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Relation-presse

  • L'argent a pollué les relations-presse au Faso

    4e8a82623a227ae251afcfbdda06b47f.jpgDans la lettre qu’elle a adressée le 13 février pour inviter les organes de presse au «lancement du plan triennal de lutte contre la piraterie dans les œuvres artistiques et littéraires», la directrice de communication et de la presse (DCPM) du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication a eu la subtilité de glisser une ligne qui en dit long sur les rapports entre les institutions publiques et privées et les médias au Burkina. «Nous portons à votre connaissance qu’aucun budget n’est disponible pour la couverture médiatique de cette cérémonie», peut-on lire sur la correspondance. Pourquoi cette précision sur un document qui est supposée être une lettre d’invitation et non un bon de commande?

    Cette phrase, qui atterrit comme un cheveu dans la soupe, n’est pas aussi anodine comme peut le voir a priori. Elle a été expressément formulée pour couper l’herbe sous les pieds des organes de presse qui nourriraient l’intention de facturer leur «prestation». Une bien maligne prévention qui ne l’empêche pas, pour autant, de marteler un «vous saurai-je gré des dispositions que vous voudrez bien faire prendre pour la participation effective de votre structure à ladite cérémonie». A quoi rime cette insistance et pourquoi la faire, si on sait qu’on n’a pas les moyens de sa politique?

    D’un côté comme de l’autre, on est en plein dans un véritable jeu de cache-cache qui a fini par assombrir les relations de collaboration bien comprise qui devraient exister entre les institutions et les organes de presse. A force de facturer systématiquement toutes les demandes de couverture, sans attendre une commande expresse, les seconds ont progressivement dilué l’information publique dans une démarche de communication rythmée par la facturation tous azimuts.

    Lorsqu’un organe de presse est représenté à une des multiples cérémonies dont les comptes-rendus inondent les colonnes de journaux, les ondes des radios et les écrans de télévisions locales, c’est qu’il a été payé pour y être. Un glissement que certaines directions de journaux justifient par le fait que ce sont les organisateurs des séminaires, ateliers et autres manifestations sans intérêt informatif réel qui auraient intérêt à ce qu’on parle de leurs machins. Autrement dit, s’il y a des gens et des structures pour payer, les patrons de presse ne sont pas prêts à cracher dessus. Bien au contraire. L’information n’étant pas la denrée la plus prisée sous nos cieux, il va sans dire que les canards se dirigent prioritairement vers les sources d’eau vitales, quitte à nager très souvent à contre-courant de leur mission première.

    Mais le hic dans ce commerce, c’est que le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur sont complètement et en permanence floués. En dehors peut-être du carnet d’audiences du président et du Premier ministre, si presque tous les éléments des journaux parlé, télévisé, et les 3/4 des articles publiés dans la presse sont payés, il faut avouer qu’on finira par perdre le nord. Une presse «libre et responsable», comme nous aimons à nous en gargariser, c’est aussi une presse qui sait rechercher un équilibre financier vital tout en préservant des relations propres et transparentes avec ses «clients» et ses lecteurs. Tout le monde est coupable de la dérive. Mais il n’est jamais trop tard pour assainir les relations-presse. La crédibilité du pouvoir de la presse en dépend. Et on ne le dira jamais assez!