16.11.2009

Le Burkina à l'épreuve de l'incivisme fiscal

I 3.jpgDepuis quelques semaines, la Direction générale des impôts est en guerre contre les entreprises qui n’honorent pas leurs engagements vis-à-vis du fisc. Les fins limiers des différentes divisions fiscales multiplient des contrôles inopinés dans les boîtes pour distribuer de bons et de mauvais points. Mais comme ils devaient s’y attendre, le nombre de mauvais élèves est malheureusement encore supérieur à celui des bons. Ils sont légion, les entrepreneurs, commerçants et autres opérateurs, à se faire prendre en flagrant délit de non-paiement des sommes dues au Trésor public, de non-reversement de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ou encore des cotisations sociales dues à leurs employés.

L’incivisme fiscal a la peau dure au Faso. La gangrène semble difficile à éradiquer, et pour cause. Si l’on peut se féliciter de la volonté du pasteur Testicus Zorro de mettre de l’ordre dans les Finances publiques et d’imposer une certaine discipline dans l’environnement des affaires, force est de constater que les mauvaises habitudes qui persistent de chaque côté ne lui facilitent pas du tout la tâche. La grande majorité des opérateurs économiques du Burkina n’a pas encore intégré le paiement des impôts et des différentes taxes dues au fisc comme une obligation dont ils doivent obligatoirement et volontairement s’acquitter.

Ils préfèrent toujours feinter l’Etat plutôt que d’honorer leurs engagements. Et lorsqu’adviennent les contrôles, ils usent de toutes les astuces imaginables pour ne pas payer ce qu’ils doivent. Les tactiques les plus usitées en la matière restent la falsification des documents comptables et la corruption des agents des Impôts. C’est peu de dire que la comptabilité de beaucoup d’entreprises qui font des affaires dans le pays ne respecte pas toujours les règles éthiques. Entre les comptes qui sont présentés aux contrôleurs des impôts et la réalité des recettes et des charges de l’entreprise, le fossé est parfois abyssal. La transparence n’est pas encore la chose la mieux partagée. Le sport favori est de brouiller le plus possible les pistes afin de continuer à gagner beaucoup d’argent tout en payant très peu d’impôts. C’est un jeu de cache-cache quasi institutionnalisé qui s’est installé dans les rapports entre les entreprises et la Direction générale des impôts.

I 1.jpgDans ce jeu, qui devient logiquement malsain, ce sont les plus malins qui se sucrent le plus. Conscients que les entreprises ne respectent pas toujours les règles, certains agents du ministère de l’Economie et des Finances n’hésiteraient pas à exploiter cette faille pour empocher des sommes indues afin, diraient-ils, d’effacer les ardoises ou de fermer les yeux. Ainsi sont nées les brebis galeuses qui s’enrichissent en un temps deux mouvements, bâtissent des villas somptueuses à Wagda 2000, roulent dans les grosses cylindrées alors qu’ils ont à peine 5 années de carrière et que leurs salaires n’ont connu aucune avancée substantielle. La situation de ces agents qui s’enrichissent subitement est du reste connue de leurs supérieurs hiérarchiques qui, curieusement, n’osent même pas s’interroger sur l’origine de leur fortune ostentatoire. Le pire c’est qu’ils sont quelquefois présentés ou enviés (c’est selon) comme des modèles de réussite sociale. Et pourtant, tout le monde est convaincu que ce ne sont que des affairistes, des dealers qui polluent impunément l’environnement des affaires.

Par ailleurs, on connaît aussi des entrepreneurs et des opérateurs économiques qui n’ont coutume que de régler leur problème de fisc dans les couloirs obscurs du service des impôts. Ceux-là n’ont ni recours aux voies légales de remise de taxes dues, ni de demande de paiement à tempérament de ce qu’ils doivent. Ils préfèrent graisser les pattes des fonctionnaires plutôt que verser le moindre kopeck dans les caisses de l’Etat. Certains sont passés maîtres dans l’art d’utiliser leurs relations administratives et politiques pour solder leurs comptes. Ils sont convaincus qu’il suffit d’avoir les bras suffisamment longs pour passer à travers les mailles des filets. Vrai ou faux ?

