19.06.2009
L'université de Ouagadougou dans une mauvaise passe
Depuis la refondation au forceps de l’Université de Ouagadougou, notre «Temple du savoir» de Zogona ne connaît pratiquement plus d’année académique normale. Malgré la création de nouveaux campus à Bobo-Dioulasso et à Koudougou, la surcharge des amphis crève l’œil. Le Siao a même été transformé en vitrine du déficit d’infrastructures. Les années passent, les crises et convulsions se succèdent et les étudiants ne savent plus à quel saint se vouer pour sortir de l’impasse. Pour une fois, ce ne sont pas ces derniers qui refusent d’aller dans les amphis, mais des enseignants qui crient galère.
Cela fait plusieurs semaines que le gouvernement clame avoir ouvert des négociations avec le Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec). Mais loin de parvenir à un consensus véritable, les deux parties semblent plutôt jouer au ping-pong. La pomme de discorde reste la «revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur». Chacun lit cette revendication sous le prisme de ses lunettes et surtout selon ses intérêts du moment.
Pour l’exécutif, il s’agit ni plus ni moins d’une demande d’augmentation de salaire déguisée qui, si elle était accordée sans ménagement de la susceptibilité des autres formations syndicales, ouvrirait une boîte de Pandore, celle des plates-formes de différents corps de métiers qui subissent au même degré les affres de la «vie chère». Est-ce pour cela que les ministres en charge du dossier ont choisi la logique du dilatoire et du pourrissement de la situation?
Après les premières tractations qui ont abouti à l’apurement d’une dette sociale estimée à plus d’un milliard de francs CFA due aux enseignants, il n’y a plus eu d’avancées significatives dans le processus de sortie de crise des universités. En effet, si le déblocage de cette somme a permis de désamorcer la première grève annoncée par le Synadec en janvier, les différentes négociations entreprises par la suite n’ont pas encore permis de mettre fin à la «grève indéterminée» dont le mot d’ordre court toujours.
Pendant ce temps, des semaines se sont écoulées, les étudiants scrutent en vain l’horizon pour voir revenir leurs profs. Jusqu’à quand devront-ils encore patienter? Le hic c’est que l’année académique n’attend pas. On ne peut pas prolonger indéfiniment une année universitaire qui était déjà amputée d’un trimestre entier pour fait de grève l’année dernière. En plus, l’Université de Ouagadougou est tellement débordée, voire désaxée, que tout retard dans l’exécution des cours normaux devient un nouveau boulet au pied du ministère de l’Enseignement supérieur.
Chacune des deux parties en conflit social était supposée être consciente de cet enjeu capital qui est d’éviter de nouvelles difficultés à un enseignement supérieur déjà agonisant au Faso. Hélas. Comme d’habitude, c’est la guerre des ego. Personne n’est assez humble pour consentir à sauver l’essentiel. Et les mêmes causes, pour ne pas dire les mêmes conneries, produisent les mêmes effets. On fait beaucoup de bruit dans la presse au lieu de régler les vrais problèmes.
Le 3 juin dernier, 4 ministres du gouvernement ameutaient les journalistes et tenaient une conférence de presse de plus de deux heures d’horloge pour étaler «les efforts du gouvernement» sur la place publique. Mais en fait de conférence de presse, il s’agissait pour le gouvernement de prendre l’opinion à témoin de ce qu’il considère comme tout ce qu’il a pu faire pour ramener les enseignants grévistes à la raison. Pour cela, il a usé (et même abusé) de la déférence de la TéNéBreuse pour faire diffuser l’intégralité des déclarations des membres du gouvernement en une édition spécialement dédiée au bras de fer qui les oppose au bureau du Synadec. Là où le bât blesse, c’est que ce point de presse s’est fait sans même attendre la répondre de ce syndicat aux nouvelles propositions faites par l’exécutif.
Dans ce pays où la «parole est désormais libérée» - pour citer une phrase chère au Blaiso national -, la réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Le 8 juin, le Synadec organise à son tour une conférence de presse pour, dit-il, «rétablir la vérité et apporter l’information juste au public». Soit. La seule déclaration liminaire a duré près d’une heure d’horloge. Tout était organisé pour répondre point par point aux «accusations» et autres «mensonges du gouvernement». Mais en fin de compte, il n’y a eu point de bonne nouvelle sur une éventuelle normalisation des cours à l’Université, donc de retour des enseignants à leurs postes. Il n’y avait rien que des accusations et des contre-accusations. Les étudiants de l’Université de Ouagadougou, qui ont assisté nombreux et par curiosité à cette conférence, sont repartis plus que jamais pessimistes sur l’issue de l’année académique.
Cette année, ils auront moins de chance que les cadets des classes de Terminale qui, eux, pourront passer tranquillement leur baccalauréat le 20 juin prochain. Même les enseignants du Synadec étaient disposés à prendre part à l’organisation de ce diplôme, mais le ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique a choisi de les écarter. «Le gouvernement a annulé la convocation des enseignants grévistes», a laissé entendre le secrétaire général du Synadec. Pour lui et ses camarades, il s’agit là d’un autre signe évident de manque de confiance. Comme si cela ne suffisait pas, ils se sont également dit choqués et frustrés par le fait que depuis le déclenchement de la grève, l’administration universitaire leur refuse toute délivrance d’ordre de mission pour se rendre à l’étranger ou à l’intérieur du pays. Pour cela, ils entendent «saisir le ministère des droits humains pour violation de leur droit d’aller et de venir». Comme on peut le voir, on n’est nullement sorti de l’auberge. Le bras de fer risque de se poursuivre plus longtemps qu’on ne l’imagine. A moins que le président du Faso himself, «grand facilitateur de dialogue direct», ne décide d’entrer dans la danse pour mettre un holà au ping-pong entre le gouvernement et le Synadec.
