31.07.2009
Blaise Compaoré sera-t-il pris au jeu politique?
Alors que des vents de contradictions, de confusions et d’exclusions soufflent sur le giga-parti au pouvoir, on aimerait bien savoir ce que le grand manitou pense de ça. Mais hélas ! L’enfant terrible de Ziniaré est réputé être un président qui n’aime pas dire ce qu’il pense. Contrairement au président français Nicolas Sarkozy dont la propension à se répandre dans la presse est devenue un casse-tête chinois pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Blaiso adore se murer dans son légendaire silence. Sauf qu’il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant des passes d’armes qui ont conduit à la suspension-exclusion de son ex-lieutenant Gorba du Bureau politique national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).
Du moins, même s’il dormait, comme d’habitude, pendant tout ce temps, les nombreux bruits qu’on continue de faire autour du 4e congrès de « son » parti ont dû le réveiller de son sommeil. N’est-il pas finalement le principal concerné par la question de « patrimonialisation » du pouvoir que tout le monde pense bas, mais que Salif Diallo a eu le culot de mettre en débat ? N’est-ce pas parce qu’il a osé étaler ce sujet dit « sensible » dans les colonnes de notre confrère L’Obs. qu’il est accusé aujourd’hui de crime de Blaise-majesté ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arbre du largage de Gorba du CDP ne doit pas cacher la forêt du séisme politique provoqué par ses doutes sur les fondements du régime et surtout sur l’avenir politique même du Blaiso national. Une seule interview a suffi pour ébranler un système qui paraissait si sûr de lui.
Le remue-ménage que cela a suscité au sein de l’état-major du parti au pouvoir est la preuve d’une panique. Le show médiatique quasi instantané du Rocco a achevé de convaincre qu’il s’attendait à tout sauf à avaliser l’audace solitaire de son vice-président chargé de l’orientation et des questions politiques. En clair, l’heure n’était pas à une quelconque réforme des institutions, encore moins à une « conjecture sur le devenir du président ». De Salif ou de Roch, qui pouvait prétendre être dans les secrets de l’intention du Blaiso ? Telle est la vraie question. Maintenant que Salif a été proprement “largué” du CDP, on s’attend à ce que le Blaiso récompense Roczilla, Simon et compagnie pour avoir fait un bon boulot. Mais le hic dans ce jeu de qui-perd-gagne, c’est qu’il est bien difficile de faire la volonté d’un patron qui ne l’exprime pas clairement.
Une chose est peut-être d’exclure un camarade qui a la langue trop pendue, mais une autre est de savoir exactement ce que le chef désire. Or, en la matière, les « propositions » incriminées de Salif Diallo ne sont-elles pas plus réalistes qu’un forcing pour une nouvelle révision de la Constitution, notamment en faisant sauter le verrou de la limitation du mandat du président à « un mandat renouvelable une seule fois » comme le stipule l’article 37 de la Loi fondamentale ? N’est-il pas plus élégant de modifier le statut du président pour en faire « une reine d’Angleterre » que de modifier des dispositions constitutionnelles qui ne manqueront pas de provoquer une levée de boucliers au plan international comme on le voit d’ailleurs contre le voisin Tandja qui se croit obligé de justifier l’injustifiable ?
Comme on a pu le voir à l’issue du 4e congrès du CDP qui s’est achevé samedi dernier, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil du Faso. Pire, le Bureau exécutif national n’exclut pas la possibilité de voir modifiée la Constitution. Pour quoi faire ?
On suppose que c’est pour ménager un boulevard au Blaiso qui devrait plutôt se marrer d’entendre le Rocco proclamer que « Même si cette question n’est pas, pour le moment, à l’ordre du jour, je pense qu’il n’y a pas une Constitution qui n’est pas susceptible de modification ». Soit. Mais lorsqu’il souligne, par la suite, que : « Le défi majeur qui s’impose à notre pays pour tirer profit de l’effort du développement continu imprimé par la mise en œuvre successive des programmes et projets de société engagés ces dernières décennies par le président Blaise Compaoré, reste la création, à l’horizon 2020, de conditions d’un Burkina émergent », cela suscite une question logique. Le « Burkina émergent » se fera-t-il avec ou sans Blaise Compaoré ?
Si oui, force est de reconnaître qu’en 2020 nous serons largement au-delà du terme constitutionnel du Blaiso qui, s’il est encore élu en 2010, devrait absolument passer la main en 2015. A moins que le CDP ne prépare quelqu’un d’autre pour le remplacer, il va falloir donner un coup de canif à la Constitution pour voir l’enfant terrible de Ziniaré continuer à piloter le navire qui mènera au fameux « Burkina émergent ». Pour tout dire, toutes les propositions - qu’elles proviennent de Salif ou du Rocco - semblent converger vers un seul et même but. Alors, question. Lequel serait donc plus loyaliste que l’autre ?
