10.05.2006

"4e pouvoir" ou coquille vide?

La presse africaine (et burkinabè) n’a-t-elle pas mis la charrue avant les bœufs? Aussi saugrenue qu’elle peut paraître, cette question n’est pas moins pertinente dans un contexte où l’entreprise médiatique est à la croisée des chemins. Pris entre le marteau des exigences du marché et l’enclume du particularisme de l’entreprise de presse, les patrons des médias ne savent à quels partenaires techniques et financiers se vouer.

Dieu sait qu’une entreprise de presse dépourvue d’assises saines et solides résiste difficilement aux puissances politiques et d’argent. Parce que la presse est considérée à tort ou à raison de «4e pouvoir», la faiblesse économique d’une entreprise de presse est aussi suicidaire à la démocratie qu’une menace ouverte contre la liberté d’expression. Sans entreprises de presses viables, on ne peut pas non plus espérer avoir des journalistes indépendants. Les deux situations étant nécessairement liées.

Or, depuis le printemps de la presse qui a accompagné le vent de la démocratie, peu de choses ont été faites pour consolider les bases des nouveaux médias qui ont poussé comme des champignons. Après une décennie d’épreuve de l’audimat ou du lectorat (c’est selon le média), certains ont disparu. Combien d’entreprises de presse peuvent-elles faire de bonnes affaires tout en offrant les meilleures conditions de travail à leurs employés? Combien sont-elles capables d’honorer leurs engagements vis-à-vis du fisc, de la Caisse nationale de sécurité sociale et des charges patronales sans se faire hara-kiri?

S’il est vrai que certains gourous de la presse privée ont réussi à se bâtir une fortune - ce qui fait pâlir plus d’un -, il n’en demeure pas moins que la grande majorité des patrons tirent le diable par la queue. Ce qui se ressent nécessairement sur les conditions de vie et de travail des journalistes, obligés très souvent de jongler pour joindre les deux bouts. Disons-le net, en dehors de nos confrères fonctionnaires qui sont relativement mieux lotis, le métier de journalisme est encore loin de nourrir son homme au Faso.

Or, tant qu’il n’y aura pas d’entreprises de presse économiquement bien organisées et financièrement indépendantes, il sera difficile de rêver à une véritable liberté de presse. Pour reprendre une profession de foi chère à tous, «il ne peut y avoir de liberté de presse quand des journalistes vivent dans des conditions de corruption, de pauvreté ou de peur». Lorsque des organes de presse évoluent dans un environnement économique tel qu’ils ne peuvent pas inverser cette tendance, il y a de quoi s’inquiéter sur le sort même de la gouvernance et de la démocratie, parce que le soi-disant «4e pouvoir» n’est en réalité qu’une coquille vide. A qui la faute si cette situation perdure?

Les responsabilités sont partagées. Si l’Etat aime souvent se targuer d’avoir aménagé aux médias un environnement normatif favorable à la liberté d’expression et de presse, il n’en demeure pas moins que le chemin qui mène à la viabilisation de véritables entreprises de presse est encore semé d’embûches. Sur le plan fiscal - pour ne citer que cela -, on ne comprend toujours pas pourquoi les médias, qui (quelle que soit leur nature) assurent un service public, continuent d’être logés à la même enseigne que n’importe quelle entreprise. 

Certes, les responsables des médias sont paradoxalement toujours d’accord sur leur désaccord. Soit. Mais les défenseurs de la démocratie ne doivent-ils pas comprendre que la liberté de presse est une chose trop importante pour être laissée entre les seules mains des patrons de presse et des organisations de journalistes?

30.03.2006

Ecrivains de tout le Burkina, à vos plumes !

Au moment où les Hommes intègres exhibent, à Bobo-Dioulasso, ce qu’ils ont produit de meilleur en matière culturelle, force est de constater que les étalages ne sont pas des plus achalandés en œuvres littéraires d’auteurs burkinabè. Autrement dit, à ce 13e rendez-vous du «donner et du recevoir» placé sous le signe de «culture et intégration des peuples», le Burkina a malheureusement très peu à donner en matière de production littéraire. Contrairement à la production musicale, pour ne citer que le plus populaire des arts pratiqués au Faso. Et pourtant, si l’on convient que «la culture, c’est qui reste quand on a tout perdu», il va falloir conserver aussi nos meilleures traces de vie dans des livres et pas seulement sur des bandes magnétiques.