La promiscuité entre des opérateurs économiques et des acteurs politiques de haut rang n’est pas toujours de nature à favoriser le civisme fiscal au Faso. Car il est reconnu que les grands commerçants et autres entrepreneurs qui financent les activités des partis politiques ou sponsorisent des manifestations caritatives organisées par des personnalités attendent toujours un retour d’ascenseur. Soit en termes de marché, soit d’exonération d’impôt, ou de couverture en cas de pépin avec l’Administration en général ou le service des impôts en particulier. Tout compte fait, ils ne sont pas généreux pour rien. Le hic c’est que cette générosité a des effets polluants sur l’environnement des affaires. Dans le jeu du chat et de la souris entre le service des impôts et les acteurs du monde économique, il y a aussi ceux qui comptent sur leur lien de sang avec tel ou tel môgô puissant du régime pour échapper au fisc et à toute forme de contrôle.

I 2.jpgCeux-là s’adonnent à tous les écarts possibles. Et lorsque surviennent des impairs, c’est toute la république qui est éclaboussée par leur gaffe. Dans ce lot, on cite les beaux-frères, les belles-sœurs, mais aussi les belles-mères proches ou lointaines. Ainsi, dans l’affaire peu reluisante de « chèques roses » dans laquelle deux personnalités importantes du ministère de l’Economie et des Finances sont impliquées, certains sont déjà convaincus que ceux-ci joueront de leurs « liens de sang » pour se tirer d’affaire. Mais apparemment, l’affaire est plus sérieuse qu’on ne peut l’imaginer, puisque les intéressés auraient été déférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en attendant qu’ils soient situés sur leur sort. Ce malgré leur statut et leurs relations. Le pasteur Testicus Zorro pourra-t-il résister aux « interventions » et autres influences dans sa croisade contre l’incivisme fiscal ou laissera-t-il passer les gros poissons à travers la nasse ? Il est peut-être encore trop tôt pour en juger. Ce qui est sûr, c’est que ce nouveau front ne sera pas de tout repos pour lui. Mais c’est seulement lorsqu’il ira jusqu’au bout qu’il pourra prouver sa ténacité et donc sa capacité à briser ces mauvaises pratiques qui plombent dangereusement l’économie burkinabè

