06.06.2008

Les médicaments de la rue ont toujours pignon sur rue!

0705414ceb97c7d89dc9fd4295689f60.jpgMalgré une Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (Cameg) qui fait du Burkina Faso «Le leader de l’Afrique de l’Ouest dans le domaine du médicament essentiel générique en termes de volume, d’accessibilité géographique et financière», ce pays traîne paradoxalement, comme un boulet, la plaie d’une omniprésence du médicament de la rue. Malgré l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre le phénomène, sans compter les campagnes de l’Ordre national des pharmaciens pour tirer annuellement la sonnette d’alarme, les «médicaments de la mort» ont toujours pignon sur rue. Entre les dispositions institutionnelles parfois ostentatoires et la réalité de la lutte contre le fléau des médicaments de la rue, le fossé est grand. Et pourtant, les enjeux sanitaire et économique sont énormes. Les produits contrefaits et nocifs qui envahissent nos marchés provoquent des drames importants qui sont généralement vécus dans le silence par les victimes. A ce sujet, l’impuissance des pouvoirs publics fait froid dans le dos.

En effet, s’il est vrai que certaines structures telles les Communes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ainsi que le Comité national de lutte contre la drogue sont engagées dans la lutte à travers quelques actions coup-de-poing, l’essentiel du combat est du ressort des forces de sécurité et de défense. Or, c’est justement là où le bât blesse!

Tout se passe comme si l’Ordre des pharmaciens - qui défend légitimement son terrain de prédilection - et la Cameg - qui fait la promotion du médicament essentiel générique en vue de le rendre plus accessible aux populations - se battent contre des moulins à vent. Du moins, la logique aurait voulu que la puissance publique s’impose sur les différents marchés où opèrent, au vu et au su de tout le monde, des grossistes, des détaillants et des marchands ambulants. Hélas! ces jeunes ‘’pharmaciens’’ pirates sillonnent les rues, passant sous le nez et à la barbe de policiers ou de gendarmes qui ont visiblement d’autres chats à fouetter. En réalité, les forces de l’ordre ne se mettent en action que lorsqu’elles sont activées par leur hiérarchie. Or, apparemment, la lutte contre les médicaments n’est pas encore rentrée dans les mœurs. Mieux, elle ne semble pas exciter outre mesure ceux-là qui peuvent y mettre définitivement un terme ou la réduire pour le moins à sa portion congrue.

Des forces de sécurité peu motivées

e90bc6212da55d2e5a86d397ebef6ef7.jpgNos investigations nous ont révélé que les douaniers, qui sont supposés saisir ces produits nocifs aux portes du Burkina, ne sont pas tellement portés à le faire comme on peut l’imaginer. Selon le Dr Alfred Sandouidi, secrétaire général de l’Ordre des pharmaciens, «les médicaments contrefaits ne représentant pas de valeur marchande, les douaniers ne sont pas motivés à les saisir systématiquement». Autrement dit, un garde-côte burkinabè ne gagnerait rien à mettre la main sur un trafiquant de médicaments parce que cette marchandise ne pourra pas être vendue aux enchères et ne lui rapportera rien du tout. En plus, il devra se soumettre à des formalités judiciaires et donc à un tas de tracasseries pour faire traduire le malfrat devant les juridictions. Ceci expliquerait pourquoi les médicaments contrefaits entrent impunément sur le territoire et ceux qui tirent les ficelles de ce commerce immonde continuent d’opérer sans être véritablement inquiétés.

Par ailleurs, pour mettre en mouvement la police et la gendarmerie, il faudrait non seulement les doter de logistique appropriée, mais aussi motiver financièrement les agents, autant de fois qu’ils seront en mission sur le terrain. La solution à la passivité des forces de l’ordre est donc de créer un fonds spécial pour les motiver conséquemment, comme l’a, du reste, déjà proposé l’Ordre des pharmaciens. En outre, le Comité national de lutte contre la drogue, qui est également conscient de la délicatesse de la lutte, avait aussi proposé des décorations d’agents de force de sécurité pour les motiver à s’impliquer activement dans la lutte contre les médicaments de la rue.

Quand les Chinois s’en mêlent

2ebaa0ffe629a9efe56c0dcc4c6f5a5f.jpgEn définitive, le combat est assez simple, voire facile à gagner. Car, «s’il n’y a plus de médicament qui entre facilement au Burkina, il n’y aura plus de vendeur et par conséquence il n’y aura plus de menace pour la santé des populations et pour l’économie», conclue J. Compaoré, un étudiant en fin de cycle de médecine. Voilà qui est bien vu. Mais au Burkina, ce sont les politiques qui ont le dernier mot. En la matière, ceux-ci ont une logique que les partenaires sociaux et les universitaires ne comprennent pas. Sinon, «ils ont une idée précise du danger que représentent les médicaments de la rue. Mais c’est une volonté politique clairement affichée qui manque le plus», suggère le Dr Sandouidi. Aussi longtemps que le problème ne sera pas globalement pris à bras-le-corps, les médicaments de la rue auront toujours pignon sur rue. Pire, le laxisme des autorités publiques ouvre déjà la voie à une médecine chinoise très agressive qui va non seulement à l’assaut des populations, mais inondent les villes et les campagnes de médicaments sans la moindre autorisation de mise sur le marché pourtant imposée par le ministère de la Santé aux pharmaciens. En plus, les notices sont en langue chinoise, privant les consommateurs du droit fondamental d’avoir accès aux informations relatives au produit.

