21.11.2008
La fécondité serait-elle une bombe au Burkina?
L'incapacité des pays africains à décoller économiquement serait-elle liée à la trop grande fécondité de ses populations? A la faveur de la présentation, le 14 novembre 2008, des résultats du quatrième recensement général de la population et de l'habitation, la question refait surface au Burkina Faso.
A en croire les chiffres officiellement validés, l'accroissement démographique pointe désormais à 3,1% par an. Ce qui veut dire que les Burkinabè sont plus que jamais féconds. Plus concrètement, chaque femme a, en moyenne, 6,2 enfants. Nous voilà donc en route pour une croissance exponentielle de la population dans un pays où la croissance économique tire le diable par la queue. A qui la faute?
Pour les partenaires techniques et financiers, à qui incombe le financement la grosse partie de l'enveloppement du développement, cette croissance démographique donne la chair de poule. Le représentant résident du Fonds des nations unies pour la population (UNPFA) n'a pas manqué de s'inquiéter pour la «bombe à retardement» que constitue la trop grande fécondité, dans un contexte où la pauvreté se généralise.
Son collègue de la Banque mondiale y est allée, elle aussi, de son impérieuse exhortation: «Il faut que le taux de fécondité baisse!» Mais par quels moyens? Personne n'a osé le dire. Poussant le bouchon un peu plus loin, c'est l'ambassadeur, chef de la délégation de l'Union européenne au Burkina qui a osé dire haut tout ce que tous les bailleurs de fonds pensent tout bas: «Si les politiques ne prennent pas des mesures, ils seront morts entre temps et la bombe va exploser après».
Le diable est donc lâché. Il faut donc «prendre des décisions pour juguler la démographie galopante». Le gouvernement burkinabè peut-il avoir le courage de limiter officiellement les naissances dans ce pays où l'on croit, à tort ou à raison, que l'enfant est aussi une «richesse»? A-t-il les moyens de proposer une contrepartie assez motivante pour ceux qui se priveront d'avoir autant d'enfants qu'ils voudront, comme cela s'est fait ailleurs? Faut-il imposer la limitation des naissances? Les dés sont jetés…
09:21 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : population, développement, économie, burkina faso, union européenne, unpfa, banque mondiale
13.11.2008
Il faut scanner l'hôpital national
La yalgadose - entendez la malgouvernance de l’hôpital national Yalgado-Ouédraogo - serait-elle devenue une maladie chroniquement incurable? Depuis quelques mois, le principal et unique centre de référence que compte le Burkina souffre d’un “cancer” aigu du fait d’une panne profonde de ses scanners. Une panne qui ne serait pas due à un accident ou à un incident imprévisible, mais à un dysfonctionnement dans l’entretien de cet appareil acquis à coups de milliards et qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître dans un pays qui était supposé prendre toutes les précautions en la matière, personne n’est en mesure de délivrer Yalgado de cette paralysie préjudiciable aux nombreux patients qui, faute de diagnostic approprié, sont obligés d’aller voir ailleurs ou de prendre leur mal en patience, ou, tout simplement, de trépasser. Jusqu’à quand ?
Pour les usagers de l’hôpital national, cette situation désastreuse n’a que trop duré. Mais pour cette fois, le désastre ne touche pas moins le moral du nouveau directeur général de l’institution. Ce qui est assez rare. Mais comme dirait le raggaeman ivoirien Alpha Blondy, «tout change, tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas». Quoi donc de plus normal que le Dr Lansandé Bangagne se fende d’une lettre pour dénoncer les «mauvaises prestations» de Siafco, la société chargée de la maintenance des scanners en question. Probablement las d’attendre une réponse convaincante de la part de son interlocuteur, le DG s’est même senti obligé de distiller une copie de sa missive, avec une copie de chèque à l’appui. Comme pour prendre l’opinion à témoin et laisser, par la même occasion, épancher son profond désarroi. Malgré le fait que ce dernier dit avoir «violé» les procédures en la matière pour faire une avance «de 50 % de leur facture proforma pour l’achat des pièces de rechange», c’est toujours le fiasco au niveau de Siafco. En clair, le maintenancier a encaissé les sous, mais il ne s’exécute guère. Pire, il ne se foule pas la rate pour dire pourquoi il est dans l’incapacité ou dans l’impossibilité de s’exécuter. Pourquoi ce silence radio? Mystère et boule de gomme.
Selon toute vraisemblance, les termes du contrat entre la société américaine, General Electric Healthcare, fournisseur des scanners, et son “soi-disant” représentant Siafco, ne sont pas des plus clairs. Le flou qui a prévalu à la transaction n’a pas tardé à déteindre négativement sur la maintenance préventive des précieux et délicats appareils médicaux que sont les scanners. Qui sont ceux qui ont ficelé ce dossier qui est à l’origine de tous les problèmes d’aujourd’hui? C’est la question que le nouveau DG de Yalgado semble éviter soigneusement de poser.
Il lui est probablement loisible et judicieux de s’attaquer publiquement à la défection de Siafco et par ricochet à son partenaire américain. Mais le hic dans cette rocambolesque affaire, c’est que le Dr Bangagne semble s’attaquer à des moulins à vent. D’une part, la société mise en cause est basée à Abidjan et, d’autre part, le dossier de l’achat des scanners a été monté, en son temps, par la Direction des affaires administratives et financières (DAAF) du ministère de la Santé et non par la direction générale de l’hôpital Yalgado. En plus, l’opération s’est faite avec les prédécesseurs de l’actuel DG, qui n’a pris fonction qu’en septembre dernier. Alors question: pourquoi se croit-il obligé de forcer les procédures de décaissement pour payer une avance à la société Siafco, sans d’abord chercher à comprendre le brouillard qui entoure le contrat de maintenance des scanners? La DAAF du ministère de la Santé se serait-elle désintéressée du dossier au point que le Dr Bangagne se retrouve seul à se débattre, aujourd’hui, comme un beau diable dans un bénitier? Ce dernier serait-il agacé au point de publier la fameuse lettre de protestation auprès de Siafco dans la presse, sans consulter apparemment son ministre de tutelle?