13.09.2009

Vite, une arche de Noe a Ouagadougou

Après le déluge, il faut maintenant construire une arche suffisamment grande et solide pour abriter les 150 000 sinistrés recensés à Simonville et dans les communes rurales de la région du Centre. A en croire la situation établie par le Premier ministre, «180 logements se sont (également) écroulés occasionnant environ 500 sinistrés» dans les autres localités touchées par les pluies diluviennes du 1er septembre. Ce sont donc, au total, 150 500 sans-logis à qui il faut trouver une demeure.
«Pour ce qui concerne la commune de Ouagadougou, 24 489 maisons d’habitation se sont écroulées pour une valeur estimée à 13 224 060 000 F CFA. 67,08 % de ces logements se retrouvent en zones non loties et 32,92 % en zones loties». Même si la cagnotte de la «campagne de solidarité nationale et internationale» lancée lundi dernier par le Blaiso national permet de prendre les sinistrés en charge pendant un certain temps, il va falloir résoudre l’équation du logement pour tout ce monde. Le gouvernement pourra-t-il régler le problème de tous ces non-lotis et mal-lotis du Faso?
Le déluge n’a fait que mettre à nu une politique d’aménagement territorial et de logement. C’est connu, la galère des non lotis était devenue un casse-tête chinois pour le courtmestre de la ville de Ouagadougou et aussi la source de tous les problèmes des maires d’arrondissements. Malgré les professions de foi destinées à mettre un terme à la cacophonie qui a fini par s’installer autour du problème des lotissements, les collectivités locales n’ont presque jamais réussi à trouver la bonne solution. Certains conseils municipaux, pour ne pas dire des maires, ont tissé leur toile de deals sur de sales affaires de lotissements. Ils ont parcellé et loti partout, au-delà des limites officielles de la ville, dans les zones réservées et même dans les «bandes vertes» destinées à aérer la ville. Beaucoup d’affairistes ont trouvé là l’occasion de s’enrichir sur le dos de pauvres citoyens qui ne demandaient qu’un bout de terre pour reposer leurs pieds.
A côté des édiles dealeurs, il y a aussi des habitants fieffés de non-lotis qui ont fait pousser ces habitations précaires comme des champignons. En dehors de Baskuy qui n’a plus de terres à bazarder, le marché des parcelles a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les 4 autres arrondissements de la capitale. On a vendu à tour de bras. Les plus cupides ont dribblé les plus naïfs et se sont engraissés sur leur dos. Pour bénéficier à tout prix du sésame, certains ont choisi d’élire domicile sur leur lopin de terre, dans l’espoir que les agents recenseurs ne passeront pas en leur absence. Ils sont devenus des habitants de non lotis, malgré eux. Cela fait plusieurs années que ça dure...
A côté de ces “clodos”, il y a aussi ceux qui voguent de non-loti en non-loti. Leur stratégie est simple: ériger un clapier de «8 tôles» pour marquer le territoire. Dès qu’ils sont recensés par la mairie, ils s’empressent de liquider leur numéro de recensement et vont plus loin pour créer un nouveau quartier non loti et cela avec la complicité souvent de conseillers municipaux qui y voient là l’occasion de lotir pour se remplir les poches. Pour avoir la parcelle et l’argent de la parcelle, certains ont accepté de vivre dans le lit des eaux de ruissellement avec tous les risques que cela comporte.
Au non-loti du secteur 30, par exemple, plusieurs sinistrés avaient leurs maisons dans le couloir des eaux qui convergent vers le barrage de Yamtenga. Ce qui veut dire que, logiquement, ces habitations en banco blaguées par quelques pelletées de ciment ne pouvaient pas résister à la pression de la flotte de 263 mm d’eau qui s’est abattue sur Ouagadougou en 10 heures. Les sinistrés des berges du barrage n° 3 de Ouaga, eux, ont poussé l’outrecuidance jusqu’à s’installer sur un espace réputé inondable et donc dangereux pour leur propre vie en cas de pluie diluvienne. Certains auraient même été indemnisés, quelques années plus tôt, par la mairie de Ouagadougou qui leur aurait attribué des parcelles pour les aider à déguerpir des bords du barrage. Hélas. Par cupidité surtout, ils ont choisi de prendre des risques qui leur ont été finalement fatals le 1er septembre dernier. La plupart d’entre eux ont perdu leurs maisons et devront nécessairement aller voir ailleurs.
Plus besoin donc de leur faire un dessin pour leur démontrer la dangerosité de leur option. Ils ne devront pas également trop rêver à un quelconque dédommagement, surtout pour ceux qui avaient déjà eu des parcelles et ont préféré les vendre. Une chose est sûre, quel que soit le montant des collectes de l’opération de solidarité, il sera difficile que le gouvernement bâtisse une maison pour chaque sinistré des zones non loties et mal loties. En dehors des entreprises privées tel l’hôtel Silmandé qui a souscrit à une assurance pour ses installations, l’écrasante majorité des victimes n’a aucun recours pour les biens mobiliers et immobiliers qu’elle a perdus. Tous les regards sont tournés vers le pasteur Testicus Zorro et son équipe gouvernementale. A l’instar de Noé, aura-t-il les moyens de bâtir une arche qui peut contenir les 150 000 sinistrés? Rien n’est moins sûr.
Au-delà du malheur du déluge, il faut espérer que la catastrophe serve de leçon aussi bien aux autorités gouvernementales, communales qu’au citoyen lambda. Le lotissement anarchique et l’habitat sauvage ne peuvent pas être adoptés comme une voie d’urbanisation d’une ville qui se veut moderne et sûre. Une chose est de faire appel à l’aide internationale pour essayer de colmater les brèches. Mais il faut surtout faire une introspection et construire désormais selon un schéma et des normes rigoureux. Tout compte fait, même si le gouvernement consent d’ores et déjà à la réhabilitation et à la réinsertion des sinistrés, ce programme ne saura être crédible que s’il tient compte du «déguerpissement des zones inondables des villes comme des villages», comme l’a du reste souligné le document élaboré par le Premier ministre.
Mais comme on le sait aussi ici au Faso, le tout n’est pas de savoir ce qu’on doit faire. C’est surtout d’avoir les coudées franches pour le faire. Et le faire bien. Attendons donc de voir ce qu’on va faire concrètement de ces zones non loties et mal loties.

28.08.2009

La "clinique du plaisir" qui fait couler beaucoup d'encre et de salive

R 1.jpgDepuis presque deux décennies, le Burkina Faso est devenu une terre de prédilection des adeptes du «prophète» Raël. Officiellement reconnu seulement en 1996, le mouvement ne compte pas moins d’«un millier d’adhérents, dont 350 actifs», selon son guide national, le Dr Sié Benoît Da, qui officie comme médecin psychiatre au centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo. Malgré leur petit nombre, ils sont si actifs qu’ils ont marqué leur territoire par l’implantation du «village des raëliens», un site pittoresque situé à Dingasso, à 15 km au sud de Bobo-Dioulasso.