Il ne faut donc pas se voiler la face. Le trafic des médicaments de la rue s’est imposé au Burkina et dans beaucoup de pays africains comme un business qui ronge - au propre comme au figuré - entre 25 à 60% des parts de marché du médicament et désorganise ainsi le système sanitaire et pharmaceutique. Va-t-on laisser cette gangrène détruire tous les efforts de rapprochement du médicament des populations à travers notamment la Cameg qui a réussi le pari de préposer le médicament essentiel générique dans tous les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), c’est-à-dire dans les plus petites cellules du système sanitaire national?

 

08.04.2008

"Les politiciens sont des guignols, de vrais comédiens"

73118cc23cea0fcc0b8c1cc9c286bccb.jpgYao Billy Serges Alias Billy Billy est le nouveau phénomène du rap ivoirien. Avec un style propre à lui et emprunt d'une verbe acerbe, il déménage la foule en Eburnie à toutes ses apparitions scéniques. Billy Billy détient les "nouvelles du pays" et les répand à travers son RAP made in Côte d'Ivoire, taillé dans les racines de sa culture bété. 

Billy Billy, est-ce que c'est la forme actuellement ?

 

Billy Billy (B. B.) : Ouais ! Y a le moral ! Grâce à Dieu, tout va bien.

 

 Quel est ton nom à l'état civil ?

 

A l'état civil, je m'appelle Yao Billy Serges. Vous constatez que y a Billy dedans. J'ai juste doublé.

 

 

L'album "Les nouvelles du pays", est-ce ta première aventure dans la musique ?

 

C'est la première aventure en solo. J'ai d'abord appartenu à un groupe que l'on appelle Nasty Mafia, vainqueur de la 1re édition de Nescafé african revelation en 2001. L'album du groupe n'a pas eu le succès escompté en son temps. Aujourd'hui, Billy Billy a entamé une carrière solo avec l'album "Les nouvelles du pays".

 

Alors, comment va le pays ?

 

Le pays ? (il fait un off). Je n'ai pas besoin de le dire. Lorsque vous écoutez le CD, vous le sentez. Je ne suis pas souriant ; et c'est parce que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays est renversé comme je le dis dans une de mes chansons, on dirait "débout Keyi". Le pays est en l'envers et les choses ne fonctionnent pas comme elles se doivent. Quand je prends le phénomène de la piraterie, ça va grandissant et aucun homme politique ne lève le doigt pour dire quoi que ce soit. Ils savent qu'un CD ne peut pas devenir chocolat. Ce qui les intéresse, c'est le cacao de nos parents. Nos parents souffrent pour produire et quand l'argent arrive, ça reste au Plateau. Je suis un révolutionnaire à l'image de la musique rap. C'est une musique de combat. Un rappeur est un soldat et quand il vient au front, c'est avec une arme soit pour mieux se défendre ou attaquer. Je suis ici l'icône de la jeunesse et j'ai décidé de prendre leurs problèmes à bras-le-corps. Quand je chante, je ne demande pas au public de m'applaudir mais plutôt d'être en communion de pensées avec moi, de m'inspirer.

 

 

Le genre de rap que tu pratiques a-t-il une différence fondamentale avec ce que l'on connaît ?

 

Mon style, c'est le "Lazga digbe style". C'est un concept 100% ivoirien ; je dirai plus 100% bété. Chez nous les Bété, quand quelqu'un meurt, sa maman se mêle aux griots et fait du bruit avec des bouteilles. Elle chante et fait au passage des messages en dénonçant la médisance, la calomnie. En fait, mon rap est un rap dénonciateur. J'ai récupéré ce concept qui est issu d'une culture de chez nous pour la valoriser. Mon style est assez particulier. Vous voyez, il fut un moment en 1997, les Ivoiriens ont voulu adopter le style américain que ce soit au niveau des chansons que du style vestimentaire. Le rap n'a pas trop donné et il fallait alors créer. Quelques-uns sont entrés au laboratoire. Avant moi, il y a eu le "Bôgni yoyo" avec Nash. Aujourd'hui la structure Cost to Cost a produit Billy le Coq. J'ai un rap orange blanc vert. J'ai décidé d'être proche des Ivoiriens et de chanter les réalités qu'ils vivent. Lorsque je chante wassakara, c'est chez nous, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le Burkina, c'est l'Afrique. Je suis Billy le Coq. En Afrique on dit que la maison du coq sent, mais c'est là-bas qu'il reçoit ses étrangers. Mon wassakara n'est pas propre mais je suis fier de recevoir mes parents, mes amis là-bas.

 

Dans une de tes chansons, tu dis que le coq appartient à une personne mais il chante pour tout le village. Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière ce message ?

 

J'appartiens peut-être à wassakara (le nom de son quartier) mais je chante pour toute l'Afrique. A travers moi, c'est toute la jeunesse qui pleure. Tout le monde se retrouve dans ma musique.

 

Tu dis que tu chantes les problèmes du pays. Quels sont de façon détaillée ces problèmes ?

 

Vous les connaissez les problèmes ! Au Burkina Faso, vous les vivez également. Ce sont les politiciens qui nous foutent la merde, nous rassasient de problèmes. Ils veulent nous nourrir au même biberon et passent leur temps à nous répéter les mêmes choses. Les Etats africains sont devenus comme une sorte de cadeau d'anniversaire. Chaque politicien vient prendre sa part et se casse. Lorsque je dis "Les nouvelles du pays", c'est la dure réalité que nous vivons.
Je chante l'avortement, le manque d'emploi des jeunes, les diplômés sans emploi. Nous sommes tous des diplômés. Lorsqu'on va à l'école, ce n'est pas pour apprendre à lire ou compter ; c'est pour décrocher un diplôme et travailler. Alors, avoir un diplôme et ne pas pouvoir travailler ne sert à rien. Lorsque je chante, "Didier Drogba", ce sont les nouvelles du pays. Drogba est pour moi le symbole de l'union nationale. Il est le seul qui fait l'unanimité. Même Laurent Gbagbo, en étant au pouvoir ne fait pas l'unanimité comme ce joueur. En Drogba, on retrouve les Bété, les Baoulé, les Dioula et même les Mossi. Lorsque je chante Drogba, je magnifie l'unité. Il ne faut pas en tant qu'artiste caresser dans le sens du poils. Je chante avec beaucoup d'humour mais mes paroles sont profondes. En Europe par exemple, les funérailles sont tristes mais en Afrique, c'est comme un anniversaire. Ici, il n'y a pas de différence entre un baptême et des funérailles. C'est triste ! Ce que les gens ne mangent pas d'habitude, c'est ce qu'ils consomment le jour des funérailles. C'est tout cela que je critique.