Au-delà de la guéguerre entre camarades « en perte de confiance avec le régime » ou « en perte de vitesse avec la volonté du patron du régime », Blaise Compaoré est le principal bénéficiaire de toutes les conjectures. Son silence cynique confirme bien qu’il s’est mis au-dessus de la mêlée afin d’en profiter en temps opportun. A lire entre les lignes du message qu’il était supposé adressé aux participants au congrès, il y a de quoi se demander à quoi riment les rajouts qui ont été faits manuellement sur le document portant la mention « Message de son excellence monsieur Blaise Compaoré, président du Faso ». A quelle fin le secrétaire général devenu 2e vice-président aurait-il choisi de tripatouiller la parole de son patron ? Mystère et boule de gomme. Mais comme vous pouvez le constater dans le fac-similé, ce tripatouillage de l’adresse du Blaiso est plus que suspect. A moins que cela ne présage d’un autre micmac.
09:43 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blaise compaoré, burkina faso, constitution, cdp, salif diallo, congrès
10.03.2009
Haïlé Gérima et Blaise Compaoré
Vainqueur de l’Etalon de Yennenga, la plus prestigieuse récompense du Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (Fespaco), Haïlé Gérima a brillé par son absence dans la capitale burkinabè. C’est sa sœur cadette et associée qui a reçu le trophée des mains du président Blaise Compaoré. Ironie du sort, le cinéaste éthiopien avait promis de ne pas mettre les pieds au Burkina tant que l’actuel chef de l’Etat sera au pouvoir. Grand admirateur de Thomas Sankara, il n’a pas supporté la liquidation de la révolution.
Il a certainement tenu sa promesse en ne venant pas à Ouagadougou. Mais en acceptant de participer à la compétition officielle du Fespaco, il se met quelque peu dans une position ambiguë. Son œuvre n’est-elle pas finalement une partie de lui-même ? Il faut croire la participation de Gérima au Fespaco est un clin d’œil aux Burkinabè. N’est-ce pas également une manière de rendre hommage à son ami Sankara que de remporter l’Etalon de Yennenga ?
Il est évident que sa joie serait plus grande si c’est des mains de Thomas Sankara qu’il reçoit l’Etalon. Mais il n’est pas réaliste de continuer à faire la fixation sur un passé révolu. Cela n’est que source de rancœur inutile. Le plus important n’est-elle pas que Haïlé Gérima et Blaise Compaoré fassent la paix des braves et se rencontrent pour voir ce qu’ils peuvent faire ensemble pour faire avancer l’Afrique. Ainsi, la consécration de Teza ne sera pas simplement celle d’un film, mais de la capacité de ce grand homme qu’est Gérima d’enterrer les querelles du passé pour tracer de nouveaux sillons pour l’avenir d’une Afrique qui nous est tous cher.
12:34 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fespaco 2009, haïlé gérima, blaise compaoré, thomas sankara, révolution burkinabè
20.01.2009
Et si on réduisait le nombre de ministres en Afrique
Sans être nécessairement celle de tous les dangers, 2009 devrait être une année charnière, une année où les chefs d’Etat africains tireront les leçons de la crise économique et financière qui a grippé la machine internationale et mis à rude épreuve les économies en voie d’émergence ou sous-développées - c’est selon. Ici au Faso, le Blaiso national a semblé avoir pris la mesure de la situation. Dans son discours de fin d’année, l’enfant terrible de Ziniaré a indiqué que ces «multiples crises ont ébranlé les fondamentaux de l’économie mondiale et affecté ceux des pays en développement». Mais il a reconnu qu’une «gouvernance vertueuse» peut être une parade efficiente contre ces chocs extérieurs.
Une profession de foi qui devrait conforter les chantres et autres prescripteurs de remèdes de bonne gouvernance à un régime compaoriste que l’on croyait hostile ou indifférent aux vertus de la réforme. Le Blaiso avait de quoi se gargariser, surtout après la palme de «premier rang des Etats réformateurs en matière de droit du travail» et de «meilleur au niveau du climat des affaires au monde» par «Doing business» de la Banque mondiale qui a été accordée à son pays en 2008. Très logiquement, les Burkinabè devraient s’attendre à une meilleure gestion des affaires publiques ou, du moins, à une administration plus rationnelle des ressources de l’Etat. Toutes choses qui ont été mises en chantier pendant l’année écoulée par des mesures de réduction du train de vie de l’Etat.