Fort de cet impératif culturel, le ministère en charge de la Culture et des Arts a entrepris, en 2005, «de réaliser une opération révolutionnaire qui consiste à éditer 50 auteurs burkinabè avec l’appui des structures étatiques». L’objectif fondamental de cette opération est de donner au moins une chance d’édition aux œuvres produites à l’occasion du Grand prix national des arts et des lettres (Gpnal) lors des Semaines nationales de la culture (SNC) qui se sont succédé depuis 1983. Selon les statistiques, sur un total de 1117 manuscrits enregistrés de la 1ère édition de la SNC à la 12e édition en 2004, moins de 100 auteurs sont passés sous les presses d’une imprimerie. En clair, ce sont les moyens de production qui manquent le plus à l’industrie littéraire burkinabè et non pas de la matière première.

Pour peu que les pouvoirs publics décideront de donner à cette industrie le même souffle que celui apporté à la musique, on ne peut pas ne pas voir s’éclore de nouveaux chef-d’œuvres. Dieu sait qu’ils sont nombreux, les auteurs burkinabè qui ne demandent qu’à être produits. La preuve a été donnée d’abord à travers l’opération de «collecte des manuscrits lauréats qui n’ont pas été édités depuis 1992» puis à travers l’«appel à manuscrits» à l’issue duquel 21 œuvres ont été retenues sur la quarantaine enregistrée.

C’est grâce à cette initiative que notre confrère Baba Hama a, enfin, vu éditer au Burkina «Lamordè», son roman qui a remporté le 2e Prix national des arts et des lettres à la SNC Bobo 1994. Consignée en Dépôt légal au 4e trimestre 2005, l’œuvre porte la griffe des Presses universitaires de Ouagadougou pour ce qui est de la photocomposition et celle des Editions Sidwaya pour ce qui est de son impression. Elle est préfacée par Mahamoudou Ouédraogo himself, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme jusqu’en janvier 2006. Celui-ci a saisi l’occasion pour se réjouir de la volonté politique qui a engendré le soutien aux écrivains tout en invitant ces derniers à traduire le coup de pouce en une véritable force de frappe de la littérature made in Burkina.

Mieux vaut tard que jamais. Avec les pouvoirs publics à la rescousse d’une production littéraire jusque-là sous le boisseau, c’est sans doute une manière de rendre justice aux pionniers de littérature écrite burkinabè que sont Nazi Boni, Dimdolobsom Ouédraogo, Lompolo Koné,…Mieux, en reprenant, en cette année 2006, l’opération de collecte des manuscrits lauréats du Gpnal et d’appel aux manuscrits, c’est un vital coup de fouet que l’Etat donne aux différents genres littéraires en compétition à la SNC que sont le conte, la poésie, le théâtre, le roman et la bande dessinée, et par ricochet à tous les écrivains du Burkina. A vos plumes donc.

27.03.2006

Le cinéma burkinabè peut-il rêver de Hollywood africain?

Avec une moisson de plus en plus abondante et des films qui font recette, le cinéma burkinabè va-t-il enfin amorcer l’ascension commerciale tant rêvée? Ces dernières années, les réalisateurs locaux sont d’une prolixité qui surprend agréablement un public qui ne demandait qu’à voir des films made in Faso. A voir l’engouement que suscitent des réalisations telles «Source d’histoire», de Adama Rouamba, «Mokili», de Berni Goldblat,… et maintenant «L’Or des Younga», de Boubakar Diallo, pour ne citer que les dernières affiches, force est de constater qu’il ne se passe plus de semaine sans film burkinabè à l’affiche. Aux Ciné Burkina, Ciné Neerwaya de Ouagadougou et au Ciné Sanyon, on ne se bouscule plus seulement pour les productions hollywoodiennes et bolywoodiennes  Il est même arrivé très souvent que ces plus grandes salles du pays se soient révélées trop petites. Eh oui! Ils sont légion, les Burkinabè, qui ne demandent qu’à voir des films où se mêlent des réalités, rêves et illusions de leur quotidien.