Il y a quelques mois, ils ont lancé la construction d’un centre hospitalier de réparation et de restauration des clitoris mutilés. Dénommé au départ «Hôpital du plaisir», ce projet vise, selon ses initiateurs, à permettre aux femmes victimes de l’excision de jouir, un tant soit peu, de leur précieux organe sexuel. Une noble mission qui devrait apporter de l’espoir et une nouvelle vie aux milliers de clitoris que l’on continue de mutiler dans ce pays. Mais il a suffi que cette intention soit étalée sur la place publique pour qu’elle suscite une controverse. Faut-il  craindre que le mouvement raëlien profite de ce projet pour faire du prosélytisme? Telle est la question qui brûle les lèvres et fait couler beaucoup d’encre et de salive. Certains se sont même crus obligés d’attirer l’attention des autorités sanitaires sur la dérive que constituerait ce projet.

R 2.jpgAu sein du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), les membres émettent des inquiétudes, même si personne n’a encore osé dire haut tout ce qui se pense bas. Dans une interview accordée à une télévision française, le Pr Michel Akotionga - l’un des pionniers de la réparation et de la restauration des victimes de l’excision - n’y est pas allé par quatre chemins. En tant que membre du CNLPE, il a déclaré: «Le Comité se démarque de cet hôpital du plaisir. Il en est de même pour l’équipe du Pr Lankoandé.»

Le ministre de la Santé préfère, lui, jouer la carte de la diplomatie. Interrogé par notre confrère Jeune Afrique (n°2535 du 9 août), Seydou Bouda a laissé échapper que «Lorsque de telles propositions permettent d’élargir le potentiel sanitaire, on ne fait pas les difficiles...», avant d’ajouter: «Nous aurons un œil vigilant et nous fermerons l’hôpital à la moindre dérive.» Comme on peut le voir, le département en charge de la santé publique ne ferme pas la porte à la contribution des raëliens. Il est visiblement intéressé par la contribution de ce mouvement qui, il faut le reconnaître, ne manque pas de délicatesse et de lobbying.

Officiellement, le projet est porté par l’Association Voix des femmes pour l’épanouissement (AVFE) et non directement par le mouvement raëlien. C’est donc cette organisation qui est partenaire de Clitoraid, un organisme raëlien basé à Las Vegas, aux Etats-Unis, et qui est chargé de collecter les fonds nécessaires pour la réalisation du complexe hospitalier. A en croire Mariam Banémanie Traoré, présidente de l’AVFE, «cette association est composée des gens de différentes religions, de femmes burkinabè et maliennes. Elle n’est pas formée uniquement de raëliens, mais de tous ceux qui veulent redonner espoir aux victimes de l’excision». Agée de 54 ans, cette évêque raëlienne basée à Bobo-Dioulasso est la cheville ouvrière du projet. Elle ne s’embarrasse d’aucune pudeur pour témoigner de ce que la restauration de son clitoris, mutilé à 13 ans, a pu apporter comme «changement positif» dans sa vie. Elle reconnaît néanmoins que l’initiative d’implanter l’hôpital au Burkina est de Raël lui-même qui, après avoir écouté son témoignage à elle, a été bouleversé au point de demander aux adeptes du mouvement de «faire quelque chose pour les femmes d’Afrique».

R 3.jpgC’est probablement pour répondre à cet appel de Raël que Pierre Bolduc, un ingénieur de bâtiments et travaux publics, a quitté son Canada natal pour s’établir depuis 3 ans à Bobo-Dioulasso où il s’occupe de suivre l’exécution du projet. Sur le chantier, il a mis au point une machine à tailler les pierres naturelles afin d’associer des matériaux locaux à la construction de l’édifice. Le coût global de l’ouvrage (équipement compris) est estimé à quelque 150 millions de francs CFA. Conçu à 2 niveaux, il comporte un hall d’accueil des patientes, une salle de conférences et d’animation, des salles de consultation et d’hospitalisation, un bloc opératoire et des bureaux pour le personnel médical. Ses concepteurs prévoient de se consacrer dans un premier temps à la réparation des séquelles de l’excision et à la restauration des victimes qui voudraient recouvrer l’usage de leur clitoris.