Selon des sources concordantes, les relations entre la société américaine General Electric Healthcare, propriétaire de la marque GE, et son partenaire africain Siafco, ne seraient pas au beau fixe. A l’origine de ces déboires, des difficultés de recouvrement de créances dues à la première par la seconde. Puisque, «quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», l’hôpital Yalgado serait-elle donc une victime collatérale ?
Cela est fort probable. Mais il n’est pas exclu que les dysfonctionnements prennent d’abord leur source dans une transaction bien montée, mais mal ficelée au finish. C’est un secret de Polichinelle de relever que dans ces marchés de milliards, les intermédiaires et les négociants sont tellement rompus dans l’art de verser des commissions qu’ils sont prêts à disparaître au moindre pépin. Ceci peut aussi expliquer le fait que le DG de Yalgado se retrouve à vouloir résoudre un problème qui semble dépasser visiblement ses seules prérogatives.
Le “cancer” causé aujourd’hui par la panne des scanners est plutôt révélateur d’un dysfonctionnement auquel le ministère de la Santé, pour ne pas dire le gouvernement, gagnerait à s’attaquer. Il faut mettre au clair ces affaires qui mettent à mal la gouvernance, surtout lorsqu’elle touche un domaine aussi délicat que stratégique, comme celui de la santé. A quelque chose malheur est peut-être bon: c’est une bonne épreuve pour le pasteur Testicus Zorro et son Autorité de contrôle de l’Etat.
14:39 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé publique, burkina faso, ge, scanner
"L'éducation pour tous" entre utopie et défi
Selon les prévisions revisitées des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), le pari de l’«Education pour tous d’ici à 2015» est impossible à tenir. C’est bien dommage pour plusieurs pays du Sud, dont le Burkina, qui peinent à trouver les moyens de leur politique éducative. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour donner un coup de fouet à l’éducation de base, mais ce qui reste à faire est tout aussi gigantesque. Face à l’immensité du défi et à l’urgence des actions à entreprendre dans certaines régions du pays, on peut même être tenté de croire que l’«Education pour tous» n’est qu’une utopie. Mais est-il pour autant impossible que l’utopie cède la place au défi?
Jadis, on pouvait encore déplorer un déficit de volonté politique en matière d’éducation fondamentale. De nos jours, les initiatives ne sont pas encore à la hauteur des ambitions, mais celles-ci ont désormais pignon sur rue. Le Blaiso a même accompli l’acte symbolique de se rendre, en janvier 2003, à Pantaloana pour donner le déclic politique nécessaire à la promotion des alternatives éducatives telles les écoles satellites où l’enseignement des langues nationales tient désormais et légitimement sa place à côté du français. A côté et/ou parallèlement à l’école primaire dite classique, on assiste à la floraison des Centres d’éducation de base non formelle (CEBNF) où l’enseignement théorique se conjugue avec une formation à la production pour produire des têtes bien faites et des mains agiles, bref des jeunes garçons et des jeunes filles capables de «se débrouiller dans la vie».
Après plusieurs années d’expérimentation d’une école qui n’a produit que trop de déchets, le Burkina semble résolument tourné vers la réforme de l’éducation de base. Les experts nationaux et internationaux planchent là-dessus, mais le chemin reste encore long et les défis immenses. Car, au fur et à mesure qu’on avance vers la recherche de cette nouvelle voie, il faut résoudre les problèmes posés par l’ancien système. Ainsi, si les salles de classe sont clairsemées dans certaines régions du pays du fait du désintérêt pour l’école ou des déperditions diverses, ailleurs, les classes sont pleines à craquer. L’offre ploie sous le poids d’une demande devenue trop lourde par une démographie à croissance exponentielle, mais aussi par le retour des compatriotes piégés par la crise ivoirienne.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’urgence semble avoir écartelé le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers. Ils sont parfois obligés de choisir entre le besoin pressant de construire une école pour accueillir des enfants qui en ont marre de prendre des cours sous des abris de fortune et l’obligation non moins pressante de bâtir des logements pour les enseignants. Conséquence: de braves instituteurs de brousse sont parfois obligés de dormir dans des salles de classe pour accomplir leur «plus beau métier». Cette situation inconfortable peut paraître surréaliste. Et cela de façon légitime. Mais n’est-ce pas pour leurs efforts surréalistes que les enfants et tous les enfants sont redevables à leurs maîtres d’école?
Ce qui manque le plus, au Burkina Faso, c’est l’énergie sociale et politique nécessaire pour faire de l’«Education pour tous» «l’affaire de tous». Et si cela se réalise, les communautés éducatives de base ne viendront plus à tout attendre de l’Etat pour faire de l’utopie de l’éducation pour tous les enfants de leurs communautés respectives le seul devoir du gouvernement. Les associations des parents d’élèves, celles des mères éducatrices et encore des comités de gestion des écoles prendront plus souvent le temps d’échanger sur les problèmes qui entravent la bonne marche des écoles dont ils ont la charge, non pas pour attendre des solutions du sommet de l’Etat ou du ciel, mais pour qu’ils trouvent eux-mêmes des solutions viables.
Ainsi, l’«Education pour tous» ne sera plus une simple illusion ou une utopie, mais un défi de tous et pour tous. Telle est la principale leçon que l’on peut tirer de la caravane de presse organisée par le Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (REJCED) et qui a sillonné les régions de l’Est, du Centre-Est, des Hauts-Bassins et des Cascades entre le 12 et le 30 octobre en faveur de l’accélération de l’éducation des filles.