Depuis la dernière édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (le 19e Fespaco), en 2003, les réalisateurs burkinabè ont pris une option sérieuse de production qui n’est pas passé inaperçue. Même si l’Etalon de Yennenga a été remporté par le Sud-Africain, Dany Kouyaté, avec «Ouaga Saga», Fanta Regina Nacro, avec «La nuit de la vérité», et Apolline Traoré, avec «Sous la clarté de la lune», ont permis au Burkina de ravir la vedette du pays le plus prolixe en long métrage. Preuve le pays des Hommes intègres reste malgré tout un sanctuaire incontestable du cinéma africain.

Mais les films y poussent aujourd’hui comme des champignons, l’industrie cinématographique burkinabè, ou ce qui y ressemble, le doit au miracle du numérique. A l’instar du géant Nigeria et du Ghana qui en ont profité pour réaliser le boom des sitcoms si prisés par les télévisions du continent, le Burkina est en passe de gagner le pari du cinéma populaire grâce au numérique. Avec déjà 5 longs métrages dans la bosse en moins de 3 ans, et avec une vingtaine de millions de F CFA par challenge, «Les Films du Dromadaire» réalisent un exploit qui ne manquera pas de faire école. Les nombreux festivals européens et canadien auxquels Boubacar Diallo a été invité à montrer ses produits sont la preuve que cette la renommée de cette production filmique dépasse les frontières du Burkina et se répand au-delà des mers.

Que dire des comédiens burkinabè, qui n’ont plus besoin d’attendre une hypothétique annonce de casting pour monter sur les plateaux? Si les doyens sont sollicités par presque tous les réalisateurs pour apporter leurs touches aux nouveaux films, de nouveaux comédiens sont nés et se bonifient au fil des aventures. Surtout lorsqu’une maison comme «Les Films du Dromadaire» reprend les mêmes ou presque. Que de rêves se sont réalisés en si peu d’années! Que de films légitimement aussi prétentieux les uns que les autres ont apporté plus de chaleur burkinabè à nos salles obscures! De nouveaux réalisateurs confirment leurs talents dans le 7e art. De nouvelles stars de cinéma aussi.

Mais le Burkina est-il prêt à assumer une industrie du cinéma? L’arbre ne doit pas cacher la forêt. Avec seulement 3 grandes salles d’une capacité totale d’environ 2 000 places et des petites salles qui ne couvrent pas encore le quart du territoire national, les ingrédients du cinéma qui nourrit son homme au Faso manquent malheureusement encore de piment. C’est une ambition qui nécessite un substantiel apport initial de capitaux, la création d'un réseau de distribution et la construction ou l'adaptation de salles de projection. Bref, l’existence d’un système bien huilé, efficace et capable de s’autofinancer sainement. Au Faso, c’est une autre paire de manches qu’il faut régler pour donner du piquant au rêve d’un Hollywood à la sauce burkinabè.

15.03.2006

Quand la presse "poubelle" fait recette


Après les dérives peu glorieuses de «radio milles collines» au Rwanda et des «médias de la haine» en Côte d’Ivoire, certaines parutions camerounaises viennent de plonger la presse africaine dans les eaux sales de la presse «poubelle». La déviation fait recette - au propre comme au figuré - et rien ne semble l’arrêter dans ce pays où l’éthique et la déontologie journalistique sont plus que jamais mises à mal.

C’est en effet vers la fin de janvier dernier que l’hebdomadaire «La météo» a fait des «révélations» sur une liste de Camerounais et d’étrangers considérés comme homosexuels. La sensibilité de l’information aidant, son confrère «L’Anedocte» ne tarda pas à enfoncer le clou en publiant une liste plus «exhaustive». Le landerneau médiatique était alors parti pour une foire de dénonciation, de manipulation de l’opinion et de règlement de comptes par médias interposés.  Quand on sait que dans ce pays comme dans d’autres en Afrique le public raffole de la rumeur plus qu’il ne fait foi à l’information, la publication des listes bien ciblées d’homosexuels présumés fut une affaire juteuse pour les périodiques qui s’y sont donné à fond la caisse. Certains journaux se sont arrachés comme de petits pains.

Pendant quelques semaines de folie médiatique, tous les coups semblaient permis. Du moins, cela a peut-être eu pour avantage de dédramatiser la délicate question de l’homosexualité sur le continent noir. Mais entre la liberté légitime de s’exprimer sur un sujet considéré comme tabou et la volonté de pourrir la réputation de quelques hauts responsables non grata, il n’y a qu’un pas. Et une certaine presse camerounaise l’a allégrement franchi.

