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afrique

  • Nous ne fêterons point ces indépendances indignes!

    I 1.jpgLa lecture de l’actualité africaine annonce non plus seulement la continuité, mais la cristallisation voire la sacralisation de cette relation, qui invite implicitement les peuples à la sédition pure et simple. Les cas du Niger, du Cameroun, du Burkina Faso, du Togo, et des autres, ne relèvent plus de la mauvaise gouvernance, pas plus que de la bêtise ou de la folie des pouvoirs autocratiques. Personne, à moins de choisir le suicide moral, ne saurait dédouaner Paris de ces cancers qui étranglent les peuples. Il ne faut plus chercher à comprendre les successions royales du Gabon, ni du Togo. Il ne faut pas attendre de Compaoré, tueur de sang froid improvisé médiateur de toutes sortes de crises organisées, qu’il propose autre chose qu’une élection à un seul tour aux togolais. De qui prendrait-il ses instructions donc ? Mais d’où Sassou Nguesso a-t-il appris, compris et importé le principe du mandat présidentiel de sept ans ? D’où vient cette culture obscurantiste de mandat présidentiel long sinon de l’hexagone des gens de steak-frites et de bon vin de table ? En apprenant tout petit que leurs ancêtres étaient plutôt des gaulois, ces cancres de la mauvaise gouvernance et de la dictature ne sauraient être des élèves parfaits sans assimiler également la règle de la présidence monarchique cher à De gaulle.

    Il y a au fond, un terrible examen de conscience à faire, en lieu et place de festivités qui vont au contraire consacrer l’humiliation, l’infantilisation, et la défaite autant historique que contemporaine de nos peuples. Ne fêtez point car il s’agit de cinquante années de traîtrise, de recul, d’indignité, d’insanité, d’incapacité. Ne fêtez point car nul martyr dans le contexte d’une si haute insulte à la conscience des ancêtres des libertés et des droits fondamentaux de l’être humains, n’accepterait des excuses depuis sa tombe. Ne fêtez point car dans le regard lointain du reste du monde, l’Afrique, cette Afrique, demeure une terre de punition, une constellation de vampires politiques sans âme, une foire de cancres serviles livrés à tous les vents contraires et prostitués entre les mains de tous les visiteurs.
     
    I 2.jpgIl est légitime que de Paris, Londres, ou Bruxelles, des trompettes de victoire retentissent, que des feux d’artifice saluent le triomphe de leurs seigneurs esclavagistes et de leurs missionnaires prétendument civilisateurs sur les nègres. Ceux qui ont eu raison des Lumumba, Ossendé Afana, Ernest Ouandjié, Sankara et tous les autres anonymes qui luttaient pour la dignité de l’Afrique, peuvent raisonnablement pousser un soupir de soulagement. Chaque victoire vaut bien une fête, et chaque victoire peut bien  être fêtée tous les ans, voire tous les dix ans. Quelle victoire avons-nous remporté donc, pour fêter un certain cinquantenaire ? Nous ne sommes pas dans l’Afrique que voulaient les Félix Roland Moumié, mais plutôt dans celle que planifiaient pour nous, pour les singes, De gaulle et compagnie.

    Le plus important ce n’est pas l’indépendance, ce sont la liberté et la dignité que charrie l’indépendance. L’indépendance sans la souveraineté c’est donc quoi, vraiment ? De brillants et valeureux fils et filles du continent à l’instar des Tchuidjang Puémi qui comprirent très tôt les dangers de nos mille vassalisations à travers la monnaie, s’en sont allés bredouilles dans la tombe, laissant à une postérité complexe et compliquée, le soin de continuer jusqu’à la victoire, ou alors d’accepter de témoigner de la défaite. Nous y sommes, dans le témoignage de la défaite, et vous organisez la fête. Non, l’Afrique ne doit pas fêter. Un cadavre ne fête pas sa disparition, et un mort ne chante pas des cantiques de la vie. Il faut avoir le courage de dire à nos enfants et petits enfants, que nous n’avons pas gagné et que les maîtres colons, nous ont refusé le doit de nous développer, contrôlant le ciment, les livres scolaires, les industries, les infrastructures. Nous sommes des âmes sans âmes. L’Afrique fêtera un jour, plus tard, très tard, et ce sera en comptabilisant et en réhabilitant effectivement ses martyrs.Le cinquantenaire de la honte devrait induire des scènes de deuil public./.