Le chef du gouvernement, le pasteur Testicus Zorro, a d’ailleurs pesé du poids de sa charge pour que les frais de fonctionnement de l’Etat soient revus à la baisse d’environ 5 milliards de francs CFA dans le budget exercice 2009. Dans une interview publiée le 29 décembre 2008 par notre confrère Sidwaya, le Premier ministre ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction face aux effets positifs de la réduction de certaines poches de dépense. Mieux, il note qu’«après 6 mois d’application de la mesure - de contrôle des véhicules de l’État -, j’ai une économie de 26 millions de carburant [ndlr: au Premier ministère seulement]».
Comme on peut le voir, ce constat fort bien à propos confirme bien la nécessité de «surveiller et de punir» ceux qui utilisent anarchiquement les biens de l’Etat. L’optimisme du PM ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours dénoncé la gabegie du régime. Il a donc suffi d’essayer pour se rendre à l’évidence que ce n’était pas impossible de réduire le train de vie de l’Etat. Mais comme on le dit si bien dans le jargon des commerçants, «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé». Si l’on peut générer 26 millions en seulement 6 mois au Premier ministère en serrant le robinet de la pompe, ne peut-on pas aussi économiser des milliards en réduisant simplement le nombre de ministères? Le Blaiso, qui semble faire de la «recherche constante de l’excellence» son credo, devrait envisager très sérieusement cette possibilité qui, du reste, peut bien s’accorder avec les priorités qu’il affiche pour l’année 2009.
Toujours, dans son message de nouvel an, il déclarait, en effet, que ses «énergies devront prioritairement en 2009 être consacrées à la promotion des systèmes d’éducation et de formation, de l’emploi, des droits humains et de la citoyenneté; à l’amélioration du statut social de la femme; au renforcement des services de santé et infrastructures d’assainissement; à l’élévation du niveau nutritionnel des populations; à la gestion de nos ressources naturelles et de l’environnement».
Parallèlement à ces chantiers, le premier magistrat du Burkina entend engager «des efforts particuliers pour le développement des voies de communications terrestres et aériennes, en vue de faciliter les échanges humains et commerciaux, et d’améliorer la compétitivité de l’économie nationale».
Voilà au moins une «feuille de route» qui a l’avantage d’être claire pour tout le monde. Mais quand on sait que ce sont les fonds qui manquent le plus dans un contexte mondial de récession, il va falloir trouver les moyens de réaliser ces ambitions. Et comme l’ambiance générale est à la rationalisation de nos maigres ressources financières, ne serait-il pas plus judicieux de recentrer les ministères autour de ce programme stratégique du moment?
C’est vrai que l’Etat burkinabè n’a pas encore atteint le degré de transparence qui permet de savoir, avec exactitude, les ressources qui sont ingurgitées par chacun des départements ministériels. Mais il est évident qu’ils ne sont pas productifs à la même hauteur. Au nom de la «gouvernance vertueuse» que proclame le Blaiso lui-même, on peut bien réduire l’équipe gouvernementale pour plus d’efficacité. Ainsi, le Dromadaire propose de passer des 34 portefeuilles actuels à 11, comme une équipe de football, une sorte de gouvernement étalonné. (Voir encadré).
Avec des pouvoirs plus étendus dévolus aux gouverneurs de région dont le statut pourrait évoluer vers celui de «ministres régionaux», les questions de jeunesse, d’emploi, de solidarité, de mines, d’énergie, etc. pourraient se gérer avec plus de proximité et d’efficacité. Cette gestion permettrait d’ailleurs de faire beaucoup d’économie sur les caravanes de 4x4 qui sillonnent quotidiennement les régions parfois pour des futilités. Lorsque le gouvernement ne serait plus entièrement centralisé à Ouagadougou, on aurait moins de «môgô puissants», généralement affairés à ne rien faire et qui circulent dans des véhicules de fonction fêfêtisés aux frais de la princesse. Puisque la garde présidentielle s’est délocalisée au palais de Kosyam, on n’aura qu’à trouver de bonnes P50 aux gardes du corps du Blaiso qui devra lui-même accepter de voyager parfois avec des compagnies régulières pour les sommets et autres conférences à l’étranger. Nul doute que le Faso en ferait plein d’économies pour renforcer les capacités de ses investissements utiles.
Gouvernement étalonné
Le Premier ministre serait un coach qui n’aurait donc qu’à gérer une équipe composée du:
1) ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale,
2) ministère de l’Économie, des Finances et du Travail,
3) ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et de l’Environnement,
4) ministère de l’Amélioration du statut de la Femme,
5) ministère de la Culture, de l’Éducation nationale et de la Formation,
6) ministère de la Santé et de l’Assainissement,
7) ministère de la Justice, des Droits humains et de la Citoyenneté,
8) ministère de la Défense et de l’Intérieur,
9) ministère du Développement des voies de communications terrestres, aériennes et technologiques,
10) ministère des Sports,
11) ministère de la Communication, porte-parole du gouvernement.
