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assassinat de thomas sankara

  • Le Burkina aussi a sa poudrière identitaire

    F 3.jpgAprès la gymnastique acrobatie du gigaparti au pouvoir pour aller exhumer la «renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» dans la poudrière du 15 octobre 87, c’est la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC) qui cherche à faire coïncider son 1er anniversaire avec cet anniversaire diversement commémoré. Si l’organisation a été créée très officiellement le 10 octobre 2007, force est de constater qu’elle a décidé de souffler sa première bougie ce jeudi 15 octobre. Ce jour également, les sankaristes iront - peut-être en rangs dispersés - déposer leurs gerbes de fleurs sur la tombe de Thom Sank. Comme pour enfoncer la porte ouverte l’année dernière par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le programme des manifestations prévoit expressément une conférence publique sur «la renaissance démocratique du Burkina avec Blaise Compaoré». Voilà qui est clair. Ceux qui prenaient la Fedap/BC pour la rivale parfaite du parti présidentiel ont désormais de quoi tisser un pont de lianes entre les deux épouses. Mais doit-on croire que la plus jeune, qui se définit comme une «organisation de masse», a enfin trouvé son cheval de bataille?

    F 2.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est que son engagement dans l’arène du débat et des ébats qui se mènent autour du 15-Octobre ne manque pas de soulever beaucoup de poussière. Le choix des hommes commis dans cet engagement politique aux allures de fouille archéologique n’est pas fortuit. C’est au docteur Bobognessan Arsène Yé - 1er président de la 1ère législature de la IVe République - que l’on a confié la lourde tâche de démontrer que les graines de la «renaissance démocratique» auraient été jetées en terre du Burkina le 15 octobre 1987 et non pas seulement le 11 juin 1991, comme cela avait été proclamé jusque-là dans les annales politiques et historiques du Faso. Même si l’homme a le profil de la tâche qui lui est demandée, il faut reconnaître que cela n’est pas un simple jeu intellectuel, tant l’enjeu de sa démonstration est lourd... d’enjeux. Basile Guissou, autre acteur révolutionnaire, a assuré la police des débats. Comme on peut le voir, l’enjeu de la rivalité réelle ou supposée entre la Fedap/BC et le CDP est et demeure le statut et la force de frappe des hommes qui animent l’une et l’autre organisation.

    “Roczilla” s’était employé à lever l’équivoque à la dernière convention du gigaparti au pouvoir, mais il n’a apparemment pas convaincu tout le monde. Certains continuent de voir dans les actions de «solidarité de la Fedap/BC» avec les populations en difficultés une manière bien conjugale de damer le pion à sa rivale et de marquer son territoire. D’autres poussent le bouchon jusqu’à croire qu’il y aurait une main invisible derrière la Fedap/BC, une main qui attendrait son heure pour sortir de l’ombre. Aussi l’enjeu du 15-Octobre serait-il le ballon d’essai du chevalier masqué? Le feuilleton qui a débuté avec la commémoration du 20e anniversaire de la prise du contrôle du pouvoir par l’enfant terrible de Ziniaré comporte, visiblement encore, de vrais ou faux mystères dans ses épisodes. De quoi inspirer les amateurs de fiction politique.

    F 1.jpgEn attendant, les acteurs ne sont pas moins insaisissables que le film qu’ils jouent, et pour cause. Depuis l’avènement de la Fedap/BC, certains militants du parti présidentiel se croient obligés de s’afficher plus avec la nouvelle organisation. Cela a l’avantage de les mettre au premier plan. Mais on se perd à comprendre comment des militants de base du CDP et militants de la Fedap/BC sont devenus aussi influents, sinon plus que leurs responsables de parti. Peut-être que les prochaines élections locales vont dessiner des profils plus clairs et tracer des frontières moins floues. Du reste, s’il est vrai que les premiers responsables du parti au pouvoir essaient d’observer une certaine distance à l’égard de l’organigramme et de l’organisation de la Fedap/BC, il ne l’est pas moins que les ‘’n’opérateurs économiques’’ n’hésitent pas à porter le bonnet et les pagnes 3 pièces à l’effigie de leur «ami» et de les exhiber fièrement. La récupération du débat sur le 15-Octobre par la désormais «composante de la société civile» et non politique que se veulent Gaston Soubeiga et ses camarades n’est probablement pas le fait du hasard. Les prochaines consultations qui s’annoncent déjà ne manqueront pas de lever un coin de voile sur cette énigme dont l’enjeu est hautement politique.