Des CEBNF pour que l’éducation soit bénèf
L’expérimentation des complexes scolaires (école primaire classique, centre d’alphabétisation, jardin d’enfant et école des métiers) au cœur des Centres d’éducation de base non formelle (CEBNF) apparaît comme une réponse originale à l’équation éducation et développement. Mais ce n’est pas encore le grand engouement comme on a pu le constater dans le village de Djigouera, dans la province du Kénédougou, et surtout à Yendéré, dans la Comoé, où il n’y a que 5 apprenants en cours de formation. Pour que cette alternative soit tout bénèf, il faut encore y renforcer le côté apprentissage des métiers et la production pour que les jeunes qui sortent des CEBNF soient opérationnels pour leurs parents et pour leurs communautés.
Guéna ne veut plus de grossesses indésirées
Après avoir bénéficié d’un complexe scolaire avec l’appui de l’Unicef, les habitants de Guéna, dans le Kénédougou, veulent désormais leur collège à eux. Dans ce village qui bat le record en matière de parité, la classe de CM2 compte 35 filles contre 15 garçons. Seulement voilà, «lorsque nos filles vont à Orodara pour poursuivre leurs études, elles nous reviennent avec des grossesses», se sont indignés des parents. Il se pose un problème de structures fiables d’accueil pour les jeunes filles qui veulent poursuivre leurs études. Certaines auraient même été victimes de viols dans un internat à Orodara. D’où la nécessité de sécuriser les filles. Et la solution, selon les villageois de Guéna, ne peut venir que de la construction d’un CEG dans leur localité.
La gratuité de l’école est toujours mal comprise
La «gratuité de l’école et des manuels scolaires» continue de pourrir l’atmosphère autour des écoles primaires. Pour certains parents, la «gratuité» est simplement synonyme de «ne plus rien payer». Malheureusement, l’opacité dans laquelle baignent nombre d’associations de parents d’élèves (APE) ne permet pas toujours de clarifier la question des cotisations et de l’utilisation qu’on en fait effectivement. Il est à noter aussi que lorsque les fameux manuels scolaires sont acheminés en retard dans les écoles, cela crée une confusion monstre et préjudiciable pour les bénéficiaires.
Des classes pleines à craquer
Dans les quartiers non-lotis et nouvellement lotis de Bobo-Dioulasso, il se pose un réel problème de places assises pour les enfants admis à l’école primaire. A la nouvelle école Sarfalao, ils sont 152 au CP1, 157 au CP2 et 168 au CE1. La demande scolaire est si forte dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades que les directeurs régionaux et provinciaux de l’enseignement de base ne savent plus où mettre la tête. Ce qui a fait dire à Mahamoudou Barry de la Direction de la promotion de l’éducation des filles qu’«il faut castrer les Bobo à défaut de leur imposer la planification familiale».
14:33 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education pour tous, burkina faso, unicef, education non formelle, caravane de presse
24.10.2008
Education des filles: lourdes sont encore les pesanteurs cul-turelles
Alors que les échanges allaient bon train et que la parole était accaparée, comme d’habitude, par des hommes qui la prenaient chacun à son tour, personne ne pouvait s’imaginer que dame Djingri Lankoandé en avait gros sur le cœur. Elle aurait pu se taire, comme la plupart des femmes. Mais, en tant que membre actif de l’Association des parents d’élèves (APE), elle s’en voudrait de ne pas révéler cette situation tristement embarrassante qui est celle de l’école de la petite bourgade de Pantaloana, dans la province de la Gnagna. Une école qui n’est plus comme les autres, surtout depuis qu’elle a été visitée par le chef de l’Etat en personne. Son école à elle devrait donner l’exemple; mieux, elle devrait être l’exemple. C’est pourquoi elle a osé briser la glace. Ce devant le parterre de techniciens du ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (Meba), du maire de la commune rurale et surtout des hommes et femmes de médias présents ce jour-là dans le village, le 13 octobre dernier pour le lancement d’une caravane de presse en faveur de «l’accélération de l’éducation des filles» sous l’égide du Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (Rejced). L’occasion était tout aussi belle que délicate.
Mais la brave dame ne s’est pas embarrassée de protocole, encore moins de pudeur. A la question de savoir quelles sont les difficultés qui entravent l’accès et le maintien des filles à l’école, elle a choisi d’aller à un cas concret et très “bandantif”, comme on le dit dans le jargon journalistique. Elle a trouvé inconcevable qu’un maître enceinte une élève de l’école primaire de Pantaloana. Elle a pris son courage à deux mains et a brisé la glace devant tout le monde. Quitte à frustrer les autorités qui auraient voulu qu’on ne parlât que du bien, en ce jour où tous les regards étaient une fois encore tournés vers cette bourgade et que les oreilles indiscrètes des journalistes allaient impitoyablement capter le scandale et l’amplifier dans leurs organes de presse respectifs.
Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration d’une dame visiblement sereine et sûre de son coup a fait l’effet d’une bombe. Mais le directeur provincial de l’enseignement de base et de l’alphabétisation (Dpeba) a tout aussi sereinement saisi la balle au bond. Loin de réprimander, même par le regard, dame Lankoandé, il s’est plutôt réjoui que ce problème n’ait pas été étouffé. Mieux, si on a senti la nécessité d’en reparler, c’est la preuve qu’il n’a pas été résolu, comme il se doit. Apparemment au parfum de l’affaire, il a une fois encore renvoyé la solution au sein des structures chargées de la gestion de la vie scolaire. Vont-ils aller jusqu’au bout? La balle est désormais dans leur camp.
Profond était l’embarras du représentant de la Direction de la promotion de l’éducation des filles (DPEF) et celui du maire de la commune rurale de Bilanga. Théoriquement, le Meba dispose d’une structure locale d’alerte sur ce genres de situation. Comme l’a relevé Mme Lankoandé, «c’est la dénonciation qui manque le plus». Qui plus est, dans une petite bourgade où tout le monde connaît tout le monde, il faut avouer qu’il n’est pas toujours aisé de franchir le pas. Mais il est aussi éthiquement inadmissible de sacrifier l’éducation des jeunes filles à la libido mal maîtrisée d’enseignants. Aucune sanction n’a été proposée ou prise à l’encontre du maître-enceinteur dont l’identité n’a d’ailleurs pas été révélée. Mais il faut croire que cette affaire ne restera pas sans suite. En tout cas, Mme Djingri Lankoandé a pris sa part de responsabilité. Mieux, elle a mis la communauté face à la sienne. Il faut espérer qu’elle n’a pas pris ce risque pour rien.
