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education non formelle

  • "L'éducation pour tous" entre utopie et défi

    E 1.jpgSelon les prévisions revisitées des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le pari de l’«Education pour tous d’ici à 2015» est impossible à tenir. C’est bien dommage pour plusieurs pays du Sud, dont le Burkina, qui peinent à trouver les moyens de leur politique éducative. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour donner un coup de fouet à l’éducation de base, mais ce qui reste à faire est tout aussi gigantesque. Face à l’immensité du défi et à l’urgence des actions à entreprendre dans certaines régions du pays, on peut même être tenté de croire que l’«Education pour tous» n’est qu’une utopie. Mais est-il pour autant impossible que l’utopie cède la place au défi?

    Jadis, on pouvait encore déplorer un déficit de volonté politique en matière d’éducation fondamentale. De nos jours, les initiatives ne sont pas encore à la hauteur des ambitions, mais celles-ci ont désormais pignon sur rue. Le Blaiso a même accompli l’acte symbolique de se rendre, en janvier 2003, à Pantaloana pour donner le déclic politique nécessaire à la promotion des alternatives éducatives telles les écoles satellites où l’enseignement des langues nationales tient désormais et légitimement sa place à côté du français. A côté et/ou parallèlement à l’école primaire dite classique, on assiste à la floraison des Centres d’éducation de base non formelle (CEBNF) où l’enseignement théorique se conjugue avec une formation à la production pour produire des têtes bien faites et des mains agiles, bref des jeunes garçons et des jeunes filles capables de «se débrouiller dans la vie».

    Après plusieurs années d’expérimentation d’une école qui n’a produit que trop de déchets, le Burkina semble résolument tourné vers la réforme de l’éducation de base. Les experts nationaux et internationaux planchent là-dessus, mais le chemin reste encore long et les défis immenses. Car, au fur et à mesure qu’on avance vers la recherche de cette nouvelle voie, il faut résoudre les problèmes posés par l’ancien système. Ainsi, si les salles de classe sont clairsemées dans certaines régions du pays du fait du désintérêt pour l’école ou des déperditions diverses, ailleurs, les classes sont pleines à craquer. L’offre ploie sous le poids d’une demande devenue trop lourde par une démographie à croissance exponentielle, mais aussi par le retour des compatriotes piégés par la crise ivoirienne.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’urgence semble avoir écartelé le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers. Ils sont parfois obligés de choisir entre le besoin pressant de construire une école pour accueillir des enfants qui en ont marre de prendre des cours sous des abris de fortune et l’obligation non moins pressante de bâtir des logements pour les enseignants. Conséquence: de braves instituteurs de brousse sont parfois obligés de dormir dans des salles de classe pour accomplir leur «plus beau métier». Cette situation inconfortable peut paraître surréaliste. Et cela de façon légitime. Mais n’est-ce pas pour leurs efforts surréalistes que les enfants et tous les enfants sont redevables à leurs maîtres d’école?

    Ce qui manque le plus, au Burkina Faso, c’est l’énergie sociale et politique nécessaire pour faire de l’«Education pour tous» «l’affaire de tous». Et si cela se réalise, les communautés éducatives de base ne viendront plus à tout attendre de l’Etat pour faire de l’utopie de l’éducation pour tous les enfants de leurs communautés respectives le seul devoir du gouvernement. Les associations des parents d’élèves, celles des mères éducatrices et encore des comités de gestion des écoles prendront plus souvent le temps d’échanger sur les problèmes qui entravent la bonne marche des écoles dont ils ont la charge, non pas pour attendre des solutions du sommet de l’Etat ou du ciel, mais pour qu’ils trouvent eux-mêmes des solutions viables.

    Ainsi, l’«Education pour tous» ne sera plus une simple illusion ou une utopie, mais un défi de tous et pour tous. Telle est la principale leçon que l’on peut tirer de la caravane de presse organisée par le Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (REJCED) et qui a sillonné les régions de l’Est, du Centre-Est, des Hauts-Bassins et des Cascades entre le 12 et le 30 octobre en faveur de l’accélération de l’éducation des filles.

    E 2.jpgDes CEBNF pour que l’éducation soit bénèf

    L’expérimentation des complexes scolaires (école primaire classique, centre d’alphabétisation, jardin d’enfant et école des métiers) au cœur des Centres d’éducation de base non formelle (CEBNF) apparaît comme une réponse originale à l’équation éducation et développement. Mais ce n’est pas encore le grand engouement comme on a pu le constater dans le village de Djigouera, dans la province du Kénédougou, et surtout à Yendéré, dans la Comoé, où il n’y a que 5 apprenants en cours de formation. Pour que cette alternative soit tout bénèf, il faut encore y renforcer le côté apprentissage des métiers et la production pour que les jeunes qui sortent des CEBNF soient opérationnels pour leurs parents et pour leurs communautés.

    Guéna ne veut plus de grossesses indésirées

    Après avoir bénéficié d’un complexe scolaire avec l’appui de l’Unicef, les habitants de Guéna, dans le Kénédougou, veulent désormais leur collège à eux. Dans ce village qui bat le record en matière de parité, la classe de CM2 compte 35 filles contre 15 garçons. Seulement voilà, «lorsque nos filles vont à Orodara pour poursuivre leurs études, elles nous reviennent avec des grossesses», se sont indignés des parents. Il se pose un problème de structures fiables d’accueil pour les jeunes filles qui veulent poursuivre leurs études. Certaines auraient même été victimes de viols dans un internat à Orodara. D’où la nécessité de sécuriser les filles. Et la solution, selon les villageois de Guéna, ne peut venir que de la construction d’un CEG dans leur localité.

    La gratuité de l’école est toujours mal comprise

    La «gratuité de l’école et des manuels scolaires» continue de pourrir l’atmosphère autour des écoles primaires. Pour certains parents, la «gratuité» est simplement synonyme de «ne plus rien payer». Malheureusement, l’opacité dans laquelle baignent nombre d’associations de parents d’élèves (APE) ne permet pas toujours de clarifier la question des cotisations et de l’utilisation qu’on en fait effectivement. Il est à noter aussi que lorsque les fameux manuels scolaires sont acheminés en retard dans les écoles, cela crée une confusion monstre et préjudiciable pour les bénéficiaires.

    E 3.jpgDes classes pleines à craquer

    Dans les quartiers non-lotis et nouvellement lotis de Bobo-Dioulasso, il se pose un réel problème de places assises pour les enfants admis à l’école primaire. A la nouvelle école Sarfalao, ils sont 152 au CP1, 157 au CP2 et 168 au CE1. La demande scolaire est si forte dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades que les directeurs régionaux et provinciaux de l’enseignement de base ne savent plus où mettre la tête. Ce qui a fait dire à Mahamoudou Barry de la Direction de la promotion de l’éducation des filles qu’«il faut castrer les Bobo à défaut de leur imposer la planification familiale».