Même si le projet a été déclaré comme «un hôpital généraliste», il affiche une priorité qui ne trompe pas. Cela est d’autant plus excitant pour le mouvement raëlien qu’il a déjà engagé une campagne de sensibilisation des victimes de l’excision. Selon Mariam Banémanie Traoré, «Plus de 200 femmes sont déjà inscrites». Abibata Sanon, guide raëlienne, n’a pas attendu l’hôpital du plaisir. Elle s’est fait opérer dans l’une des cliniques privées de Ouagadougou. Ravie d’avoir recouvré cet organe dont on l’a mutilée depuis l’âge de... 7 jours. Mariée à un évêque raëlien, elle fait partie de l’équipe de sensibilisation du mouvement et n’hésite pas à exhiber à qui veut le voir son premier fils qu’elle considère comme «l’enfant de la restauration», c’est-à-dire «l’enfant conçu avec le maximum de plaisir». En fait, selon la doctrine raëlienne, le sexe ne sert pas seulement à la procréation, mais surtout au plaisir. D’où l’appellation de «l’hôpital du plaisir» au départ du projet.

R 4.jpgLorsque les autorités burkinabè ont trouvé que «le mot plaisir aliène la femme», les raëliens n’ont trouvé aucun inconvénient à le retirer de leurs documents officiels. Ainsi, au lieu d’hôpital du plaisir, ils ont opté désormais pour «Kamkaso», «La maison de la femme noire».

A défaut d’aller jusqu’au bout de son rêve aventureux de «l’immortalité par le clonage», l’ancien journaliste français Claude Vorilhon, alias Raël  - «instruit par les extra-terrestres» en 1973 -  est désormais à l’assaut des clitoris mutilés au Burkina. Pourvu que tout cela nous fasse garder les pieds sur terre et la tête bien sur les épaules.

Que devient le dossier de la bavure policière de Boulpouré?

B 1.jpgEn décembre 2005, une procédure judiciaire a été ouverte contre X suite à la découverte de 4 corps criblés de balles et abandonnés en brousse, dans le village de Boulpouré, sur la Départementale n°1, Ouaga-Kongoussi.  La justice s’était ainsi mise en branle sur une plainte du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (Mbdhp) et des familles des victimes. Il avait été établi, à l’époque, qu’il s’agirait d’une bavure policière consécutive à une traque de coupeurs de route. Les forces de l’ordre se seraient trompées de cibles. Les premières investigations avaient orienté les regards vers la Direction des compagnies d’intervention rapide (Dcir), l’actuelle Compagne républicaine de sécurité (CRS). Quatre années après, les plaignants attendent toujours que les auteurs de cette bavure policière soient identifiés, jugés et punis, conformément à leurs actes. Hélas! L’appareil judiciaire se hâte lentement.

Le 10 janvier 2006, Me Halidou Ouédraogo, alors président du MBDHP et fraîchement investi de sa nouvelle mission de «défenseur de la veuve et de l’orphelin», s’est constitué conseil aux côtés des parents des suppliciés de Boulpouré. Malheureusement, cette période a coïncidé avec ses propres ennuis de santé. C’est donc entre ses différentes hospitalisations et évacuations sanitaires à l’étranger que l’intrépide avocat défenseur des droits humains a déposé les éléments nécessaires pour le traitement du dossier. Mais il a fallu attendre le 10 janvier 2007, soit une année après, pour que le juge en charge de l’affaire lui signifie que le dossier a été transmis au Parquet de Ouagadougou. Malgré ce temps qui paraît long aux yeux des profanes, Me Halidou Ouédraogo pense que «C’est un exploit». Qu’à cela ne tienne.

B 2.jpgPendant ce temps, les familles des victimes sont inconsolables. Elles ne voient rien venir. Naturellement, il leur est difficile de faire le deuil de leurs parents fauchés, aussi longtemps qu’ils ne connaîtront pas la vérité sur les circonstances de leurs disparitions tragiques.

En effet, ce sont 2 ouvriers (Jean-Baptiste Nacanabo, né en 1980, et Abdoul Aziz Ouédraogo, né en 1984), 1 chauffeur  (Adama Sawadogo, né en 1977, fils unique et unique soutien de son père) et 1 passager qui ont été pris au piège de l’opération de police. Les 3 ouvriers étaient employés par l’entreprise de construction General Eco, sise dans les environs du marché de Sankaryaaré à Ouagadougou. Ils rentraient alors d’un chantier situé à Rollo, dans la nuit du 7 au 8 décembre 2005, à bord d’un camion de transport de matériaux de construction. Trois jours après qu’ils urent quitté leur point de départ, leur patron n’avait toujours pas de nouvelles d’eux. Il s’était alors mis à les chercher partout. C’est pratiquement 9 jours après, soit le 14 décembre, que la découverte macabre a été faite. Avant, ce fut la croix et la bannière pour être situé. Il a fallu que le patron de General Eco apprenne que son camion était cloué au commissariat de police du département de Dapélogo pour voir enfin le bout du tunnel. Mais c’était sans compter avec un jeu de cache-cache de la police qui ne semblait pas disposée à laisser jaillir la lumière sur ce qui est arrivé à ses employés.