Car, son souci, il faut le croire, n’était probablement pas de jeter l’opprobre sur l’enseignant ou sur ses concitoyens qui, eux, ont choisi de garder le silence. On peut s’imaginer que depuis que le Blaiso est allé à Pantaloana, en janvier 2003, pour y lancer un message fort en faveur de l’éducation de base en général et de l’éducation des filles en particulier, cette localité est devenue une sorte de symbole. Elle a été incontestablement hissée au mât des écoles satellites qui continuent de faire leurs preuves comme une alternative crédible et pertinente pour booster l’éducation de base au Faso. Parce que ce village a été mis sous les feux de la rampe par la présence mobilisatrice du chef de l’Etat, ses habitants, dont dame Lankoandé, conservent une conscience aiguë de leur responsabilité vis-à-vis des enfants qui sont confiés à l’école. En effet, la petite école de 3 classes que l’on apercevait à peine sur les collines a fait désormais place à un véritable complexe scolaire et éducatif. Celui-ci comporte une école presque normalisée de 6 classes avec 235 élèves, dont 96 filles, un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) d’un effectif de 76 apprenants, dont 42 filles et 34 garçons, un Bisango (garderie d’enfants) de 155 pensionnaires, dont 75 filles et 80 garçons, et un centre de santé qui n’attend plus que l’affectation d’un personnel médical pour être fonctionnel.
Comme on peut le voir, l’éducation des filles a encore besoin d’un coup d’accélérateur. Aussi bien à Pantaloana, où elle est plombée par d’autres maux tels que le mariage forcé et/ou précoce, que dans toute la région de l’Est et du Centre-Est, où l’échange de femmes ou ‘’lito’’ sévit comme une pratique dans laquelle plusieurs jeunes sont prises en otage dans la province du Koulpélogo.
14:02 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : education de base, burkina faso, pesanteurs socio-culturelles, enseignants
Le Burkina aussi a sa poudrière identitaire
Après la gymnastique acrobatie du gigaparti au pouvoir pour aller exhumer la «renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» dans la poudrière du 15 octobre 87, c’est la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC) qui cherche à faire coïncider son 1er anniversaire avec cet anniversaire diversement commémoré. Si l’organisation a été créée très officiellement le 10 octobre 2007, force est de constater qu’elle a décidé de souffler sa première bougie ce jeudi 15 octobre. Ce jour également, les sankaristes iront - peut-être en rangs dispersés - déposer leurs gerbes de fleurs sur la tombe de Thom Sank. Comme pour enfoncer la porte ouverte l’année dernière par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le programme des manifestations prévoit expressément une conférence publique sur «la renaissance démocratique du Burkina avec Blaise Compaoré». Voilà qui est clair. Ceux qui prenaient la Fedap/BC pour la rivale parfaite du parti présidentiel ont désormais de quoi tisser un pont de lianes entre les deux épouses. Mais doit-on croire que la plus jeune, qui se définit comme une «organisation de masse», a enfin trouvé son cheval de bataille?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que son engagement dans l’arène du débat et des ébats qui se mènent autour du 15-Octobre ne manque pas de soulever beaucoup de poussière. Le choix des hommes commis dans cet engagement politique aux allures de fouille archéologique n’est pas fortuit. C’est au docteur Bobognessan Arsène Yé - 1er président de la 1ère législature de la IVe République - que l’on a confié la lourde tâche de démontrer que les graines de la «renaissance démocratique» auraient été jetées en terre du Burkina le 15 octobre 1987 et non pas seulement le 11 juin 1991, comme cela avait été proclamé jusque-là dans les annales politiques et historiques du Faso. Même si l’homme a le profil de la tâche qui lui est demandée, il faut reconnaître que cela n’est pas un simple jeu intellectuel, tant l’enjeu de sa démonstration est lourd... d’enjeux. Basile Guissou, autre acteur révolutionnaire, a assuré la police des débats. Comme on peut le voir, l’enjeu de la rivalité réelle ou supposée entre la Fedap/BC et le CDP est et demeure le statut et la force de frappe des hommes qui animent l’une et l’autre organisation.
“Roczilla” s’était employé à lever l’équivoque à la dernière convention du gigaparti au pouvoir, mais il n’a apparemment pas convaincu tout le monde. Certains continuent de voir dans les actions de «solidarité de la Fedap/BC» avec les populations en difficultés une manière bien conjugale de damer le pion à sa rivale et de marquer son territoire. D’autres poussent le bouchon jusqu’à croire qu’il y aurait une main invisible derrière la Fedap/BC, une main qui attendrait son heure pour sortir de l’ombre. Aussi l’enjeu du 15-Octobre serait-il le ballon d’essai du chevalier masqué? Le feuilleton qui a débuté avec la commémoration du 20e anniversaire de la prise du contrôle du pouvoir par l’enfant terrible de Ziniaré comporte, visiblement encore, de vrais ou faux mystères dans ses épisodes. De quoi inspirer les amateurs de fiction politique.
En attendant, les acteurs ne sont pas moins insaisissables que le film qu’ils jouent, et pour cause. Depuis l’avènement de la Fedap/BC, certains militants du parti présidentiel se croient obligés de s’afficher plus avec la nouvelle organisation. Cela a l’avantage de les mettre au premier plan. Mais on se perd à comprendre comment des militants de base du CDP et militants de la Fedap/BC sont devenus aussi influents, sinon plus que leurs responsables de parti. Peut-être que les prochaines élections locales vont dessiner des profils plus clairs et tracer des frontières moins floues. Du reste, s’il est vrai que les premiers responsables du parti au pouvoir essaient d’observer une certaine distance à l’égard de l’organigramme et de l’organisation de la Fedap/BC, il ne l’est pas moins que les ‘’n’opérateurs économiques’’ n’hésitent pas à porter le bonnet et les pagnes 3 pièces à l’effigie de leur «ami» et de les exhiber fièrement. La récupération du débat sur le 15-Octobre par la désormais «composante de la société civile» et non politique que se veulent Gaston Soubeiga et ses camarades n’est probablement pas le fait du hasard. Les prochaines consultations qui s’annoncent déjà ne manqueront pas de lever un coin de voile sur cette énigme dont l’enjeu est hautement politique.
