08.08.2008

La "Vie chère" ne connaît pas de vacances

20f02cbbb037b8705d370828002167f4.jpgLes rumeurs (et les humeurs!) n’auront donc pas réussi à pousser le gouvernement à un remaniement pourtant tant désiré par une opinion certaine. Mais ce n’est probablement que partie remise, ainsi que l’a laissé entendre le Blaiso, vrai Capitaine de la barque gouvernementale, à l’occasion du dernier Conseil des ministres.

Ainsi, si les sinistres du Faso sont allés en vacances avec tous leurs attributs et leurs gombos - que l’on imagine plus gluant que le lot quotidien du vacancier moyen -, rien ne prouve que tous termineront l’année en conservant leurs maroquins. Ça, c’est une autre paire de manches.

Si une grande partie de nos compatriotes qui ne cachent plus leur opinion semblent si pressés de voir certains ministres éjectés de leurs fauteuils, c’est parce que les affres de la «vie chère» ont fini par ouvrir les yeux de bon nombre d’entre eux. Les Burkinabè sont dans l’angoisse comme jamais. Ils ont l’impression d’être devant un rouleau compresseur incontrôlable par l’actuelle équipe gouvernementale. Une inquiétude qui a été quelque peu justifiée par la récente augmentation du prix du carburant à la pompe. Ce fut une goutte de pétrole de trop sur le fardeau de la flambée des prix.

En choisissant de prendre cette décision au début des vacances où les syndicats étaient en plus amputés de leur bras armé que sont les élèves et les étudiants - eux-mêmes virés du campus sans préavis -, le gouvernement  n’a pas eu droit à une réaction appropriée. Mais le chef du gouvernement et pasteur, Testicus Zorro, est assez conscient que les remèdes apportés jusque-là au mal persistant n’ont pas réussi à faire fléchir le désarroi généralisé. Les réajustements à la hausse des tarifs de transport qui s’en sont suivis ces derniers jours achèvent de convaincre que le pire est encore à venir.

En tout cas, si les premières pluies de l’hivernage ont fait baisser la chaleur, il faut attendre de voir les premières semences atteindre la période d’épiaison pour espérer que le thermomètre socio-économique baisse. Encore faut-il que des pluies torrentielles ne viennent gâter les récoltes comme l’année précédente. Les semences gratuites - ou moins chères - promises aux paysans ne seront pas la panacée. Car une chose est de semer, une autre est d’être sûr de récolter suffisamment. Et dans ce pays où on s’en remet beaucoup plus à la «clémence du ciel» qu’aux techniques culturales, la maîtrise de la sécurité alimentaire n’est pas au bout des statistiques.

Dans l’hypothèse où les récoltes seraient hypothéquées, il faudrait trouver de solides espoirs pour nourrir le peuple. Or, Dieu sait que ça ne sera pas facile. Surtout qu’à partir de l’année prochaine, les politiciens de tout poil iront dans les campagnes pour faire campagne, il faudrait compter sur le courroux d’un électorat qui deviendra très exigeant par la force des angoisses de la vie. Les effets de la vie chère risquent fort de rendre cher les prochaines campagnes présidentielle, municipales et législatives pour le méga parti au pouvoir. Attention aux gens qui n’auront rien à perdre. C’est le moins que l’on puisse dire.   

Avec des prix de transport désormais gonflés sur toutes les lignes, le retour des vacances ne sera pas du tout évident pour ceux qui sont allés les passer très loin de chez eux. Pour n’avoir pas réussi à aller jusqu’au bout de l’année universitaire, le professeur Jo Paresse sera certainement l’un des ministres qui vont en vacances sans y aller véritablement. A moins qu’il soit déjà informé d’être déchargé de son maroquin à la rentrée, il lui faudra trouver une solution au plus vite, s’il ne veut pas être emporté par les nombreux problèmes qui se sont greffés autour du dossier «Université».

782fed26b9111195dfef89e73e3b9896.jpgL’autre partie visible de l’iceberg est certainement aussi les angoisses d’affaiblissement du pouvoir d’achat des travailleurs. Le gouvernement a beau dribbler des syndicats visiblement en manque de stratégies, il va falloir affronter la question tôt ou tard. L’une des commissions ad hoc mises en place par l’Assemblée nationale pour réfléchir sur la «vie chère» avait d’ailleurs mis le doigt sur le problème sans être très explicite. Le gouvernement, qui s’est jusque-là réfugié derrière la parade de l’inefficacité de l’augmentation des salaires des fonctionnaires, devra se trouver d’autres arguments pour ne pas servir la même rengaine à la rentrée. C’est peu de dire que pour les ministres en charge de l’Economie et des Finances, du Travail et du Commerce pour ne citer que ceux-là, les vacances s’apparentent beaucoup plus à une parenthèse plus qu’à une évasion comme les autres années.

