15.02.2008
L'humour a enfin son festival à Ouagadougou
Alors que l’humour (et le rire) figure, depuis 2003, en bonne place dans la galaxie «grands prix» des arts du Faso, le Burkina n’avait pas un rendez-vous précis pour célébrer cette haute valeur culturelle qui serait, selon Léopold Sédar Senghor, «le privilège de Dieu et de l’homme». C’est désormais chose faite avec le lancement du 1er Marathon du rire et de l’humour de Ouagadougou. Une initiative originale de l’association Ellipse qui prolonge l’action du ministère en charge de la Culture.
Du 7 au 9 février, la capitale burkinabè a bénéficié de plages de rire au centre culturel français et au Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (Cito) en compagnie de comédiens rompus à l’art de mettre en scène et en images les péripéties de la vie. Le public le leur a bien rendu, en se déplaçant massivement pour s’offrir de magiques moments de dépaysement qui ont la magie de rompre la monotonie de la vie et de surmonter les plus dures situations de la vie.
Même lorsque la mort frappe au très mauvais moment. Comme ce vendredi 7 février où la 2e soirée du Marathon a été endeuillée par la tragique disparition accidentelle de notre confrère Karim Garba, chargé de communication du Cito. Il était justement parti ce jour-là pour la ville de Tenkodogo en vue des préparatifs de la représentation d’Afriopa, un cocktail de clownerie concocté par le Cito en partenariat avec Kuckuck production de Suisse. C’est précisément avant la présentation de cette création que la triste nouvelle a été annoncée au public. Très bouleversée, Augusta Palenfo, coordonnatrice de l’association Ellipse, n’est pas arrivée à contenir ses larmes. Il a fallu recourir au doyen Amadou Bourou pour donner le coup d’envoi de la soirée non sans souligner que les comédiens du jour devraient remplir leur engagement en guise de témoignage non seulement à l’illustre disparu, mais aussi au public et que l’art doit toujours prendre le dessus sur les drames les plus déroutants.
Ainsi, malgré la consternation qui s’est abattue sur le Cito, la paire de clowns - suisse et burkinabè - qui a interprété Afriopa a réussi à arracher des rires au public. Leur jeu de rôle était si plaisant que de joyeux bambins se sont laissé aller à des moments de détente. Le lendemain samedi, il était bien difficile de résister à l’humour très entraînant du groupe Gombo.com et de Gérard Ouédraogo, alias Excellence, pour ne citer que ces deux.
Organisé dans le but de promouvoir l’art humoristique dans un Burkina où il n’y a pas toujours beaucoup de raisons de rire pour barrer la route aux nombreux obstacles du développement économique et socioculturel, la première édition du Marathon du rire et de l’humour s’est achevée dans le deuil qui a frappé le Cito et tous les acteurs culturels. Mais loin d’être interprété comme un mauvais sort, cet événement malheureux éclaire paradoxalement le sens de ce nouveau festival. Devant la mort inévitable, le rire n’est-il pas finalement la seule réponse digne, l’expression d’une révolte qui dit à la fois non à la mort sans l’accepter et oui à la vie qu’on voudrait éternelle pour soi et pour les personnes qui nous sont chères? Vivement que la deuxième édition du Marathon soit un véritable hommage à Abdoul Kader Karim Garba, qui aura donné le meilleur de lui-même pour que vive le théâtre au Faso.
16:40 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Festival du rire et de l'humour, Ouagadougou, Cito, Palenfo
31.01.2007
Nuisances sonores à Ouagadougou
Depuis quelques semaines et par médias interposés, le torchon brûle entre le maquis «La Jet 8» et un groupe de résidents de la cité «1200-Logements» sis au secteur 14 de Ouagadougou. À l’origine de cette bagarre: un voisinage difficile entre le bar dancing et des riverains qui se disent assaillis par des nuisances de toutes sortes. En novembre dernier, ils se sont ligués une première fois en publiant une lettre de protestation au maire contre l’ouverture du maquis. Mais visiblement le bourgmestre n’a pas eu une oreille attentive à cette levée de boucliers. Contre vents et marées, La «Jet 8» a bel et bien pris son envol.
Dame Zaïnatou Kontogomdé, qui s’y connaît dans le goût des «maquisards», n’a pas fait dans la dentelle pour que son nouveau coin attire le plus de monde possible. Comme des papillons à la recherche de nouveaux nectars, c’est par centaines que les clients se ruent sur la «Jet 8» et sa renommée a largement dépassé le cadre de la cité. Évidemment, les jeunes du quartier ne se laissent pas conter ce qui se passe à l’intérieur du maquis.