En attendant peut-être, ce sont les étudiants qui paient les pots cassés. Et certaines langues fourchues estiment que c’est parce que les ministres et autres môgô puissants ont planqué leurs fistons dans les universités du Nord qu’ils peuvent se permettre ainsi de laisser perdurer cette situation. En tout cas, quoi qu’il en soit, il faudra bien que quelqu’un paie cette dette académique-là. Tôt ou tard.
15:34 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : université de ouagadougou, synadec, burkina, enseignement supérieur
22.09.2008
Qui veut la tête du DG de Air Burkina?
Y a-t-il, oui ou non, crise à Air Burkina? Cette question lancinante aurait pu servir pour un jeu-concours, avec à la clé un billet d’avion Ouaga-Paris-Ouaga. Seulement, il sera bien difficile d’obtenir une réponse qui fasse l’unanimité. Surtout entre la direction générale de la compagnie aérienne et le personnel. Et pourtant, si l’on s’en tient aux cris d’alerte dont les échos inondent les journaux, la boîte traverse une zone de turbulences. Mais lorsqu’on cherche à démêler les fils du présumé malaise, on se retrouve dans un véritable labyrinthe où personne ne veut laisser manger ce piment-là dans sa bouche. Aussi, si crise il y a, tout porte à croire qu’il s’agit d’une patate chaude que les parties supposées en conflit se lancent. Pire, ceux qui sont supposés y être impliqués de loin ou de près préfèrent également garder le cadenas sous la langue. Pendant ce temps, la guéguerre de tranchées perdure.
A l’origine de la palabre, tout aurait commencé avec la fameuse grève de février dernier. Un débrayage en règle au cours duquel les travailleurs se sont livrés à une démonstration de force qui a paralysé la compagnie pendant 48 heures. Comme ils devraient s’y attendre, ce mouvement n’a visiblement pas été digéré par la direction générale, qui a gardé une dent contre les meneurs. Et pour cause, plusieurs semaines après la grève, elle a décidé de retenir la «journée du 1er février sur la paie du mois de mai du personnel ayant participé à la grève sauvage et illégale». Il ne le fallait pas. Malgré les négociations qui permirent de mettre la balle de la grève à terre, avec le concours des ministres en charge des Transports et du Travail et de la Sécurité sociale, cette missive venait ainsi déterrer la hache de guerre. Naturellement, les délégués du personnel accueillirent cette mesure comme une provocation de trop. Du reste, ils le firent savoir au ministère du Travail qui leur donna raison.
Mais c’était sans compter avec l’adage qui veut que «La vengeance est un plat qui se mange froid». Et ce qui devait arriver arriva. Au mois de mai, Francis Ouédraogo, un technicien d’avion réputé pour ses frondes, offrit au directeur général la cravache qui allait servir à le chicoter. Plusieurs sources concordantes affirment que l’infortuné aurait signé un document en lieu et place de son supérieur hiérarchique pour, dit-il, rendre service à un collègue. Conséquence, le directeur général se saisit de cette gaffe qu’il n’hésite pas à qualifier de «faute lourde». Pire, Mohammed Ghelala en fait un motif de licenciement. Ce qui provoque immédiatement un tollé. Réponse du berger à la bergère, les délégués du personnel crient au «licenciement abusif». L’affaire passe à l’Inspection du Travail, au ministère du Travail avant d’échouer en justice.
D’un bras de fer né d’une grève mal digérée par la direction générale qui tenait à la faire payer, tout semble se cristalliser aujourd’hui autour de l’affaire de licenciement non moins mal digéré par un groupe de travailleurs. Mais le hic, c’est que les délégués du personnel sont eux-mêmes divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis des revendications de leur collègue licencié. Cette division semble visiblement profiter au directeur général qui exploite judicieusement la situation en affirmant à notre confrère L’Evénement n°147 du 10 septembre 2008 que: «Le problème ne concerne pas tous les délégués, mais un délégué. Il s’agit notamment de Francis Ouédraogo qui a été justement dénoncé par ses collègues.» Francis Ouédraogo serait-il effectivement lâché par ses collègues comme l’affirme le DG? Quel intérêt auraient-ils à le faire?
Ce n’est pas chercher des poux sur un crâne rasé que de soumettre ces questions à l’épreuve d’un fait qui a été savamment orchestré le 10 septembre dernier. Ce jour-là, la compagnie devait recevoir un nouvel avion que le DG et le président du conseil d’administration étaient allés chercher en Italie. Tout a été apparemment bien organisé pour que le personnel réserve un accueil digne des grands jours à l’appareil. Ce qui est, somme toute, normal pour cette compagnie qui acquérait son 2e avion nécessaire à la fluidité de ses dessertes. Mais au-delà de l’accueil, il y avait une véritable démonstration de force: celle de prouver à l’opinion que les travailleurs d’Air Burkina sont unis et mobilisés autour de leur staff. La mise en scène a été parfaite, puisque «presque tout le monde était là», s’était réjoui un travailleur. Et lorsque nous avons demandé au DG comment il gère la crise qui secoue sa compagnie, il n’est pas allé par quatre chemins pour répondre: «Une compagnie qui est en crise n’amène pas un nouvel avion.» Comme pour marquer un point supplémentaire sur ses détracteurs, il note que «La présence du ministre des Transports - qui était effectivement présent à l’aéroport, ndlr - est la preuve du soutien que le gouvernement apporte à Air Burkina. Je l’ai accueilli avec beaucoup d’émotion». Qui a dit que le torchon brûlerait entre Ghelala et les autorités burkinabè? Qui veut la tête de Ghelala comme un trophée de guerre?
Cette autre question délicate mérite d’être posée. Surtout que, dans le déballage auquel on assiste, la plupart des griefs semblent se concentrer autour de la gestion du DG. Aurait-il effectivement perdu le contrôle d’Air Burkina, comme certaines langues semblent le distiller? S’il est vrai que la compagnie traverse sérieusement une zone de turbulences, pourquoi les délégués du personnel et le conseil d’administration hésiteraient-il à panser la plaie avant qu’il ne soit trop tard? Pourquoi les délégués du personnel ont-ils peur de poser le problème de leur outil de travail à visage découvert?