A en croire des indiscrétions du Conseil des ministres, certains sinistres seraient si tristes à leur sortie qu’on les croirait sortir d’une cérémonie d’adieu. Avec ou sans remaniement ministériel, les angoisses de la «vie chère» ne se donnent pas de répit. Il va falloir y faire face..

 

30.06.2008

Pénurie du ciment: les commerçants se sucrent et les consommateurs se saignent

0ca8930949cd8ddea7ef2dfa47cfb1f0.jpgDepuis quelques semaines, le ciment se fait rare sur le marché burkinabè. Comme tout «ce qui est rare est cher», les commerçants ont vite fait de renchérir les prix. En ce début de saison de pluies où la plupart de ceux qui ont un chantier de construction profitent de la flotte pour «faire avancer les travaux» ou les «achever» pour les plus nantis, c’est la croix et la bannière pour avoir l’ingrédient indispensable pour le béton. Comme on doit s’y attendre, la pénurie du ciment a ouvert la voie à toutes sortes de spéculations.

Contrairement au riz dont la plus grosse part est importée, les consommateurs avaient jusque-là le choix entre les produits de Diamond Cement - la société privée qui s’est fixé pour ambition d’approvisionner le marché local - et des produits importés des pays voisins. La production locale a également l’avantage d’être moins chère par rapport aux produits importés. Ce qui fait qu’elle était globalement la plus sollicitée. Mais le hic est que l’offre de Diamond Cement est, depuis un certain temps, en deçà d’une demande de plus en plus forte. Ce qui a provoqué la flambée des prix. De 5 000 à 5 500 F Cfa, la première qualité est passée à 6 500 F. Pire, il faut être dans le secret des commerçants pour avoir quelques paquets pour son chantier.   

Ce sont les grincements de dents des consommateurs qui ont été sans doute à la base d’une concertation, le 3 juin dernier, entre le ministre du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’artisanat et le directeur général de Diamond Cement pour «échanger sur les pénuries de ciment, la hausse excessive du prix de ce produit constatée ces derniers temps sur le marché ainsi que les éventuelles difficultés que la société Diamond Cement rencontre dans l’approvisionnement du marché national en ciment et les voies et moyens d’y remédier», stipule le très officiel communiqué distillé par le ministère. Apparemment, le gouvernement semble avoir pris la mesure du problème.

En guise de solution, le ministère s’est juste fendu d’un communiqué pour, dit-il, «fixer le prix du ciment produit par la société Diamond Cement Burkina» le 11 juin. Malgré cette injonction assortie de menaces de «sanctions prévues par les textes en vigueur», les prix n’ont guère baissé. Bien au contraire. Tenez. Le prix de la tonne du CPA 45 est officiellement planché à 107 500 F, soit 5 375 F le sac. Sur le marché, la réalité est tout autre. Le même produit est allègrement vendu à 6 500 F. Ceux qui ont pensé invoquer la mesure gouvernementale pour espérer faire fléchir les commerçants se sont entendu dire: «Allez payer votre ciment au ministère.»

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les commerçants sont conscients de l’impuissance du gouvernement à mettre de l’ordre dans la flambée des prix. L’exemple du riz et de ses fameuses «boutiques témoins» est assez éloquent en la matière. Même si la société Diamond Cement clame qu’elle n’est «aucunement responsable de la hausse des prix», elle n’est pas moins incapable de satisfaire la demande. C’est la conjugaison de tous ces dysfonctionnements qui fait que les commers véreux continuent de se sucrer et les consommateurs qui veulent le ciment, à tout prix, sont obligés de se saigner. Ainsi va la «vie chère» au Faso.