Pendant ce temps, le groupe de résidents mécontents n’en a pas démordu. Bien au contraire. Il a cru mieux fonder ses protestations en commettant, en décembre et janvier, un huissier pour constater et confirmer (c’est selon) ses incriminations. Aussi, à la suite d’une investigation qu’il dit avoir menée de jour comme de nuit, Me Séverin Somda a livré un rapport aussi long que détaillé qui semble corroborer la plainte qu’il a reçue. «... J’ai constaté, à travers mes multiples allées et venues, qu’effectivement la situation du maquis, compte tenu de la proximité des maisons d’habitation, de la fréquentation des lieux par des mineurs, rend difficile la maîtrise de l’éducation des enfants mineurs; en sus, le lieu est fréquenté par des personnes à la moralité douteuse et aux mœurs légères. En outre, j’ai constaté que le son de la musique, si élevé, ne permet pas un paisible repos des riverains», a conclu l’huissier dans un document publié le 25 janvier par notre confrère L’Observateur paalga. La réponse de la bergère au berger ne s’est pas fait attendre. Dans une interview publiée le 30 janvier par «Le Pays», Zaïnatou Kontogomdé prend le contre-pied du constat de l’huissier, l’accuse de «diffamation» et «d’espionnage» et regrette que son «bar soit ainsi diabolisé». Tout en reconnaissant que les reproches de nuisances sonores peuvent se justifier et être réglées à l’amiable, elle pense que «si on doit fermer le bar à cause de l’éducation des enfants, qu’on ferme alors les autres bars... ».
Tous les regards sont tournés vers la mairie de l’arrondissement de Bogodogo qui a accordé une autorisation d’exercer au maquis, certainement en toute connaissance de cause. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au-delà des bruits que provoquent les nuisances évidentes de la «Jet 8» qui n’est certainement pas un cas isolé, la prolifération des maquis et ses corollaires pose un réel problème social. Ce n’est certainement pas en cassant le thermomètre qu’on va faire baisser la fièvre que provoque la ruée vers les maquis.
IL Y A AUSSI LE «KASSETO»
Un bras de fer est également en cours entre les étudiants de la cité universitaire de l’immeuble Kafando à Tampouy et les responsables du maquis «Kasséto» situé au pied du bâtiment. Il n’y a pas longtemps, les étudiants avaient manifesté leur mécontentement face au son de la musique qui perturbe leur concentration. Dans l’immédiat, le propriétaire du coin avait réussi à calmer les jeunes en réduisant le volume des décibels. Mais cela n’a été que de courte durée. La musique du Kasséto a recommencé de plus belle à perturber la tranquillité des pensionnaires. Pour l’heure, une pétition serait en train de circuler dans les chambres pour aboutir à l’arrêt définitif des activités du maquis, visiblement incompatibles avec la vie des étudiants.
FORTUNES DIVERSES
POUR LES MAQUIS
La prolifération des maquis à Ouaga a un certain rapport avec la crise ivoirienne. À côté des bons vieux bars dont la plupart étaient concentrés autour des quartiers Dapoya, Paspanga, Koulouba ou Tiedpalgho, on a vu pousser, comme des champignons, une panoplie de maquis dont les dénominations sont aussi provocatrices que révélatrices du nouvel esprit. De la «Gazèta» à la «Gazèta plus», en passant par «La Gazoum» et «La Ligaze», tous ou presque ont connu les mêmes problèmes que ceux dont La «Jet 8» est taxée aujourd’hui. Le premier a dû changer plusieurs fois de gérance et de style pour ne pas être complètement fermé. Suite à plusieurs plaintes de son voisinage et à des verbalisations répétées de la police municipale, le second est redevenu un restaurant et le troisième a été fermé par la police pour, dit-on, «atteinte aux bonnes mœurs», entre autres. D’autres maquis, tels «Virus B52», «Serum 4x4», «Le Pouvoir», «Le Nope», «L’éclat d’acier», ont disparu sans crier gare.
MAQUIS ET NUISANCES DANS LES CITéS
Si les «révolutionnaires d’août 83» avaient voulu rapprocher les loisirs des populations en installant les bars au cœur des cités, force est de reconnaître que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la cohabitation ne se passe pas sans grincements et désagréments. Il n’y a qu’à faire un tour au Kundé de la cité An II, au Festival de la Cité An III et dans les nombreux maquis qui inondent la cité An IV A de l’Avenue Kwame Nkrumah pour se rendre compte que la liberté des maquisards ne s’arrête pas toujours là où commencent celle des résidents. À qui la faute?
