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  • La police de proximité est là, mais l'insécurité et le grand banditisme persiste

    1dafc12206efdf56a75c02be52d83ebf.jpg“Police de proximité» et «Comités locaux de sécurité». Ce sont là les nouveaux concepts sécuritaires auxquels les Burkinabè doivent s’habituer depuis le début de cette année. Pétri dans la Loi n°032/2003/ AN du 14 mai 2003, le concept de police de proximité se veut «une nouvelle méthode de gestion de la sécurité publique». Une nouvelle méthode qui prend en compte le développement d’un nouveau partenariat entre les forces de sécurité et les populations. Par cet aménagement de la gestion de la sécurité, les services compétents devront s’intégrer aux collectivités locales pour mieux connaître leurs préoccupations en termes de besoins sécuritaires tandis que les populations doivent être désormais impliquées dans la prévention de la criminalité et des troubles à l’ordre public.

    Ainsi naquirent les Comités locaux de sécurité (CLS) à travers la relecture du décret n° 98-379/PRES/PM/MATS/DEF du 15 septembre 1998. La décision initiale ayant été prise dans un contexte de «manque d’information et de formation des différents acteurs» impliqués, il a fallu attendre pour prendre un bon départ. Pendant ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Djibril Bassolet, le ministre accoucheur du concept, a migré, en juillet 2007, au département des Affaires étrangères, et c’est au colonel Assane Sawadogo qu’est revenu le soin de le lancer officiellement.

    Après le coup d’essai où les premières graines de la police de proximité ont été semées en juillet 2005 à Koupèla pour le compte de la région du Centre-Est, à Fada en février 2006 pour l’Est, à Bobo-Dioulasso et à Gaoua en janvier 2007 respectivement pour les Hauts-Bassins et le Sud-Ouest, le cap est désormais mis sur l’installation des CLS. Le premier acte du nouveau patron des flics est intervenu le 10 janvier avec l’installation des Comités locaux de sécurité des régions du Centre et du Plateau central.

    Bien qu’ils n’aient pas exhibé d’indices publics d’efficacité de cette nouvelle approche de sécurité intérieure, Assane Sawadogo a fait un «bilan positif» du mouvement enclenché par son prédécesseur. Mais son optimisme n’en semble pas moins démenti sur le terrain. Rien que le week-end dernier, les coupeurs de route ont encore fait parler d’eux sur les axes routiers Fada-Diapaga dans la région de l’Est et Ouaga-Dori dans le Sahel. Dans la capitale, le crime crapuleux perpétré par le jeune Abbas Damen sur Idrissa Ouédraogo, dit Daouda, agent de change à l’aéroport, a plongé le pays dans l’émoi et la consternation. Ce n’est donc pas du pain qui manque sur la planche de la lutte contre l’insécurité et le grand banditisme.

    Que peuvent véritablement les Comités locaux de sécurité? En les confinant au simple rôle de «prévention», ne coure-t-on pas le risque de les transformer en de sulfureux cercles de délation ou milices au service de gourous paranoïaques qui voient des ennemis partout? Ces questions méritent d’être posées, surtout dans un contexte sociopolitique où l’on a visiblement du mal à se défaire des réflexes de défense de chapelles politiques. Le ministère de la Sécurité aura-t-il les coudées franches pour éviter aux CLS certaines dérives des CDR - entendez les fameux Comités de défense de la Révolution - qui continuent de hanter certains?

    Force est de reconnaître que la révolution qui consiste à rapprocher la police des préoccupations des populations en matière de sécurité vaut réellement la peine d’être vécue. Mais il faut craindre que cela ne crée des angoisses de plus. Une police de proximité assortie de Comité locaux de sécurité, c’est bien. Cela paraît même original. Mais il faut que cette nouvelle vision de la police ait surtout les moyens de sa politique.

     

    Jusqu’où peuvent aller les comités?

    Selon les textes réglementaires, le Comité local de sécurité est composé 9 membres - dont 8 sont issus de la communauté villageoise ou du secteur - et d’un agent de sécurité. Son rôle est de prévenir le grand banditisme et la criminalité en faisant des propositions de solutions aux forces de sécurité. En clair, il y a plus de risque que le CLS fasse de la dénonciation - pour ne pas dire de la délation - qu’une véritable gestion des problèmes quotidiens de sécurité de la collectivité. Son statut est d’autant plus délicat qu’on ne sait pas comment il va procéder pour obtenir les informations dont il a besoin. Ses membres ne seront-ils pas plus tentés par le règlement de comptes à leurs supposés adversaires politiques ou à leurs rivaux qu’à régler les vrais problèmes d’insécurité et de troubles à l’ordre public? Ce sont là des zones d’ombre qui méritent d’être éclaircies pour qu’on sache jusqu’où les CLS peuvent aller et à quoi ils vont réellement servir.

     

    Que vaut encore le policier dans la cité?

    Le ministère de la Sécurité ne met-il pas la charrue avant les bœufs en se lançant dans l’aventure de la police de proximité sans enquêter sur l’image que les populations ont de la police et des policiers?  Que reste-t-il de la confiance que les populations se doivent d’avoir aux forces de sécurité? Un sondage préalable élargi à tous les usagers de la police aurait permis de lever les équivoques. Hélas, le ministre de la Sécurité semble se limiter à lever «la peur du gendarme et du policier» en passant sous silence ce qu’on peut penser de ce que ces personnes font ou ne font pas et surtout de l’impression que leur fonction laisse aux populations. Or, pour arriver à une «complicité positive» entre les forces de sécurité et les populations, il faut que chacun accepte de se remettre d’abord en cause.

     

    Aura-t-il les moyens de la police de proximité?

    Aussi innovante que puisse paraître l’idée de la police de proximité, elle ne pose pas moins le problème des moyens pour sa réalisation. Sur les 350 départements que compte le Burkina, il y en a au moins 160 qui n’ont aucune structure de sécurité. En 2005, le ministère avait évalué à 18 milliards de francs CFA le montant de l’enveloppe nécessaire pour la construction des infrastructures et leur équipement ainsi que le recrutement d’un effectif supplémentaire de 5 760 agents de police. Malheureusement, ce programme ne semble pas emballer les bailleurs de fonds. Seulement la France vient de se manifester par la signature d’une convention dont la contribution est évaluée à 1,5 milliard. L’Etat lui-même n’a pu réunir que 790 millions. Entre les prévisions et les disponibilités financières, le fossé est encore grand. Les ambitions de la police sont visiblement à l’épreuve du nerf de la guerre.  

     

    Une police si loin, si proche

    La France est curieusement le seul et principal partenaire technique et financier du Burkina dans la mise en œuvre du concept de police de proximité. Cette idée, qui a été concoctée dans les années 90 aux bords de la Seine - sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002- connaît des écueils et des fortunes diverses. «Police de proximité» ou «police proche des gens»? La polémique enfle en France. En attendant qu’elle démarre ici, il faut espérer que la rhétorique ne noie pas ce besoin essentiel qui est d’avoir plus de sécurité et donc des interventions promptes, sérieuses et efficaces aussi pour bien prévenir que pour traiter les cas avec diligence. Un point c’est tout.