Eu égard à toutes ces questions qui ne font qu’enfler la guéguerre, il y a peut-être lieu de percer définitivement l’abcès. Cela y va de l’intérêt d’abord du personnel et de la direction générale qui ne font que subir le contrecoup d’une mauvaise publicité et aussi des autorités burkinabè, notamment du ministère des Transports qui, quoi qu’on dise, détiennent toujours une part non négligeable de 14% dans les actions d’Air Burkina qui arbore, de surcroît, les couleurs nationales.
12:52 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Air Burkina, grève, crise, compagnie aérienne, Burkina, Mohamed Ghelala
28.07.2008
Burkina: un remaniement de tous les suspens
En principe, Testicus Zorro serait en train de mettre la dernière main à la composition de sa nouvelle équipe. Ce ne serait qu’une question de temps pour qu’il lâche au grand jour les Tertius’ boys que tout le monde semble attendre désormais. En tout cas, les rumeurs qui bruissent de toutes parts sont si fortes qu’on se demande si ce n’est finalement pas le Blaiso qui veut faire durer le suspense en mettant encore les pieds sur le nouveau prochain gouvernement.
Selon des sources bien introduites, le projet de remaniement n’est plus un secret dans les couloirs des ministères. On en parle tellement que certains croient savoir qui partira et qui restera. Ainsi serait-on sûr du départ prochain du dernier des ministres d’Etat, respacé de l’héritage que Che Yonli a refilé à Testicus. Alain Bédouma Yoda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, serait en train de faire ses valises pour d’autres cieux ou un autre fauteuil - c’est selon. Même Radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville, a déclassé cette information de sa rubrique rumeurs. Les conjectures se poursuivent, par contre, sur la nouvelle destination de Yod’Afro. Ce qui ne devrait pas causer de casse-tête outre mesure. Pour avoir, pendant plus de 12 ans, usé ses cheveux au gouvernement au point de devenir presque chauve, l’ex-patron du RSI et cofondateur du méga CDP ne devrait pas avoir trop de souci à se faire. Après avoir été successivement ministre des Transports et du Tourisme puis du Commerce avant d’atterrir au département de la Santé où il a été fait ministre d’Etat, il est incontestablement l’un des doyens qui a réussi à traverser les gouvernements Kadré Désiré Ouédraogo, alias KDO, Paramanga Ernest Yonli et maintenant Testicus Zorro. Est-ce la longévité qui le pousse aujourd’hui à aller voir ailleurs? Contrairement au shérif du Yatenga qui a dû quitter le navire avec beaucoup de fracas et de tracas, Yod’Afro semble vouloir quitter les affaires avant que les affaires le quittent. C’est tant mieux pour lui. La logique aurait voulu qu’il se prenne un repos bien mérité. Mais la politique a sa logique que la raison ignore.
Son ‘’cousin’’, Le Lenga Hypocrite, que tous les scandales de routes et de ponts ont paradoxalement bétonné dans son fauteuil des Infrastructures, devrait aussi prendre congés, après plus de 9 ans de naam au gouvernement.
Jean-Baptiste Compaoré, le très enraciné argentier du gouvernement, serait également sur le point de départ. Aurait-il demandé à aller voir ailleurs ou serait-il simplement dépassé par la gestion de la vie chère qui lui a fait pousser quelques cheveux blancs supplémentaires? Ce proche de la famille présidentielle passe également pour ceux qui ont le plus partagé le naam gouvernemental. Avant d’être ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Finances et du Budget en novembre 2000, il a été Secrétaire général du Premier ministre de 1996 à 2000. Confirmé ministre plein en juin 2002, il aura été longtemps un homme du sérail. A l’instar des autres crocodiles du même marigot, il n’ira pas nécessairement boire ailleurs. Il est probable qu’il reste tout près, ici au Faso, ou ailleurs dans les ambassades encore vacantes ou qui vont l’être par les prochains jeux de chaises musicales qui ne manqueront pas au cours des prochaines semaines.
C’est, du reste, par ce jeu dont le Blaiso seul tient la manivelle que Calife Diall’Eau, ci-devant ministre d’Etat remanié à la dernière fête de Pâques, serait sur le point d’être le prochain ambassadeur du Faso à Vienne, en Autriche. Apparemment, les choses auraient été calées depuis belle lurette, mais on attendait d’officialiser le point de chute de Béatrice Damiba, désormais ex-ambassadeur, pour positionner Gorba. C’est chose faite à la tête du Conseil supérieur de la Communication (CSC) où Béa remplace Tiao promu ambassadeur à Paris. Et le shérif du Yatenga remplacera donc Béa. Visiblement, les ambassadeurs - anciens et nouveaux promus - ont le vent en poupe. Tout porte à croire qu’ils sont les meilleurs pions sur le damier du Blaiso.
On peut aussi croire que la période des vacances sera la plus appropriée pour ce remaniement ministériel. En tout cas, avec les vacances prématurément provoquées à l’Université de Ouagadougou, le front social est si calme que le Blaiso s’est permis le coup de la dernière augmentation du prix du carburant à la pompe. Une mesure qui est tombée comme un terrible coup de massue dans la mare de la vie chère. Comme on pouvait s’y attendre, la réplique des syndicats n’est allée guère au-delà des colonnes des journaux. Rien à avoir avec la grève des transports qui a paralysé Abidjan à l’issue de la dernière hausse des prix des hydrocarbures au pays de Gbagbo. C’est connu. Au Faso, les syndicats n’osent guère sonner la charge sans leurs bras armés naturels que sont les élèves et les étudiants. En l’absence des frondeurs de service, il n’a donc pas été difficile pour le gouvernement de faire avaler la pilule du relèvement du prix du jus.