18:53 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : burkina faso, train de vie de l'etat, gouvernement, tertius zongo, blaise compaoré, crise financière
05.12.2008
Ce que femme veut, Blaise le peut-il?
Pour son premier «faux rhum» national des femmes tenu du 25 au 27 novembre, Céline Bongombo, la sinistre de la Promotion de la Femme, a réussi à ratisser large. Avec plus de mille déléguées mobilisées à travers les 13 régions administratives du pays, il y avait de quoi demander et obtenir une rencontre en live avec le Blaiso national. Quoi de plus normal, puisque les femmes comptent pour près de 52% de la population, et pèsent donc très lourd dans la balance électorale. Sous cet angle, l’enfant terrible de Ziniaré n’avait pas à réfléchir par deux fois avant de répondre à leur invitation. C’était pour lui comme un impératif. A quelques encablures de la présidentielle de 2010, toutes les occasions sont bonnes pour prendre des longueurs d’avance sur ses potentiels concurrents, et surtout marquer des points auprès de la gent féminine. Il y avait ainsi un réel intérêt réciproque pour la rencontre entre Blaise et les femmes.
Mais ceux qui attendaient des échanges directs à l’instar de ce qui se passe avec les organisations paysannes ont dû être déçus, et pour cause.
Les questions brûlantes relatives aux quotas de 30% pour la nomination aux postes exécutifs ou encore pour leur «bon placement» en vue d’accroître leurs chances aux postes électifs ont été noyées par des litanies de doléances à n’en plus finir.
Au fur et à mesure que les déléguées prenaient la parole, on avait plutôt l’impression d’être à une foire où le président était capable de satisfaire toutes les demandes. Quel gâchis! C’est vrai, des roitelets d’Afrique noire n’ont-ils pas longtemps donné à leur peuple l’impression de régler tous les problèmes qui leur sont exposés par un bâton magique? D’autres ont même étendu leurs pouvoirs jusqu’à la résolution des conflits familiaux ou des problèmes de couple. Du coup, certaines franges de la population sont amenées à croire que le président peut régler tous les problèmes, il suffit de le lui demander. C’est ce mythe du «chef tout-puissant» qui pesait lourdement sur les interventions des femmes dont certaines se sont données à cœur joie à demander au Blaiso de «peser de tout son poids» sur les décisions à prendre pour améliorer leurs conditions de vie. Illusion ou naïveté?
Tout porte à croire que les interventions ont été concoctées au sein de comités régionaux. On pouvait même ressentir que certaines doléances cachaient mal des revendications de régions défavorisées. Par exemple, sur l’accélération de la construction de l’Université annoncée de Fada N’Gourma ou sur celle du bitumage de la route de Dédougou, il y a avait plus que la satisfaction d’un besoin spécifique aux femmes. C’était certainement de bonne guerre car l’occasion était belle. Ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le veut? Et Blaise, peut-il tout pour les femmes du Burkina? Apparemment non.
Car, voyant justement venir le piège des doléances impossibles à satisfaire, il n’a pas manqué de souligner, non sans humour, qu’il ne pèse que 83 kilos et que, par conséquent, il ne pouvait pas «peser de tout son poids» sur tout ce que les femmes veulent voir changé dans ce pays. Une feinte de corps qui a fait rire plus d’une femme. Mais fallait-il attendre mieux d’un président, aussi «tout-puissant» soit-il? Surtout que plusieurs problèmes renvoyaient à la même cause, celle des pesanteurs socioculturelles, il est évident que le chef de l’Etat est aussi impuissant que les veuves qui vivent des situations humainement inconcevables. En revanche, l’enfant terrible de Ziniaré a repris la main en se servant habillement de la couverture de son Premier ministre. Plus habile à amortir les problèmes que son patron, le pasteur Testicus Zorro, s’appuyant à son tour sur ses ministres, a réussi à contenir presque toutes les doléances dans «les dossiers déjà en cours au niveau du gouvernement». «Allez-y, soyez tranquille, c’est quelque chose de réglé», a-t-il repris sous la forme d’un refrain fatal. Et puisqu’il s’agissait beaucoup plus de doléances et non d’échanges comme annoncé au départ, les femmes n’avaient visiblement d’autre choix que de se satisfaire des promesses sélectives du gouvernement. En fait, ce n’était pas vraiment des promesses, puisqu’il s’agit de chantiers déjà inscrits dans l’agenda de l’exécutif. Des tirs croisés sur la question angulaire des quotas auraient pu mettre le Blaiso et son gouvernement dos au mur. Mais hélas! En dehors du coup isolé de la députée Fatou Diendéré et d’une autre déléguée, les autres femmes semblaient avoir d’autres chats à fouetter. Conséquence: elles sont passées à côté de la plaque. Bref, la rencontre avait un goût d’inachevé.
