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administration publique

  • Corruption dans l'administration

    I 1.jpgLa corruption dans l’Administration burkinabè, on en parle et c’est réel. Une étude a été même commanditée sur ses formes et ses visages. Il ne s’agit donc pas d’un serpent de mer ou de soucoupes volantes. La corruption est non seulement rampante dans les services publics, mais ceux qui devraient la combattre se hâtent toujours trop lentement. Ils ne font pratiquement rien pour endiguer la gangrène qui ronge inexorablement l’éthique et la déontologie.

    Aux services des Impôts, pour ne parler que de ceux-là, on est interloqué par les grandes fenêtres que l’Administration elle-même ouvre à la tentation de la corruption. Comment comprendre que dans les divisions fiscales il n’y ait toujours pas de service d’informations et de renseignements pour orienter les usagers? Et pourtant, il y a des personnages de tout acabit qui écument les couloirs de ces services et qui servent de rabatteurs pour des agents véreux tapis dans leurs bureaux. Puisque n’importe qui peut entrer et sortir de n’importe quel bureau, c’est la porte ouverte à tous les deals. Comme pour les recharges de cartes téléphoniques, il existe également des prestations Sap-Sap pour lesquelles l’intéressé n’a même pas besoin de se présenter. Comme dans la plupart des services publics où circulent des sous, les intermédiaires, communément appelés les margouillats, se chargent de «pousser» les dossiers au bon endroit, moyennant «quelque chose» en espèces sonnantes et trébuchantes.

    I 2.jpgC’est connu. Le glissement de feuilles ou de v’loppes pour faire accélérer le traitement d’un dossier dans l’Administration publique est une pratique tellement courante qu’elle ne semble plus offusquer personne. Il faut tout autant ‘’un caillou’’ pour empêcher la déclaration en douane de s’envoler. On a beaucoup mis à l’index les commissariats où des législations «bien graissées» peuvent se faire à la vitesse de l’éclair; ils ne devraient pas détenir la palme de cette accélération. Il suffit généralement de «connaître quelqu’un» pour voir ses dossiers se gérer en un temps deux mouvements. On est parfois même surpris de voir que ces intermédiaires sont capables d’ouvrir toutes les portes.  

    Cela se ressent bien ces dernières semaines avec une vraie fausse pénurie de timbres fiscaux qui ouvre la porte à des gymnastiques peu catholiques. Le précieux sésame est officiellement introuvable dans les guichets où il est vendu. Mais curieusement, des agents d’autres bureaux en ont par-devers eux et c’est eux-mêmes qui se chargent de le proposer, bien sûr un peu plus cher que d’habitude. «Tout ce qui est rare est cher» et les fonctionnaires dealers ont tellement bien compris ce principe économique qu’ils n’hésitent pas à se mettre illégitimement du beurre dans leurs épinards. «Qui est fou», comme dirait l’autre? Mais le hic dans ce vilain micmac, c’est qu’on ne sait plus s’il s’agit d’une pénurie artificielle ou provoquée en vue de racketter les pauvres usagers de l’Administration qui n’ont pas d’autre choix que se jeter dans la gueule des loups-garous insatiables. Pire, cela fait longtemps que dure ce jeu de cache-cache et on se demande à qui profite ce flou artistique autour du problème des timbres fiscaux. A moins d’attendre que des pirates de timbres fiscaux inondent le marché avant de réagir promptement, il y a de quoi se demander s’il y a un responsable de cette affaire-là au sein du ministère de l’Economie et des Finances? En tout cas, il y a un véritable laxisme autour de ce problème qui n’a que trop duré.

    I 3.jpgDu laxisme, il y en a certainement dans la gestion des documents officiels par les «Commissions d’évaluation et de constat de mise en valeur des parcelles de la province du Kadiogo».Tenez-vous bien, c’est à la main que les agents de ces services remplissent les imprimés qui sont supposés servir de procès-verbaux. Au lieu de traiter ce document confidentiel dans leurs bureaux, ils imposent à l’usager d’aller faire saisir le procès-verbal dans les secrétariats publics. Quelle aberration pour une Administration publique comme celle des Impôts qui devrait protéger les données personnelles des citoyens de toute manipulation extérieure? A quoi sert finalement d’implanter des Divisions fiscales dans les différents arrondissements de la ville de Ouagadougou si l’on ne peut pas les doter de secrétariats afin de garantir la crédibilité des documents produits?

    Le moins que l’on puisse dire dans cette dérive administrative qui consiste à faire saisir des documents à l’extérieur de l’Administration fiscale, c’est qu’elle expose les données non seulement à des falsifications graves, mais aussi à toutes sortes de trafics. Qu’est-ce qui prouve que ces documents manipulés à l’extérieur des bureaux ne sont pas utilisés à d’autres fins par des personnes mal intentionnées? Comment les usagers peuvent-ils faire correctement leur droit à la réclamation si n’importe quelle opératrice de saisie peut avoir accès aux informations aussi personnelles que stratégiques telles que «Le coût des investissements réalisés par un tiers sur sa parcelle»? On est où là?

    En plus de poser un réel problème de protection de données personnelles, cette gestion hasardeuse de documents administratifs traduit bien un état d’esprit qui contribue malheureusement à dévaloriser les actes administratifs. Tout porte à croire que l’essentiel pour les services des Impôts consiste juste à encaisser l’argent des contribuables sans autre forme d’égards. Et puisque les agents eux-mêmes semblent être formés pour appliquer mécaniquement des mesures qui ne vont guère au-delà de la collecte de sous, il ne faut pas s’étonner qu’ils ne soient pas plus exigeants vis-à-vis de leur hiérarchie. Lorsque tout le monde se complaît du laxisme, il ne faut pas s’étonner que la fraude et la corruption entrent dans l’Administration par la grande porte et virusse finalement tout le système.