 

Tu fais passer tes messages avec beaucoup d'humour. Comment est-ce que tu arrives à garder toute ta sérénité sur scène ?

 

L'humour que je mets devant, c'est toujours pour magnifier la culture africaine. L'Ivoirien par exemple aime rire. En pleines funérailles, il peut faire des grimaces et des acrobaties comme si c'était un baptême. Mais après le rire, l'humour, c'est la vérité que je sors. Je ne suis pas un artiste qui est là pour plaire. Je suis là pour dire une certaine vérité. Alors ce que je dis déjà fait rire et si à mon tour je dois me mettre à rire, vous devinez ce que ça peut être. On me verra comme un guignol. Je suis beaucoup sérieux, serein sur scène parce que je veux que mon message passe.

 

Alors, nous sommes dans un processus de retour à la normale en Côte d'Ivoire. As-tu le sentiment que tout avance bien ?

 

Non ! C'est de la comédie ! Tu ne connais pas les politiciens ? Vous pensez que la situation est normale ? La guerre, ce n'est pas seulement au niveau des armes ; c'est dans la tête. Cette guerre-là est présente. On nous fait croire que tout va bien. On sourit et on prend beaucoup de photos devant les cameras. Les politiciens, ce sont des guignols, de vrais comédiens. J'aimerais que la guerre finisse définitivement mais je n'ai pas foi aux politiciens. J'ai chanté que "bouche de politicien, c'est comme du pain sucré !". Ce que politicien ne moyen pas, il va dire qu'il moyen. Nous sommes fatigués ! On parle de désarmement mais personne ne respecte les échéances. Lorsque vous rentrez dans les détails vous verrez que rien n'évolue. C'est Dieu seul qui peut nous sortir de cette situation.

 

Certains artistes musiciens au temps fort de la crise avaient mis de l'huile sur le feu. En tant qu'artiste que penses-tu de cela ?

 

Chacun a sa manière de penser et de voir les choses. Pour moi, l'artiste ne doit pas avoir un parti pris. Je dis toujours aux gens que je ne suis ni de la droite ni de la gauche. Je suis du juste milieu. Et dans la vie, si le juste milieu est respecté, l'on connaîtra un monde juste.
Je ne suis pas un artiste alimentaire pour choisir tel ou tel camp à cause de certains avantages. Je connais certains artistes qui ont été contraints à l'exil parce qu'ils ont voulu avoir un parti pris.
Moi je chante Laurent Gbagbo dans certains titres mais je ne suis pas censuré. Parce que tout le monde sait que ce que je dis est une vérité crue.

 

 

 

Ainsi Mossanto file du mauvais coton?!

8c03338069dd7c68135706c95da94322.jpgC’est grâce à une journaliste d’investigation très courageuse que nous avons maintenant un dossier sérieux sur la firme Monsanto, leader mondial des OGM. Elle s’appelle Marie Monique Robin.

 

 

 

Grâce à elle, une enquête portée à l’écran sur la chaîne de télévision européenne Arte le mardi 11 mars 2008 (21h), et un livre : "Le monde selon Monsanto ; de la dioxine aux OGM : une multinationale qui vous veut du bien" (Editions de la découverte) nous dessinent le portrait de ce géant de l’agrochimie, inventeur de quelques-uns des pires polluants de la planète.

 

Avec 17.500 salariés, un chiffre d’affaire de 7,5 milliards de dollars en 2006, un bénéfice de 1 milliard de dollars, une implantation dans 46 pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle.

 

Que lui reproche-t-on ?

 

On lui reproche de cacher la toxicité de ses produits.

 

Dès 1935, Monsanto fabrique un liquide réfrigérant pour transformateurs électriques (les PCB ou pyralène, en français). Dès 1937, Monsanto savait que ce produit présentait un grave danger pour ses clients et pour ses ouvriers, mais il n’a rien dit et n’a rien fait pour protéger utilisateurs et ouvriers jusqu'en 1977 où ce produit fut définitivement interdit.

 

Le roundup, désherbant très utilisé par beaucoup de jardiniers dans le monde se révèle être cancérigène ("Nous nous sommes rendu compte que le roundup affectait un point clé de la division des cellules ; c’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer" professeur Bellé)

 

L’Aspartame, utilisé à la place du sucre (en cas de diabète ou pour d’autres raisons), est une molécule potentiellement cancérigène qui donnerait notamment des tumeurs au cerveau.

 

Monsanto a produit les pires produits qui ont empoisonné notre planète et ruiné notre santé. Outre le pyralène dont nous venons de parler, il a produit l’"agent orange" utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales sur la génération suivante. Il produit la "dioxine" à l’origine, par exemple, de la catastrophe de Soveso en 1976 en Italie.