Avec une fin d’année scolaire et académique aussi calme, il faut peut-être s’attendre à ce que le Blaiso choisisse d’en profiter pour recadrer le gouvernement. Au cas où il aurait plus de sortants que d’entrants, ce sont les vacances gouvernementales elles-mêmes qui ne seront plus nécessaires. Les nouveaux promus n’auront plus qu’à se préparer pour affronter les angoisses qui ne manqueront pas à la prochaine rentrée des classes.
13:14 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Remaniement ministériel, Burkina
11.07.2008
Infrastructures routières comme une épreuve de Sysiphe au Burkina
Hypolite Lingani, ministre des Infrastructures et du Désenclavement, a vraiment du souci à se faire ces jours-ci. Alors que le tout premier échangeur vient d’être enfin ouvert à la circulation, c’est une partie de l’Est du Burkina qui a été déconnecté du réseau routier. Dans l’après-midi de mercredi 25 juin, un pont s’est effondré près du village de Liguidi Malgdem sur la route nationale n° 16 (RN 16), c’est-à-dire l’axe Koupèla Tenkodogo, route du Togo. Compte tenu de la position stratégique de cette voie, on comprend aisément les désagréments et surtout la galère que vivent les camionneurs et les opérateurs économiques suite à l’enclavement momentané.
Piégés de chaque côté du pont, jeudi 26 juin dernier, de longues files de camions ont dû changer de route pour sauver leurs cargaisons. N’eût été la bifurcation qui passe par la RN 5 via Garango, des milliers de camions se seraient entassés à l’entrée du pont cassé. Jeudi dernier déjà, on pouvait voir une file d’environ 20 km en quelques heures. Il a fallu songer à la déviation citée plus haut pour sauver les meubles. Mais là encore, on n’a pas réussi à tout sauver. Si les camions qui allaient à Ouagadougou - et au Mali pour ceux qui étaient en transit sur le territoire burkinabè - ont pu contourner l’obstacle, ce n’était pas le cas pour ceux qui allaient en direction de Fada N’Gourma et du Niger principalement.
120 millions pour raccommoder le pont
La situation du pont étant telle qu’il n’est pas possible de faire une déviation juste à côté, c’est un véritable casse-tête que l’équation du pont de Liguidi Malgdem. Parti pour le constat, le sinistre des Infrastructures et du Désenclavement a commis, sur le champ, la société SATOM pour le raccommodage du pont. Selon les chiffres avancés, l’opération coûtera la bagatelle de 121 millions de F CFA et devra durer environ un mois. Les dommages sont tels qu’il va devoir démolir une bonne partie de l’ouvrage et le reconstruire. Les poutres qui supportent la bande passante semblent avoir été sérieusement atteintes suite aux courants d’eaux qui sont passés sous le pont pendant toutes ces années. La météo ayant prévu de fortes averses pour l’hivernage en cours, il faut même craindre le pire.
Un pire qui a même failli arriver jeudi dernier, lorsque les forces de sécurité ont commis l’imprudence de laisser passer une cinquantaine de camions qui venaient de Ouaga et du Niger pour rallier la frontière du Togo. Pensant naïvement que ces mastodontes pouvaient passer sans trop de dommages parce qu’ils n’étaient pas chargés, les dalles ont failli céder complètement. Conséquence: les véhicules légers qui étaient seuls autorisés à traverser, sans leurs passagers, ne pouvaient plus le faire car les dégâts avaient empiré. Les passagers et autres usagers qui étaient obligés de passer obligatoirement par là faisaient la traversée à pied pour rejoindre un autre véhicule qui voudrait bien les amener à Koupèla ou dans d’autres villages environnants. Une petite déviation a été ouverte la semaine passée pour permettre aux petits véhicules de transport de contourner l’obstacle et de continuer ainsi à desservir les populations de la zone.
Comme on peut le voir, l’effondrement de ce pont crée certainement des désagréments en matière de circulation des personnes et des biens. Sa situation sur une des principales voies d’approvisionnement du pays en provenance du port de Lomé en fait une nouvelle «source de problèmes» pour le Faso. Pour bon nombre de transporteurs, il faut désormais compter avec un rallongement du trajet habituel. Au lieu de faire Ouagadougou-Tenkodogo frontière du Togo via Zorgho et Koupèla, il va falloir passer par Kombissiri, route de Manga, Garango avant de rallier Tenkodogo. Cette voie n’étant pas prévue pour supporter un trafic composé essentiellement de poids lourds qui se suivent quotidiennement par centaines, il faut craindre des dégâts collatéraux sur la route de la déviation.
Le flux de trafic qui est dévié sur la RN16 aboutit curieusement sur le tout premier échangeur ouvert à la circulation depuis dimanche dernier. En plus des camions en provenance du Ghana, le nouvel ouvrage doit donc faire de la place pour ceux en provenance du Togo, et ce pendant toute la durée des travaux de réparation du pont défoncé. Ce sera un bon test de résistance pour la nouvelle infrastructure réalisée à coups de milliards de CFA. Mais dans la course contre le monstre de l’enclavement, tout apparaît aujourd’hui comme une épreuve de Sisyphe.
Epreuve de sisyphe
Pire, un autre pont aurait cédé sur le même axe, précisément entre Bittou et Cinkansé. Là-bas au moins, on a réussi à faire une déviation juste à côté, mais ce passage provisoire n’est pas des plus aisés pour les gros porteurs obligés de tanguer dangereusement au risque de se renverser avec leurs chargements.
Quand un pont se démolit au moment où un échangeur sort de terre, il y a de quoi se demander si le Burkina arrivera à bout de son désenclavement. Le gouvernement peut se targuer d’avoir mis en chantier 3 échangeurs - qui créent d’ailleurs beaucoup de désagréments à des riverains -, mais cela ne résout pas le gros problème d’enclavement de zones entières du pays, surtout en cette période de pluie où la météo annonce de fortes averses sur le Sahel. A défaut de prévoir toutes les dégringolades de ponts qui peuvent survenir, il y a peut-être lieu de procéder à leur audit pour éviter des surprises désagréables telles que celles que subissent les transporteurs sur la RN 16. Autrement, le ministre Lingani et ses techniciens seront constamment obligés de puiser dans l’argent de construction des routes pour faire des réparations à n’en pas finir.
