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Medias Interactifs et Art Digital

  • "4e pouvoir" ou coquille vide?

    La presse africaine (et burkinabè) n’a-t-elle pas mis la charrue avant les bœufs? Aussi saugrenue qu’elle peut paraître, cette question n’est pas moins pertinente dans un contexte où l’entreprise médiatique est à la croisée des chemins. Pris entre le marteau des exigences du marché et l’enclume du particularisme de l’entreprise de presse, les patrons des médias ne savent à quels partenaires techniques et financiers se vouer.

    Dieu sait qu’une entreprise de presse dépourvue d’assises saines et solides résiste difficilement aux puissances politiques et d’argent. Parce que la presse est considérée à tort ou à raison de «4e pouvoir», la faiblesse économique d’une entreprise de presse est aussi suicidaire à la démocratie qu’une menace ouverte contre la liberté d’expression. Sans entreprises de presses viables, on ne peut pas non plus espérer avoir des journalistes indépendants. Les deux situations étant nécessairement liées.

    Or, depuis le printemps de la presse qui a accompagné le vent de la démocratie, peu de choses ont été faites pour consolider les bases des nouveaux médias qui ont poussé comme des champignons. Après une décennie d’épreuve de l’audimat ou du lectorat (c’est selon le média), certains ont disparu. Combien d’entreprises de presse peuvent-elles faire de bonnes affaires tout en offrant les meilleures conditions de travail à leurs employés? Combien sont-elles capables d’honorer leurs engagements vis-à-vis du fisc, de la Caisse nationale de sécurité sociale et des charges patronales sans se faire hara-kiri?

    S’il est vrai que certains gourous de la presse privée ont réussi à se bâtir une fortune - ce qui fait pâlir plus d’un -, il n’en demeure pas moins que la grande majorité des patrons tirent le diable par la queue. Ce qui se ressent nécessairement sur les conditions de vie et de travail des journalistes, obligés très souvent de jongler pour joindre les deux bouts. Disons-le net, en dehors de nos confrères fonctionnaires qui sont relativement mieux lotis, le métier de journalisme est encore loin de nourrir son homme au Faso.

    Or, tant qu’il n’y aura pas d’entreprises de presse économiquement bien organisées et financièrement indépendantes, il sera difficile de rêver à une véritable liberté de presse. Pour reprendre une profession de foi chère à tous, «il ne peut y avoir de liberté de presse quand des journalistes vivent dans des conditions de corruption, de pauvreté ou de peur». Lorsque des organes de presse évoluent dans un environnement économique tel qu’ils ne peuvent pas inverser cette tendance, il y a de quoi s’inquiéter sur le sort même de la gouvernance et de la démocratie, parce que le soi-disant «4e pouvoir» n’est en réalité qu’une coquille vide. A qui la faute si cette situation perdure?

    Les responsabilités sont partagées. Si l’Etat aime souvent se targuer d’avoir aménagé aux médias un environnement normatif favorable à la liberté d’expression et de presse, il n’en demeure pas moins que le chemin qui mène à la viabilisation de véritables entreprises de presse est encore semé d’embûches. Sur le plan fiscal - pour ne citer que cela -, on ne comprend toujours pas pourquoi les médias, qui (quelle que soit leur nature) assurent un service public, continuent d’être logés à la même enseigne que n’importe quelle entreprise. 

    Certes, les responsables des médias sont paradoxalement toujours d’accord sur leur désaccord. Soit. Mais les défenseurs de la démocratie ne doivent-ils pas comprendre que la liberté de presse est une chose trop importante pour être laissée entre les seules mains des patrons de presse et des organisations de journalistes?

  • Ecrivains de tout le Burkina, à vos plumes !

    Au moment où les Hommes intègres exhibent, à Bobo-Dioulasso, ce qu’ils ont produit de meilleur en matière culturelle, force est de constater que les étalages ne sont pas des plus achalandés en œuvres littéraires d’auteurs burkinabè. Autrement dit, à ce 13e rendez-vous du «donner et du recevoir» placé sous le signe de «culture et intégration des peuples», le Burkina a malheureusement très peu à donner en matière de production littéraire. Contrairement à la production musicale, pour ne citer que le plus populaire des arts pratiqués au Faso. Et pourtant, si l’on convient que «la culture, c’est qui reste quand on a tout perdu», il va falloir conserver aussi nos meilleures traces de vie dans des livres et pas seulement sur des bandes magnétiques.

    Fort de cet impératif culturel, le ministère en charge de la Culture et des Arts a entrepris, en 2005, «de réaliser une opération révolutionnaire qui consiste à éditer 50 auteurs burkinabè avec l’appui des structures étatiques». L’objectif fondamental de cette opération est de donner au moins une chance d’édition aux œuvres produites à l’occasion du Grand prix national des arts et des lettres (Gpnal) lors des Semaines nationales de la culture (SNC) qui se sont succédé depuis 1983. Selon les statistiques, sur un total de 1117 manuscrits enregistrés de la 1ère édition de la SNC à la 12e édition en 2004, moins de 100 auteurs sont passés sous les presses d’une imprimerie. En clair, ce sont les moyens de production qui manquent le plus à l’industrie littéraire burkinabè et non pas de la matière première.

    Pour peu que les pouvoirs publics décideront de donner à cette industrie le même souffle que celui apporté à la musique, on ne peut pas ne pas voir s’éclore de nouveaux chef-d’œuvres. Dieu sait qu’ils sont nombreux, les auteurs burkinabè qui ne demandent qu’à être produits. La preuve a été donnée d’abord à travers l’opération de «collecte des manuscrits lauréats qui n’ont pas été édités depuis 1992» puis à travers l’«appel à manuscrits» à l’issue duquel 21 œuvres ont été retenues sur la quarantaine enregistrée.

