre de la charge qu’on faisait peser sur lui. Plus de deux semaines après cette promesse, il ne se serait toujours pas encore pointé ni devant les enquêteurs de la gendarmerie, encore moins devant la juge d’instruction à qui le dossier a été confié.

    De ce qui a pu filtrer jusque-là du dossier, on confirme l’inculpation des 6 personnes signalées plus haut ainsi que l’ouverture d’une instruction judiciaire. Selon des sources généralement bien informées, les inculpés seraient «isolés» et sous bonne surveillance à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). Ont-ils déclaré quelque chose de nouveau? Mystère et boule de gomme. Et comme les gens ont horreur du vide au Faso, c’est Dame rumeur qui a bonne presse dans les lieux publics. De déperdition en aggravation de l’information, certains vont jusqu’à répandre l’ineptie selon laquelle «ce sont les vigiles qui étaient chargés de la sécurité de M. Bandyan qui ont été payés pour l’éliminer». Comme on devait s’y attendre, l’aberration était trop grosse pour ne pas secouer le Conseil burkinabè des agences de gardiennage. Mais loin d’éclairer une opinion légitimement en quête d’informations fiables sur la présumée tentative d’assassinat, cette organisation s’est bornée à défendre sa chapelle. C’est de bonne guerre, mais le doigt ne peut pas cacher la lune. Au-delà des rumeurs les plus saugrenues, cette affaire ne met pas moins la justice à l’épreuve. L’opinion a besoin de savoir ce qui s’est réellement passé dans cette fameuse nuit du 8 octobre. Y a-t-il eu effectivement tentative d’assassinat? Qui en sont les responsables, les commanditaires?

    P 2.jpgIl faut peut-être encore attendre (pour combien de temps?) avant d’avoir des réponses à ces questions. Car, au niveau de la justice, on semble se hâter lentement. Joint au téléphone, le procureur du Faso, Issa Kindo, n’est pas allé par quatre chemins: «Le dossier suit son cours... Il faut encore patienter», nous a-t-il indiqué. A la question de savoir s’il n’y a pas lieu de rassurer l’opinion que le dossier «ne sera pas noyé dans les eaux troubles», il s’est voulu plus diplomate. «Le dossier est bien instruit. J’ai confiance en la juge d’instruction, c’est une dame très rigoureuse», a-t-il ajouté, non sans préciser qu’il se doit de respecter le «secret de l’instruction». Voilà qui est au moins clair. Même si cela laisse toujours l’opinion sur sa soif ou sa faim (c’est selon). Ceux qui veulent danser plus vite que la musique de la justice doivent donc trouver un autre air.

    La présence annoncée des dirigeants de BAT à Ouagadougou va-telle changer la donne? A en croire notre confrère Fasozine qui a lancé le scoop sur son site, cette expédition aurait pour objectif d’«évaluer le déroulement de l’enquête sur la tentative présumée d’assassinat de Bandyan Travaly». Doit-on croire qu’en plus de l’opinion burkinabè la justice a aussi une certaine opinion internationale sur le dos? Jusqu’où peut aller la British American Tobacco dans cette affaire?

    Alors que décembre approche et que des pétitionnaires se liguent pour la réouverture du dossier Norbert Zongo, tout porte à croire que le mois de froid menace d’être chaud pour la justice. A moins que, d’ici là, le Procureur du Faso prenne le devant des choses et rassure de vive voix sur cette affaire et sur les autres qui risquent d’être exhumées avec.