Même si, dans la foulée, un des présumés listés a eu le courage d’ester contre l’hebdomadaire «L’Anecdote» devant le tribunal de Yaoundé, il y avait pour les juges de quoi se mêler les pinceaux entre les faits de diffamation et ceux d’homosexualité.  Du reste, le directeur du journal s’en est tiré avec seulement 4 mois d’emprisonnement - sans mandat de dépôt - et une amende de 1 million de Cfa. Quant au plaignant, un ministre délégué de l’actuel gouvernement, il n’a eu droit qu’à un 1 franc symbolique pour la «réparation du préjudice moral» qui lui a été causé. Son honneur est-il désormais sauf ? Rien n’est moins sûr.

Ce procès n’était visiblement pas fait pour dissuader les amateurs de la presse «poubelle». Bien au contraire. Aussi, alors que la fièvre des publications homophobes n’est pas totalement retombée, l’opinion camerounaise a, à nouveau, eu droit à l’os des «fonctionnaires milliardaires». Cette fois-ci, c’est le bi-hebdomadaire «Le Front» qui donne le ton en affichant le «hit parade des fonctionnaires camerounais milliardaires». Avec en illustration la photo du chef de l’Etat Paul Biya. Le journal égrène la liste des présumés fortunés dans des catégories de «plus de 5 milliards à moins d’un milliard», avec des noms et des fonctions. Et comme pour couronner le tout, il dresse «par ordre de mérite» une liste de «collaborateurs rigoureux et intègres».

Comme on peut le voir, cette publication n’a d’autres buts que de suggérer l’émoi et le courroux à l’égard de certaines personnalités qui sont indexées comme des «voleurs de la République». Ce qui n’est pas étonnant dans une société camerounaise où la césure entre le «haut» et le «bas» est assez scandaleuse, où les ingrédients sont réunis pour provoquer la confusion et les fantasmes de toutes sortes. Mais quand des médias s’abaissent jusqu’à cette profondeur et prêtent leur «pouvoir» à une telle alchimie explosive, il y a de quoi tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Car, lorsque la presse «poubelle» fait recette, c’est probablement parce que les poubelles ordinaires débordent d’ordures.

16.02.2006

Dis-moi contre qui tu dég'haine...

La vague de protestations et de violences provoquée par la publication des caricatures peu glorieuses du prophète Mahomet est la preuve que les médias et les sociétés religieuses ne font pas toujours bon ménage. Et Dieu sait que lorsque les premiers ont poussé le bouchon de la liberté dans les dédales des croyances défendues par les secondes, la colère a pris le pas sur la paix. Pour préserver leurs croyances, les extrémistes de toutes les religions n’hésitent pas à réveiller les vieux démons qui sommeillent en eux.  
Mais cela est loin d’être réduit aux violences de ménage actuelles entre l’Occident sécularisé et les sociétés islamiques. En allant chercher son inspiration dans les délicats rapports entre l’islam et la violence, les dessins de notre confrère danois «Jyllands-Posten» frisent la provocation envers les mahométans, mais les mêmes causes ont provoqué à peu près les mêmes effets ailleurs.
Les violences auxquelles on assisté dans l’affaire des caricatures de Mahomet ne rappellent-elles pas étrangement l’incendie du cinéma Saint-Michel de Paris? Pour avoir projeté «La dernière tentation du Christ», un film de Martin Scorsese - qui montre notamment Jésus faisant l’amour avec une femme -, cette salle a connu le supplice de flammes meurtrières qui ont par ailleurs fait une dizaine de blessés dans la capitale française. C’était en 1988, où un groupe d’intégristes a orchestré des manifestations, des menaces écrites et orales qui ont provoqué jets de gaz lacrymogènes, bris de glaces de véhicules, cocktails Molotov, etc. Dans le reste de l’Europe comme aux Etats-Unis d’Amérique, un déferlement de passions s’est voulu à la hauteur de ce qu’on a considéré alors comme une atteinte intolérable aux mystères de la foi des chrétiens.
Cinq années plus tôt, en 1983, le film «Je vous  salue Marie», de Jean-Luc Godard, n’a pas suscité moins de passion dans les milieux catholiques français. Des responsables politiques et religieux ont même poussé le bouchon jusqu’à demander l’interdiction du film. Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, n’a pas caché son indignation face à l’affiche du film «Amen», de Costa-Gravas, représentant la croix du Christ prolongée sur trois branches par celles d’une croix gammée. Au Burkina, le Dromadaire a également reçu, en avril 1995, la décharge colérique d’un lecteur qui s’est dit indigné par un dessin montrant le Premier ministre d’alors, Roch Marc Christian Kaboré, portant sa croix devant le président Blaise Compaoré se lavant les mains à l’instar de Ponce Pilate. «Vous avez dépassé toutes les mesures», avait asséné le quidam dans une protestation publiée par le n° 186 du 13 au 18 avril 1995.
Ici comme là-bas, on trouve des gens qui se sentent obliger de dégainer pour défendre leurs croyances. Le pire, c’est certainement lorsque cela aboutit à une mort d’homme.