11:12 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ponts cassés, Burkina, Infrastructures routières, échangeurs
30.06.2008
Pénurie du ciment: les commerçants se sucrent et les consommateurs se saignent
Depuis quelques semaines, le ciment se fait rare sur le marché burkinabè. Comme tout «ce qui est rare est cher», les commerçants ont vite fait de renchérir les prix. En ce début de saison de pluies où la plupart de ceux qui ont un chantier de construction profitent de la flotte pour «faire avancer les travaux» ou les «achever» pour les plus nantis, c’est la croix et la bannière pour avoir l’ingrédient indispensable pour le béton. Comme on doit s’y attendre, la pénurie du ciment a ouvert la voie à toutes sortes de spéculations.
Contrairement au riz dont la plus grosse part est importée, les consommateurs avaient jusque-là le choix entre les produits de Diamond Cement - la société privée qui s’est fixé pour ambition d’approvisionner le marché local - et des produits importés des pays voisins. La production locale a également l’avantage d’être moins chère par rapport aux produits importés. Ce qui fait qu’elle était globalement la plus sollicitée. Mais le hic est que l’offre de Diamond Cement est, depuis un certain temps, en deçà d’une demande de plus en plus forte. Ce qui a provoqué la flambée des prix. De 5 000 à 5 500 F Cfa, la première qualité est passée à 6 500 F. Pire, il faut être dans le secret des commerçants pour avoir quelques paquets pour son chantier.
Ce sont les grincements de dents des consommateurs qui ont été sans doute à la base d’une concertation, le 3 juin dernier, entre le ministre du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’artisanat et le directeur général de Diamond Cement pour «échanger sur les pénuries de ciment, la hausse excessive du prix de ce produit constatée ces derniers temps sur le marché ainsi que les éventuelles difficultés que la société Diamond Cement rencontre dans l’approvisionnement du marché national en ciment et les voies et moyens d’y remédier», stipule le très officiel communiqué distillé par le ministère. Apparemment, le gouvernement semble avoir pris la mesure du problème.
En guise de solution, le ministère s’est juste fendu d’un communiqué pour, dit-il, «fixer le prix du ciment produit par la société Diamond Cement Burkina» le 11 juin. Malgré cette injonction assortie de menaces de «sanctions prévues par les textes en vigueur», les prix n’ont guère baissé. Bien au contraire. Tenez. Le prix de la tonne du CPA 45 est officiellement planché à 107 500 F, soit 5 375 F le sac. Sur le marché, la réalité est tout autre. Le même produit est allègrement vendu à 6 500 F. Ceux qui ont pensé invoquer la mesure gouvernementale pour espérer faire fléchir les commerçants se sont entendu dire: «Allez payer votre ciment au ministère.»
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les commerçants sont conscients de l’impuissance du gouvernement à mettre de l’ordre dans la flambée des prix. L’exemple du riz et de ses fameuses «boutiques témoins» est assez éloquent en la matière. Même si la société Diamond Cement clame qu’elle n’est «aucunement responsable de la hausse des prix», elle n’est pas moins incapable de satisfaire la demande. C’est la conjugaison de tous ces dysfonctionnements qui fait que les commers véreux continuent de se sucrer et les consommateurs qui veulent le ciment, à tout prix, sont obligés de se saigner. Ainsi va la «vie chère» au Faso.
Diamond Cement a les pieds dans le béton
Lundi 23 juin. Il est 18 heures. L’ambiance à l’entrée de l’usine de Diamond Cement de Zagtouli - à la sortie ouest de Ouaga - était aussi froide que la pluie qui venait de s’abattre sur la ville. Chauffeurs et apprentis, qui attendaient leur tour de chargement de ciment, avaient déserté les camions pour aller flâner ailleurs. Ceux qui avaient encore le courage de patienter sur place s’étaient rués sur la restauratrice qui venait de s’installer devant l’entrée de l’usine. Le benga chaud, ça fait du bien, pour chasser la fraîcheur de la pluie qui continuait de distiller ses dernières gouttes. Surtout que rien ne présageait de la fin de l’attente qui durait plusieurs jours déjà pour certains. Un jeune apprenti, à qui nous avions demandé depuis quand il était là, nous lança: «Ça dépend. On a chargé avant-hier, mon patron est parti en ville et je l’attends». A quand le prochain chargement? «Je ne sais pas. C’est ceux qui viennent avec beaucoup d’argent qui chargent vite. Les autres, on ne les regarde même pas», répondit-il, songeur. En fait, il voulait nous faire comprendre que les camions qui étaient stationnés n’étaient pas nécessairement logés à la même enseigne. Certes, leur problème commun est le ciment dont le chargement se fait au compte-gouttes. Encore faut-il avoir les poches suffisamment lourdes pour accéder à l’intérieur de l’usine.
Pour vérifier cela, nous prétextons chercher un «employé de la maison». Dès que nous franchissons le 2e portail, c’est un ouvrier tout couvert de ciment qui nous accoste. Il nous prend pour un camionneur ou un opérateur économique qui chercherait à «accélérer» son chargement: «Kôrô, vous voulez voir quelqu’un?» «Non. Je ne comprends pas pourquoi ça tarde comme ça. Quel est le problème ici?» Sans trop de précaution, il m’explique qu’en fait «les machines sont bloquées» et que le ciment ne sort plus comme avant. Et que si j’étais pressé, il suffit de «voir» ses chefs. «Comment faire pour les voir?» Mon interlocuteur qui est sûr de tomber sur un pigeon n’hésite pas à me dire qu’il suffit de «donner 25 000 ou 30 000 F» pour faire sortir plus vite le «OS», l’ordre de servir. Un échange fortuit, mais assez édifiant sur les gymnastiques auxquelles certains grossistes se livrent pour entrer en possession de leur livraison de ciment.