Au commissariat de Dapélogo, on lui a juste laissé entendre que le camion a été immobilisé par des policiers venus de Ouagadougou. Dans la capitale, il lui a fallu marcher plusieurs fois entre l’état-major des CRS, la direction régionale de la police judiciaire et la Sûreté nationale pour enfin tomber sur un certain Almissi qui était censé détenir le secret du dossier. C’est auprès de ce cadre de la Police nationale qu’il va apprendre finalement que ses employés ont été pris en flagrant délit comme coupeurs de route. Et c’est pour cette raison qu’ils ont été liquidés sans autre forme de procès.

B 3.jpgComme il fallait s’y attendre, cette information n’a convaincu ni le P-DG de General Eco, encore moins les familles des victimes. Même si les malheureux ouvriers avaient été pris sur des faits de braquage sur la route, cela pouvait-il justifier que des policiers en opération les envoient ad patres et jettent leurs cadavres dans la brousse? Indéniablement, les éléments envoyés en expédition punitive ont franchi le rubicond. Ils ont eu la main trop lourde et surtout aucun respect pour la vie humaine.

En effet, sur les lieux où les corps ont été balancés, on a pu dénombrer 38 douilles de kalachnikov. Plus accablant pour les auteurs de cet horrible carnage, les restes découverts 9 jours après le forfait portaient des fractures diverses et des parties amputées. Après avoir été probablement liquidés sur la voie, ils ont été traînés à 150 m du lieu du crime à la merci des charognards et des chiens. Ce qui peut laisser présager d’un acte consciemment exécuté et non d’une simple erreur de cible. C’est, du reste, suffisamment grave pour demander des comptes à la hiérarchie policière.

En s’associant aux familles des suppliciés de Boulpouré pour porter plainte contre X, le MBDHP ne s’attendait pas à un marathon judiciaire aisé. Quoi que des soupçons sérieux pèsent sur la police, notamment sur des éléments de la CRS, l’organisation de défense des droits humains a choisi de ne pas devancer l’iguane dans l’eau. De sources proches du dossier, il y aurait eu trois personnes inculpées. Le sont-elles toujours?

Même si l’issue de la bataille judiciaire semble encore loin, elle aura eu le mérite de faire avancer les choses. Le dossier est déjà passé du Parquet de Ouaga à la Chambre d’accusation où il peut encore subir les derniers réglages si on estime que les faits ne sont pas suffisamment constitués. Pour l’heure, on ne saurait dire si des personnes ont été nommément inculpées ou non. Le voile du secret d’instruction ne permettant pas d’aller au-delà, il ne reste plus qu’à attendre le fameux arrêt de renvoi qui pourra permettre de l’enrôler pour le jugement.

B 4.jpgPendant ce temps, le camion-benne de la société de construction General Eco est toujours bloqué au commissariat de police de Dapélogo. Si l’on estime que ce type de véhicule se loue à environ 75 000 F par jour, force est de constater qu’en 4 années d’arrêt, c’est toute une fortune qui est ainsi perdue. Et rien ne prouve qu’il sera récupérable à la fin de cette histoire. Visiblement impatient de voir arriver le procès, l’avocat des victimes espère que le dossier sera enfin prêt pour les prochaines assises criminelles. Très confiant, il pense qu’«il ne peut pas se perdre dans le sable. Il doit être jugé pour l’exemple». Foi de Me Halidou Ouédraogo.

 

 

31.07.2009

Blaise Compaoré sera-t-il pris au jeu politique?

 

P1.jpgAlors que des vents de contradictions, de confusions et d’exclusions soufflent sur le giga-parti au pouvoir, on aimerait bien savoir ce que le grand manitou pense de ça. Mais hélas ! L’enfant terrible de Ziniaré est réputé être un président qui n’aime pas dire ce qu’il pense. Contrairement au président français Nicolas Sarkozy dont la propension à se répandre dans la presse est devenue un casse-tête chinois pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Blaiso adore se murer dans son légendaire silence. Sauf qu’il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant des passes d’armes qui ont conduit à la suspension-exclusion de son ex-lieutenant Gorba du Bureau politique national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

Du moins, même s’il dormait, comme d’habitude, pendant tout ce temps, les nombreux bruits qu’on continue de faire autour du 4e congrès de « son » parti ont dû le réveiller de son sommeil. N’est-il pas finalement le principal concerné par la question de « patrimonialisation » du pouvoir que tout le monde pense bas, mais que Salif Diallo a eu le culot de mettre en débat ? N’est-ce pas parce qu’il a osé étaler ce sujet dit « sensible » dans les colonnes de notre confrère L’Obs. qu’il est accusé aujourd’hui de crime de Blaise-majesté ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arbre du largage de Gorba du CDP ne doit pas cacher la forêt du séisme politique provoqué par ses doutes sur les fondements du régime et surtout sur l’avenir politique même du Blaiso national. Une seule interview a suffi pour ébranler un système qui paraissait si sûr de lui.