Tout compte fait, on peut dire que les femmes ont tenu leur faux-rhum national. Mais les fruits seront-ils à la hauteur des ambitions? Telle est la grande question que les différentes organisations féminines qui ont pris part à l’événement devraient désormais se poser et y répondre en toute lucidité. Le plus grand gagnant de ce show transmis le lendemain par la télébidon nationale est incontestablement le Blaiso, qui, en plus d’être présent en chair et en os, pouvait sourire lui-même à son propre poster géant qui tapissait l’arrière-fond du praesidium. En plus, elles étaient nombreuses, les participantes drapées de pagnes frappés à l’effigie de Blaise Compaoré, sans compter les drapelets sur lesquels l’image du président était omniprésente. On avait pratiquement l’impression d’être en campagne. Ceci explique peut-être un certain sens du thème: «Investir dans les femmes et les filles pour un développement humain durable». Mais si l’on veut vraiment compter avec les femmes et les filles, ne serait-il pas plus judicieux de leur donner le pouvoir de s’investir pleinement dans toutes les sphères de décisions et d’actions en vue d’un développement plus équitable? Les débats postforum nous éclaireront probablement sur cette question.
13:50 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parité homme-femme, burkina faso, forum national des femmes, blaise compaoré, promotion
08.08.2008
La "Vie chère" ne connaît pas de vacances
Les rumeurs (et les humeurs!) n’auront donc pas réussi à pousser le gouvernement à un remaniement pourtant tant désiré par une opinion certaine. Mais ce n’est probablement que partie remise, ainsi que l’a laissé entendre le Blaiso, vrai Capitaine de la barque gouvernementale, à l’occasion du dernier Conseil des ministres.
Ainsi, si les sinistres du Faso sont allés en vacances avec tous leurs attributs et leurs gombos - que l’on imagine plus gluant que le lot quotidien du vacancier moyen -, rien ne prouve que tous termineront l’année en conservant leurs maroquins. Ça, c’est une autre paire de manches.
Si une grande partie de nos compatriotes qui ne cachent plus leur opinion semblent si pressés de voir certains ministres éjectés de leurs fauteuils, c’est parce que les affres de la «vie chère» ont fini par ouvrir les yeux de bon nombre d’entre eux. Les Burkinabè sont dans l’angoisse comme jamais. Ils ont l’impression d’être devant un rouleau compresseur incontrôlable par l’actuelle équipe gouvernementale. Une inquiétude qui a été quelque peu justifiée par la récente augmentation du prix du carburant à la pompe. Ce fut une goutte de pétrole de trop sur le fardeau de la flambée des prix.
En choisissant de prendre cette décision au début des vacances où les syndicats étaient en plus amputés de leur bras armé que sont les élèves et les étudiants - eux-mêmes virés du campus sans préavis -, le gouvernement n’a pas eu droit à une réaction appropriée. Mais le chef du gouvernement et pasteur, Testicus Zorro, est assez conscient que les remèdes apportés jusque-là au mal persistant n’ont pas réussi à faire fléchir le désarroi généralisé. Les réajustements à la hausse des tarifs de transport qui s’en sont suivis ces derniers jours achèvent de convaincre que le pire est encore à venir.
En tout cas, si les premières pluies de l’hivernage ont fait baisser la chaleur, il faut attendre de voir les premières semences atteindre la période d’épiaison pour espérer que le thermomètre socio-économique baisse. Encore faut-il que des pluies torrentielles ne viennent gâter les récoltes comme l’année précédente. Les semences gratuites - ou moins chères - promises aux paysans ne seront pas la panacée. Car une chose est de semer, une autre est d’être sûr de récolter suffisamment. Et dans ce pays où on s’en remet beaucoup plus à la «clémence du ciel» qu’aux techniques culturales, la maîtrise de la sécurité alimentaire n’est pas au bout des statistiques.
Dans l’hypothèse où les récoltes seraient hypothéquées, il faudrait trouver de solides espoirs pour nourrir le peuple. Or, Dieu sait que ça ne sera pas facile. Surtout qu’à partir de l’année prochaine, les politiciens de tout poil iront dans les campagnes pour faire campagne, il faudrait compter sur le courroux d’un électorat qui deviendra très exigeant par la force des angoisses de la vie. Les effets de la vie chère risquent fort de rendre cher les prochaines campagnes présidentielle, municipales et législatives pour le méga parti au pouvoir. Attention aux gens qui n’auront rien à perdre. C’est le moins que l’on puisse dire.