03.02.2006

Nomadisme du "4e pouvoir" au Burkina

A l’instar des politiques ou de la société civile, les hommes et femmes de médias du Burkina ont cru à tort ou à raison que les fatalités auxquelles ils sont confrontés peuvent trouver solution dans la création d’associations ou de syndicats. Ainsi, à qui mieux mieux, chacun y va selon ses accointances, voire son obédience. Des ancêtres tels l’Association des journalistes du Burkina (AJB), le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) et la Société des éditeurs de la presse privée (Sep) à la toute dernière-née qu’est la section burkinabè de la Société pour le développement des médias en passant par la multitude des réseaux ou cercles de journalistes, ce n’est pas «l’union» qui manque le plus, mais la «force» de frappe. Et lorsque des gens qui sont supposés se battre pour le même idéal ou défendre les mêmes intérêts ne sont pas capables de conjuguer leurs efforts, force est de constater qu’on n’est pas sorti de l’auberge.

Comme dans le milieu politique ou associatif, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Du moins, la scissiparité à laquelle on continue d’assister n’est pas pour émanciper des hommes et femmes de médias terriblement handicapés pas l’absence de convention collective, de carte de presse, pour ne citer que les maux les plus visibles. L’antipathie ou l’antagonisme que cultivent certains aînés ne milite pas en faveur de l’union sacrée qui devrait cimenter les prolégomènes à toute action efficiente et efficace.

Hélas! Ceux qui ont les moyens intellectuels et/ou matériels de vaincre, un tant soit peu, le signe indien préfèrent bâtir de nouvelles chapelles. Comme s’il suffisait de changer de thermomètre pour faire baisser la fièvre. Malheureusement, l’euphorie des assemblées générales constitutives et de la composition de nouveaux bureaux passée, on re-diagnostique les mêmes maux et on prescrit les mêmes remèdes. 

Or, on n’a pas besoin de dessin pour voir les problèmes qui minent le landerneau médiatique burkinabè. C’est connu de tous, aussi de ceux qui voguent d’organisations en organisations que de ceux qui financent la création de nouvelles associations. Aussi, si le nomadisme associationniste profite à ceux qui s’y livrent de bonne guerre, il n’en demeure pas moins que plus les hommes et femmes de médias seront divisés sur l’essentiel, moins ils pourront devenir ce contre-pouvoir de propositions qui fait si criardement défaut dans le milieu.

22.01.2006

Blanche pauvreté

Clochards, SDF, le Nord a aussi sa pauvreté et ses pauvres. Le 7 janvier dernier, un trimard japonais a fait parler de lui, et de façon rocambolesque. Kyuemon Fukuda, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a, ce jour-là, mis le feu à une gare de train pour «retourner en prison». Agé de 74 ans, le pyromane a justifié son acte par le fait qu'il n'avait «nulle part où aller» pour se protéger des affres de l'hiver nippon. La hantise du froid l'a poussé à enfreindre les lois d'une société qui ne se soucie plus de son sort. Heureusement ou malheureusement - c'est selon -, il a purgé seulement 8 jours de prison pour un incendie volontaire qui a ravagé le bâtiment central de la gare de Shimonoseki ainsi qu'un hangar préfabriqué.
Aux Etats-Unis d'Amérique, les Sans-domicile-fixe (SDF) new-yorkais ont passé un hiver corsé par la grève des transports en commun en décembre dernier. Les rames ne roulant plus, les «pensionnaires» de trains, stations de métro et autres tunnels ont été rudement mis à l'épreuve du froid. Mais loin d'être de vulgaires alcoolos de la rue, la plupart de ces sans-abri - estimés à environ 845 sur la seule île de Manhattan - sont aussi «normaux» que leurs concitoyens de New York. Leur seul défaut est d'être pauvres. Faut-il en rire ou en pleurer?
Même si l'Occident reconnaît une «contribution positive» des clochards à l'économie sociale en ce qu'ils donnent du boulot aux organisations humanitaires et aux journalistes et donnent bonne conscience aux âmes dites charitables, cette catégorie sociale qui s'y élargit de plus en plus est piégée dans le cercle vicieux de l'exclusion.

