Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

associations

  • Que se passe-t-il à SOS-Villages d'enfants du Burkina

    V 1.jpgDepuis le mois de mai, un bras de fer oppose SOS-Kinderdorf International (KDI) à l’Association nationale SOS Villages d’enfants du Burkina Faso. Au cœur de cette scène de ménage, la gestion et le contrôle des - réels ou supposés - très juteux biens mobiliers et immobiliers de cette ONG pourtant censée se battre prioritairement pour «l’intérêt supérieur des enfants en difficulté». Qui veut cultiver son «gombo» sur le dos des bambinos? C’est la question qui mérite d’être posée dans cette guéguerre sans merci entre des collaborateurs d’hier, devenus pratiquement des ennemis aujourd’hui. Comment en sont-ils arrivés là?

    Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un linge sale qui se lave impudiquement sur la place publique. C’est l’Association nationale SOS Villages d’enfants qui a donné le ton par un communiqué distillé par notre confrère «Le Pays» n° 4200 du 11 septembre 2008. Dans cet avis qui tombait comme un cheveu sur la soupe, celle-ci informait «tout le public en général, et ses partenaires nationaux et internationaux en particulier, que pour compter de ce jour 10 septembre 2008, Monsieur Boly Moussa n’a plus qualité pour agir pour le compte des institutions de SOS Villages d’enfants du Burkina....». Qu’est-ce qui avait pu bien se passer pour qu’on en arrive là? Depuis quand est-ce que le sieur Boly Moussa - qui n’est autre que l’ancien député du giga parti au pouvoir et connu comme faisant partie de la bande des «refondateurs» - assurait cette responsabilité? Telles sont des questions auxquelles ce très laconique avis, signé du vice-président de l’association, ne permettait nullement de répondre. Pourquoi le Dr François Jérôme Kaboré a-t-il choisi de passer sous silence les raisons qui ont motivé cette décision?

    Mais la fumée qui était derrière l’écran n’a pas tardé à apparaître au grand jour. Le lendemain, ce fut la réponse du berger à la bergère. Dans un encart intitulé «La clarification de Moussa Boly», l’intéressé précise et signe qu’il n’a «jamais été membre de l’association nationale SOS Villages d’enfants Burkina Faso» et qu’il n’a «jamais agi au nom de cette association». Toutefois, il souligne qu’il est le «Représentant de SOS Kinderdorf International au Burkina Faso depuis novembre 2007». Voilà donc l’os. Et loin d’apaiser la polémique, cette «clarification» semble l’avoir enflée.

    En effet, le 23 septembre, on assiste à une nouvelle altercation, toujours par «Le Pays» interposé. Cette fois-ci, notre confrère choisit de publier les joutes des deux parties en conflit dans le même espace, côte à côte. Dans son n° 4208, il livre, d’une part, un «Démenti à ‘’la clarification de Moussa Boly’’» signé du vice-président de l’association et réceptionné le 15 septembre, et, de l’autre, une «Attestation» datée du 18 septembre et signée de Richard Pichler, Secrétaire Général de SOS-Kinderdorf International. Si le 1er communiqué a tenu à préciser que «...la représentation légale de SOS-Kinderdorf International sur le plan national est assurée par l’Association nationale SOS Villages d’enfants du Burkina», l’autre vient «confirmer» que «M. Moussa Boly est le représentant de SOS-Kinderdorf International au Burkina Faso depuis le 26 novembre 2007» et que «Ses attributions lui ont été définies dans son plan d’action par M. Rachel Bourget, Directeur Régional de SOS-Kinderdorf International pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest». Force est de reconnaître que cette passe d’armes ne permet pas de sortir de l’auberge. Pire, l’imbroglio est total.

    V 2.jpgDerrière les avis et contre-avis et autres communiqués se cache un marathon judiciaire qui n’a pas encore livré son verdict. C’est l’association nationale qui a ouvert le feu en portant l’affaire devant le Tribunal de grande instance de Ouagadougou depuis le début du mois de septembre. La première ordonnance de référé en date du 9 septembre dispose, entre autres, que «Les effets de la circulaire datée du 10 juin 2008 et désignant monsieur Moussa Boly en qualité de gestionnaire des affaires courantes et représentant de SOS Kinderdorf International au sein de SOS Villages d’enfants du Burkina soient suspendus jusqu’à l’intervention d’une décision au fond». N’est-ce pas sur la base de cet acte judiciaire que le vice-président de l’association a fait publier le communiqué visant à interdire à Moussa Boly d’«agir pour le compte des institutions SOS Villages d’enfants au Burkina»? Pourquoi aucun des protagonistes ne fait-il pas référence au fait que leur conflit est toujours pendant devant la justice? Comme on devait s’y attendre, la partie adverse a fait appel de cette décision et le prochain délibéré est prévu pour le 9 octobre.

    Mais la clé de cet embrouillamini semble être monsieur Rachel Bourget, qui n’est autre que le directeur régional de SOS-Kinderdorf International pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. C’est lui qui a d’abord nommé Moussa Boly comme «membre de droit de SOS-Kinderdorf International au sein du Conseil d’administration de l’association nationale à compter du 26 novembre 2007», puis lui a donné un «mandat» pour le représenter «au sein du Bureau national de SOS Villages d’enfants Burkina Faso à compter du 12 mai 2008» et, par une «Circulaire» datée du 10 juin 2008, a fait de lui non seulement le «gestionnaire des affaires courantes», mais aussi «représentant de SOS-Kinderdorf International au Burkina». Qu’est-ce qui a bien pu se passer entre Rachel Bourget et l’association nationale au point que le courant ne passe plus entre eux aujourd’hui? Mystère et boule de gomme.

    La passe d’armes qui a débordé devant le Tribunal de grande instance de Ouagadougou et dans les colonnes des journaux n’est apparemment que la partie visible d’un iceberg qui risque de couler la barque de l’action de cette ONG autrichienne au Burkina. Pour peu qu’on tente de la gratter, l’affaire se concentre sur un conflit ouvert entre Rachel Bourget d’un côté et de l’autre Michel Pabyam, le président de l’association - créée en 2006 - et son vice-président, François Jérôme Kaboré. Les seconds accusent le premier de vouloir leur couper l’herbe sous les pieds en «imposant» Moussa Boly à la tête du Bureau en violation des «statuts et règlements de SOS-Kinderdorf International». De l’autre côté, on semble répliquer que la «principale motivation» de l’association de vouloir contrôler la gestion du bureau national tiendrait à l’épaisseur de l’enveloppe qui est allouée chaque année au Burkina et qui est estimée à quelque 700 millions de francs CFA. Par ailleurs, l’organisation envisage de faire des investissements de l’ordre de 2,5 milliards à l’horizon 2009.

    C’est le sort des quelque 900 pensionnaires et bénéficiaires des œuvres des villages d’enfants de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso qui se joue dans cette guéguerre à forte odeur de «gombo». Jusqu’où les protagonistes de cette affaire vont-ils tirer la corde? Affaire à suivre.