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Crise ivoirienne

  • Le commandant Koné Zacharia était donc au Mali

    c6b22253713f519486d157eb19b86cdb.jpgAvant de trouver refuge à Ouaga, Zacharia Koné - le désormais ex-Commandant de Zone (Com’Zone) de Séguéla - aurait d’abord transité par Bamako, au Mali. Après l’avoir repéré sur les bords du Djoliba, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, aurait soufflé à son homologue malien de le faire arrêter. Un des hommes du Com’Zone lui a mis la puce à l’oreille et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé sur le territoire burkinabè. Là, également, sa cabale a été de courte durée, puisqu’il a été vite «capturé» par les services secrets burkinabè. Blaise Compaoré, parrain attitré du processus de paix engagé par les protagonistes ivoiriens, n’a aucun intérêt à voir Zacharia gambader dans son pays. En revanche, s’il ne peut pas le cacher ou l’abriter clandestinement, il ne peut pas non plus le livrer aux autorités ivoiriennes qui lui ont jeté l’anathème le 16 mai dernier, l’accusant de «grande indiscipline» et de «sabotage» pour avoir boycotté la cérémonie de désarmements de ses hommes et d’avoir donc défié le Premier ministre qui présidait en personne cet événement majeur pour le retour définitif à la paix.

    Le Facilitateur Blaise a réussi à désamorcer les grands énervements qui commençaient à gronder autour de cet incident. Pour l’heure, Zacharia Koné bénéficierait d’une hospitalité sous condition et sous bonne surveillance à Ouaga. Sa situation doit être bien meilleure que celle des Touareg maliens. Personne ne souhaite le voir retourner dans la nature, encore moins aller vadrouiller en terre d’Éburnie.

  • "L'éléphant d'Afrique" ne réssuscitera donc pas en 2008

    b1b1877a439c3d603db3359d2b80b4f7.jpgAlors que les chrétiens du monde entier chanteront «Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes qu’il aime», dimanche prochain, jour de Pâques, ceux de Côte-d’Ivoire scruteront désespérément encore le ciel. Après près de 6 ans de désaccords et d’accords de paix, un remède plus toléré a été trouvé à «l’éléphant d’Afrique», avec les compromis politiques signés en mars 2007 à Ouaga. Mais leurs mises en œuvre sont pénibles, voire périlleuses, et le bout du tunnel paraît loin. Les belligérants d’hier, devenus protagonistes de la paix aujourd’hui, se hâtent lentement. Et le pays a du mal à briser définitivement le cercle vicieux d’un lendemain de guerre qui pèse lourdement sur sa vie économique, sociale et politique. Jusqu’à quand la fin de la traversée du désert? C’est la question qui hante tous les esprits, mais plus personne n’ose s’aventurer à donner de délai.

    A la vérité, si les Ivoiriens s’efforcent de croire au retour définitif de la paix, il n’en demeure pas moins qu’ils sont habités par une angoisse secrète de perdre, à tout moment, l’accalmie qui s’est installée depuis environ un an. Abidjan, la capitale économique, paraît toujours marquée par les séquelles de cette guerre civile qui ne l’a pourtant pas véritablement frappée, comme Bouaké et les régions de l’Ouest principalement. Mais elle est profondément marquée par la difficile et tortueuse marche vers la paix. Les autorités publiques ont beau débarrasser la ville de certains vestiges des périodes de haute tension telle la présence des militaires et donc des barrages à tous les coins de rue, il n’en demeure pas moins qu’une atmosphère de peur du jaillissement des vieux démons hante les esprits.

    L’ambiance de clair-obscur sociopolitique peut même se voir dans les grandes rues jadis bien éclairées, mais aujourd’hui plongées dans le noir à plusieurs endroits. Des immondices d’ordures ménagères entassées au bord des voies dans les quartiers huppés de Cocody et dans le quartier administratif et commercial du Plateau témoignent probablement d’un déficit du service public, mais dégage, au sens propre ou figuré, une odeur de putréfaction à laquelle les populations ont été contraintes de s’accommoder depuis le 19 septembre 2002, date officielle du déclenchement de la crise militaro-politique.

    Cela paraît évident. Même à l’étranger de passage, Abidjan a perdu de sa superbe d’antan. Mais l’on est, néanmoins, frappé par l’extraordinaire disposition de cette ville cosmopolite et bigarrée de par les couleurs et les origines de ses habitants à entretenir la flamme de l’optimisme. Ils sont certainement plus nombreux à croire que «ça finira par aller», même si les titres délibérément va-t’en-guerre de certains journaux de la place incitent à croire que le feu de la guerre couve toujours et que «la situation peut se gâter à tout moment».