13:57 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : assassinat de thomas sankara, burkina faso, les amis de blaise compaoré
09.10.2008
Téléphonie minée au Faso
Ceux qui se cachent derrière les puces anonymes pour arnaquer, proférer des menaces et perturber leurs correspondants sont désormais avertis. Il leur reste quelques jours pour sortir de l’ombre ou jeter leurs cartes SIM à la poubelle. La croisade de l’Autorité de régulation des télécommunications (Artel) veut justement jeter un pavé dans la mare de la démocratisation sauvage de la téléphonie mobile. Ce ne sont pas seulement les acheteurs de puces à la sauvette qui sont visés, mais également les opérateurs qui ont été les premiers à ouvrir cette caverne d’Ali Baba. A partir du 30 octobre prochain, le couperet de l’Artel tombera, sans pitié, sur les SIM non déclarés. Mais aussi, toutes les compagnies qui garderont des abonnés anonymes dans leur répertoire seront sanctionnées à verser une amende d’un million de francs CFA pour chaque numéro non identifié. Voilà qui est clair. Chacun sait désormais à quoi s’en tenir.
15:54 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : téléphonie mobile, burkina faso, artel
03.10.2008
Le Dromadaire a percé le "Coeur de lion"
Ça y est. «Cœur de lion», la production majeure des Films du Dromadaire, est presque bouclée. La 2e et dernière étape du tournage s’est achevée la semaine dernière sur les collines de Gongombili (qui veut dire en lobiri village des irréductibles», dans la province du Poni. Le challenge a été «rude, mais combien enrichissant. Des décors sublimes. Un vrai cadeau du ciel!», s’est exclamé Boubakar Diallo, réalisateur de «Cœur de lion» et boss des Films du Dromadaire.
Pour en arriver là, il a fallu 2 semaines de stage de mise en situation des comédiens sous la direction de l’inénarrable metteur en scène Ildevert Méda. Cette préparation a eu un puissant effet d’entraînement sur la 1ère partie du tournage qui s’est déroulé pendant 15 jours à Gonsin, à 10 km de Koubri. Le plus dur est donc passé. Il ne reste plus que le tournage de quelques séquences de lion au studio Jacana près de Paris, la finalisation de la musique du film par Charly Sidney et Solitaire du Burkina et le générique par Abalotus du Togo. En attendant le prémontage au studio du Dromadaire à Ouaga et le mixage, la conformation et les effets visuels à Paris, on peut dire que la lance du Dromadaire a percé le «Cœur de lion».
La première version de ce grand projet a été pondue en 1998. Avant d’être aujourd’hui la plus importante production professionnelle du réalisateur Boubakar Diallo, l’histoire de ce film lui a permis de bénéficier d’un stage de réécriture en 1999 à Tunis puis il a obtenu une bourse d’écriture lors de la Journée cinématographique de Carthage en 2000. Avant de passer à la phase de réalisation proprement dite, le scénario a été rediscuté avec Script doctor qui n’est autre que notre compatriote Emmanuel Sanou.
Ce film, qui est tourné en haute définition (H Décam), marque, sans conteste, une nouvelle étape dans l’aventure cinématographique des Films du Dromadaire. Il a mobilisé une centaine de comédiens dont une bonne partie provient de l’écurie du Dromadaire. Samba, l’acteur principal, est un nouveau talent à découvrir dans une belle histoire qui plonge dans les péripéties d’une cohabitation entre des communautés de chasseurs, de pêcheurs et d’éleveurs hantés par des disparitions d’hommes. Naturellement suspecté d’être à l’origine de la série noire, le lion a été neutralisé, mais le mystère est demeuré entier.
«Cœur de lion» est destiné à la prochaine édition du Fespaco, mais Boubakar Diallo, son réalisateur, n’exclut pas la possibilité d’en offrir l’avant-goût au public burkinabè, d’ici la fin décembre. Inch’Allah !
14:43 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, les films du dromadaire, fespaco, burkina faso
08.08.2008
La "Vie chère" ne connaît pas de vacances
Les rumeurs (et les humeurs!) n’auront donc pas réussi à pousser le gouvernement à un remaniement pourtant tant désiré par une opinion certaine. Mais ce n’est probablement que partie remise, ainsi que l’a laissé entendre le Blaiso, vrai Capitaine de la barque gouvernementale, à l’occasion du dernier Conseil des ministres.
Ainsi, si les sinistres du Faso sont allés en vacances avec tous leurs attributs et leurs gombos - que l’on imagine plus gluant que le lot quotidien du vacancier moyen -, rien ne prouve que tous termineront l’année en conservant leurs maroquins. Ça, c’est une autre paire de manches.
Si une grande partie de nos compatriotes qui ne cachent plus leur opinion semblent si pressés de voir certains ministres éjectés de leurs fauteuils, c’est parce que les affres de la «vie chère» ont fini par ouvrir les yeux de bon nombre d’entre eux. Les Burkinabè sont dans l’angoisse comme jamais. Ils ont l’impression d’être devant un rouleau compresseur incontrôlable par l’actuelle équipe gouvernementale. Une inquiétude qui a été quelque peu justifiée par la récente augmentation du prix du carburant à la pompe. Ce fut une goutte de pétrole de trop sur le fardeau de la flambée des prix.