Le remue-ménage que cela a suscité au sein de l’état-major du parti au pouvoir est la preuve d’une panique. Le show médiatique quasi instantané du Rocco a achevé de convaincre qu’il s’attendait à tout sauf à avaliser l’audace solitaire de son vice-président chargé de l’orientation et des questions politiques. En clair, l’heure n’était pas à une quelconque réforme des institutions, encore moins à une « conjecture sur le devenir du président ». De Salif ou de Roch, qui pouvait prétendre être dans les secrets de l’intention du Blaiso ? Telle est la vraie question. Maintenant que Salif a été proprement “largué” du CDP, on s’attend à ce que le Blaiso récompense Roczilla, Simon et compagnie pour avoir fait un bon boulot. Mais le hic dans ce jeu de qui-perd-gagne, c’est qu’il est bien difficile de faire la volonté d’un patron qui ne l’exprime pas clairement.

Une chose est peut-être d’exclure un camarade qui a la langue trop pendue, mais une autre est de savoir exactement ce que le chef désire. Or, en la matière, les « propositions » incriminées de Salif Diallo ne sont-elles pas plus réalistes qu’un forcing pour une nouvelle révision de la Constitution, notamment en faisant sauter le verrou de la limitation du mandat du président à « un mandat renouvelable une seule fois » comme le stipule l’article 37 de la Loi fondamentale ? N’est-il pas plus élégant de modifier le statut du président pour en faire « une reine d’Angleterre » que de modifier des dispositions constitutionnelles qui ne manqueront pas de provoquer une levée de boucliers au plan international comme on le voit d’ailleurs contre le voisin Tandja qui se croit obligé de justifier l’injustifiable ?

Comme on a pu le voir à l’issue du 4e congrès du CDP qui s’est achevé samedi dernier, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil du Faso. Pire, le Bureau exécutif national n’exclut pas la possibilité de voir modifiée la Constitution. Pour quoi faire ?

On suppose que c’est pour ménager un boulevard au Blaiso qui devrait plutôt se marrer d’entendre le Rocco proclamer que « Même si cette question n’est pas, pour le moment, à l’ordre du jour, je pense qu’il n’y a pas une Constitution qui n’est pas susceptible de modification ». Soit. Mais lorsqu’il souligne, par la suite, que : « Le défi majeur qui s’impose à notre pays pour tirer profit de l’effort du développement continu imprimé par la mise en œuvre successive des programmes et projets de société engagés ces dernières décennies par le président Blaise Compaoré, reste la création, à l’horizon 2020, de conditions d’un Burkina émergent », cela suscite une question logique. Le « Burkina émergent » se fera-t-il avec ou sans Blaise Compaoré ?

P2.jpgSi oui, force est de reconnaître qu’en 2020 nous serons largement au-delà du terme constitutionnel du Blaiso qui, s’il est encore élu en 2010, devrait absolument passer la main en 2015. A moins que le CDP ne prépare quelqu’un d’autre pour le remplacer, il va falloir donner un coup de canif à la Constitution pour voir l’enfant terrible de Ziniaré continuer à piloter le navire qui mènera au fameux « Burkina émergent ». Pour tout dire, toutes les propositions - qu’elles proviennent de Salif ou du Rocco - semblent converger vers un seul et même but. Alors, question. Lequel serait donc plus loyaliste que l’autre ?

Au-delà de la guéguerre entre camarades « en perte de confiance avec le régime » ou « en perte de vitesse avec la volonté du patron du régime », Blaise Compaoré est le principal bénéficiaire de toutes les conjectures. Son silence cynique confirme bien qu’il s’est mis au-dessus de la mêlée afin d’en profiter en temps opportun. A lire entre les lignes du message qu’il était supposé adressé aux participants au congrès, il y a de quoi se demander à quoi riment les rajouts qui ont été faits manuellement sur le document portant la mention « Message de son excellence monsieur Blaise Compaoré, président du Faso ». A quelle fin le secrétaire général devenu 2e vice-président aurait-il choisi de tripatouiller la parole de son patron ? Mystère et boule de gomme. Mais comme vous pouvez le constater dans le fac-similé, ce tripatouillage de l’adresse du Blaiso est plus que suspect. A moins que cela ne présage d’un autre micmac.

