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Réhabilitation de Thomas Sankara

  • Blaise Compaoré peut-il réhabiliter Thomas Sankara?

    6441b431597af65d600b4828de2de6d9.jpgLe dimanche 30 mars prochain, le Burkina commémorera le 7e anniversaire de la Journée nationale de pardon, un événement institutionnalisé sous le signe du «souvenir, de promotion des droits humains et de la démocratie». Depuis le 30 mars 2001, beaucoup d’eau a coulé sous le pont Kadiogo, mais Blaise Compaoré, principal chapelain du processus de réconciliation, hésite encore à poser les actes forts qui exorciseraient définitivement le passé. La réhabilitation du capitaine Thomas Sankara est de ceux-là. Une proposition aurait été faite dans ce sens au chef de l’Etat, pour le 15 octobre 2007, à l’occasion du 20e anniversaire de la disparition tragique de son prédécesseur. Mais «l’enfant terrible de Ziniaré» a soit «mouillé», soit n’a pas jugé la proposition opportune. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a rien vu ce jour-là. Va-t-il encore rater le coche le 30 mars prochain? Rien n’est moins probable.

    Promesse non tenue

    En effet, selon des sources bien introduites auprès du parti au pouvoir, la proposition de réhabilitation des naufragés du 15 octobre 1987 a été faite dans le but de permettre au Blaiso de sortir par la grande porte. En la faisant pour la commémoration du 20e anniversaire, ceux qui ont concocté ce scénario visaient surtout à couper définitivement l’herbe sous les pieds des nombreux fans de Thom’Sank qui se sont convaincus que Blaise n’était pas capable de réhabiliter celui qui a été son «compagnon d’armes», son «frère» et son «ami».

    Mais au-delà des guéguerres politiciennes, l’organisation d’un hommage national à la mémoire de son compagnon d’armes est commandé par un engagement pris par Blaise Compaoré et qui n’a jamais été réalisé, en réalité. N’est-ce pas lui qui avait promis, dans son premier discours du 19 octobre 1987, soit quatre jours après le putsch qui a mis fin à la révolution, d’offrir, à la mémoire de son prédécesseur, un honneur digne de son nom ? «[...] Pour nous, il reste un camarade révolutionnaire qui s’est trompé. En tant que révolutionnaires, nous lui devons une sépulture digne de l’espoir qu’il a suscité à un moment donné de sa vie», avait professé l’actuel président lors de son tout premier discours radiotélévisé. Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que cette promesse soit reléguée aux calendes grecques?

    83514564d40c4dddd06f2174677de67d.jpgEn s’en tenant à cette déclaration du jeune Blaiso, on doit reconnaître avec lui que le capitaine Thomas Sankara ne mérite pas d’avoir été aussi précipitamment et nuitamment enseveli au cimetière de Dagnoën où il gît depuis le 15 octobre avec 13 de ses compagnons d’infortune. En tant qu’officier supérieur de l’Armée et de surcroît chef d’Etat, il mérite un meilleur lieu de «repos éternel» que ce cimetière qui s’apparente plutôt à un dépotoir d’ordures. Aussi longtemps qu’il hésitera à briser cette vilaine image du monument que constitue Thomas Sankara pour l’héritage sociopolitique du Burkina et de l’Afrique, Blaise Compaoré devrait logiquement avoir des remords à se faire.

    Certes, il lui est difficile de faire l’unanimité autour de cette réhabilitation, même dans son propre clan. Sans compter que les plaies sont toujours béantes au sein de la famille de Sankara, de ses héritiers et des nombreux fans qu’il compte à travers le monde. Il ne sera pas aisé de convaincre par exemple Mariam Sankara, la veuve de Thom’Sank, et ses enfants, encore moins les frères et sœurs directs de feu l’ancien président. Comme l’a reconnu Blaise Compaoré dans le discours du 19 octobre cité plus haut, le «dénouement brutal» qui a entraîné la disparution tragique du chef suprême de la révolution d’août 83 a laissé de profondes meurtrissures à plusieurs égards.

    Une messe de requiem 

    Mais on a la faiblesse de croire que le Burkina et les Burkinabè ont un supplément d’âme pour exorciser les vieux démons, à condition que tout cela se fasse avec la manière et dans le respect des traditions séculaires de pardon et de dépassement de soi. A l’occasion de la commémoration prochaine de la Journée nationale de pardon, cela pourrait passer, par exemple, par l’exhumation des corps de Thom’Sank et de quelques-uns des 13 camarades fauchés en même temps que lui du cimetière de Dagnoën pour leur offrir une sépulture plus digne au cimetière militaire du camp Général-Sangoulé-Lamizana, ex-Camp de l’Unité. Avant de le conduire à sa dernière demeure, le capitaine pourra ainsi avoir droit aux honneurs dont il a été privé depuis plus de 20 ans maintenant. Ainsi, ses restes pourraient être d’abord exposés à la présidence du Faso pour y recevoir les honneurs des membres du gouvernement, des corps constitués et du corps diplomatique. Ensuite, le grand public pourrait rendre son dernier hommage à la Maison du peuple toute une nuit durant et une messe de requiem pourrait être célébrée dans la cuvette du Stade du 4-Août en l’honneur de l’illustre disparu suivie d’une procession grandiose au Camp Lamizana. Si d’aventure Blaise Compaoré n’arrivait pas à contrôler ses émotions, il pourrait faire déléguer le Général Kouamé Lougué au cimetière militaire pour la lecture de l’oraison funèbre. Ainsi la mémoire de Thom’Sank serait réhabilitée et Blaise rentrerait dans l’histoire par la grande porte.

    Il n’est peut-être pas trop tard pour cela. Surtout que l’actuel P.F. n’y perdrait pas grand-chose. En tout cas, les frais d’organisation de cette cérémonie de réhabilitation seraient bien en deçà des 500 millions de F CFA qui ont officiellement servi à organiser les très contestés et contestables «20 ans de renaissance démocratique» en octobre dernier.