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HCR

  • Le Burkina à l'épreuve de son hospitalité légendaire

    1088ca92eb1146e5a11dcacc99566685.jpgAlors que le Blaiso national vogue de reconnaissances sous-régionales en reconnaissances internationales, le Burkina doit faire face à une vague déferlante de réfugiés touareg. Le gouvernement n’est visiblement pas préparé à cette situation imprévue dans son budget financier et social. Surtout, pas en ces temps de vie chère, où l’enfant terrible de Ziniaré ne sait pas à quel saint se vouer pour gérer les angoisses des siens. Pris entre le marteau de ses nouveaux habits de «faiseur de paix» à l’extérieur de ses frontières et l’enclume de ses réalités intérieures, on se demande jusqu’où Blaise Compaoré peut aller dans le jeu de cette carte de l’hospitalité que les réfugiés touareg maliens quémandent avec insistance.

    En allant rendre visite, vendredi dernier, à ces ‘’réfugiés’’ qui ont pris d’assaut le site du stade du 4-Août, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale - accompagné de sa collègue déléguée à la Coopération régionale et de celle de l’Action sociale et de la Solidarité nationale - voulait manifester la compassion du gouvernement burkinabè à ces hommes, femmes et enfants qui ont été obligés de fuir leur pays pour sauver leur peau d’une guerre pour laquelle ils n’y sont pour rien. Cela faisait un certain temps qu’ils étaient là. L’écho que la presse faisait de leur présence à Ouagadougou ainsi qu’à Djibo dans le Sahel avait de quoi interpeller les autorités qui se devaient ainsi de briser le silence qui pouvait être interprété comme de l’indifférence.

    b1e4b0ff3099b5ff5fdc15323bdd221b.jpgLe chef de la diplomatie burkinabè avait visiblement bien perçu l’enjeu de cet afflux inattendu d’exilés qui demandent instamment refuge. Mais il n’a nullement voulu se perdre dans des commisérations qui pourraient devenir embarrassantes pour le gouvernement. Ainsi, alors que les réfugiés demandaient un «asile durable», il prônait plutôt une hospitalité transitoire. Même si les organisations humanitaires locales et institutions onusiennes, dont notamment le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), se sont investies dans les premières prises en charge des Touareg, l’Ange Djibrill ne souhaite guère voir la situation perdurer, encore moins s’éterniser. Pour lui, il ne fallait pas donner une fausse assurance, au risque d’attirer sur le Burkina la misère de tous ceux qui cherchent activement un endroit plus rassurant.

    Au regard de la proximité géographique entre le pays des Hommes intègres et les foyers de conflits qui ont cours au Mali et au Niger voisins, la tentation du déferlement était pourtant prévisible. Et le pressentiment du ministre des Affaires étrangères est d’autant plus justifiée que le Burkina est perçu comme un «havre de paix» où l’on ne risque pas d’être rattrapé par ses démons. Et c’est justement cela que redoute le gouvernement burkinabè et que Djibrill Bassolé a osé dire tout haut à la presse. «Le flot (entendez des Touareg maliens) ne ralentit pas et cela nous inquiète.» En clair, le Burkina n’est pas prêt à offrir une hospitalité qui risque de lui coûter cher en ces temps de «vie chère». A moins que la ‘’Communauté internationale’’ n’entre véritablement dans la danse et décide de prendre tout en charge.

    La seule chose que le gouvernement semble disposé à accorder, c’est «un site plus adapté aux conditions de vie des nomades», a laissé entendre Djibrill Bassolé. Il s’agit notamment d’un site aux environs du village de Pabré dans la province du Kadiogo - en plus du site de Djibo - au lieu du stade du 4-Août où les Touareg se sentent visiblement à l’étroit.  

    Comme on peut le voir, c’est la légendaire hospitalité burkinabè, auréolée par les exploits de paix du Blaiso, qui est mise à rude épreuve par la vague déferlante de réfugiés. Bassolé à beau souhaiter que le séjour de ces exilés inattendus soit de la plus courte durée possible, les dernières nouvelles en provenance du front malien prouvent que les hostilités risquent de reprendre de plus belle ces jours-ci, surtout que Amadou Toumani Touré, le président malien, a décidé, le week-end dernier, de passer à l’offensive contre des rebelles qui n’en démordent pas non plus. Ceux qui ont déjà trouvé refuge au Burkina risquent de ne pas «retourner très rapidement chez eux», comme le souhaite Pascaline Tamini, la ministre de l’Action sociale. Il va falloir se serrer la ceinture avec ces réfugiés qui tombent sur les bras du gouvernement en ce temps de soudure corsé par la vie chère. Et surtout hurler fort pour que la Communauté internationale, partagée aussi entre la crise alimentaire mondiale et d’autres poches de conflits en Somalie et dans les Grands Lacs, ne nous abandonne pas dans la gestion de cette galère.