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Sonabhy

  • La flambée du pétrole va-t-elle flamber les réserves du Burkina?

    46cfdefe7b5d050b2ad5b9a5642074a0.jpgAlors que le prix du baril du pétrole a atteint, en début de cette semaine, le record de 140 dollars et que la tension monte partout sur la planète, les prix sont restés curieusement stationnaires à la pompe au Faso. Du moins, depuis le mois de janvier, les consommateurs n’ont plus enregistré d’augmentation sensible. Tout se passe comme s’il y avait un mot d’ordre officieux de blocage des compteurs au niveau des stations d’essence. Ou qu’il y a une sorte de «gentlemen agreement» pour ne pas pousser le prix du carburant au-delà d’un certain niveau de tolérance. C’est tant mieux pour les consommateurs. Mais jusqu’où peut-on contenir cette «stabilisation»? Qui paie le prix de l’amortissement? Jusqu’à quand cela va-t-il pouvoir se faire?

    Incontestablement, le gouvernement a préféré encaisser les contrecoups de la flambée du prix du pétrole, plutôt que de prendre le risque d’une montée de tension sociale suite à un réajustement du prix sur le marché national. Ainsi, le tarif des différents produits pétroliers ne reflète plus la réalité du marché international. Avec une augmentation d’environ 91,30% du baril en un an, il n’y a eu qu’environ quelque 10% d’augmentation du prix à la pompe. Plus concrètement, le Super devrait coûter, en ce moment, 770 F et le Gasoil 795 F le litre à la pompe. Mais par le jeu de l’«atténuation du prix des hydrocarbures», le consommateur burkinabè ne ressent pas le choc ou très peu. Et cela fait plusieurs mois que la gymnastique dure. Mais cela n’est pas sans répercussions sur les caisses et les réserves de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures (Sonabhy). Les tensions financières de cette structure - chargée d’amortir le choc pétrolier en cas de soubresauts sur le marché international - sont d’ailleurs si vives que le gouvernement a été obligé de mettre en place une «Commission interministérielle sur les difficultés de trésorerie de la Sonabhy inhérentes aux mesures gouvernementales d’atténuation du prix des hydrocarbures».

    Cela fait plusieurs mois déjà que la fameuse Commission cogite pour arriver à une solution qui arrange à la fois les caisses de la Sonabhy, le Trésor public et garantisse la «paix sociale». Mais comme on peut l’imaginer, l’équation est très corsée à résoudre. En tout cas, il ne sera pas aisé de faire cette omelette - d’intérêts opposés, voire contradictoires - sans casser des œufs. Déjà, les argentiers de la Sonabhy grincent des dents et se demandent légitimement jusqu’à quand ils vont continuer à puiser dans leur stock de sécurité et dans les bénéfices du temps des vaches grasses. Les annonces d’une grimpée du prix du baril qui pourrait atteindre 200 dollars ne sont pas faites pour arranger les choses. «C’est grâce à la confiance de nos banquiers que nous arrivons à tenir le coup», nous a confié Oula Traoré, le directeur commercial de la Sonabhy.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à force d’amortir le choc pétrolier que subit le Burkina depuis très longtemps, la nationale des hydrocarbures est en passe de s’essouffler. Il faut donc la sauver. Mais par quelle acrobatie? C’est la «question pour un champion» que Testicus Zorro et ses lieutenants hésitent visiblement à lancer sur la place publique. Le Dromadaire s’y est essayé, en imaginant trois scenarii qui ne manquent pas de fuel.

