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Côte d'Ivoire

  • Dur sera le requiem de la rebellion ivoirienne

    a6a479a3c410fcd059087eee240a37d7.jpgEn visite d’Etat, à la fin du mois de juillet à Ouagadougou, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, était venu annoncer au peuple burkinabè que «La guerre est finie». Mais hélas. Les convulsions auxquelles on a assisté ces dernières semaines au nord du pays prouvent bien que les braises de la rébellion - qui a été à l’origine de la grippe du 19 septembre 2002 - ne sont pas totalement éteintes. La fameuse «Flamme de la paix» n’a visiblement pas encore réussi à réduire la rébellion en cendres.
    En effet, si la hache de guerre est enterrée, les ex-rebelles apparaissent toujours comme «un cadavre» mal enseveli. Or, lorsqu’on «enterre un cadavre en laissant ses pieds dehors», il y a de fortes chances de le voir hanter le village. C’est du moins le constat qu’on peut faire à La Léraba, premier village ivoirien après avoir franchi la frontière ouest du Burkina.
    Mardi 16 août. 13 heures 30. Le poste frontalier de La Léraba est quasiment désert. Au spectacle de longues files de bus et de camions auquel on assistait avant la guerre - ou le déclenchement de la rébellion si vous préférez - s’est substituée une atmosphère maussade. Inutile d’ajouter que les commerçants et autres vendeurs à la sauvette ont déserté les lieux. Sauf quelques téméraires qui continuent de côtoyer les nouveaux maîtres du coin: les rebelles, qu’on peut toujours distinguer comme tels. Les bureaux de police, de douane, de gendarmerie ont fait place à une seule entité, celle de la rébellion métamorphosée en Forces nouvelles. Sur le mur du seul bâtiment qui y fait office d’administration, on peut lire les initiales FAFN, entendez Forces armées des Forces nouvelles.

    Des rebelles en demi-saison
    Vous l’avez donc compris. Malgré les fameux Accords politiques de Ouagadougou, la Côte-d’Ivoire est toujours «coupée en deux» et gérée par les deux forces antagonistes, les ‘’rebelles’’ et les ‘’loyalistes’’. Ainsi, ce sont les rebelles qui continuent de régner sur La Léraba. Et ils sont omniprésents, en territoire conquis. Pour les remarquer, on n’a pas besoin de dessin. En dehors de quelques chefaillons habillés en tenues militaires aussi bigarrées que bizarres, les autres ont adopté le demi-saison - pantalon militaire + tee-shirt - et en sandalettes, s’il vous plaît. Les uns errent nerveusement sur la voie, tandis que d’autres sont agglutinés autour du barrage qui tient les passagers des rares véhicules qui passent par là en laisse.
    Là aussi, on n’a pas besoin de loupe pour constater que la principale activité de ces «soldats» blasés et visiblement déprimés est le racket systématique de tous ceux qui franchissent la barrière. Ils feignent d’être discrets, mais on les voit bien collecter les «300, 300». Sans compter les «1 000 F» que le chauffeur doit jeter dans la bassine avant d’obtenir le feu vert pour traverser. Après le premier poste, il se heurte à un second baptisé «La centrale». Sur le mur de la guérite qui jouxte la barrière, on peut lire «Douanes». Mais en fait de douane, il n’en n’existe guère. C’est plutôt le racket qui y est consacré comme sport favori. Le pire, c’est qu’il semble constituer la seule source de revenus de ces «jeunes gens» qui n’inspirent pas du tout la sérénité. Leurs regards hagards cachent mal un désespoir certain. L’atmosphère de dépit qui règne dans les lieux n’inspire nullement la quiétude. En tout cas, pas avec ces «Forces nouvelles» blasées et aigries qui ne cherchent visiblement qu’à vous soutirer des sous. Enfin, le racket, ce n’est pas nouveau. C’est un moindre mal, puisque les forces régulières n’en faisaient pas moins avant la guerre.

    Rackets permanents
    Mais on n’est pas moins déprimé de voir la profonde grisaille dans laquelle le village de La Léraba est piégé. Depuis 6 ans que dure sa traversée du désert, il a été court-circuité de sa principale source d’animation économique et sociale. Comme il n’y a plus de trafic routier, il n’y a pratiquement plus de vie. Du moins, celle que la situation de rébellion lui a imposée n’est guère reluisante. Et cela est aussi vrai pour les rebelles eux-mêmes que pour les villageois. On sent visiblement que cette localité jadis florissante a dû se vider d’une bonne partie de ses habitants. Du reste, ceux qui y sont restés devaient avoir de bonnes raisons de le faire. Les seules activités visibles dans le coin se résument à quelques étals de cacahuètes, de cigarettes, de viandes grillées, de céréales et d’essence frelatée. Dans les buvettes où se rafraîchissaient autrefois les voyageurs, il n’y a plus de boissons fraîches. Les bouteilles de liqueurs frelatées ont pris la place des bières et autres sucreries ivoiriennes dont on raffolait dans ce village. Le buvetier a camouflé les boissons de son stock au fond de sa maison. Aurait-il peur des rebelles qui viendraient à les consommer sans payer? Tout semble possible dans ce bled où l’ordre, la discipline et les humeurs ne respectent plus la logique de la coexistence pacifique. Les habitants de La Léraba doivent avoir le sommeil régulièrement hanté par les sautes d’humeur des ex-rebelles qui ont eux-mêmes perdu l’espoir de maîtriser leur propre devenir.

    L’avenir des enfants compromis
    Dans cet univers incertain et déprimant, ce sont les enfants qui vont certainement payer le plus lourd tribut. Car, pendant toutes ces années de contradictions politico-militaires, ceux qui ont été contraints de demeurer à La Léraba n’ont guère connu le chemin de l’école. A la question de savoir quelle classe il a fréquentée l’année dernière, un garçonnet d’environ 7 ans, - donc l’âge de la crise ivoirienne - nous a répondu, avec une innocence déchirante: «Je ne vais pas à l’école.» Une réponse qui prouve malheureusement que les dégâts collatéraux de la profonde crise ivoirienne sont bien plus compromettants qu’on ne les imagine. Même si on arrivait à solder les comptes de la rébellion, on redonnera difficilement à cet enfant son passé violé. Avec des avenirs ainsi compris, y compris ceux des enfants, tout porte à croire que dures seront les funérailles de la rébellion.

  • Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif

    24cbaa9f1fbd20cf0e3b9cccebbba069.jpgEvadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.

    En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.

    En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?

    Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.

    Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?

    Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?

    23c45f16f1ceccc82c30a6263c7d5a59.jpgLorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.

    fb24277d9e0b4c6fe4bb281659cc7ee6.jpgParadoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.