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  • Fortunes diverses pour les "fidèles" du président

    a957c04e133a5a579d4efd8d210e181a.jpgL’éviction, en pleine nuit de Pâques, de Calife Diallo du gouvernement continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Normal. Pour cet homme qui passait pour être le numéro 2 du système Compaoré ou encore l’homme à tout faire, le robot du gigaparti au pouvoir , il y a de quoi ne pas se satisfaire des conjectures servies le lendemain à la presse par le Premier ministre et le président du Faso.

    Si le premier peut encore justifier le départ de son ex-ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques par le souci de la «cohérence» et de la «collégialité», le grand manitou est le seul qui détient la vérité sur ce léger remaniement qui fait grand bruit. C’est d’ailleurs lui seul qui fait et défait les hommes et les femmes qu’il appelle à partager son naam. Si les ministres et autres môgô puissants du Palais et du CDP préfèrent garder le silence ces jours-ci, c’est moins parce qu’ils n’en ont pas envie. Lorsque l’un des «fidèles parmi les fidèles» est brusquement éjecté, il vaut mieux bien garder sa langue. Le porte-parole du gouvernement même n’a-t-il pas volontairement choisi de divertir les journalistes aux aguets lors du premier conseil des ministres du gouvernement réaménagé du mardi 25 mars?

    «Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», dit-on. Mais dans la tragédie politicienne qui se joue au sommet de l’État, chacun semble avoir son tour chez le coiffeur Blaise Compaoré. Ceux qui gravitent autour de la galaxie de l’enfant terrible de Ziniaré ont connu et connaissent des fortunes diverses. En la matière, Calife Diallo n’est donc pas le premier déchu et ne sera certainement pas le dernier. On se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, lorsque nos confrères de la TéNéBreuse ont susurré, à la rentrée télévisuelle de décembre dernier, qu’il y aurait un remaniement ministériel en l’air, le Premier ministre Testicus Zongo a voulu mettre sa main au feu. Heureusement qu’il ne l’a pas fait et ce qui devait arriver arriva à Pâques.

    Hier, c’est l’éjection de Mélégué Traoré, le danseur émérite de Kankalaba, de son confortable fauteuil de président de l’Assemblée nationale qui avait fait grand bruit. D’autres môgô puissants ont connu les mêmes déboires que lui, d’autres ont même quitté la scène pour toujours, pour ne pas dire qu’ils ont été contraints de garder définitivement le silence. On n’arrivera probablement pas à dérouler toute la liste de déchus. Ce qui est sûr, c’est que le feuilleton de la traversée de désert d’anciens barons n’est pas encore à son dernier épisode.

    A qui le tour?

    970bca719aff04c080455dffb1fc50ce.jpgDe mauvaises langues parlent de Simon Compaoré, le tonitruant maire de la capitale, ou encore du Rocczilla, le seul président qui a battu le record de longévité au perchoir. Mais pourquoi pas François Compaoré, le petit frère du président himself? Ce n’est peut-être qu’une question de temps.

    L’avenir nous le dira.

    Au commencement était Thom Sank

    Commentant le réajustement ministériel, Me Benewendé Sankara avait donc raison d’affirmer que «Blaise Compaoré a écarté plus que Salif Diallo». Le patron de l’UNIR/MS voulait ainsi parler du capitaine Thomas Sankara, comme pour dire que si «le frère d’armes» et «l’ami» a connu la plus tragique des séparations, ce n’est pas sur une simple éviction du gouvernement qu’il faut s’apitoyer.

    Ensuite vinrent d’autres cadavérés

    L’une des premières sanctions de la Compaorose a été sans pitié à l’égard de ses proches compagnons et frères d’armes. Accusés de convoiter le fauteuil présidentiel, le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo ont été définitivement écartés en septembre 89. Sans compter la fulmination infligée à l’idéologue Oumarou Clément Ouédraogo. Dans les archives des dégâts collatéraux de la Rectification de la Révolution, ceux qui recherchent les déchus du système ont certainement beaucoup de grain à moudre.

    Et ceux qui ont été «faits» après

    Des bidasses très zélés, qui faisaient la pluie et le beau temps dans les casernes et en ville, n’ont pas moins connu le triste sort d’être ‘’kafcidentés’’, sans autre forme de procès. Les cas du lieutenant Nidar Gaspard Somé, cadavéré dans un accident de la circulation en 91, et du sergent-chef Arzouma Ouédraogo, alias Otis, tombé en disgrâce dans l’affaire Hyacinthe Kafando et zigouillé sur la route de Bobo en 97, sont la preuve que le zèle n’est pas toujours un gage d’une protection sans condition.

    Les disgraciés et réhabilités

    Le capitaine Boukary Kaboré, alias Le Lion, a certainement eu plus de chance que les autres. Après s’être rebellé contre la prise de pouvoir de Blaise Compaoré en tentant de s’appuyer sur ses camarades du Bataillon d’infanterie aéroportée de Koudougou, il a connu l’exil, mais a bénéficié d’une amnistie. Il en est de même pour l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando qui, après des bisbilles qui l’ont envoyé en exil, est revenu dans les bonnes grâces et arbore fièrement son costume de député à l’Assemblée nationale pour le compte du parti au pouvoir. Eclaboussé par une sombre histoire de tracts au début de la période de Rectification, le ministre Laurent Sedego, remplaçant de Calife Dialleau, aurait pu connaître aussi un sort tragique. Enfin, ce n’est certainement pas le dernier, le général Kouamé Lougué a été traîné dans la ténébreuse affaire de coup d’État d’octobre 2003, mais il ne s’est finalement pas noyé.

    Enfin les anciens barons qui se cherchent

    Les civils qui se sont approchés du Saint des saints de la galaxie n’ont pas moins connu des fortunes diverses. Promu Premier ministre après Youssouf 1er, Roch Marc Christian Kaboré a aussi connu sa traversée du désert avant de rebondir comme président du parti puis comme président du Parlement depuis 2002. Son prédécesseur, Mélégué Traoré, n’aura eu droit qu’à un mandat avant de tomber dans la disgrâce. Premier président de cette auguste Assemblée, Arsène Bongnessan Yé n’aura fait lui aussi qu’un mandat, avant de rejoindre le fond de la classe depuis sa légendaire gaffe de «chef de terre». Quant à Nabobo Kanidoha, il doit se contenter d’être simple député après avoir brillé comme sinistre de la Défonce et l’un des hommes forts du parti au pouvoir.