En choisissant de prendre cette décision au début des vacances où les syndicats étaient en plus amputés de leur bras armé que sont les élèves et les étudiants - eux-mêmes virés du campus sans préavis -, le gouvernement n’a pas eu droit à une réaction appropriée. Mais le chef du gouvernement et pasteur, Testicus Zorro, est assez conscient que les remèdes apportés jusque-là au mal persistant n’ont pas réussi à faire fléchir le désarroi généralisé. Les réajustements à la hausse des tarifs de transport qui s’en sont suivis ces derniers jours achèvent de convaincre que le pire est encore à venir.
En tout cas, si les premières pluies de l’hivernage ont fait baisser la chaleur, il faut attendre de voir les premières semences atteindre la période d’épiaison pour espérer que le thermomètre socio-économique baisse. Encore faut-il que des pluies torrentielles ne viennent gâter les récoltes comme l’année précédente. Les semences gratuites - ou moins chères - promises aux paysans ne seront pas la panacée. Car une chose est de semer, une autre est d’être sûr de récolter suffisamment. Et dans ce pays où on s’en remet beaucoup plus à la «clémence du ciel» qu’aux techniques culturales, la maîtrise de la sécurité alimentaire n’est pas au bout des statistiques.
Dans l’hypothèse où les récoltes seraient hypothéquées, il faudrait trouver de solides espoirs pour nourrir le peuple. Or, Dieu sait que ça ne sera pas facile. Surtout qu’à partir de l’année prochaine, les politiciens de tout poil iront dans les campagnes pour faire campagne, il faudrait compter sur le courroux d’un électorat qui deviendra très exigeant par la force des angoisses de la vie. Les effets de la vie chère risquent fort de rendre cher les prochaines campagnes présidentielle, municipales et législatives pour le méga parti au pouvoir. Attention aux gens qui n’auront rien à perdre. C’est le moins que l’on puisse dire.
Avec des prix de transport désormais gonflés sur toutes les lignes, le retour des vacances ne sera pas du tout évident pour ceux qui sont allés les passer très loin de chez eux. Pour n’avoir pas réussi à aller jusqu’au bout de l’année universitaire, le professeur Jo Paresse sera certainement l’un des ministres qui vont en vacances sans y aller véritablement. A moins qu’il soit déjà informé d’être déchargé de son maroquin à la rentrée, il lui faudra trouver une solution au plus vite, s’il ne veut pas être emporté par les nombreux problèmes qui se sont greffés autour du dossier «Université».
L’autre partie visible de l’iceberg est certainement aussi les angoisses d’affaiblissement du pouvoir d’achat des travailleurs. Le gouvernement a beau dribbler des syndicats visiblement en manque de stratégies, il va falloir affronter la question tôt ou tard. L’une des commissions ad hoc mises en place par l’Assemblée nationale pour réfléchir sur la «vie chère» avait d’ailleurs mis le doigt sur le problème sans être très explicite. Le gouvernement, qui s’est jusque-là réfugié derrière la parade de l’inefficacité de l’augmentation des salaires des fonctionnaires, devra se trouver d’autres arguments pour ne pas servir la même rengaine à la rentrée. C’est peu de dire que pour les ministres en charge de l’Economie et des Finances, du Travail et du Commerce pour ne citer que ceux-là, les vacances s’apparentent beaucoup plus à une parenthèse plus qu’à une évasion comme les autres années.
A en croire des indiscrétions du Conseil des ministres, certains sinistres seraient si tristes à leur sortie qu’on les croirait sortir d’une cérémonie d’adieu. Avec ou sans remaniement ministériel, les angoisses de la «vie chère» ne se donnent pas de répit. Il va falloir y faire face..
11:10 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, Burkina Faso, gouvernement, remaniement ministériel, Blaise Compaoré
06.06.2008
Les médicaments de la rue ont toujours pignon sur rue!
Malgré une Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (Cameg) qui fait du Burkina Faso «Le leader de l’Afrique de l’Ouest dans le domaine du médicament essentiel générique en termes de volume, d’accessibilité géographique et financière», ce pays traîne paradoxalement, comme un boulet, la plaie d’une omniprésence du médicament de la rue. Malgré l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre le phénomène, sans compter les campagnes de l’Ordre national des pharmaciens pour tirer annuellement la sonnette d’alarme, les «médicaments de la mort» ont toujours pignon sur rue. Entre les dispositions institutionnelles parfois ostentatoires et la réalité de la lutte contre le fléau des médicaments de la rue, le fossé est grand. Et pourtant, les enjeux sanitaire et économique sont énormes. Les produits contrefaits et nocifs qui envahissent nos marchés provoquent des drames importants qui sont généralement vécus dans le silence par les victimes. A ce sujet, l’impuissance des pouvoirs publics fait froid dans le dos.
En effet, s’il est vrai que certaines structures telles les Communes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ainsi que le Comité national de lutte contre la drogue sont engagées dans la lutte à travers quelques actions coup-de-poing, l’essentiel du combat est du ressort des forces de sécurité et de défense. Or, c’est justement là où le bât blesse!
Tout se passe comme si l’Ordre des pharmaciens - qui défend légitimement son terrain de prédilection - et la Cameg - qui fait la promotion du médicament essentiel générique en vue de le rendre plus accessible aux populations - se battent contre des moulins à vent. Du moins, la logique aurait voulu que la puissance publique s’impose sur les différents marchés où opèrent, au vu et au su de tout le monde, des grossistes, des détaillants et des marchands ambulants. Hélas! ces jeunes ‘’pharmaciens’’ pirates sillonnent les rues, passant sous le nez et à la barbe de policiers ou de gendarmes qui ont visiblement d’autres chats à fouetter. En réalité, les forces de l’ordre ne se mettent en action que lorsqu’elles sont activées par leur hiérarchie. Or, apparemment, la lutte contre les médicaments n’est pas encore rentrée dans les mœurs. Mieux, elle ne semble pas exciter outre mesure ceux-là qui peuvent y mettre définitivement un terme ou la réduire pour le moins à sa portion congrue.