INTROUVABLES STATISTIQUES
Bien malin qui peut dire le nombre de maquis, bars et gargotes en service dans la ville de Ouagadougou. À la mairie, on esquive la question en vous renvoyant aux arrondissements qui, eux, se cachent derrière «la permission de l’autorité» pour ne pas répondre. Appelé en rescousse, le commandement de la police municipale se gratte longtemps la tête avant de vous renvoyer vers la police nationale qui vous renvoie à la mairie. Vous l’avez donc compris. Ou bien personne ne connaît le nombre de maquis, ou bien on ne veut pas le donner. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas résoudre efficacement l’épineux problème des nuisances sans ce minimum. C’est peut-être là où le bât blesse.
16:28 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ouagadougou, maquis
04.10.2006
Cyberescroquerie à forte odeur de “feuilles” faciles
Dans la course contre l’argent dans laquelle la société de consommation nous a engagés, la Toile mondiale est devenue un lieu de prédilection pour des escrocs de tout acabit. Lorsque Internet rime avec une zone de “sans loi” où toutes sortes de falsifications et de camouflages sont permis, rien ne semble désormais arrêter les marchands d’illusions. A Ouagadougou, ils sont désormais légion, des cyberescrocs qui écument les cybercafés, envoient des milliers de messages à toutes les adresses qu’ils arrivent à choper, dans l’espoir d’appâter des pigeons à plumer.
“Paul Comepare” - remarquez la méprise sur son nom -, c’est l’identité de camouflage d’un des cyberescrocs qui fait le tour des cybercafés de Ouagadougou pour recueillir les adresses électroniques. Sa stratégie consiste à copier systématiquement les e-mails des clients du cyber en recourant à l’historique des ordinateurs. En effet, lorsque quelqu’un se déconnecte d’Internet, son mail ne disparaît pas tout de suite de la machine. Il suffit au pirate d’en prendre pour avoir accès à toutes les personnes qui se sont connectés à la machine avant lui. Il y en a même qui entrent dans la boîte électronique des imprudents qui saisissent leur code de sécurité (mot de passe) sur les ordinateurs des cybercafés. L’intégration de cette sphère strictement privée de la boîte électronique donne à l’escroc la possibilité d’avoir accès aux e-mails de tous les correspondants de cette dernière. Le reste ne devient pour lui qu’un jeu d’enfant. Il envoie, à qui mieux mieux, une “Lettre confidentielle” à toutes les adresses qui lui tombent sous la main.
Dans son manège, le cyberescroc, paulcomepare@hotmail.com, se fait passer pour “Le responsable du Département comptabilité de la BANK OF AFRCA BURKINA-FASO”. Pour pêcher ses proies, il écrit: “Au cours d’opérations de contrôle et d’audits, mon département a découvert une somme importante d’argent par hasard .Cette somme a appartenu à un étranger décédé en novembre 2003 dans un accident d’avion. Les fonds dorment dans son compte chez nous sans réclamation de sa famille ou de ses parents avant notre découverte. Personnellement, j’ai maintenu cette information secrète à mon niveau et à celui de mes associés pour permettre de mettre en place un plan qui puisse m’être profitable et trouver des idées pour mettre ce plan en exécution. Cette somme est de $2.500.000 (deux millions cinq cent mille dollars)”.
Le sulfureux Paul Comepare pousse le bouchon de la témérité jusqu’à laisser son numéro de téléphone portable (76 52 90 04) à qui voudrait s’assurer qu’il réside bien à Ouagadougou. Mais il a suffi de l’appeler pour se rendre compte qu’il s’agit d’un Nigérian. Son accent ne trompe d’ailleurs pas. Lorsqu’on tente d’engager une discussion avec lui en français, il se dérobe en répliquant: “je préfère qu’on communique par E-mail”. Un autre escroc s’exprimant uniquement en anglais se dissimule sous l’identité de “Salif Diallo”, répond au mail: “s4d09@hotmail.com” et se dit être du département “Audit et Comptabilité de BANK OF AFRICA (BOA). OUAGADOUGOU BURKINA-FASO.(WEST AFRICA)”.
Plus à l’aise à opérer dans l’ombre, les cyberescrocs ne supportent guère qu’on les découvre.
Ce qui est plus inquiétant c’est que les cyberescrocs, en majorité Nigérians, ne sont pas inquiétés par qui que ce soit, puisqu’ils opèrent à partir de Ouaga, avec une flagrante usurpation d’identité et de fonction qui ne semble guère émouvoir ni la police, encore moins les responsables des institutions bancaires concernées. En attendant une prompte réaction, les cyberescrocs sèment à tout vent des promesses de “feuilles” faciles. Tant pis pour ceux qui se laisseront prendre au piège.
07:44 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cyberescrocs, ouagadougou, piège, argent facile