 

On lui reproche une publicité mensongère particulièrement agressive :

 

Le roundup a été longtemps vanté comme "biodégradable et bon pour l’environnement" ; quand il s’est révélé cancérigène et dangereux pour l’environnement, la firme fut condamnée aux Etats-Unis et en France pour publicité mensongère, mais le mal était déjà fait ! Et pourtant, dit la justice française, l’industriel savait "préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique" (= dangereux pour l’environnement).

 

Pour obtenir les résultats d’une étude sur le maïs Mon863 qui a servi de nourriture à des rats, le gouvernement allemand a dû aller en justice, car Monsanto ne voulait pas fournir de documents, au motif qu’ils relevaient du secret commercial.

Or nous savons que Monsanto a l’habitude de cacher délibérément au public l’éventuelle toxicité de ses produits.

 

Aujourd’hui, leader mondial des OGM, Monsanto refuse de faire des études de toxicité sur ses semences OGM, car dit-il, "en vertu du principe d’équivalence en substance" (= un plant transgénique est "à peu près" identique à un plant non modifié), ces expériences et études sont inutiles !

 

Cette réglementation, adoptée aux Etats-Unis sous la pression de Monsanto ne fait pas l’unanimité : "Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon de très nombreux experts de l’agence de sécurité américaine pour la nourriture et les médicaments (FDA), ils conduisent à des risques différents."

 

Mais Monsanto, l’administration américaine et le gouvernement américain ont partie tellement liée que toute contestation devient impossible.

 

En effet, il s’avère que depuis plus de vingt ans, de nombreux cadres passent de la Maison blanche, du Congrès, des agences environnementales, de l’OMC, vers Monsanto et vice-versa. Du coup Monsanto a de solides alliances ! (Même chose avec les revues scientifiques, les laboratoires et les universités…)

 

On reproche aussi à Monsanto d’avoir tout fait pour faire taire les critiques à son égard :

 

Et Marie Monique Robin donne de multiples exemples : le Dr Burroughs fut licencié de la FDA pour avoir alerté sur les risques de l’hormone de croissance bovine (encore une invention de Monsanto !) "C’était pourtant ma mission", dit le docteur.

Le biochimiste Pusztai a vu sa carrière ruinée pour avoir dit àla BBC après une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé : "Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes", et pourtant, dit-il, "moi le premier, j’étais un ardent supporter de la biotechnologie".

 

Enfin, le biologiste Ignacio Chapela a été victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir révélé la dissémination de maïs transgénique dans le maïs traditionnel mexicain, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

 

Tous les OGM qui sont aujourd’hui cultivés n’ont jamais été testés de manière rigoureuse. Tous les scientifiques indépendants qui ont essayé de la faire, ont finalement perdu leur travail, ou ont été salis.

 

On reproche à Monsanto d’avoir "breveté le vivant", d’avoir fait changer la loi aux Etats-Unis pour protéger "sa" propriété intellectuelle sur les gènes du vivant, ce qui n’était pas possible il y a 15 ans.

 

En Argentine, par exemple, la loi n’autorise toujours pas les brevets sur le vivant, la compagnie avait donc dû renoncer à des "royalties" (= des revenus à ne rien faire, une rente) sur les OGM… Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins !

 

Aux Etats-Unis même, et au Canada, Monsanto poursuit devant les tribunaux les agriculteurs qui utilisent les semences Monsanto ou les réutilisent sans payer. Monsanto a mis en place pour cela de nombreux systèmes de délation et de détectives et un numéro de téléphone gratuit. "Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. C’est impossible de se défendre contre cette firme."

 

On reproche à Monsanto de faire perdre aux paysans leur indépendance par rapport aux semences. En effet, les paysans qui cultivent des OGM sont obligés de signer un contrat qui leur interdit de garder une partie de leur récolte pour la re-semer, comme c’est pourtant l’usage depuis l’avènement de l’agriculture, il y a 10 000 ans. Il devient également illégal pour des paysans d’échanger des semences entre eux.

 

On reproche à Monsanto de pratiquer la corruption pour conquérir de nouveaux marchés. C’est évidemment toujours très difficile à vérifier, mais pourtant, récemment, Monsanto a été condamné pour corruption en Indonésie : l’un de ses représentants sur place avait acheté une centaine d’officiels indonésiens pour mettre sur leur marché le coton BT, un coton transgénique. (Celui-là même que nous adoptons au Burkina).

 

J’essaie de résumer tant bien que mal ce livre, fruit d’une enquête exceptionnelle de trois ans sur trois continents : en le lisant vous-même, vous découvrirez vous aussi la genèse d’un empire industriel qui, à grands renforts de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

Avec Monsanto, c’est la programmation de la mort, à court terme, de la diversité biologique et de l’agriculture biologique à cause du problème de la contamination par pollennisation : un document secret de la Communautéeuropéenne souligne que les cultures de maïs transgéniques entraîneront la disparition du maïs biologique.

 

Cette émission et ce livre arrivent un peu tard pour nous les Burkinabè, même si ces documents ont ouvert nos yeux sur les méthodes, le cynisme et les objectifs de cette multinationale.

 

En effet, "le 19 février 2008, M. Maxime Somé, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a annoncé le démarrage de la culture industrielle du coton BT cette année suite au consensus trouvé entre la firme Monsanto et la "partie burkinabè" sur la fixation des prix de la semence et le partage des royalties" (Observateur paalga du 21/2/2008)

 

Les détails de ce « consensus » n’ont évidemment pas été publiés. Mieux vaut sans doute que les paysans et les générations à venir ignorent à quel prix et au profit de qui ont été vendus leur dépendance et leur malheur prochain.

 

 

 

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

 

jacqueslacourbf@yahoo.fr

 

28.03.2008

La régulation de l'information n'est pas un jeu de casse-casse!