A propos de la lenteur de l’usine, l’ouvrier-dealer est formel: «Les machines ne donnent plus bien. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas dire la vérité aux gens.» Selon les informations officielles, le staff de Diamond Cement s’affaire à installer une nouvelle unité pour augmenter sa production actuelle de 40 000 à 80 000 tonnes. En attendant, la cimenterie a quelque peu les pieds dans le béton.
Du ciment ghanéen dans le circuit
Avec la pénurie et la hausse du prix du ciment burkinabè, les revendeurs ont eu l’ingéniosité de mettre le ciment ghanéen dans le circuit. Si ce produit vient combler l’incapacité actuelle de Diamond Cement, son prix s’élève à 6 500 F le sac - soit 130 000 F la tonne - alors qu’il ne coûte qu’entre 8 500 et 9 000 cedis au Ghana, soit entre 3 500 F et 4 000 F CFA. C’est une aubaine pour ceux qui gèrent cette nouvelle filière et qui doivent secrètement souhaiter que la cimenterie locale continue de s’emmêler les pinceaux. Après le «monopole» que d’aucuns dénoncent sur le ciment du Togo, voici venu un «new deal» avec le ciment du Ghana. On aurait pu espérer une concurrence dans cette diversité à l’importation. Mais hélas, le prix du ciment ghanéen est déjà trop cher pour les consommateurs moyens.
Les pieds nickelés du ciment
La rareté du ciment a fait naître des dealers de toutes sortes. Ils sont désormais autour du marché de Sankaryaré, rabattent les clients vers l’arrière-cour où les stocks de ciment sont dissimulés. Là-bas, c’est à prendre ou à laisser. La tonne du CPA de Diamond Cement est à 130 000 et «on ne discute pas. Il y a beaucoup de gens qui attendent. Si vous ne voulez pas, revenez lorsqu’on aura une autre livraison». Il faut bien graisser la patte de tous les intermédiaires et autres dealers qui se sont introduits dans le circuit, sans compter les faux frais à l’usine. A ce rythme, l’inflation a de beaux jours devant elle au Faso.
11:30 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, pénurie du ciment, Diamond Cement, Burkina
12.06.2008
Le Burkina à l'épreuve de son hospitalité légendaire
Alors que le Blaiso national vogue de reconnaissances sous-régionales en reconnaissances internationales, le Burkina doit faire face à une vague déferlante de réfugiés touareg. Le gouvernement n’est visiblement pas préparé à cette situation imprévue dans son budget financier et social. Surtout, pas en ces temps de vie chère, où l’enfant terrible de Ziniaré ne sait pas à quel saint se vouer pour gérer les angoisses des siens. Pris entre le marteau de ses nouveaux habits de «faiseur de paix» à l’extérieur de ses frontières et l’enclume de ses réalités intérieures, on se demande jusqu’où Blaise Compaoré peut aller dans le jeu de cette carte de l’hospitalité que les réfugiés touareg maliens quémandent avec insistance.
En allant rendre visite, vendredi dernier, à ces ‘’réfugiés’’ qui ont pris d’assaut le site du stade du 4-Août, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale - accompagné de sa collègue déléguée à la Coopération régionale et de celle de l’Action sociale et de la Solidarité nationale - voulait manifester la compassion du gouvernement burkinabè à ces hommes, femmes et enfants qui ont été obligés de fuir leur pays pour sauver leur peau d’une guerre pour laquelle ils n’y sont pour rien. Cela faisait un certain temps qu’ils étaient là. L’écho que la presse faisait de leur présence à Ouagadougou ainsi qu’à Djibo dans le Sahel avait de quoi interpeller les autorités qui se devaient ainsi de briser le silence qui pouvait être interprété comme de l’indifférence.
Le chef de la diplomatie burkinabè avait visiblement bien perçu l’enjeu de cet afflux inattendu d’exilés qui demandent instamment refuge. Mais il n’a nullement voulu se perdre dans des commisérations qui pourraient devenir embarrassantes pour le gouvernement. Ainsi, alors que les réfugiés demandaient un «asile durable», il prônait plutôt une hospitalité transitoire. Même si les organisations humanitaires locales et institutions onusiennes, dont notamment le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), se sont investies dans les premières prises en charge des Touareg, l’Ange Djibrill ne souhaite guère voir la situation perdurer, encore moins s’éterniser. Pour lui, il ne fallait pas donner une fausse assurance, au risque d’attirer sur le Burkina la misère de tous ceux qui cherchent activement un endroit plus rassurant.
Au regard de la proximité géographique entre le pays des Hommes intègres et les foyers de conflits qui ont cours au Mali et au Niger voisins, la tentation du déferlement était pourtant prévisible. Et le pressentiment du ministre des Affaires étrangères est d’autant plus justifiée que le Burkina est perçu comme un «havre de paix» où l’on ne risque pas d’être rattrapé par ses démons. Et c’est justement cela que redoute le gouvernement burkinabè et que Djibrill Bassolé a osé dire tout haut à la presse. «Le flot (entendez des Touareg maliens) ne ralentit pas et cela nous inquiète.» En clair, le Burkina n’est pas prêt à offrir une hospitalité qui risque de lui coûter cher en ces temps de «vie chère». A moins que la ‘’Communauté internationale’’ n’entre véritablement dans la danse et décide de prendre tout en charge.
La seule chose que le gouvernement semble disposé à accorder, c’est «un site plus adapté aux conditions de vie des nomades», a laissé entendre Djibrill Bassolé. Il s’agit notamment d’un site aux environs du village de Pabré dans la province du Kadiogo - en plus du site de Djibo - au lieu du stade du 4-Août où les Touareg se sentent visiblement à l’étroit.