    1er scénario: Privatiser la Sonabhy

    4eba2c4e6c1d400cca07e9271e927a32.jpgD’aucuns s’imaginent que la privation de l’importation des hydrocarbures pourrait contribuer à adoucir les prix, à l’instar de ce qui a été constaté ces dernières années dans le secteur des télécommunications. Mais à la différence de ce secteur, le pétrole demeure encore un produit qui se vend pratiquement à un «guichet unique» et sa qualité ne se négocie pratiquement pas. Si l’on venait à sauter le verrou de monopole jusque-là détenu en exclusivité par la Sonabhy, ne serait-ce pas ouvrir la voie à des produits frelatés de la part d’importateurs qui voudraient se faire plus de profit qu’il n’en faut? Il faudra en tout cas compter avec la fraude, le sport favori de certains opérateurs rompus en la matière. Sans oublier qu’avec la libéralisation totale il faudrait dire adieu au contrôle et à l’harmonisation des prix ainsi qu’au stock de sécurité; un opérateur privé n’ayant pas nécessairement besoin de conserver des produits, de surcroît à ses frais. Tout compte fait, la privation de la Sonabhy entraînerait certainement de la concurrence, mais cette concurrence n’engendrerait pas moins un «désordre» qu’il faudrait gérer pour éviter des ruptures, des hausses incontrôlées de prix, comme ce qu’on constate actuellement sur le marché du riz et, ne le sous-estimons pas, des problèmes d’insécurité.

    2e scénario: Renforcer les capacitésde stockage de la Sonabhy

    Théoriquement, et selon la règlementation de la politique nationale en la matière, la Sonabhy peut constituer 90 jours de stock de sécurité et 30 jours de stock commercial. Mais dans la pratique, la nationale des hydrocarbures ne dispose que d’une capacité qui oscille entre 45 et 60 jours. Ce qui veut dire qu’au-delà de cette période, elle doit logiquement répercuter, sur le marché national, toute hausse - ou toute baisse qui intervient au niveau international. A en croire les statistiques, 641 millions de litres de pétrole ont été consommés en 2007, soit environ 53 millions par mois. Or, la capacité de stockage de la Sonabhy est de l’ordre de 70 millions de litres (soit 45 millions pour Bingo et 25 millions pour Bobo). Il faudrait accroître cette capacité pour espérer contenir les contrecoups pendant au moins 3 mois. Toutes choses qui sont difficiles à réaliser en ce moment, parce qu’il faudrait que l’Etat casque pour construire l’infrastructure de stockage et mette plusieurs milliards de F CFA de côté pour s’approvisionner. Ça risque d’être la croix et la bannière pour un budget déjà trop sollicité par les secteurs sociaux.

    3e scénario: Renoncer à la TVA et réduire les marges bénéficiaires

    Selon les spécialistes, les consommateurs gagneraient au moins 100 F de baisse sur le litre du carburant, si l’Etat renonçait seulement au prélèvement de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). La fiscalité sur les hydrocarbures en général tournerait autour de 40% au Burkina. Si l’Etat venait à y renoncer, les prix ne se porteraient que mieux à la pompe. Mais demander à l’Etat burkinabè de se priver de cette manne, en ce moment, serait le priver d’une grosse part de son budget. Il préfère encore pousser la Sonabhy à supporter le blocage des prix afin d’en atténuer la flambée, plutôt que de choisir cette option. Déjà, la subvention du DDO - un produit considéré comme stratégique parce qu’intervenant dans plusieurs secteurs vitaux - lui coûte la peau des fesses. Il ne commettra pas la folie d’y renoncer. Ce qui est, par contre, envisageable est de demander à chacun des intervenants de la chaîne des hydrocarbures de céder une part de ses marges. Ainsi, la Sonabhy, L’Etat, les grandes compagnies pétrolières, les distributeurs, les gérants de station, contribueraient à atténuer les prix à la pompe. Mais dans un environnement de «libéralisation sauvage» - pour parler comme les syndicalistes -, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

    Alors qu’il n’y aurait «que» 40% de part de taxes dans la structure du prix du carburant au Burkina et que les Etats-Unis d’Amérique n’en seraient qu’à 11%, voici ce que pratiquent quelques pays européens en la matière.

    Prix du gazole         A la pompe (en euros)                      Part des taxes

    Royaume-Uni                         1,42                                       64,6%

    Suède                                    1,30                                       62,5%

    Allemagne                             1,17                                       56,1%

    France                                    1,09                                       55,1%

    Italie                                       1,16                                       53,0%

    Danemark                              1,11                                       53,0%

    Portugal                                 1,08                                       51,0%

    Pays-Bas                                 1,11                                       50,3%

    Finlande                                  1,01                                       49,6%

    Belgique                                 1,03                                       49,3%

    Espagne                                  0,98                                       45,5%

    Source: Eurostat, d’après les prix moyens au second semestre 2007, cité par Paris Match du 31 mai 2008.