    © Correspondance : SHANDA TONME
  • Lettre de Madagascar

    AL 1.jpggité, écrasé, bousculé. Je me trouve immobilisé. Sous mes pieds, une famille de poulpes en route pour le marché. À ma gauche, une femme malgache trop impatiente de me rappeler que oui, les êtres humains ont une odeur, et que oui, il faut l’assumer. À ma droite, la porte arrière. Personne ne peut bouger tellement on est serré, et pourtant cinq nouveaux passagers franchissent le pas. Telle est la loi du taxi-brousse. Une loi qui tente, par tous les moyens, de se rapprocher de la mythique frontière du confort zéro. Nous sommes tout de même arrivés vivants à Tuléar. Une ville dynamique du sud-ouest de Madagascar où tout le monde circule en «taxi écologique» d’étonnantes machines qui carburent au riz ! Il s’agit, bien entendu, des
    pousse-pousse. Ces brouettes inversées, échos des colonialismes du 19e siècle sont un héritage des migrations asiatiques. On en trouve dans de nombreuses villes malgaches. Au début on se sent mal de monnayer la transpiration d’un autre homme, mais on s’y fait vite. C’est rigolo, c’est pas cher, et les Tuléariens sont les premiers à les utiliser. Du coup la ville demeure libérée des voitures, et les rues sont calmes. Le silence étant régulièrement brisé par les accélérations d’un énorme quad, piloté par un homme blanc, la cinquantaine, flanqué d’une jeune Malgache, la vingtaine (ou moins). A croire qu’ici les critères de beauté ne sont pas les mêmes qu’en Europe ! Le tourisme sexuel reste une réalité affligeante et visible dans tout le pays, et surtout sur les côtes. Dans chaque hôtel, à côté du lit, vous trouverez un paquet de préservatifs posé sur un exemplaire du nouveau testament.
    L 2.jpgNous avons eu l’occasion de visiter quelques villages au nord de Tuléar. Notamment Ifaty, village de pêcheurs, et quartier général de Reef Doctor, petite ONG que nous avons connu dans le cadre d’un reportage. Ils tentent, entre autres, d’inculquer les valeurs de la protection du patrimoine marin aux pêcheurs vezo (prononcez «vaise») qui deviennent trop nombreux pour les capacités marines des côtes. Vers 18h30 le soleil se couchait pour nous. En ombres chinoises, des pirogues à balancier rentraient de leur journée, d’autres partaient pour la
    pêche nocturne. Un tableau paradisiaque dont il est impossible se lasser, et que l’on dégustait tous les soirs avant de rentrer dans notre bungalow sans eau ni électricité, peuplé d’une dizaine de cafards très curieux de connaître leurs nouveaux colocataires...

    On mange très bien à Madagascar. À la tombée de la nuit dans toutes les villes et tous les villages, des odeurs de viande grillée viennent vous chatouiller les poils de nez. Et à 100 Ar (3 centimes d’euros) la brochette de zébu, il n’y a pas de raison de se priver. Leur viande est excellente, et pour ceux qui connaissent les joies du boeuf américain, sachez que le zébu malgache est meilleur. Ici, l’expression «un steak qui se coupe à la cuillère» prend tout son sens. Mais le festin ne s’arrête pas là. Toutes les influences culturelles de cette grande île se côtoient dans les assiettes.
    Allant des nouilles sautées chinoises au foie gras français, en passant par le manioc africain et la pizza italienne. Étrangement, les Malgaches disent «maztou» ce qui signifie «courage» avant d’entamer le repas. Je ne parlerais pas de courage quand il suffit de prononcer les mots «beignet de banane» pour me faire frétiller les papilles. Pour les boissons, c’est pareil. Une bonne bière, la THB (Three Horses Beer), du vin local ou sud africain, des rhums arrangés à la vanille, au letchi, à la mangue, au gingembre... on a vraiment l’embarras du foie!
    Bientôt il va falloir rentrer sur Tana avant de repartir, assez rapidement,
    dans le nord pour d’autres reportages. Plus précisément autour de Diego Suarez, dans une région qui produit les mangues les plus délicieuses de l’univers connu. Aller, on vous laisse, avant notre ultime escapade dans la région de Tuléar, au sud, où l’on admirera les poissons dans leur milieu naturel, avant des les admirer dans notre assiette. Maztou !


  • Pauvre président...à vie

    B.jpegTriste fin que celle El Hadj Omar Bongo-Ondimba. Pour avoir voulu être président à vie…il n’a visiblement droit à une mort tranquille. Depuis que la maladie qui le ronge l’a contraint à interrompre ses activités présidentielles, les média internationaux semblent aux aguets pour être les premiers à annoncer sa mort. Cela au grand dam des bonnes vieilles traditions africaines qui voudraient que ce soit la famille éplorée qui porte cette nouvelle sur la place publique. Mais pouvait-il en être autrement pour cet homme qui s’est plutôt fait roi à la tête de la République gabonaise ? A quoi a finalement servi son long règne sans partage de 41 ans ?
    On a envie de dire à rien. Sauf à s’imposer à la tête de ce petit pays de l’Afrique centrale qu’il a fini par considérer comme sa propriété privée. Eh oui! Après son accession au pouvoir en 1967, il n’a jamais imaginé faire autre chose que d’être président et le seul président du Gabon. Tout cela lui était tellement monté à la tête qu’il avait oublié qu’il n’était pas éternel. Le grand cirque que jouent ses proches autour de sa maladie n’est-il pas la preuve qu’ils ont du mal à croire que cet homme pouvait disparaître un jour ? Consciemment ou inconsciemment, ils estiment que le peuple gabonais n’a même pas droit à la vérité sur la santé du président. C’était sans compter avec les relais d’informations à l’extérieur.
    Très embarrassé par un «président à vie» probablement plus mort que vivant, son Premier ministre doit batailler dur contre les rumeurs les plus folles. Mais jusque à quand ? Ce qui est sûr, c’est que même s’il parvient à protéger le fameux «secret» pendant encore quelques jours, force est de constater qu’«on ne peut pas cacher le soleil avec la main». La mort est un passe obligé, même pour les présidents à vie. "Vanité des vanités, tout est vanité", nous enseigne le sage de la Bible.