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Diamond Cement

  • Pénurie du ciment: les commerçants se sucrent et les consommateurs se saignent

    0ca8930949cd8ddea7ef2dfa47cfb1f0.jpgDepuis quelques semaines, le ciment se fait rare sur le marché burkinabè. Comme tout «ce qui est rare est cher», les commerçants ont vite fait de renchérir les prix. En ce début de saison de pluies où la plupart de ceux qui ont un chantier de construction profitent de la flotte pour «faire avancer les travaux» ou les «achever» pour les plus nantis, c’est la croix et la bannière pour avoir l’ingrédient indispensable pour le béton. Comme on doit s’y attendre, la pénurie du ciment a ouvert la voie à toutes sortes de spéculations.

    Contrairement au riz dont la plus grosse part est importée, les consommateurs avaient jusque-là le choix entre les produits de Diamond Cement - la société privée qui s’est fixé pour ambition d’approvisionner le marché local - et des produits importés des pays voisins. La production locale a également l’avantage d’être moins chère par rapport aux produits importés. Ce qui fait qu’elle était globalement la plus sollicitée. Mais le hic est que l’offre de Diamond Cement est, depuis un certain temps, en deçà d’une demande de plus en plus forte. Ce qui a provoqué la flambée des prix. De 5 000 à 5 500 F Cfa, la première qualité est passée à 6 500 F. Pire, il faut être dans le secret des commerçants pour avoir quelques paquets pour son chantier.   

    Ce sont les grincements de dents des consommateurs qui ont été sans doute à la base d’une concertation, le 3 juin dernier, entre le ministre du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’artisanat et le directeur général de Diamond Cement pour «échanger sur les pénuries de ciment, la hausse excessive du prix de ce produit constatée ces derniers temps sur le marché ainsi que les éventuelles difficultés que la société Diamond Cement rencontre dans l’approvisionnement du marché national en ciment et les voies et moyens d’y remédier», stipule le très officiel communiqué distillé par le ministère. Apparemment, le gouvernement semble avoir pris la mesure du problème.

    En guise de solution, le ministère s’est juste fendu d’un communiqué pour, dit-il, «fixer le prix du ciment produit par la société Diamond Cement Burkina» le 11 juin. Malgré cette injonction assortie de menaces de «sanctions prévues par les textes en vigueur», les prix n’ont guère baissé. Bien au contraire. Tenez. Le prix de la tonne du CPA 45 est officiellement planché à 107 500 F, soit 5 375 F le sac. Sur le marché, la réalité est tout autre. Le même produit est allègrement vendu à 6 500 F. Ceux qui ont pensé invoquer la mesure gouvernementale pour espérer faire fléchir les commerçants se sont entendu dire: «Allez payer votre ciment au ministère.»

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que les commerçants sont conscients de l’impuissance du gouvernement à mettre de l’ordre dans la flambée des prix. L’exemple du riz et de ses fameuses «boutiques témoins» est assez éloquent en la matière. Même si la société Diamond Cement clame qu’elle n’est «aucunement responsable de la hausse des prix», elle n’est pas moins incapable de satisfaire la demande. C’est la conjugaison de tous ces dysfonctionnements qui fait que les commers véreux continuent de se sucrer et les consommateurs qui veulent le ciment, à tout prix, sont obligés de se saigner. Ainsi va la «vie chère» au Faso.

