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  • Des odeurs de corruption à la Police burkinabè

    C4.jpgDes agents du Commissariat central de police de la ville de Ouagadougou et du service des passeports seraient éclaboussés par des affaires de corruption qui risquent de faire de la mauvaise publicité à la Police nationale. A l’origine de cet embarras, il y a aurait une «saisine administrative» adressée au ministre de la Sécurité par le Réseau national de lutte anti-corruption (Ren-Lac) depuis le 10 décembre 2008. Celui-ci fait état de «pratiques illégales en cours dans les services de police chargés de l’établissement et de la légalisation de pièces administratives», de «circuits parallèles»,...

    Probablement choqué par ces accusations peu honorables pour sa troupe, le colonel Emile Ouédraogo aurait jugé nécessaire de faire prendre des «mesures conservatoires» en attendant d’y voir clair. Ainsi, des barrières de sécurité ont été placées tout autour des murs du Commissariat central de Ouagadougou et la zone est désormais interdite de parking. Mais le hic dans ce nettoyage en règle, c’est que les parqueurs se sont sentis visés comme des persona non grata. Et comme on devrait s’y attendre, ils n’ont pas voulu se faire chasser de leur «lieu de travail» sans autre forme de procès. Ils ont cherché à comprendre la raison pour laquelle ils sont devenus aussi subitement indésirables. Et c’est là que tout a éclaté.

    Certains ont même réussi à obtenir une copie de la «saisine administrative» qui est à l’origine de leur éloignement des murs du Commissariat. Morceau choisi: «En effet, au Commissariat Central de Ouagadougou, un circuit parallèle permet de légaliser les pièces d’état civil en quelques minutes. Une somme de 1 000 F CFA est perçue si la pièce à légaliser est accompagnée de son original. Elle est de 2 000 F CFA si la pièce à légaliser n’est pas accompagnée de son original. La collecte des différentes pièces à légaliser et de l’argent se fait par des intermédiaires qui rôdent autour du Commissariat central et qui se font passer pour des parqueurs, des vendeurs de timbres fiscaux ou des vendeurs de cartes de recharges téléphoniques.» Voilà donc l’os. Serait-ce sur la base de cette révélation que le ministre de la Sécurité a fait prendre la décision de boucler les alentours du Commissariat central? Ou bien est-ce le commissaire central qui a agi ainsi de son propre chef?

    C 1.jpgAu cabinet du ministre de la Sécurité où nous avons tenté d’en savoir plus, le secrétaire général a préféré renvoyer la patate chaude au commissaire central. Contacté au téléphone, celui-ci s’est disposé dans un premier temps à nous rencontrer pour d’amples explications, mais le «dossier doit suivre probablement son cours».

    En attendant, il est aussi intéressant de remarquer que le brûlot du Ren-Lac n’accuse pas que des sous-fifres de parqueurs et de vendeurs de timbres fiscaux et de cartes de recharge. Il charge également des policiers qui seraient en service au sein du Commissariat central. Morceau choisi: «Selon les informations choisies, l’argent collecté est réparti au gré de l’agent de police chargé de récupérer les pièces et de les faire légaliser. La répartition suivrait le principe suivant: sur une somme de 1000 francs CFA perçue par pièce, 500 à 750 francs CFA reviennent à l’agent de police qui fait légaliser les pièces et 250 à 500 francs CFA à l’intermédiaire collecteur des pièces. Sur la somme de 2000 francs CFA, 1500 à 1750 francs CFA reviennent à l’agent de police qui fait légaliser les pièces et 250 à 500 francs CFA au démarcheur ou collecteur de pièces». Compte tenu de ces accusations assez salissantes pour l’image du Commissariat central, la logique aurait voulu que les autorités procèdent à une enquête parallèle afin d’infirmer ou de confirmer la situation exposée par le Ren-Lac. Mais en ramenant le problème au simple fait de la proximité des parkings, on ne fait que le déplacer. Du reste, les parqueurs ont été éloignés, mais rien ne prouve que la bande des «intermédiaires» ne continue pas d’opérer avec la complicité de policiers. D’ailleurs, le commerce de timbres fiscaux continue de se faire dans les environs du Commissariat par des marchands ambulants. Et cela ne semble gêner personne.

    L’interpellation du Ren-Lac a le mérite de mettre le doigt sur un vieux problème. La promiscuité entre les policiers et des intermédiaires ne date certainement pas d’hier. Pour certains habitués des services du commissariat, cela relève pratiquement des «habitudes». C’est connu: quand on connaît quelqu’un à qui on peut glisser quelque chose, on est sûr d’obtenir promptement et rapidement ce qu’on veut. Ce sont ces mauvaises pratiques qu’il faudrait combattre en allant jusqu’aux racines du mal. La plaie des «circuits parallèles» et des «prestations illégales» n’est pas propre au Commissariat central de Ouagadougou. On est même tenté de croire que c’est un mal policier. Dernier morceau choisi: «Un autre circuit porte sur l’établissement de l’ancienne Carte d’identité burkinabè (CIB) en une journée et sans la présence de l’intéressé. La technique est très simple. Un intermédiaire collecte les dossiers des CIB à établir et les remet à un agent de police qui les fait établir dans un commissariat de police d’une province proche de Ouagadougou contre le paiement de la somme de dix mille (10 000) francs CFA. Un dernier circuit permet d’obtenir un passeport en trois jours au plus. Cet établissement prompt du passeport se fait moyennant le paiement de la somme de vingt mille (20 000) francs CFA en sus de la somme de vingt cinq mille (25 000) F CFA légalement versée au Trésor public. Les dossiers et l’argent sont collectés par un démarcheur installé devant le commissariat de la police de Ouagadougou qui les fait parvenir à un agent de police travaillant dans le circuit de l’établissement des passeports».

    Signalons qu’ampliation de la saisine administrative du Ren-Lac a été faite à l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat (ACE). Le Premier ministre Testicus Zorro n’a-t-il pas dit qu’il voulait des preuves de corruption et de fraudes? Dans ce dossier qui fait grand bruit autour du Commissariat central, il a au moins des pistes. Encore faut-il les explorer, ici et maintenant. En tout cas, le lièvre est levé, il faut le poursuivre!