1a97cc5ab5e148ed44d859ec53cbbdaa.jpgFaut-il faire confiance aux journalistes ou les marquer à la culotte pour qu’ils ne perdent pas de vue les règles fondamentales de l’éthique et de la déontologie de leur profession? C’est la question qui brûle les lèvres depuis la publication quasi intempestive des communiqués du Conseil supérieur de la communication (CSC), à propos des dérives et des manquements dans le traitement de l’information relative à ce qu’il convient d’appeler la vie chère ou la flambée des prix.

En effet, si l’instance de régulation s’est gardée de citer de noms d’organes de presse dans sa première mise en garde, il semble être parti plus loin dans le second. Mais sans précisions suffisantes et claires sur l’objet des écarts constatés ici et là. Apparemment, l’exercice de la régulation par l’interpellation paraît délicat pour le président de l’institution, Luc Adolphe Tiao, et son collège de conseillers. Sinon, ils font trop de détours pour dire clairement ce qu’ils veulent. Auraient-ils peur de heurter certaines sensibilités ou seraient-ils aussi contaminés par le virus de l’autocensure qui paralyse tant la liberté d’expression et de presse au Faso?

Force est de constater que l’exercice de la régulation soumet le CSC à un terrible sinon pénible équilibrage ou équilibrisme - c’est selon - qui ne lui permet pas de frapper nécessairement là où ça fait mal. On veut croire à une «démarche pédagogique» qui consiste à ne pas condamner, mais à amener chaque média à reconnaître sa faute et à se corriger. Encore faut-il lui signifier, sans ambages, ce qu’il a mal fait. Mais la communication sans détour n’est visiblement pas la chose la mieux partagée au CSC. Quand les censeurs manquent de sang-froid, il y a de quoi s’en inquiéter.

Au-delà des mises en garde pour les uns et des mises en demeure pour les autres, la régulation ne vaut pas la clarté des fautes incriminées. Dans un contexte burkinabè marqué par la précarité du métier de journaliste et des entreprises de presse, et donc de l’absence d’un statut officiellement adopté et partagé des professionnels de la presse, il faut avouer que rien ne sert encore de semer le trouble. Il faut appeler un chat un chat. Autrement, on entretient un flou qui ne profite qu’aux pécheurs en eaux troubles et aux fossoyeurs de la profession. Car la liberté de presse ne s’use en réalité que lorsqu’on n’en use pas assez. Et pas le contraire.

21.02.2008

L'argent a pollué les relations-presse au Faso

4e8a82623a227ae251afcfbdda06b47f.jpgDans la lettre qu’elle a adressée le 13 février pour inviter les organes de presse au «lancement du plan triennal de lutte contre la piraterie dans les œuvres artistiques et littéraires», la directrice de communication et de la presse (DCPM) du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication a eu la subtilité de glisser une ligne qui en dit long sur les rapports entre les institutions publiques et privées et les médias au Burkina. «Nous portons à votre connaissance qu’aucun budget n’est disponible pour la couverture médiatique de cette cérémonie», peut-on lire sur la correspondance. Pourquoi cette précision sur un document qui est supposée être une lettre d’invitation et non un bon de commande?

Cette phrase, qui atterrit comme un cheveu dans la soupe, n’est pas aussi anodine comme peut le voir a priori. Elle a été expressément formulée pour couper l’herbe sous les pieds des organes de presse qui nourriraient l’intention de facturer leur «prestation». Une bien maligne prévention qui ne l’empêche pas, pour autant, de marteler un «vous saurai-je gré des dispositions que vous voudrez bien faire prendre pour la participation effective de votre structure à ladite cérémonie». A quoi rime cette insistance et pourquoi la faire, si on sait qu’on n’a pas les moyens de sa politique?

D’un côté comme de l’autre, on est en plein dans un véritable jeu de cache-cache qui a fini par assombrir les relations de collaboration bien comprise qui devraient exister entre les institutions et les organes de presse. A force de facturer systématiquement toutes les demandes de couverture, sans attendre une commande expresse, les seconds ont progressivement dilué l’information publique dans une démarche de communication rythmée par la facturation tous azimuts.

Lorsqu’un organe de presse est représenté à une des multiples cérémonies dont les comptes-rendus inondent les colonnes de journaux, les ondes des radios et les écrans de télévisions locales, c’est qu’il a été payé pour y être. Un glissement que certaines directions de journaux justifient par le fait que ce sont les organisateurs des séminaires, ateliers et autres manifestations sans intérêt informatif réel qui auraient intérêt à ce qu’on parle de leurs machins. Autrement dit, s’il y a des gens et des structures pour payer, les patrons de presse ne sont pas prêts à cracher dessus. Bien au contraire. L’information n’étant pas la denrée la plus prisée sous nos cieux, il va sans dire que les canards se dirigent prioritairement vers les sources d’eau vitales, quitte à nager très souvent à contre-courant de leur mission première.

Mais le hic dans ce commerce, c’est que le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur sont complètement et en permanence floués. En dehors peut-être du carnet d’audiences du président et du Premier ministre, si presque tous les éléments des journaux parlé, télévisé, et les 3/4 des articles publiés dans la presse sont payés, il faut avouer qu’on finira par perdre le nord. Une presse «libre et responsable», comme nous aimons à nous en gargariser, c’est aussi une presse qui sait rechercher un équilibre financier vital tout en préservant des relations propres et transparentes avec ses «clients» et ses lecteurs. Tout le monde est coupable de la dérive. Mais il n’est jamais trop tard pour assainir les relations-presse. La crédibilité du pouvoir de la presse en dépend. Et on ne le dira jamais assez!