Diamond Cement a les pieds dans le béton

64efc5f996e2bb68c75e0d76484ac89d.jpgLundi 23 juin. Il est 18 heures. L’ambiance à l’entrée de l’usine de Diamond Cement de Zagtouli - à la sortie ouest de Ouaga - était aussi froide que la pluie qui venait de s’abattre sur la ville. Chauffeurs et apprentis, qui attendaient leur tour de chargement de ciment, avaient déserté les camions pour aller flâner ailleurs. Ceux qui avaient encore le courage de patienter sur place s’étaient rués sur la restauratrice qui venait de s’installer devant l’entrée de l’usine. Le benga chaud, ça fait du bien, pour chasser la fraîcheur de la pluie qui continuait de distiller ses dernières gouttes. Surtout que rien ne présageait de la fin de l’attente qui durait plusieurs jours déjà pour certains. Un jeune apprenti, à qui nous avions demandé depuis quand il était là, nous lança: «Ça dépend. On a chargé avant-hier, mon patron est parti en ville et je l’attends». A quand le prochain chargement? «Je ne sais pas. C’est ceux qui viennent avec beaucoup d’argent qui chargent vite. Les autres, on ne les regarde même pas», répondit-il, songeur. En fait, il voulait nous faire comprendre que les camions qui étaient stationnés n’étaient pas nécessairement logés à la même enseigne. Certes, leur problème commun est le ciment dont le chargement se fait au compte-gouttes. Encore faut-il avoir les poches suffisamment lourdes pour accéder à l’intérieur de l’usine.

Pour vérifier cela, nous prétextons chercher un «employé de la maison». Dès que nous franchissons le 2e portail, c’est un ouvrier tout couvert de ciment qui nous accoste. Il nous prend pour un camionneur ou un opérateur économique qui chercherait à «accélérer» son chargement: «Kôrô, vous voulez voir quelqu’un?» «Non. Je ne comprends pas pourquoi ça tarde comme ça. Quel est le problème ici?» Sans trop de précaution, il m’explique qu’en fait «les machines sont bloquées» et que le ciment ne sort plus comme avant. Et que si j’étais pressé, il suffit de «voir» ses chefs. «Comment faire pour les voir?» Mon interlocuteur qui est sûr de tomber sur un pigeon n’hésite pas à me dire qu’il suffit de «donner 25 000 ou 30 000 F» pour faire sortir plus vite le «OS», l’ordre de servir. Un échange fortuit, mais assez édifiant sur les gymnastiques auxquelles certains grossistes se livrent pour entrer en possession de leur livraison de ciment.

A propos de la lenteur de l’usine, l’ouvrier-dealer est formel: «Les machines ne donnent plus bien. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas dire la vérité aux gens.» Selon les informations officielles, le staff de Diamond Cement s’affaire à installer une nouvelle unité pour augmenter sa production actuelle de 40 000 à 80 000 tonnes. En attendant, la cimenterie a quelque peu les pieds dans le béton.

f3bb1420e1dfc42abc028470b95eb1fa.jpgDu ciment ghanéen dans le circuit

Avec la pénurie et la hausse du prix du ciment burkinabè, les revendeurs ont eu l’ingéniosité de mettre le ciment ghanéen dans le circuit. Si ce produit vient combler l’incapacité actuelle de Diamond Cement, son prix s’élève à 6 500 F le sac - soit 130 000 F la tonne - alors qu’il ne coûte qu’entre 8 500 et 9 000 cedis au Ghana, soit entre 3 500 F et 4 000 F CFA. C’est une aubaine pour ceux qui gèrent cette nouvelle filière et qui doivent secrètement souhaiter que la cimenterie locale continue de s’emmêler les pinceaux. Après le «monopole» que d’aucuns dénoncent sur le ciment du Togo, voici venu un «new deal» avec le ciment du Ghana. On aurait pu espérer une concurrence dans cette diversité à l’importation. Mais hélas, le prix du ciment ghanéen est déjà trop cher pour les consommateurs moyens.

b9f82c2a2db1f91124c67c776743ccb4.jpgLes pieds nickelés du ciment

La rareté du ciment a fait naître des dealers de toutes sortes. Ils sont désormais autour du marché de Sankaryaré, rabattent les clients vers l’arrière-cour où les stocks de ciment sont dissimulés. Là-bas, c’est à prendre ou à laisser. La tonne du CPA de Diamond Cement est à 130 000 et «on ne discute pas. Il y a beaucoup de gens qui attendent. Si vous ne voulez pas, revenez lorsqu’on aura une autre livraison». Il faut bien graisser la patte de tous les intermédiaires et autres dealers qui se sont introduits dans le circuit, sans compter les faux frais à l’usine. A ce rythme, l’inflation a de beaux jours devant elle au Faso.