Des forces de sécurité peu motivées
Nos investigations nous ont révélé que les douaniers, qui sont supposés saisir ces produits nocifs aux portes du Burkina, ne sont pas tellement portés à le faire comme on peut l’imaginer. Selon le Dr Alfred Sandouidi, secrétaire général de l’Ordre des pharmaciens, «les médicaments contrefaits ne représentant pas de valeur marchande, les douaniers ne sont pas motivés à les saisir systématiquement». Autrement dit, un garde-côte burkinabè ne gagnerait rien à mettre la main sur un trafiquant de médicaments parce que cette marchandise ne pourra pas être vendue aux enchères et ne lui rapportera rien du tout. En plus, il devra se soumettre à des formalités judiciaires et donc à un tas de tracasseries pour faire traduire le malfrat devant les juridictions. Ceci expliquerait pourquoi les médicaments contrefaits entrent impunément sur le territoire et ceux qui tirent les ficelles de ce commerce immonde continuent d’opérer sans être véritablement inquiétés.
Par ailleurs, pour mettre en mouvement la police et la gendarmerie, il faudrait non seulement les doter de logistique appropriée, mais aussi motiver financièrement les agents, autant de fois qu’ils seront en mission sur le terrain. La solution à la passivité des forces de l’ordre est donc de créer un fonds spécial pour les motiver conséquemment, comme l’a, du reste, déjà proposé l’Ordre des pharmaciens. En outre, le Comité national de lutte contre la drogue, qui est également conscient de la délicatesse de la lutte, avait aussi proposé des décorations d’agents de force de sécurité pour les motiver à s’impliquer activement dans la lutte contre les médicaments de la rue.
Quand les Chinois s’en mêlent
En définitive, le combat est assez simple, voire facile à gagner. Car, «s’il n’y a plus de médicament qui entre facilement au Burkina, il n’y aura plus de vendeur et par conséquence il n’y aura plus de menace pour la santé des populations et pour l’économie», conclue J. Compaoré, un étudiant en fin de cycle de médecine. Voilà qui est bien vu. Mais au Burkina, ce sont les politiques qui ont le dernier mot. En la matière, ceux-ci ont une logique que les partenaires sociaux et les universitaires ne comprennent pas. Sinon, «ils ont une idée précise du danger que représentent les médicaments de la rue. Mais c’est une volonté politique clairement affichée qui manque le plus», suggère le Dr Sandouidi. Aussi longtemps que le problème ne sera pas globalement pris à bras-le-corps, les médicaments de la rue auront toujours pignon sur rue. Pire, le laxisme des autorités publiques ouvre déjà la voie à une médecine chinoise très agressive qui va non seulement à l’assaut des populations, mais inondent les villes et les campagnes de médicaments sans la moindre autorisation de mise sur le marché pourtant imposée par le ministère de la Santé aux pharmaciens. En plus, les notices sont en langue chinoise, privant les consommateurs du droit fondamental d’avoir accès aux informations relatives au produit.
Il ne faut donc pas se voiler la face. Le trafic des médicaments de la rue s’est imposé au Burkina et dans beaucoup de pays africains comme un business qui ronge - au propre comme au figuré - entre 25 à 60% des parts de marché du médicament et désorganise ainsi le système sanitaire et pharmaceutique. Va-t-on laisser cette gangrène détruire tous les efforts de rapprochement du médicament des populations à travers notamment la Cameg qui a réussi le pari de préposer le médicament essentiel générique dans tous les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), c’est-à-dire dans les plus petites cellules du système sanitaire national?
16:20 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médicaments de la rue, ordre des pharmaciens, centrale d'achat, sansté publique, Burkina Faso, chinois
08.04.2008
"Les politiciens sont des guignols, de vrais comédiens"
Yao Billy Serges Alias Billy Billy est le nouveau phénomène du rap ivoirien. Avec un style propre à lui et emprunt d'une verbe acerbe, il déménage la foule en Eburnie à toutes ses apparitions scéniques. Billy Billy détient les "nouvelles du pays" et les répand à travers son RAP made in Côte d'Ivoire, taillé dans les racines de sa culture bété.
Billy Billy (B. B.) : Ouais ! Y a le moral ! Grâce à Dieu, tout va bien.
Quel est ton nom à l'état civil ?
A l'état civil, je m'appelle Yao Billy Serges. Vous constatez que y a Billy dedans. J'ai juste doublé.
L'album "Les nouvelles du pays", est-ce ta première aventure dans la musique ?
C'est la première aventure en solo. J'ai d'abord appartenu à un groupe que l'on appelle Nasty Mafia, vainqueur de la 1re édition de Nescafé african revelation en 2001. L'album du groupe n'a pas eu le succès escompté en son temps. Aujourd'hui, Billy Billy a entamé une carrière solo avec l'album "Les nouvelles du pays".
Alors, comment va le pays ?
Le pays ? (il fait un off). Je n'ai pas besoin de le dire. Lorsque vous écoutez le CD, vous le sentez. Je ne suis pas souriant ; et c'est parce que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays est renversé comme je le dis dans une de mes chansons, on dirait "débout Keyi". Le pays est en l'envers et les choses ne fonctionnent pas comme elles se doivent. Quand je prends le phénomène de la piraterie, ça va grandissant et aucun homme politique ne lève le doigt pour dire quoi que ce soit. Ils savent qu'un CD ne peut pas devenir chocolat. Ce qui les intéresse, c'est le cacao de nos parents. Nos parents souffrent pour produire et quand l'argent arrive, ça reste au Plateau. Je suis un révolutionnaire à l'image de la musique rap. C'est une musique de combat. Un rappeur est un soldat et quand il vient au front, c'est avec une arme soit pour mieux se défendre ou attaquer. Je suis ici l'icône de la jeunesse et j'ai décidé de prendre leurs problèmes à bras-le-corps. Quand je chante, je ne demande pas au public de m'applaudir mais plutôt d'être en communion de pensées avec moi, de m'inspirer.
Le genre de rap que tu pratiques a-t-il une différence fondamentale avec ce que l'on connaît ?