15.02.2008

Le Burkina veut rompre avec les logements sociaux prêts-à-habiter

3ea2b9e1c5aa0ecaf93b603b6225b2c0.jpgAprès la course aux parcelles, voici venue la ruée vers les guichets du projet «10 mille logements sociaux». A Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou, le nouveau remède à l’habitat urbain ne laisse personne indifférent. Depuis le 24 janvier, date de lancement de l’opération, et ce jusqu’au 18 avril, les bureaux de la direction de la promotion de l’habitat et du logement sont systématiquement pris d’assaut. Les demandeurs s’y bousculaient tellement que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a été obligé d’ouvrir un nouveau guichet au sein de son département.

Comme pour montrer sa disponibilité à accueillir tous ceux qui le désirent, les heures d’ouverture des postes d’information et de réception des dossiers ont été prolongées jusqu’au samedi de 8 heures à 14 heures. Le moins que l’on puisse constater, c’est que les gens ne se font pas prier, quand bien même le projet ne se trouverait qu’à une phase de collecte d’informations nécessaires à son exécution.

Prêts à tout pour avoir un chez-soi

Mais sachant les Ouagalais prêts à mordre à tous les hameçons pour «gagner un chez-soi», ce serait aller trop vite en besogne que de juger de la pertinence de l’opération sur la seule base de l’affluence qu’il suscite. Quand on sait aussi que l’équation de l’habitat décent et à coût social demeure un casse-tête chinois, on ne doit pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Faut-il croire que le gouvernement a, enfin, trouvé la panacée dans le projet des logements sociaux?

Au-delà du marketing qui entoure ce projet, force est de reconnaître que c’est la première fois que les pouvoirs publics burkinabè concèdent à mettre les bœufs devant la charrue en matière de construction de logements. En effet, on a jusque-là bâti des cités sans projection préalable, sans demander l’avis, encore moins évaluer les besoins réels de ceux qui sont appelés à les occuper. Conséquences: les logements se révèlent trop petits ou trop grands pour les attributaires lorsqu’ils ne sont pas carrément mal construits. Il suffit de faire un tour dans une de ces cités pour se rendre compte d’énormes gâchis et de nombreuses modifications qui ont été faites, parfois sans le respect des normes minimales. Par ailleurs, certains y ont juste pris des maisons à moindre coût pour les sous-louer à des prix exorbitants.

Plus de logements prêts à habiter

52962b83674117d7e4e3f14cd4a47352.jpgOr, si l’on se fie à une information contenue dans la «Fiche d’inscription au programme de logements sociaux», une part belle est faite aux desiderata du demandeur. Non seulement il lui est donné d’indiquer le nombre de personnes qu’il souhaite loger dans sa future maison, mais c’est à lui également que revient le loisir de donner des indications sur les dimensions et le nombre de chambres à coucher qu’il désire; sur l’annexion d’un salon ou non, de cuisine et de sanitaires internes ou externes. Que ce soit pour la superficie du logement, sur les services d’électricité, d’eau courante et de téléphone ou encore sur les matériaux de construction, etc. le demandeur est appelé à faire valoir ses options. Ce qui tranche franchement avec les cités prêtes à habiter qu’on a connues jusque-là.

En plus, le projet innove par un large volet d’assistance à la construction pour les demandeurs potentiels déjà propriétaires de parcelles d’habitation mais qui n’ont pas les moyens de faire face aux dépenses inhérentes sur une courte période. Cette opportunité a l’avantage de pallier les difficultés de contracter des prêts à long terme auprès des institutions financières de la place. La Banque de l’habitat, qui a vocation d’accorder des prêts à des durées pouvant aller jusqu’à 20 ans, aura beaucoup de choses à se mettre sous la dent. Et les nombreux propriétaires de parcelles - loties et non loties - non mises en valeur ne seront que soulagés. L’engouement des populations pour le projet est révélateur du rôle que l’État, à l’étape actuelle de notre développement, doit encore jouer. N’eussent été les cités ‘’révolutionnaires’’, beaucoup de citadins - mêmes certains décideurs d’aujourd’hui - seraient toujours en location. La décision de se désengager et de céder la construction de logements sociaux à des privés ne rencontre pas beaucoup d’adhésion. Ou, du moins, c’est une aubaine pour les paweto qui y trouvent des maisons clé en main.

Le plus dur est à venir

Au regard des innovations participatives du nouveau projet d’habitat décent, tout porte à croire que les choses ne seront plus comme avant. L’opération de collectes d’informations semble s’inscrire dans une démarche assez originale qui, si elle va jusqu’au bout de sa logique, pourrait contribuer à lever beaucoup d’obstacles sur le chemin du développement de l’habitat. En choisissant d’engager le processus par un appel à candidatures afin de recueillir les besoins exprimés par les demandeurs de logement, le gouvernement change le fusil d’épaule. Mieux, il se positionne en accompagnateur et non plus en seul concepteur et bâtisseur de logements.

Le plus dur sera maintenant de tabler sur des informations fidèles et fiables des demandeurs. Car, s’il est vrai que beaucoup de gens ont besoin de logements dans les villes, il ne l’est pas moins que le secteur est miné par la spéculation. Il n’est donc pas exclu que des démarcheurs véreux trouvent dans cette opération l’occasion de multiplier leur capital immobilier en faisant main basse sur l’opération par des inscriptions avec des prête-noms. A ce sujet, la direction de la promotion de l’Habitat et du Logement qui pilote le programme a promis de veiller au grain en procédant à des enquêtes préalables. Pourvu qu’elle tienne parole.