Comme on peut le voir, c’est la légendaire hospitalité burkinabè, auréolée par les exploits de paix du Blaiso, qui est mise à rude épreuve par la vague déferlante de réfugiés. Bassolé à beau souhaiter que le séjour de ces exilés inattendus soit de la plus courte durée possible, les dernières nouvelles en provenance du front malien prouvent que les hostilités risquent de reprendre de plus belle ces jours-ci, surtout que Amadou Toumani Touré, le président malien, a décidé, le week-end dernier, de passer à l’offensive contre des rebelles qui n’en démordent pas non plus. Ceux qui ont déjà trouvé refuge au Burkina risquent de ne pas «retourner très rapidement chez eux», comme le souhaite Pascaline Tamini, la ministre de l’Action sociale. Il va falloir se serrer la ceinture avec ces réfugiés qui tombent sur les bras du gouvernement en ce temps de soudure corsé par la vie chère. Et surtout hurler fort pour que la Communauté internationale, partagée aussi entre la crise alimentaire mondiale et d’autres poches de conflits en Somalie et dans les Grands Lacs, ne nous abandonne pas dans la gestion de cette galère.
12:11 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Refugiés touareg, demande d'asile, HCR, Mali, Burkina
28.02.2008
L'arbre de la "vie chère" ne doit pas cacher la forêt des inconséquences économiques
Le Burkina n’a donc pas échappé aux feux de la flambée des prix. Alors que le gouvernement croyait encore pouvoir gérer la situation par les pansements phraséologiques habituels, il s’est laissé surprendre par un réveil brutal des manifestations à l’ouest et au nord du pays. Comme par hasard, c’est à Bobo-Dioulasso - considérée à tort ou à raison comme la capitale économique - que la fièvre de la flambée a fait le plus de dégâts. Est-ce là la preuve que l’économie burkinabè a mal dans son cœur?
Ce qui est sûr, c’est que cette affaire de vie chère ou de flambée des prix - c’est selon - révèle au grand jour les contradictions de l’économie burkinabè. L’augmentation générale des prix au niveau international ou encore la flambée du baril du pétrole n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Certes, le choc pétrolier est si violent qu’aucun secteur d’activité ne résiste à ses effets pervers, mais de là à remettre tout le prix du baril dans les prix, il n’y avait qu’un pas que les commers escrocs de tout poil ont allégrement franchi. Mais dans le contexte particulier du Burkina, la flambée mondialisée est durement ressentie parce qu’elle coïncide avec la croisade de l’État contre la fraude douanière et fiscale, des pratiques légendaires qui sont devenues un sport national.
En effet, pendant longtemps et pour des calculs électoralistes et politiciens, n’a-t-on pas donné l’impression à certains commerçants et opérateurs économiques qu’ils peuvent tout importer et tout vendre sans payer les moindres frais douaniers, taxes et impôts? Que dire de la grande promiscuité qui règne entre les gros opérateurs économiques et les politiciens qui managent l’appareil de l’État? N’est-ce pas ces mêmes politiciens qui ‘’rackettent’’ à longueur de manifs ces ‘’n’opérateurs’’ économiques? Il est évident que lorsqu’on paie normalement ses impôts, ses taxes et ses charges, on ne peut pas se permettre de ponctionner dans ses caisses pour financer des activités de politiciens comme c’est le cas pour certains. Jusqu’où alors le ministre de l’Economie et des Finances peut-il aller dans sa campagne de rompre avec les pratiques anormales du passé?
Comme on a pu le relever dans le bras de fer entre le gouvernement - devenu subitement rigoureux - et les commerçants impénitents, tout part et revient aux impôts et droits de douanes. C’est justement sur ces deux éléments que se déroule le dialogue de sourds entre le ministère de l’Economie et des Finances et les opérateurs économiques. Visiblement, aucune partie n’est disposée à lâcher du lest, comme on a pu le relever à la rencontre que les ministres en charge du Commerce, de l’Economie et des Finances ont eu avec leurs vis-à-vis lundi dernier à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le gouvernement a beau faire un clin d’œil en donnant un mois de sursis pour les pénalités de dédouanement, ils sont nombreux, les commers, qui pensent que «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé»! Comme on peut l’imaginer, ils veulent que les choses demeurent comme avant, c’est-à-dire sous le règne de la fraude et du débrouiller-brouiller. Le Premier ministre Te$ticu$ Zongo et son équipe peuvent-ils compter sur les responsables des commerçants pour faire entendre raison à ces derniers? Rien n’est moins sûr.
Lorsque El Hadj Oumarou Kanazoé, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’est permis d’appeler les commers au civisme, cela a fait sourire plus d’un. Car c’est justement le civisme fiscal et douanier qui constitue la pomme de discorde et Dieu sait que c’est précisément la chose la moins partagée aussi bien au sommet qu’à la base. Le plus dur sera de faire respecter cette vertu indispensable à une collecte efficiente des impôts et taxes dues. La rentrée des ressources propres de l’État en dépend grandement. Aussi, si la pilule paraît amère pour les uns, la survie des autres y est vitalement liée. Le gouvernement arrivera-t-il à la faire avaler sans trop de dommages? Rien n’est moins sûr.
Si la période ne semble pas chargée d’enjeux électoraux majeurs, il n’en demeure pas moins que le dossier brûlant de la vie chère soumet le mandat du Blaiso nouveau à une rude épreuve. Au moment où le Burkina se gargarise d’avoir assaini son environnement des affaires et se targue d’être le bon élève de certaines institutions internationales, le bras de fer engagé par les commerçants met le régime entre le marteau des réalités économiques nationales et l’enclume des partenaires techniques et financiers. En plus de ne pas s’entendre avec ces derniers, «sur la corruption», Jean-Baptiste Compaoré, le ministre de l’Economie et des Finances, doit également convenir qu’il ne s’entend pas avec les commerçants «sur les droits de douanes et les impôts». Là se trouvent les contradictions. Il ne faut surtout pas que l’arbre de la flambée des prix cache la forêt.