Mon style, c'est le "Lazga digbe style". C'est un concept 100% ivoirien ; je dirai plus 100% bété. Chez nous les Bété, quand quelqu'un meurt, sa maman se mêle aux griots et fait du bruit avec des bouteilles. Elle chante et fait au passage des messages en dénonçant la médisance, la calomnie. En fait, mon rap est un rap dénonciateur. J'ai récupéré ce concept qui est issu d'une culture de chez nous pour la valoriser. Mon style est assez particulier. Vous voyez, il fut un moment en 1997, les Ivoiriens ont voulu adopter le style américain que ce soit au niveau des chansons que du style vestimentaire. Le rap n'a pas trop donné et il fallait alors créer. Quelques-uns sont entrés au laboratoire. Avant moi, il y a eu le "Bôgni yoyo" avec Nash. Aujourd'hui la structure Cost to Cost a produit Billy le Coq. J'ai un rap orange blanc vert. J'ai décidé d'être proche des Ivoiriens et de chanter les réalités qu'ils vivent. Lorsque je chante wassakara, c'est chez nous, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le Burkina, c'est l'Afrique. Je suis Billy le Coq. En Afrique on dit que la maison du coq sent, mais c'est là-bas qu'il reçoit ses étrangers. Mon wassakara n'est pas propre mais je suis fier de recevoir mes parents, mes amis là-bas.
Dans une de tes chansons, tu dis que le coq appartient à une personne mais il chante pour tout le village. Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière ce message ?
J'appartiens peut-être à wassakara (le nom de son quartier) mais je chante pour toute l'Afrique. A travers moi, c'est toute la jeunesse qui pleure. Tout le monde se retrouve dans ma musique.
Tu dis que tu chantes les problèmes du pays. Quels sont de façon détaillée ces problèmes ?
Vous les connaissez les problèmes ! Au Burkina Faso, vous les vivez également. Ce sont les politiciens qui nous foutent la merde, nous rassasient de problèmes. Ils veulent nous nourrir au même biberon et passent leur temps à nous répéter les mêmes choses. Les Etats africains sont devenus comme une sorte de cadeau d'anniversaire. Chaque politicien vient prendre sa part et se casse. Lorsque je dis "Les nouvelles du pays", c'est la dure réalité que nous vivons.
Je chante l'avortement, le manque d'emploi des jeunes, les diplômés sans emploi. Nous sommes tous des diplômés. Lorsqu'on va à l'école, ce n'est pas pour apprendre à lire ou compter ; c'est pour décrocher un diplôme et travailler. Alors, avoir un diplôme et ne pas pouvoir travailler ne sert à rien. Lorsque je chante, "Didier Drogba", ce sont les nouvelles du pays. Drogba est pour moi le symbole de l'union nationale. Il est le seul qui fait l'unanimité. Même Laurent Gbagbo, en étant au pouvoir ne fait pas l'unanimité comme ce joueur. En Drogba, on retrouve les Bété, les Baoulé, les Dioula et même les Mossi. Lorsque je chante Drogba, je magnifie l'unité. Il ne faut pas en tant qu'artiste caresser dans le sens du poils. Je chante avec beaucoup d'humour mais mes paroles sont profondes. En Europe par exemple, les funérailles sont tristes mais en Afrique, c'est comme un anniversaire. Ici, il n'y a pas de différence entre un baptême et des funérailles. C'est triste ! Ce que les gens ne mangent pas d'habitude, c'est ce qu'ils consomment le jour des funérailles. C'est tout cela que je critique.
Tu fais passer tes messages avec beaucoup d'humour. Comment est-ce que tu arrives à garder toute ta sérénité sur scène ?
L'humour que je mets devant, c'est toujours pour magnifier la culture africaine. L'Ivoirien par exemple aime rire. En pleines funérailles, il peut faire des grimaces et des acrobaties comme si c'était un baptême. Mais après le rire, l'humour, c'est la vérité que je sors. Je ne suis pas un artiste qui est là pour plaire. Je suis là pour dire une certaine vérité. Alors ce que je dis déjà fait rire et si à mon tour je dois me mettre à rire, vous devinez ce que ça peut être. On me verra comme un guignol. Je suis beaucoup sérieux, serein sur scène parce que je veux que mon message passe.
Alors, nous sommes dans un processus de retour à la normale en Côte d'Ivoire. As-tu le sentiment que tout avance bien ?
Non ! C'est de la comédie ! Tu ne connais pas les politiciens ? Vous pensez que la situation est normale ? La guerre, ce n'est pas seulement au niveau des armes ; c'est dans la tête. Cette guerre-là est présente. On nous fait croire que tout va bien. On sourit et on prend beaucoup de photos devant les cameras. Les politiciens, ce sont des guignols, de vrais comédiens. J'aimerais que la guerre finisse définitivement mais je n'ai pas foi aux politiciens. J'ai chanté que "bouche de politicien, c'est comme du pain sucré !". Ce que politicien ne moyen pas, il va dire qu'il moyen. Nous sommes fatigués ! On parle de désarmement mais personne ne respecte les échéances. Lorsque vous rentrez dans les détails vous verrez que rien n'évolue. C'est Dieu seul qui peut nous sortir de cette situation.
Certains artistes musiciens au temps fort de la crise avaient mis de l'huile sur le feu. En tant qu'artiste que penses-tu de cela ?
Chacun a sa manière de penser et de voir les choses. Pour moi, l'artiste ne doit pas avoir un parti pris. Je dis toujours aux gens que je ne suis ni de la droite ni de la gauche. Je suis du juste milieu. Et dans la vie, si le juste milieu est respecté, l'on connaîtra un monde juste.
Je ne suis pas un artiste alimentaire pour choisir tel ou tel camp à cause de certains avantages. Je connais certains artistes qui ont été contraints à l'exil parce qu'ils ont voulu avoir un parti pris.
Moi je chante Laurent Gbagbo dans certains titres mais je ne suis pas censuré. Parce que tout le monde sait que ce que je dis est une vérité crue.
11:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Musique ivoirienne, RAP, satire politique, Burkina Faso