28.02.2008

L'arbre de la "vie chère" ne doit pas cacher la forêt des inconséquences économiques

2a91103219e02b4e7e6c38746118d79f.jpgLe Burkina n’a donc pas échappé aux feux de la flambée des prix. Alors que le gouvernement croyait encore pouvoir gérer la situation par les pansements phraséologiques habituels, il s’est laissé surprendre par un réveil brutal des manifestations à l’ouest et au nord du pays. Comme par hasard, c’est à Bobo-Dioulasso - considérée à tort ou à raison comme la capitale économique - que la fièvre de la flambée a fait le plus de dégâts. Est-ce là la preuve que l’économie burkinabè a mal dans son cœur?

Ce qui est sûr, c’est que cette affaire de vie chère ou de flambée des prix - c’est selon - révèle au grand jour les contradictions de l’économie burkinabè. L’augmentation générale des prix au niveau international ou encore la flambée du baril du pétrole n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Certes, le choc pétrolier est si violent qu’aucun secteur d’activité ne résiste à ses effets pervers, mais de là à remettre tout le prix du baril dans les prix, il n’y avait qu’un pas que les commers escrocs de tout poil ont allégrement franchi. Mais dans le contexte particulier du Burkina, la flambée mondialisée est durement ressentie parce qu’elle coïncide avec la croisade de l’État contre la fraude douanière et fiscale, des pratiques légendaires qui sont devenues un sport national.

En effet, pendant longtemps et pour des calculs électoralistes et politiciens, n’a-t-on pas donné l’impression à certains commerçants et opérateurs économiques qu’ils peuvent tout importer et tout vendre sans payer les moindres frais douaniers, taxes et impôts? Que dire de la grande promiscuité qui règne entre les gros opérateurs économiques et les politiciens qui managent l’appareil de l’État? N’est-ce pas ces mêmes politiciens qui ‘’rackettent’’ à longueur de manifs ces ‘’n’opérateurs’’ économiques? Il est évident que lorsqu’on paie normalement ses impôts, ses taxes et ses charges, on ne peut pas se permettre de ponctionner dans ses caisses pour financer des activités de politiciens comme c’est le cas pour certains. Jusqu’où alors le ministre de l’Economie et des Finances peut-il aller dans sa campagne de rompre avec les pratiques anormales du passé?

Comme on a pu le relever dans le bras de fer entre le gouvernement - devenu subitement rigoureux - et les commerçants impénitents, tout part et revient aux impôts et droits de douanes. C’est justement sur ces deux éléments que se déroule le dialogue de sourds entre le ministère de l’Economie et des Finances et les opérateurs économiques. Visiblement, aucune partie n’est disposée à lâcher du lest, comme on a pu le relever à la rencontre que les ministres en charge du Commerce, de l’Economie et des Finances ont eu avec leurs vis-à-vis lundi dernier à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le gouvernement a beau faire un clin d’œil en donnant un mois de sursis pour les pénalités de dédouanement, ils sont nombreux, les commers, qui pensent que «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé»! Comme on peut l’imaginer, ils veulent que les choses demeurent comme avant, c’est-à-dire sous le règne de la fraude et du débrouiller-brouiller. Le Premier ministre Te$ticu$ Zongo et son équipe peuvent-ils compter sur les responsables des commerçants pour faire entendre raison à ces derniers? Rien n’est moins sûr.

Lorsque El Hadj Oumarou Kanazoé, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’est permis d’appeler les commers au civisme, cela a fait sourire plus d’un. Car c’est justement le civisme fiscal et douanier qui constitue la pomme de discorde et Dieu sait que c’est précisément la chose la moins partagée aussi bien au sommet qu’à la base. Le plus dur sera de faire respecter cette vertu indispensable à une collecte efficiente des impôts et taxes dues. La rentrée des ressources propres de l’État en dépend grandement. Aussi, si la pilule paraît amère pour les uns, la survie des autres y est vitalement liée. Le gouvernement arrivera-t-il à la faire avaler sans trop de dommages? Rien n’est moins sûr.

Si la période ne semble pas chargée d’enjeux électoraux majeurs, il n’en demeure pas moins que le dossier brûlant de la vie chère soumet le mandat du Blaiso nouveau à une rude épreuve. Au moment où le Burkina se gargarise d’avoir assaini son environnement des affaires et se targue d’être le bon élève de certaines institutions internationales, le bras de fer engagé par les commerçants met le régime entre le marteau des réalités économiques nationales et l’enclume des partenaires techniques et financiers. En plus de ne pas s’entendre avec ces derniers, «sur la corruption», Jean-Baptiste Compaoré, le ministre de l’Economie et des Finances, doit également convenir qu’il ne s’entend pas avec les commerçants «sur les droits de douanes et les impôts». Là se trouvent les contradictions. Il ne faut surtout pas que l’arbre de la flambée des prix cache la forêt.