    C’est grâce à cette initiative que notre confrère Baba Hama a, enfin, vu éditer au Burkina «Lamordè», son roman qui a remporté le 2e Prix national des arts et des lettres à la SNC Bobo 1994. Consignée en Dépôt légal au 4e trimestre 2005, l’œuvre porte la griffe des Presses universitaires de Ouagadougou pour ce qui est de la photocomposition et celle des Editions Sidwaya pour ce qui est de son impression. Elle est préfacée par Mahamoudou Ouédraogo himself, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme jusqu’en janvier 2006. Celui-ci a saisi l’occasion pour se réjouir de la volonté politique qui a engendré le soutien aux écrivains tout en invitant ces derniers à traduire le coup de pouce en une véritable force de frappe de la littérature made in Burkina.

    Mieux vaut tard que jamais. Avec les pouvoirs publics à la rescousse d’une production littéraire jusque-là sous le boisseau, c’est sans doute une manière de rendre justice aux pionniers de littérature écrite burkinabè que sont Nazi Boni, Dimdolobsom Ouédraogo, Lompolo Koné,…Mieux, en reprenant, en cette année 2006, l’opération de collecte des manuscrits lauréats du Gpnal et d’appel aux manuscrits, c’est un vital coup de fouet que l’Etat donne aux différents genres littéraires en compétition à la SNC que sont le conte, la poésie, le théâtre, le roman et la bande dessinée, et par ricochet à tous les écrivains du Burkina. A vos plumes donc.

  • Le cinéma burkinabè peut-il rêver de Hollywood africain?

    Avec une moisson de plus en plus abondante et des films qui font recette, le cinéma burkinabè va-t-il enfin amorcer l’ascension commerciale tant rêvée? Ces dernières années, les réalisateurs locaux sont d’une prolixité qui surprend agréablement un public qui ne demandait qu’à voir des films made in Faso. A voir l’engouement que suscitent des réalisations telles «Source d’histoire», de Adama Rouamba, «Mokili», de Berni Goldblat,… et maintenant «L’Or des Younga», de Boubakar Diallo, pour ne citer que les dernières affiches, force est de constater qu’il ne se passe plus de semaine sans film burkinabè à l’affiche. Aux Ciné Burkina, Ciné Neerwaya de Ouagadougou et au Ciné Sanyon, on ne se bouscule plus seulement pour les productions hollywoodiennes et bolywoodiennes  Il est même arrivé très souvent que ces plus grandes salles du pays se soient révélées trop petites. Eh oui! Ils sont légion, les Burkinabè, qui ne demandent qu’à voir des films où se mêlent des réalités, rêves et illusions de leur quotidien.

    Depuis la dernière édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (le 19e Fespaco), en 2003, les réalisateurs burkinabè ont pris une option sérieuse de production qui n’est pas passé inaperçue. Même si l’Etalon de Yennenga a été remporté par le Sud-Africain, Dany Kouyaté, avec «Ouaga Saga», Fanta Regina Nacro, avec «La nuit de la vérité», et Apolline Traoré, avec «Sous la clarté de la lune», ont permis au Burkina de ravir la vedette du pays le plus prolixe en long métrage. Preuve le pays des Hommes intègres reste malgré tout un sanctuaire incontestable du cinéma africain.

    Mais les films y poussent aujourd’hui comme des champignons, l’industrie cinématographique burkinabè, ou ce qui y ressemble, le doit au miracle du numérique. A l’instar du géant Nigeria et du Ghana qui en ont profité pour réaliser le boom des sitcoms si prisés par les télévisions du continent, le Burkina est en passe de gagner le pari du cinéma populaire grâce au numérique. Avec déjà 5 longs métrages dans la bosse en moins de 3 ans, et avec une vingtaine de millions de F CFA par challenge, «Les Films du Dromadaire» réalisent un exploit qui ne manquera pas de faire école. Les nombreux festivals européens et canadien auxquels Boubacar Diallo a été invité à montrer ses produits sont la preuve que cette la renommée de cette production filmique dépasse les frontières du Burkina et se répand au-delà des mers.

    Que dire des comédiens burkinabè, qui n’ont plus besoin d’attendre une hypothétique annonce de casting pour monter sur les plateaux? Si les doyens sont sollicités par presque tous les réalisateurs pour apporter leurs touches aux nouveaux films, de nouveaux comédiens sont nés et se bonifient au fil des aventures. Surtout lorsqu’une maison comme «Les Films du Dromadaire» reprend les mêmes ou presque. Que de rêves se sont réalisés en si peu d’années! Que de films légitimement aussi prétentieux les uns que les autres ont apporté plus de chaleur burkinabè à nos salles obscures! De nouveaux réalisateurs confirment leurs talents dans le 7e art. De nouvelles stars de cinéma aussi.

    Mais le Burkina est-il prêt à assumer une industrie du cinéma? L’arbre ne doit pas cacher la forêt. Avec seulement 3 grandes salles d’une capacité totale d’environ 2 000 places et des petites salles qui ne couvrent pas encore le quart du territoire national, les ingrédients du cinéma qui nourrit son homme au Faso manquent malheureusement encore de piment. C’est une ambition qui nécessite un substantiel apport initial de capitaux, la création d'un réseau de distribution et la construction ou l'adaptation de salles de projection. Bref, l’existence d’un système bien huilé, efficace et capable de s’autofinancer sainement. Au Faso, c’est une autre paire de manches qu’il faut régler pour donner du piquant au rêve d’un Hollywood à la sauce burkinabè.