Une autre chose est qu’à l’étape actuelle du projet rien ne filtre sur les sites sur lesquels seront bâtis ces logements sociaux. Cela est d’autant plus déterminant que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Vincent Dabilougou, avait judicieusement relevé que «Le logement social ne doit pas être en dehors de la ville». Aura-t-il les coudées suffisamment franches pour amener les maires à mettre à sa disposition les sites les plus appropriés? La question est délicate. Et le directeur de la promotion de l’Habitat et du Logement opte pour une candeur bien calculée pour ne pas frustrer ceux qui s’impatientent déjà dans les détails, les emplacements exacts des «10 mille logements». «Nous avons des exemples de sites que je ne peux pas dire. Il faut laisser la procédure s’engager et vous serez informés par les voies et les autorités compétentes», tranche prudemment Pegdwendé Aimé Camille Soubeiga.

01.02.2008

Sexomania et remue-méninges au lycée

e64eb4c1555faf43896281a39b68b253.jpg«1 mn de plaisir, 2 à 3 h de Folie et tt une vie de souffrance» - be8def730c1058f8a721c803b4422150.jpglisez «Une minute de plaisir, deux à trois heures de folie et toute une vie de souffrance». C’est le titre d’un des films pornographiques qui ont mis les lycées et collèges de Ouagadougou sens dessus dessous - surtout sans dessous - et pour cause.

Les stars de ces vidéos taboues ne sont autres que des élèves du Lycée technique de Ouagadougou (LTO) et du Lycée de la jeunesse, pour ne se référer qu’aux documents que nous avons pu nous procurer, au prix de 1 000 balles auprès de vendeurs de portables; comme des vautours, ils se sont fait leur bonheur sur le malheur des «pauvres» amoureux, probablement mal inspirés. Quelle mouche a bien pu piquer ces élèves au point de pousser le bouchon jusqu’à jeter sur la place du marché des images de leurs ébats? Ont-ils volontairement voulu jeter en pâture leurs vies intimes ou se sont-ils fait piéger par des énergumènes qui voulaient leur faire subir les conséquences de leur témérité sexuelle?

Ce sont là des questions qui méritent d’être posées. Au lieu de cela, radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville - et même certains confrères - ont vite fait de raccourcir le débat et les ébats à un problème de «pornographie» à l’école. Comme si c’était au sein de leurs établissements que les élèves ont tourné leurs fameux films. Ou encore comme si, parce qu’ils sont des élèves, ils n’avaient qu’à se consacrer à leurs chères études, au lieu de se livrer «à ces choses-là». Abaah!

Ce qui est le plus paradoxal dans ce remue-ménage, c’est qu’au moment où les puritains condamnent les élèves incriminés, certains ne raffolent pas moins de ces films, se rinçant l’œil et se les passant dans leurs téléphones. Il faut avouer que ces «enfants» ne se sont pas privés de toutes les subtilités à même de rendre leurs papys jaloux de leur maestria sexuelle. Comme nous l’a avoué un enseignant, «ils ont fait tellement bien qu’on ne sait pas s’il faut les condamner ou les féliciter». Au regard de la propension puriste de la levée de boucliers à laquelle on assiste, on se demande bien si les médias ne vont pas passer à côté de l’essentiel.

Car, l’essentiel n’est-il pas justement de se demander si ces jeunes élèves que certains esprits intolérants tentent de traiter comme des pestiférés n’ont pas droit à la protection de leur vie intime, si coupables soient-ils de perturbation de nos sacro-saintes mœurs? Doit-on sacrifier l’avenir de ces jeunes pour la simple raison qu’ils ont commis l’imprudence de «2 ou 3 heures de folie»? D’autre part, les filles semblent les plus incriminées, comme si elles l’avaient fait entre elles.

L’autre morale, non moins humaine, ne voudrait-elle pas que les autorités publiques et les parents de ces élèves cherchent à arrêter le massacre de l’image de ces élèves - et donc de leur avenir - au lieu de s’arc-bouter sur des considérations morales? A qui la faute, s’ils sont descendus aussi bas? 

Quand on sait que ces fameuses mœurs dont on crie tant la dépravation aujourd’hui sont mises à rude épreuve par des viols qui inondent quasi quotidiennement les colonnes des journaux et les ondes des radios et les cathodes des télévisions, on a bien envie de défier Ouaga par une célèbre sentence évangélique que plus d’un puritain du Burkina dit moderne gagnerait à méditer: «Que celui qui est sans péché leur jette la première pierre.»

17.01.2008

La police de proximité est là, mais l'insécurité et le grand banditisme persiste

1dafc12206efdf56a75c02be52d83ebf.jpg“Police de proximité» et «Comités locaux de sécurité». Ce sont là les nouveaux concepts sécuritaires auxquels les Burkinabè doivent s’habituer depuis le début de cette année. Pétri dans la Loi n°032/2003/ AN du 14 mai 2003, le concept de police de proximité se veut «une nouvelle méthode de gestion de la sécurité publique». Une nouvelle méthode qui prend en compte le développement d’un nouveau partenariat entre les forces de sécurité et les populations. Par cet aménagement de la gestion de la sécurité, les services compétents devront s’intégrer aux collectivités locales pour mieux connaître leurs préoccupations en termes de besoins sécuritaires tandis que les populations doivent être désormais impliquées dans la prévention de la criminalité et des troubles à l’ordre public.

Ainsi naquirent les Comités locaux de sécurité (CLS) à travers la relecture du décret n° 98-379/PRES/PM/MATS/DEF du 15 septembre 1998. La décision initiale ayant été prise dans un contexte de «manque d’information et de formation des différents acteurs» impliqués, il a fallu attendre pour prendre un bon départ. Pendant ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Djibril Bassolet, le ministre accoucheur du concept, a migré, en juillet 2007, au département des Affaires étrangères, et c’est au colonel Assane Sawadogo qu’est revenu le soin de le lancer officiellement.