    Mais dans les quartiers chauds de Yopougon - qui abrite la célèbre Rue Princesse - et des Zones 3 et 4 où toutes les folies sont permises, on se réfugie dans les puissants décibels de la fièvre du «Couper-décaler», dans l’alcool et dans le sexe.

    85f8e81c4c304bd9fa3ba536101ab821.jpgAu regard des bisbilles politiciennes qui ont ralenti, sinon freiné, l’application de l’Accord de paix de Ouaga, l’année 2008 sera celle d’une nouvelle prolongation de la transition politique. L’organisation d’une élection présidentielle prévue pour juin prochain et dont la tenue aurait constitué un pas décisif vers la sortie de la crise est rejetée dans une incertitude qui provoque une impatience légitime et de la nervosité au sein des états-majors des partis d’opposition. Tout est si flou et ténébreux que la résurrection de l’éléphant d’Afrique ne semble pas être pour bientôt. Et c’est bien triste.

     

    Blaise Compaoré «Faiseur de paix» 

    L’organisation difficilement envisageable d’élection en juin prochain en Côte-d’Ivoire contraste avec l’optimisme suscité par l’Accord de Ouaga. Il n’en demeure pas moins que la Facilitation du Blaiso apparaît jusque-là comme la médication qui a permis aux principaux protagonistes de la crise de mettre beaucoup d’eau dans leur vin. Certes, les fleurs n’ont pas encore tenu les promesses des graines semées. Mais des personnalités ivoiriennes du monde politique, du milieu des affaires et des médias n’en jettent pas moins, au bord de la lagune Ebrié, des fleurs à «L’enfant terrible de Ziniaré». Comme quoi, même s’il a perdu des cheveux et des kilos dans sa difficile facilitation du processus de paix et de réconciliation des frères ennemis ivoiriens, le Blaiso peut être fier de son costume de «faiseur de paix».

     

    La politique rapporte plus que le café-cacao

    Plus la crise dure, plus les politiciens au pouvoir et dans l’opposition se sucrent sur le dos des pauvres populations ivoiriennes. Avec un étalage insultant de biens, notamment immobiliers et roulants avec lesquels certains se pavanent, on s’imagine bien pourquoi ils ne sont pas aussi pressés d’aller à la paix. Selon des indiscrétions, des partis politiques auraient engrangé la bagatelle d’un milliard au titre de la subvention de l’Etat. De quoi faire pâlir leurs homologues burkinabè qui, à force de tirer le diable par la queue, ont fini par la lui arracher.

     

    Un deal entre Gbagbo et Soro

    Tout Abidjan et certains cercles politiques ivoiriens bruissent d’un «accord politique non écrit» entre le président Laurent Koudou Gbagbo et son Premier ministre et chef des Forces nouvelles, l’ex-rébellion. Ce deal consisterait à s’entendre pour freiner de quatre fers l’organisation des élections en vue de prolonger leur bail au sommet de l’Etat. Ainsi, le 1er, que l’on appelle «Le vieux père», conservera les rênes du pouvoir et donc les caisses jusqu’en 2009, voire 2010 - ce qui lui ferait 2 mandats ordinaires. Pendant ce temps, «son Bon petit» continuerait à se remplir les poches... et les panses. Info ou intox. Ce n’est surtout pas dans la bouche du Dromadaire qu’il faut manger votre piment.

     

    Abidjan sous «basse surveillance»

    Si les forces de défense et de sécurité semblent moins visibles dans la journée, elles n’ont pas totalement disparu des points sensibles de la ville. Tous les jeux de cache-cache suspects ne sont pas pour autant permis. Ils veillent au grain, surtout la nuit et n’hésitent pas à passer au peigne fin les coffres des véhicules ou les sacs à main des pépées. Aux entrées de Yopougon, d’Adjamé, de Port Bouet où se trouvent les fameux «check-points», ils sont néanmoins moins nerveux qu’au plus fort de la crise. C’est peut-être la preuve qu’avec l’Accord de Ouaga, beaucoup d’eau coule plus tranquillement sous les ponts Félix-Houphouët-Boigny et Général-Charles-de-Gaulle.