Avec des prix de transport désormais gonflés sur toutes les lignes, le retour des vacances ne sera pas du tout évident pour ceux qui sont allés les passer très loin de chez eux. Pour n’avoir pas réussi à aller jusqu’au bout de l’année universitaire, le professeur Jo Paresse sera certainement l’un des ministres qui vont en vacances sans y aller véritablement. A moins qu’il soit déjà informé d’être déchargé de son maroquin à la rentrée, il lui faudra trouver une solution au plus vite, s’il ne veut pas être emporté par les nombreux problèmes qui se sont greffés autour du dossier «Université».
L’autre partie visible de l’iceberg est certainement aussi les angoisses d’affaiblissement du pouvoir d’achat des travailleurs. Le gouvernement a beau dribbler des syndicats visiblement en manque de stratégies, il va falloir affronter la question tôt ou tard. L’une des commissions ad hoc mises en place par l’Assemblée nationale pour réfléchir sur la «vie chère» avait d’ailleurs mis le doigt sur le problème sans être très explicite. Le gouvernement, qui s’est jusque-là réfugié derrière la parade de l’inefficacité de l’augmentation des salaires des fonctionnaires, devra se trouver d’autres arguments pour ne pas servir la même rengaine à la rentrée. C’est peu de dire que pour les ministres en charge de l’Economie et des Finances, du Travail et du Commerce pour ne citer que ceux-là, les vacances s’apparentent beaucoup plus à une parenthèse plus qu’à une évasion comme les autres années.
A en croire des indiscrétions du Conseil des ministres, certains sinistres seraient si tristes à leur sortie qu’on les croirait sortir d’une cérémonie d’adieu. Avec ou sans remaniement ministériel, les angoisses de la «vie chère» ne se donnent pas de répit. Il va falloir y faire face..
11:10 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, Burkina Faso, gouvernement, remaniement ministériel, Blaise Compaoré
01.08.2008
Blaise Compaoré va-t-il s'éterniser au pouvoir?
'Pendant que les canards (et radio Cancan) cancanent sur un probable projet de succession au palais de Kosyam, et qu’on approche lentement mais sûrement de l’échéance présidentielle de 2010, tous les météorologues de la politique burkinabè sont suspendus aux lèvres de l’enfant terrible de Ziniaré. Jusque-là apathique et aphone à tous les bruits qui fusent ici et là sur sa destinée politique, le Blaiso détient incontestablement la dernière carte du jeu du quitte ou double auquel il est désormais tenu à la tête de l’Etat. Que va-t-il faire exactement?
Selon le pronostic des observateurs qui se croient dans les secrets des nuits noires, il n’aurait pas d’autre choix que de préparer sa retraite. A la fin du mandat en cours ou après un dernier qu’il pourrait briguer éventuellement en novembre 2010 prochain. La logique qui guide cette hypothèse serait que le PF serait suffisamment fatigué et donc blasé par le pouvoir. Tout ce qui lui resterait donc à faire serait de prendre une retraite bien méritée après 23 ou 28 ans de “règne”. Dans le fond, l’hypothèse semble tenir la route. Mais n’est-ce pas là une vue trop courte sur les ambitions secrètes de ce stratège redoutable et redouté qu’est Blaise Compaoré?
En montant en épingle la présumée préparation de François Compaoré, alias Moukila, à la fonction présidentielle, une certaine analyse politique n’envisage nullement plus la possibilité d’une prolongation du Blaiso au pouvoir. Comme si dans le chapeau magique du PF il n’y aurait plus de place pour aucune autre surprise que celle de mettre son frangin en selle. Comme si aucun autre coup de poker n’était possible. Il a, sans doute, beaucoup de raisons de protéger convenablement ses arrières avant de passer la main. Mais pourquoi ne pas penser que Blaise Compaoré peut décider de ne pas partir en arguant que le peuple a toujours besoin de lui? La démocratie - telle qu’elle fonctionne ou ne fonctionne pas - a-t-elle les moyens de se passer de Blaise Compaoré en 2010 ou en 2015? Telle est la question qu’on devrait plutôt se poser ici et maintenant.
En effet, on a encore en mémoire le combat de certains opposants - dont l’inaltérable Hermann Yaméogo - contre l’inéligibilité du Blaiso à la présidentielle de novembre 2005. L’homme du Tékré s’était même retiré de la course pour protester contre la décision du Conseil constitutionnel de permettre au candidat Compaoré de briguer un 3e mandat alors que la Loi fondamentale revisitée en 1999 avait ramené la pendule de l’article 37 à l’heure de 1991 en stipulant que «Le président est élu pour cinq ans. Il est rééligible une seule fois». En fin de compte, la levée de boucliers de l’opposition n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau. Elle n’a pas réussi à convaincre le juge constitutionnel sur la pertinence de la rétroactivité de la révision constitutionnelle. Elu pour une première fois en 1991, puis en 1998, il a ainsi obtenu le quitus qui lui a permis de planer sur la présidentielle de novembre 2005 pour s’en tirer avec un score à la soviétique de plus de 80%. Selon la nouvelle disposition constitutionnelle, il a la possibilité de se présenter à la présidentielle de 2010, pour un 2e nouveau et dernier mandat. Mais à l’allure où va son étoile diplomatique, des observateurs avisés de la scène politique burkinabè pensent qu’il ne s’arrêtera pas là. Et c’est là qu’il faut chercher le dernier poker secret de Blaise Compaoré.