Après le coup d’essai où les premières graines de la police de proximité ont été semées en juillet 2005 à Koupèla pour le compte de la région du Centre-Est, à Fada en février 2006 pour l’Est, à Bobo-Dioulasso et à Gaoua en janvier 2007 respectivement pour les Hauts-Bassins et le Sud-Ouest, le cap est désormais mis sur l’installation des CLS. Le premier acte du nouveau patron des flics est intervenu le 10 janvier avec l’installation des Comités locaux de sécurité des régions du Centre et du Plateau central.

Bien qu’ils n’aient pas exhibé d’indices publics d’efficacité de cette nouvelle approche de sécurité intérieure, Assane Sawadogo a fait un «bilan positif» du mouvement enclenché par son prédécesseur. Mais son optimisme n’en semble pas moins démenti sur le terrain. Rien que le week-end dernier, les coupeurs de route ont encore fait parler d’eux sur les axes routiers Fada-Diapaga dans la région de l’Est et Ouaga-Dori dans le Sahel. Dans la capitale, le crime crapuleux perpétré par le jeune Abbas Damen sur Idrissa Ouédraogo, dit Daouda, agent de change à l’aéroport, a plongé le pays dans l’émoi et la consternation. Ce n’est donc pas du pain qui manque sur la planche de la lutte contre l’insécurité et le grand banditisme.

Que peuvent véritablement les Comités locaux de sécurité? En les confinant au simple rôle de «prévention», ne coure-t-on pas le risque de les transformer en de sulfureux cercles de délation ou milices au service de gourous paranoïaques qui voient des ennemis partout? Ces questions méritent d’être posées, surtout dans un contexte sociopolitique où l’on a visiblement du mal à se défaire des réflexes de défense de chapelles politiques. Le ministère de la Sécurité aura-t-il les coudées franches pour éviter aux CLS certaines dérives des CDR - entendez les fameux Comités de défense de la Révolution - qui continuent de hanter certains?

Force est de reconnaître que la révolution qui consiste à rapprocher la police des préoccupations des populations en matière de sécurité vaut réellement la peine d’être vécue. Mais il faut craindre que cela ne crée des angoisses de plus. Une police de proximité assortie de Comité locaux de sécurité, c’est bien. Cela paraît même original. Mais il faut que cette nouvelle vision de la police ait surtout les moyens de sa politique.

 

Jusqu’où peuvent aller les comités?

Selon les textes réglementaires, le Comité local de sécurité est composé 9 membres - dont 8 sont issus de la communauté villageoise ou du secteur - et d’un agent de sécurité. Son rôle est de prévenir le grand banditisme et la criminalité en faisant des propositions de solutions aux forces de sécurité. En clair, il y a plus de risque que le CLS fasse de la dénonciation - pour ne pas dire de la délation - qu’une véritable gestion des problèmes quotidiens de sécurité de la collectivité. Son statut est d’autant plus délicat qu’on ne sait pas comment il va procéder pour obtenir les informations dont il a besoin. Ses membres ne seront-ils pas plus tentés par le règlement de comptes à leurs supposés adversaires politiques ou à leurs rivaux qu’à régler les vrais problèmes d’insécurité et de troubles à l’ordre public? Ce sont là des zones d’ombre qui méritent d’être éclaircies pour qu’on sache jusqu’où les CLS peuvent aller et à quoi ils vont réellement servir.

 

Que vaut encore le policier dans la cité?

Le ministère de la Sécurité ne met-il pas la charrue avant les bœufs en se lançant dans l’aventure de la police de proximité sans enquêter sur l’image que les populations ont de la police et des policiers?  Que reste-t-il de la confiance que les populations se doivent d’avoir aux forces de sécurité? Un sondage préalable élargi à tous les usagers de la police aurait permis de lever les équivoques. Hélas, le ministre de la Sécurité semble se limiter à lever «la peur du gendarme et du policier» en passant sous silence ce qu’on peut penser de ce que ces personnes font ou ne font pas et surtout de l’impression que leur fonction laisse aux populations. Or, pour arriver à une «complicité positive» entre les forces de sécurité et les populations, il faut que chacun accepte de se remettre d’abord en cause.

 

Aura-t-il les moyens de la police de proximité?

Aussi innovante que puisse paraître l’idée de la police de proximité, elle ne pose pas moins le problème des moyens pour sa réalisation. Sur les 350 départements que compte le Burkina, il y en a au moins 160 qui n’ont aucune structure de sécurité. En 2005, le ministère avait évalué à 18 milliards de francs CFA le montant de l’enveloppe nécessaire pour la construction des infrastructures et leur équipement ainsi que le recrutement d’un effectif supplémentaire de 5 760 agents de police. Malheureusement, ce programme ne semble pas emballer les bailleurs de fonds. Seulement la France vient de se manifester par la signature d’une convention dont la contribution est évaluée à 1,5 milliard. L’Etat lui-même n’a pu réunir que 790 millions. Entre les prévisions et les disponibilités financières, le fossé est encore grand. Les ambitions de la police sont visiblement à l’épreuve du nerf de la guerre.  

 

Une police si loin, si proche

La France est curieusement le seul et principal partenaire technique et financier du Burkina dans la mise en œuvre du concept de police de proximité. Cette idée, qui a été concoctée dans les années 90 aux bords de la Seine - sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002- connaît des écueils et des fortunes diverses. «Police de proximité» ou «police proche des gens»? La polémique enfle en France. En attendant qu’elle démarre ici, il faut espérer que la rhétorique ne noie pas ce besoin essentiel qui est d’avoir plus de sécurité et donc des interventions promptes, sérieuses et efficaces aussi pour bien prévenir que pour traiter les cas avec diligence. Un point c’est tout.