10.01.2006

Le lion

Victime d’une attaque cérébrale qui lui laisse très peu de chance de reprendre son combat politique, Ariel Sharon, le Premier ministre israélien, tire sa révérence de la tumultueuse scène politique du Proche-Orient. Malheureusement, le «Lion du Grand Israël» quitte la jungle au moment même où elle l’a mené si près de ce qui semblait être l’antithèse de son combat: la paix.

A quelques mois du chevaleresque retrait unilatéral de la Bande de Gaza qui lui a valu la reconnaissance internationale d’«homme de paix», Sharon n’aura pas le temps d’aller jusqu’au bout de son revirement politique. Même si ses médecins jouent de la rhétorique en rassurant sur la stabilité de son état critique, le poids des 76 ans du désormais ex-Premier ministre déjoue tous les espoirs de remise sur pied.

On retiendra que ce sioniste - son père s’étant établi en Palestine en 1910 - aura porté durant une vie très active et agitée le rêve d’un «Israël le plus grand possible». Sur la terre toujours disputée de la glèbe du moshav de Kfar Malal, près de la capitale israélienne Tel-Aviv où il est né en 1928, soit un an avant les émeutes antijuives, il aura fait toutes les guerres, même les plus sales. Adolescent, il a fait ses premières armes dans la Haganah, l’armée juive clandestine. C’est dans l’uniforme de cette légion sacrée qu’il a gagné le galon d’Arik, «le Lion», qui lui colle depuis lors à la peau. Sharon, c’est la bavure de Quibbya, un village jordanien rayé à coups d’explosifs sans le massacre de Sabra et Chatila dont il porte la responsabilité morale en tant que ministre de la Défense à l’époque.

Mais comme un sphinx, il a su renaître de ses cendres de soldat sans piété en créant, en septembre 1973, le Likoud, le rassemblement des forces de l’opposition pour contrebalancer le Parti travailliste. Elu Premier ministre en février 2001, puis en janvier 2003, Sharon venait de provoquer un bouleversement politique en quittant le Likoud pour créer Kadima, un parti centriste en vue de mieux sauter aux prochaines législatives de mars prochain. Mais, tout se fera désormais sans le «Lion du Grand Israël» qui laissera derrière lui plus q’un vide politique.

08.01.2006

Canards télévisés

Depuis lundi dernier, les eaux de l’année 2005 ont cédé la place à celles de 2006 dans le grand fleuve de l’histoire. Si l’aiguille du temps ne s’arrête pas, les humains ont le privilège de marquer un temps d’arrêt et même de regarder dans le rétroviseur. Ce qui se transforme en futur ou avenir n’est-il pas en réalité ce qu’on a semé dans les terres du passé?

Aussi, au moment où les uns et les autres se congratulent pour les roses qui ont pu pousser dans leurs jardins, les acteurs de la presse burkinabè se sont légitiment réjouis d’avoir semé de la bonne graine au cours de l’année écoulée. Du moins, la classe politique, les autorités administratives et l’autorité de régulation et l’opinion nationale ont unanimement reconnu la dextérité et le professionnalisme des journaleux dans la gestion de l’élection présidentielle de novembre 2005, considérée comme l’événement de l’année. Même ceux qui avaient l’habitude de chercher des poux sur un crâne rasé ont dû se rendre à l’évidence que les médias ont mis un point d’honneur à jouer impartialement leur partition.

Mieux, la TéNéBreuse a ravi la vedette au cours de la saison électorale en annonçant les principaux titres de la presse écrite la veille de leur parution. Une initiative d’autant plus bien appréciée qu’elle permettait aux téléspectateurs de prendre une longueur d’avance sur la livraison des canards qui passaient ainsi à la télé. Grâce à la non moins innovante formule d’appels en direct, des directeurs et autres rédacteurs et rédacteurs en chef ont pu vendre les titres de leurs canards en direct sur la télévision nationale.