18:16 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, flambée des prix, Burkina, manifestations violentes
L'interminable saison des "cadeaux de nouvel'an"
Comme cela est désormais de coutume au Faso, employés, usagers, clients et autres partenaires des entreprises et institutions publiques et privées sont inondés de gadgets et autres cadeaux publicitaires à l’occasion de la fin d’année et du début de la nouvelle année. Depuis décembre, pour les sociétés les plus prévoyantes et janvier pour les autres, on ne sait jamais quand finit la saison de babioles. Tandis que nous sommes pratiquement au 4e mois de l’année, on continue de distribuer des calendriers de l’année en cours. Comme si cette «horloge des dates» ne servait qu’à orner les murs et les bureaux.
Dans ce pays où la logique et le bon sens ne sont pas toujours les choses les mieux partagées, toutes les occasions sont bonnes pour «s’affairer sans rien faire». Ceux qui sont chargés de distribuer ces brimborions n’en font pas moins une occupation à plein-temps, sinon un outil de pouvoir. Le pire, c’est de voir les hauts responsables d’une boîte - qui devaient s’occuper à des charges plus utiles - faire main basse sur des calendriers, agendas et autres gadgets qu’ils ne distribuent qu’à leurs proches et à leurs amis, lorsqu’ils ne confisquent pas carrément tout dans leurs bureaux jusqu’à ce qu’ils se périment.
Et pourtant, Dieu sait qu’elles sont légion, les institutions, qui dépensent parfois des dizaines de millions pour commander ces cadeaux qui devaient plutôt servir de supports à la communication avec les clients, usagers, partenaires et les publics cibles en général. Mais hélas! Si les unes cherchent, chaque année, des cadeaux originaux pour imprimer la marque de leur boîte dans la tête et dans l’esprit de leurs cibles, les autres - les plus nombreuses - ne commandent, en réalité, les gadgets que par complaisance ou par mimétisme, sans objectifs de communication précis. Ainsi, on n’est pas surpris de voir qu’ils ne disposent même pas de stratégie de distribution et sèment à tout vent. Une chose est donc de dépenser des sous pour des cadeaux publicitaires, une autre est de savoir ce qu’on en fait réellement dans l’intérêt de son institution et au bon moment.
Or, en la matière, tout porte à croire que le mimétisme prend le pas sur le professionnalisme. Sinon, comment comprendre que des chargés de marketing, directeurs de communication et même des directeurs généraux conservent toujours des lots de calendriers et agendas de 2008 dans leurs bureaux et magasins, alors que l’année aborde pratiquement le tournant de son 3e mois. Le comble de l’anti-management, ce sont ces structures qui attendent le début d’une année pour lancer leurs commandes de gadgets.
Il y a toujours des zigotos prêts à collectionner des cadeaux périmés, mais la prolongation excessive de la saison des gadgets n’est ni plus ni moins que le signe patent d’un amateurisme dans la communication d’une institution digne de ce nom. Un calendrier et un agenda sont d’abord faits pour planifier une année afin d’être le plus possible maître de son temps. Les offrir avec du retard ne peut se comprendre autrement que par la méprise ou l’ignorance des enjeux du temps.
18:10 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cadeaux d'entreprise, gadgets, Burkina, .
21.02.2008
Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif
Evadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.
En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.
En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?
Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.
Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?
Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?
Lorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.
Paradoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.
17:07 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Evasion d'exilés politiques, Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, justice militaire, facilitateur, Blaise Compaoré
31.01.2007
Quand Dieu ne passe que sur les télévisions privées...
Ainsi, «le champ du Seigneur» s’est élargi sur les ondes. Canal Viim Koeega (CVK), qui était jusque-là la seule télévision confessionnelle à distiller «la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ», perd quelque peu l’exclusivité de la prédication télévisée. Mieux, certains prédicateurs sont prêts à mettre les moyens qu’il faut pour s’assurer une certaine visibilité sur les autres chaînes. Grâce au concours insoupçonné de la télévision, on peut toucher plus d’auditeurs qu’on ne peut l’imaginer. Et les bergers en quête de «brebis égarées» ne veulent pas rater l’aubaine que leur offre le miracle de l’audiovisuel. Eh oui! la télévision a remplacé toutes les églises associées. Par le petit écran, un «envoyé de Dieu» peut semer dans un champ bien plus vaste que celui de l’espace étriqué d’un temple. S’il y a une grande influence chrétienne dans certains coins de la planète comme au pays de l’Oncle Sam, c’est en partie grâce à tous les grands prédicateurs à la télévision. Les mêmes causes peuvent-elles produire partout les mêmes effets? Rien n’est moins sûr.
Le rêve américain a toujours hanté tous ceux qui partagent la même foi que les Ricains. Mais si la prédication télévisée a l’avantage de toucher un large public, elle a aussi l’inconvénient de mettre la «parole de Dieu» au même niveau que toutes les marchandises que l’on tente de vendre à travers la télévision. Lorsque Dieu est présenté comme une superstar du petit écran, il ne faut pas s’étonner qu’on le mette en concurrence avec les autres stars et qu’on tire le bouchon jusqu’à le banaliser au pire des cas.
Certes, la vie de la plupart des Burkinabè n’est pas piégée par le vertige de la société de consommation où tout peut s’acheter et se vendre. Mais quand on sait que dans l’environnement médiatique qui est le nôtre le passage à la télévision est payée d’une manière ou d’une autre, il y a peut-être lieu de recadrer les choses dans les justes proportions. La montée de la téléprédication sur les chaînes privées a certainement trouvé un terrain favorable sur lequel elle se déploie sans aucun problème. Que ferait-on si les autres confessions religieuses - et Dieu sait qu’elles sont légion au Faso - décidaient de se payer aussi leur temps d’antenne à la télévision privée ou publique?
Dans le temps, il y avait un service télévisuel public qui permettait aux principales tendances religieuses qui cohabitent au Faso de promouvoir leur foi et leurs croyances plus ou moins équitablement à la télévision nationale. La nature ayant horreur du vide, il y a peut-être lieu de rétablir la religion dans ses droits pour éviter que Dieu ne soit privatisé à la télé. Le débat mérite d’être ouvert pour la santé - au propre comme au figuré - de la sacro-sainte laïcité du Faso.
16:26 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Burkina, médias, liberté de presse