Auréolé d’une gloriole très convoitée de «faiseur de paix» en Afrique et fort d’une réconciliation fructueuse - au propre comme au figuré - avec l’Amérique de Bush, tous les vents ne sont-ils pas favorables à Blaise Compaoré? Que pourrait l’Assemblée nationale - qui compte sur une écrasante majorité acquise aux législatives de 2002 - contre un probable dessein de Blaise de prolonger indéfiniment son bail au Palais de Kosyam? La dizaine de députés de l’opposition, qui semble plus d’accord sur son désaccord que sur une volonté de travailler à l’alternance, n’a visiblement pas les moyens de faire barrage à ce projet. Elle n’y verrait que du feu. Quant à la société civile, il y a également longtemps qu’elle est plus préoccupée à panser ses déchirements et à courir après les «feuilles» des PTF - entendez partenaires techniques et financiers - qu’à se repositionner comme une véritable force qui crée des soucis au régime. Il ne restera peut-être plus que la communauté internationale pour lever les boucliers. Mais au regard de l’aura dont bénéficie l’enfant terrible de Ziniaré, du capital de sympathie et de lobbying qu’il a su se tisser au cours de ces dernières années, il faudra probablement attendre Godot...
Comme on peut le voir, la velléité d’éternisation du Blaiso au pouvoir passerait comme une lettre à la poste au niveau du Parlement. Mieux, pour donner plus de charme et d’éclat à son coup de poker, il peut même s’offrir le luxe de se soumettre à l’épreuve d’un référendum.
Pour cela, il pourrait compter sur la solide toile d’araignée tissée aussi bien par le réseau inconditionnel des chefs coutumiers acquis à sa cause que par celui de la Fédération des associations pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC). Cette organisation, qui s’est imposée d’ailleurs comme la co-épouse du giga-parti au pouvoir, ne se fera pas prier pour faire briller sa notoriété de mille feux en mettant tout en œuvre pour la victoire du joker à ce référendum.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Blaise Compaoré a plus d’un tour dans son sac. L’agitation actuelle autour de la personne François Compaoré, son frangin de conseiller spécial, apparaît aux yeux de certains comme une girouette pour amuser la galerie. En tout cas, l’enfant terrible de Ziniaré n’a probablement pas encore fait son dernier coup. Et cela pourrait se jouer par un référendum sur lequel il garde secrètement le pied.16:30 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blaise Compaoré, mandat présidentiel, référendum, violation de la constitution
04.04.2008
Fortunes diverses pour les "fidèles" du président
L’éviction, en pleine nuit de Pâques, de Calife Diallo du gouvernement continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Normal. Pour cet homme qui passait pour être le numéro 2 du système Compaoré ou encore l’homme à tout faire, le robot du gigaparti au pouvoir , il y a de quoi ne pas se satisfaire des conjectures servies le lendemain à la presse par le Premier ministre et le président du Faso.
Si le premier peut encore justifier le départ de son ex-ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques par le souci de la «cohérence» et de la «collégialité», le grand manitou est le seul qui détient la vérité sur ce léger remaniement qui fait grand bruit. C’est d’ailleurs lui seul qui fait et défait les hommes et les femmes qu’il appelle à partager son naam. Si les ministres et autres môgô puissants du Palais et du CDP préfèrent garder le silence ces jours-ci, c’est moins parce qu’ils n’en ont pas envie. Lorsque l’un des «fidèles parmi les fidèles» est brusquement éjecté, il vaut mieux bien garder sa langue. Le porte-parole du gouvernement même n’a-t-il pas volontairement choisi de divertir les journalistes aux aguets lors du premier conseil des ministres du gouvernement réaménagé du mardi 25 mars?
«Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», dit-on. Mais dans la tragédie politicienne qui se joue au sommet de l’État, chacun semble avoir son tour chez le coiffeur Blaise Compaoré. Ceux qui gravitent autour de la galaxie de l’enfant terrible de Ziniaré ont connu et connaissent des fortunes diverses. En la matière, Calife Diallo n’est donc pas le premier déchu et ne sera certainement pas le dernier. On se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, lorsque nos confrères de la TéNéBreuse ont susurré, à la rentrée télévisuelle de décembre dernier, qu’il y aurait un remaniement ministériel en l’air, le Premier ministre Testicus Zongo a voulu mettre sa main au feu. Heureusement qu’il ne l’a pas fait et ce qui devait arriver arriva à Pâques.