Ainsi, durant toute la période de la présidentielle, la  TéNéBreuse a rayonné comme la chaîne de partage de son plaisir et de celui de ses confrères scribouillards, offrant ainsi un plateau de convergence où transparaissaient la plupart des courants, même ceux qu’elle n’oserait pas diffuser en temps normal.

Hélas. La collaboration retrouvée entre les canards et la télévision n’aura duré que le temps de l’euphorie de la présidentielle. Comme un feu de paille. Et pourtant, cette nouvelle coopération entre presse écrite et télévision a été perçue comme une manière de dresser un nouveau pont entre les deux types de média. Malheureusement, cette fois-ci encore, l’initiative s’est révélée un bébé mort-né qui n’a même pas eu le temps de voir passer le père Noël.

Poisse ou impuissance? La revue de la presse foirée, ce ne peut pas ne pas rappeler le triste sort qui a été ceux des émissions similaires comme «médiascopie» et «Presse dimanche». En effet, si la suppression - non officiellement justifiée - de la première émission avait été commandée par le climat politico-médiatique délétère de la tragique disparition de notre confrère Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune en décembre 1998, l’abolition de «Presse dimanche» a par contre apporté de l’eau au moulin de ceux qui croient que jusqu’en 2003 une certaine classe politique n’était pas disposée à l’expression plurielle et contradictoire. Soit.

Aujourd’hui, la campagne présidentielle a permis de voir qu’on peut tout dire ou presque, sans être inquiété. En témoigne l’érection de nouveaux plateaux comme «Santé Mag», «Eco Finance» - en hibernation et qu’un téléspectateur n’a pas hésité à réclamer la résurrection dans un humour publié par nos confrères la semaine dernière.

Tout compte fait, la direction de la TéNéBreuse pouvait continuer à «manger son piment dans la bouche» des canards sans craindre des ulcères. C’est même à l’honneur de l’actuelle équipe de la télévision de prendre ses patrons à leurs propres mots, afin que les moyens suivent les missions qui lui sont confiées. Car, une émission qui meurt à la télévision nationale, c’est une bougie de la liberté d’expression qui s’éteint. C’est bien parce qu’on n’use pas assez de liberté d’expression qu’elle s’use.

Vivement que toutes les flammes de liberté d’expression et de presse qui se sont éteintes se rallument et que celles qui faiblissent retrouvent vigueur et énergie.

23.12.2005

Capitaine-star Rawlings

Une voyage officiel du capitaine John Jerry Rawlings au pays des Hommes intègres, c’est presque un pèlerinage sur cette terre a offert à la jeunesse africaine un autre leader charismatique dont l’ombre hante toujours le sommeil de ceux qui ont cru faire disparaître sa mémoire à jamais. En faisant venir à Ouagadougou l’énigmatique capitaine ghanéen pour la 2e fois après la tragique disparition de Thomas Sankara, à l’occasion de son investiture comme président du Faso, Blaise Compaoré marque un point dans la recherche d’une virginité politique. Plus que quiconque, il sait que l’ancien président ghanéen est de ceux qui ont le moins digéré la sombre parenthèse fatale au capitaine Thomas Sankara le 15 octobre 1987.

Rien ne prouve que les nuages de méfiance qui se sont amoncelés depuis lors entre les capitaines Rawlings et Compaoré se sont complètement dissipés. Du moins, la présence du premier - désormais ancien président - au côté du second - qui célèbre sa 3e onction à la tête de l’Etat depuis le fameux 15 octobre -, constitue en soi un événement dans l’événement. Et fait toujours jaser.

Voir John Jerry Rawlings et son successeur John Ageyekum Kufuor chez un même hôte fait encore plus papoter. Le président burkinabè n’a pas eu besoin des services d’un marabout pour savoir que depuis que le premier a, constitutionnellement, quitté le pouvoir en 2000,  il est devenu  encombrant pour le second, qui fait des pieds et des mains pour le mettre en quarantaine politique. Kufuor et Rawlings à l’investiture du capitaine Blaise Compaoré, c’était comme le chat et la souris aux funérailles d’un ami commun. Et comme l’exige la bonne veille légende africaine, «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil». Ainsi, l’hypocrisie est aussi une valeur politique sous les tropiques.