 

15.02.2008

Flambée artificielle des prix au Burkina

4b885441d8b6cfe9b2401f272635fc1d.jpgTandis que les consommateurs ne savent pas à quel saint se vouer dans l’imbroglio de la flambée généralisée des prix des produits de première nécessité, Tertius Zongo et ses sinistres médecins après la mort se sont enfin résolus à sortir de leur long et profond sommeil. Dans un communiqué laconique signé de son porte-parole, on apprend que le gouvernement veut engager une croisade contre la flambée des prix. Du moins, le Premier sinistre vient d’instruire les sinistres concernés par le phénomène à «prendre des mesures énergiques d’une part, pour opérer une meilleure surveillance des prix et, d’autre part, entreprendre des concertations avec tous les acteurs impliqués dans la chaîne de commercialisation desdits produits en vue du respect par tous, des lois et règlements du commerce». Mais en toile de fond de cette déclaration de guerre se cache une escroquerie trop longtemps subie par les consommateurs et que les autorités paraissent ignorer.

«En effet, l’analyse de la structure des prix sur la base des éléments fournis par les services techniques montrent que les hausses de prix en l’espace d’un mois varient entre et 10 et 67% sur certains produits de première nécessité alors que d’une part les cours internationaux de ces produits n’ont pas connu de variations significatives et d’autre part aucune modification des droits de douane ni de la fiscalité intérieure n’a été opérée», constate amèrement le gouvernement. En clair, les commerçants ont profité du manque de vigilance des pouvoirs publics et de la naïveté des consommateurs pour augmenter abusivement les prix de certains produits. Autrement dit, tout se passe comme si le gouvernement n’avait pas de topo, alors que les commers escrocs opèrent en toute impunité.

Patisankana! C’est à croire que tout est permis dans ce pays où l’on passe pourtant le temps à crier famine. Il y a de quoi révolter les travailleurs du public et du privé qui se saignent depuis longtemps pour zouter de l’argent à la popote, alors que l’augmentation des prix que l’on crie sur les toits de tous les marchés n’est en réalité que de la surenchère de commerçants qui se sucrent plus qu’il n’en faut. Faut-il les condamner pour autant dans ce pays où la course à l’enrichissement est devenue un sport national? Il n’y a qu’à voir le profil et le train de vie de nos gouvernants et de leurs morveux, quelques mois seulement après leur accession à la soupe!

ac00a118e549784252a1b2c48d0e5203.jpgLe gouvernement, qui veut jouer aujourd’hui les bons samaritains, n’avait-il pas abandonné le consommateur à la cupidité des commerçants en libéralisant à tout vent et sans la moindre protection des produits de première nécessité?

Mieux vaut peut-être tard que jamais. En détectant, seulement maintenant, la faille de la structure anarchiste et suicidaire des prix, le gouvernement met le doigt sur une plaie qu’il a contribué à ouvrir et à laisser se gangrener. Mais il faut avouer que la guerre contre la fixation des prix risque d’apparaître comme un combat contre des moulins à vent, si on ne prend pas la mesure de tous les dysfonctionnements. Car, c’est un secret de Polichinelle que de dire que les textes et règlements n’engagent pas nécessairement les petits commerçants qui ne vont que subir la loi de quelques grossistes tapis dans les salons de décideurs complices. En plus, il faut reconnaître qu’aussi longtemps que quelques opérateurs économiques détiendront le monopole sur des produits de grande consommation, le jeu de la concurrence ne sera qu’un vœu pieux. C’est même illusoire, voire utopique, d’appeler «au civisme et au sens de la responsabilité» dans ce Faso où tous les moyens semblent bons pour se sucrer sur le dos de la grande majorité ignorante des règles et règlements qui n’ont de valeur en réalité que d’être des décrets ministériels.

En se résolvant finalement à se mettre dans la tunique du «bon samaritain», le gouvernement de Tertius Zongo joue également sa crédibilité. Car, à défaut de pouvoir ramener les prix à des proportions raisonnables, il va falloir accéder à l’augmentation des salaires pour permettre aux travailleurs d’affronter eux-mêmes la supercherie.