Hier, c’est l’éjection de Mélégué Traoré, le danseur émérite de Kankalaba, de son confortable fauteuil de président de l’Assemblée nationale qui avait fait grand bruit. D’autres môgô puissants ont connu les mêmes déboires que lui, d’autres ont même quitté la scène pour toujours, pour ne pas dire qu’ils ont été contraints de garder définitivement le silence. On n’arrivera probablement pas à dérouler toute la liste de déchus. Ce qui est sûr, c’est que le feuilleton de la traversée de désert d’anciens barons n’est pas encore à son dernier épisode.
A qui le tour?
De mauvaises langues parlent de Simon Compaoré, le tonitruant maire de la capitale, ou encore du Rocczilla, le seul président qui a battu le record de longévité au perchoir. Mais pourquoi pas François Compaoré, le petit frère du président himself? Ce n’est peut-être qu’une question de temps.
L’avenir nous le dira.
Au commencement était Thom SankCommentant le réajustement ministériel, Me Benewendé Sankara avait donc raison d’affirmer que «Blaise Compaoré a écarté plus que Salif Diallo». Le patron de l’UNIR/MS voulait ainsi parler du capitaine Thomas Sankara, comme pour dire que si «le frère d’armes» et «l’ami» a connu la plus tragique des séparations, ce n’est pas sur une simple éviction du gouvernement qu’il faut s’apitoyer.
Ensuite vinrent d’autres cadavérésL’une des premières sanctions de la Compaorose a été sans pitié à l’égard de ses proches compagnons et frères d’armes. Accusés de convoiter le fauteuil présidentiel, le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo ont été définitivement écartés en septembre 89. Sans compter la fulmination infligée à l’idéologue Oumarou Clément Ouédraogo. Dans les archives des dégâts collatéraux de la Rectification de la Révolution, ceux qui recherchent les déchus du système ont certainement beaucoup de grain à moudre.
Et ceux qui ont été «faits» aprèsDes bidasses très zélés, qui faisaient la pluie et le beau temps dans les casernes et en ville, n’ont pas moins connu le triste sort d’être ‘’kafcidentés’’, sans autre forme de procès. Les cas du lieutenant Nidar Gaspard Somé, cadavéré dans un accident de la circulation en 91, et du sergent-chef Arzouma Ouédraogo, alias Otis, tombé en disgrâce dans l’affaire Hyacinthe Kafando et zigouillé sur la route de Bobo en 97, sont la preuve que le zèle n’est pas toujours un gage d’une protection sans condition.
Les disgraciés et réhabilitésLe capitaine Boukary Kaboré, alias Le Lion, a certainement eu plus de chance que les autres. Après s’être rebellé contre la prise de pouvoir de Blaise Compaoré en tentant de s’appuyer sur ses camarades du Bataillon d’infanterie aéroportée de Koudougou, il a connu l’exil, mais a bénéficié d’une amnistie. Il en est de même pour l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando qui, après des bisbilles qui l’ont envoyé en exil, est revenu dans les bonnes grâces et arbore fièrement son costume de député à l’Assemblée nationale pour le compte du parti au pouvoir. Eclaboussé par une sombre histoire de tracts au début de la période de Rectification, le ministre Laurent Sedego, remplaçant de Calife Dialleau, aurait pu connaître aussi un sort tragique. Enfin, ce n’est certainement pas le dernier, le général Kouamé Lougué a été traîné dans la ténébreuse affaire de coup d’État d’octobre 2003, mais il ne s’est finalement pas noyé.
Enfin les anciens barons qui se cherchentLes civils qui se sont approchés du Saint des saints de la galaxie n’ont pas moins connu des fortunes diverses. Promu Premier ministre après Youssouf 1er, Roch Marc Christian Kaboré a aussi connu sa traversée du désert avant de rebondir comme président du parti puis comme président du Parlement depuis 2002. Son prédécesseur, Mélégué Traoré, n’aura eu droit qu’à un mandat avant de tomber dans la disgrâce. Premier président de cette auguste Assemblée, Arsène Bongnessan Yé n’aura fait lui aussi qu’un mandat, avant de rejoindre le fond de la classe depuis sa légendaire gaffe de «chef de terre». Quant à Nabobo Kanidoha, il doit se contenter d’être simple député après avoir brillé comme sinistre de la Défonce et l’un des hommes forts du parti au pouvoir.
09:45 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blaise Compaoré, collaborateurs, Salif Diallo, gouvernement
21.02.2008
Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif
Evadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.
En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.
En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?
Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.
Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?
Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?
Lorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.
Paradoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.
17:07 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Evasion d'exilés politiques, Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, justice militaire, facilitateur, Blaise Compaoré