    Diamond Cement a les pieds dans le béton

    64efc5f996e2bb68c75e0d76484ac89d.jpgLundi 23 juin. Il est 18 heures. L’ambiance à l’entrée de l’usine de Diamond Cement de Zagtouli - à la sortie ouest de Ouaga - était aussi froide que la pluie qui venait de s’abattre sur la ville. Chauffeurs et apprentis, qui attendaient leur tour de chargement de ciment, avaient déserté les camions pour aller flâner ailleurs. Ceux qui avaient encore le courage de patienter sur place s’étaient rués sur la restauratrice qui venait de s’installer devant l’entrée de l’usine. Le benga chaud, ça fait du bien, pour chasser la fraîcheur de la pluie qui continuait de distiller ses dernières gouttes. Surtout que rien ne présageait de la fin de l’attente qui durait plusieurs jours déjà pour certains. Un jeune apprenti, à qui nous avions demandé depuis quand il était là, nous lança: «Ça dépend. On a chargé avant-hier, mon patron est parti en ville et je l’attends». A quand le prochain chargement? «Je ne sais pas. C’est ceux qui viennent avec beaucoup d’argent qui chargent vite. Les autres, on ne les regarde même pas», répondit-il, songeur. En fait, il voulait nous faire comprendre que les camions qui étaient stationnés n’étaient pas nécessairement logés à la même enseigne. Certes, leur problème commun est le ciment dont le chargement se fait au compte-gouttes. Encore faut-il avoir les poches suffisamment lourdes pour accéder à l’intérieur de l’usine.

    Pour vérifier cela, nous prétextons chercher un «employé de la maison». Dès que nous franchissons le 2e portail, c’est un ouvrier tout couvert de ciment qui nous accoste. Il nous prend pour un camionneur ou un opérateur économique qui chercherait à «accélérer» son chargement: «Kôrô, vous voulez voir quelqu’un?» «Non. Je ne comprends pas pourquoi ça tarde comme ça. Quel est le problème ici?» Sans trop de précaution, il m’explique qu’en fait «les machines sont bloquées» et que le ciment ne sort plus comme avant. Et que si j’étais pressé, il suffit de «voir» ses chefs. «Comment faire pour les voir?» Mon interlocuteur qui est sûr de tomber sur un pigeon n’hésite pas à me dire qu’il suffit de «donner 25 000 ou 30 000 F» pour faire sortir plus vite le «OS», l’ordre de servir. Un échange fortuit, mais assez édifiant sur les gymnastiques auxquelles certains grossistes se livrent pour entrer en possession de leur livraison de ciment.

    A propos de la lenteur de l’usine, l’ouvrier-dealer est formel: «Les machines ne donnent plus bien. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas dire la vérité aux gens.» Selon les informations officielles, le staff de Diamond Cement s’affaire à installer une nouvelle unité pour augmenter sa production actuelle de 40 000 à 80 000 tonnes. En attendant, la cimenterie a quelque peu les pieds dans le béton.

    f3bb1420e1dfc42abc028470b95eb1fa.jpgDu ciment ghanéen dans le circuit

    Avec la pénurie et la hausse du prix du ciment burkinabè, les revendeurs ont eu l’ingéniosité de mettre le ciment ghanéen dans le circuit. Si ce produit vient combler l’incapacité actuelle de Diamond Cement, son prix s’élève à 6 500 F le sac - soit 130 000 F la tonne - alors qu’il ne coûte qu’entre 8 500 et 9 000 cedis au Ghana, soit entre 3 500 F et 4 000 F CFA. C’est une aubaine pour ceux qui gèrent cette nouvelle filière et qui doivent secrètement souhaiter que la cimenterie locale continue de s’emmêler les pinceaux. Après le «monopole» que d’aucuns dénoncent sur le ciment du Togo, voici venu un «new deal» avec le ciment du Ghana. On aurait pu espérer une concurrence dans cette diversité à l’importation. Mais hélas, le prix du ciment ghanéen est déjà trop cher pour les consommateurs moyens.

    b9f82c2a2db1f91124c67c776743ccb4.jpgLes pieds nickelés du ciment

    La rareté du ciment a fait naître des dealers de toutes sortes. Ils sont désormais autour du marché de Sankaryaré, rabattent les clients vers l’arrière-cour où les stocks de ciment sont dissimulés. Là-bas, c’est à prendre ou à laisser. La tonne du CPA de Diamond Cement est à 130 000 et «on ne discute pas. Il y a beaucoup de gens qui attendent. Si vous ne voulez pas, revenez lorsqu’on aura une autre livraison». Il faut bien graisser la patte de tous les intermédiaires et autres dealers qui se sont introduits dans le circuit, sans compter les faux frais à l’usine. A ce rythme, l’inflation a de beaux jours devant elle au Faso.