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besoins des populations

  • Le Burkina veut rompre avec les logements sociaux prêts-à-habiter

    3ea2b9e1c5aa0ecaf93b603b6225b2c0.jpgAprès la course aux parcelles, voici venue la ruée vers les guichets du projet «10 mille logements sociaux». A Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou, le nouveau remède à l’habitat urbain ne laisse personne indifférent. Depuis le 24 janvier, date de lancement de l’opération, et ce jusqu’au 18 avril, les bureaux de la direction de la promotion de l’habitat et du logement sont systématiquement pris d’assaut. Les demandeurs s’y bousculaient tellement que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a été obligé d’ouvrir un nouveau guichet au sein de son département.

    Comme pour montrer sa disponibilité à accueillir tous ceux qui le désirent, les heures d’ouverture des postes d’information et de réception des dossiers ont été prolongées jusqu’au samedi de 8 heures à 14 heures. Le moins que l’on puisse constater, c’est que les gens ne se font pas prier, quand bien même le projet ne se trouverait qu’à une phase de collecte d’informations nécessaires à son exécution.

    Prêts à tout pour avoir un chez-soi

    Mais sachant les Ouagalais prêts à mordre à tous les hameçons pour «gagner un chez-soi», ce serait aller trop vite en besogne que de juger de la pertinence de l’opération sur la seule base de l’affluence qu’il suscite. Quand on sait aussi que l’équation de l’habitat décent et à coût social demeure un casse-tête chinois, on ne doit pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Faut-il croire que le gouvernement a, enfin, trouvé la panacée dans le projet des logements sociaux?

    Au-delà du marketing qui entoure ce projet, force est de reconnaître que c’est la première fois que les pouvoirs publics burkinabè concèdent à mettre les bœufs devant la charrue en matière de construction de logements. En effet, on a jusque-là bâti des cités sans projection préalable, sans demander l’avis, encore moins évaluer les besoins réels de ceux qui sont appelés à les occuper. Conséquences: les logements se révèlent trop petits ou trop grands pour les attributaires lorsqu’ils ne sont pas carrément mal construits. Il suffit de faire un tour dans une de ces cités pour se rendre compte d’énormes gâchis et de nombreuses modifications qui ont été faites, parfois sans le respect des normes minimales. Par ailleurs, certains y ont juste pris des maisons à moindre coût pour les sous-louer à des prix exorbitants.

    Plus de logements prêts à habiter

    52962b83674117d7e4e3f14cd4a47352.jpgOr, si l’on se fie à une information contenue dans la «Fiche d’inscription au programme de logements sociaux», une part belle est faite aux desiderata du demandeur. Non seulement il lui est donné d’indiquer le nombre de personnes qu’il souhaite loger dans sa future maison, mais c’est à lui également que revient le loisir de donner des indications sur les dimensions et le nombre de chambres à coucher qu’il désire; sur l’annexion d’un salon ou non, de cuisine et de sanitaires internes ou externes. Que ce soit pour la superficie du logement, sur les services d’électricité, d’eau courante et de téléphone ou encore sur les matériaux de construction, etc. le demandeur est appelé à faire valoir ses options. Ce qui tranche franchement avec les cités prêtes à habiter qu’on a connues jusque-là.

    En plus, le projet innove par un large volet d’assistance à la construction pour les demandeurs potentiels déjà propriétaires de parcelles d’habitation mais qui n’ont pas les moyens de faire face aux dépenses inhérentes sur une courte période. Cette opportunité a l’avantage de pallier les difficultés de contracter des prêts à long terme auprès des institutions financières de la place. La Banque de l’habitat, qui a vocation d’accorder des prêts à des durées pouvant aller jusqu’à 20 ans, aura beaucoup de choses à se mettre sous la dent. Et les nombreux propriétaires de parcelles - loties et non loties - non mises en valeur ne seront que soulagés. L’engouement des populations pour le projet est révélateur du rôle que l’État, à l’étape actuelle de notre développement, doit encore jouer. N’eussent été les cités ‘’révolutionnaires’’, beaucoup de citadins - mêmes certains décideurs d’aujourd’hui - seraient toujours en location. La décision de se désengager et de céder la construction de logements sociaux à des privés ne rencontre pas beaucoup d’adhésion. Ou, du moins, c’est une aubaine pour les paweto qui y trouvent des maisons clé en main.

    Le plus dur est à venir

    Au regard des innovations participatives du nouveau projet d’habitat décent, tout porte à croire que les choses ne seront plus comme avant. L’opération de collectes d’informations semble s’inscrire dans une démarche assez originale qui, si elle va jusqu’au bout de sa logique, pourrait contribuer à lever beaucoup d’obstacles sur le chemin du développement de l’habitat. En choisissant d’engager le processus par un appel à candidatures afin de recueillir les besoins exprimés par les demandeurs de logement, le gouvernement change le fusil d’épaule. Mieux, il se positionne en accompagnateur et non plus en seul concepteur et bâtisseur de logements.

    Le plus dur sera maintenant de tabler sur des informations fidèles et fiables des demandeurs. Car, s’il est vrai que beaucoup de gens ont besoin de logements dans les villes, il ne l’est pas moins que le secteur est miné par la spéculation. Il n’est donc pas exclu que des démarcheurs véreux trouvent dans cette opération l’occasion de multiplier leur capital immobilier en faisant main basse sur l’opération par des inscriptions avec des prête-noms. A ce sujet, la direction de la promotion de l’Habitat et du Logement qui pilote le programme a promis de veiller au grain en procédant à des enquêtes préalables. Pourvu qu’elle tienne parole.

    Une autre chose est qu’à l’étape actuelle du projet rien ne filtre sur les sites sur lesquels seront bâtis ces logements sociaux. Cela est d’autant plus déterminant que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Vincent Dabilougou, avait judicieusement relevé que «Le logement social ne doit pas être en dehors de la ville». Aura-t-il les coudées suffisamment franches pour amener les maires à mettre à sa disposition les sites les plus appropriés? La question est délicate. Et le directeur de la promotion de l’Habitat et du Logement opte pour une candeur bien calculée pour ne pas frustrer ceux qui s’impatientent déjà dans les détails, les emplacements exacts des «10 mille logements». «Nous avons des exemples de sites que je ne peux pas dire. Il faut laisser la procédure s’engager et vous serez informés par les voies et les autorités compétentes», tranche prudemment Pegdwendé Aimé Camille Soubeiga.