 

19.06.2009

Redécollage difficile pour le grand marché de Ouagadougou

R 1.jpgQuelque deux mois après sa réouverture en grande pompe, le «poumon économique» du Burkina fonctionne péniblement. L’enthousiasme des retrouvailles des commerçants au sein de cette infrastructure retapée à près 3,5 milliards de francs CFA a fait place à la morosité. On est dépaysé de ne plus voir cette foule qui se pressait autrefois dans les allées devenues trop petites. On n’a plus droit à ces apostrophes de marchands qui usaient de toutes les astuces pour aguicher des clients. Cette masse bigarrée dans laquelle femmes, enfants et autres commerçants ambulants se faufilaient, se frottaient sans ménagement, est toujours introuvable.

Rood-Woko offre le spectacle d’une maison mortuaire. Les affaires n’y marchent guère.  Las d’attendre désespérément des clients qui n’arrivent pas, les commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Rood-Woko, qui veut dire «Marché en continu» en langue nationale mooré, a perdu son bouillonnement et ses mille feux d’antan. Le monde ne se bouscule plus à ses portes. Du moins pas encore. Les nouvelles mesures draconiennes de sécurité instaurées par les autorités municipales semblent avoir produit des effets  contraires aux attentes. Au lieu de rassurer commerçants et clients, le dispositif sécuritaire déployé aux quatre coins et à l’intérieur du marché est pointé du doigt comme un facteur répulsif, voire un obstacle à l’engouement. Vérité ou intox?

Pour Ouibié Oumar Niangao, directeur général de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (Ragem), «c’était prévisible que commerçants et acheteurs ne reprennent pas le chemin de Rood-Woko du jour au lendemain… Un marché qui était fermé durant six ans ne reprend pas aussi facilement». Il s’est même voulu rassurant, en ajoutant que «ce qui se passe est dans l’ordre normal des choses». Il reconnaît que le marché ne bouillonne pas encore, mais il note que le taux de réinstallation, c’est-à-dire de signatures de contrats, avoisine 95%. A en croire ses explications, ce sont les commerçants qui traîneraient les pieds pour achever les aménagements nécessaires pour l’ouverture de leurs boutiques et échoppes. Par ailleurs, la non-disponibilité de l’électricité dans le marché constitue, à ne point douter, un autre frein à l’animation du marché. La Société nationale d’électricité n’ayant pas été associée au début du processus de réhabilitation, c’est seulement maintenant qu’elle s’attelle à des vérifications préalables avant de connecter chacune des unités de vente au réseau électrique. Ce n’est pas demain la veille que ce travail prendra fin!

R 2.jpgIl y a, visiblement, un faux départ dans la réouverture de Rood-Woko. Selon toujours le DG de la Ragem, les commerçants ont jusqu’au 15 juillet prochain pour occuper effectivement les places qui leur ont été attribuées. En effet, leur contrat débute en réalité à compter du mois de juillet. Ceci explique sans doute pourquoi ils se hâtent lentement pour emménager. La plupart ayant installé leurs quartiers dans les marchés périphériques de la ville, ils attendent probablement de voir le marché central prendre sa vitesse de croisière avant de lever complètement le camp. Qui est fou!?

En attendant la fameuse vitesse de croisière, certains attributaires de boutiques et d’échoppes n’hésitent pas à les revendre au plus offrant. Selon quelques indiscrétions recueillies ici et là, cette spéculation qui a cours en ce moment oscillerait entre 4 et 6 millions de francs CFA.

L’autre reproche que l’on fait au Rood-Woko réhabilité et sécurisé est incontestablement l’éloignement des parkings. Selon un parkeur que nous avons rencontré au côté sud du marché, les gens redouteraient les policiers qui sont planqués devant les  différentes entrées. Ceux-ci feraient particulièrement peur aux clients venus des provinces dont certains craindraient que les flics ne leur demandent des pièces d’identité ou les papiers de leurs engins. En plus, plusieurs usagers considéreraient la zone piétonne délimitée tout autour du marché comme une sorte de «rempart infranchissable». En plus, les zones de parkings étant réduites pratiquement à une seule pour les deux-roues et assez éloignée des entrées du marché pour les voitures, plusieurs personnes préfèrent aller voir ailleurs que de devoir tourner en rond.

R 3.jpgMême les propriétaires des boutiques qui ouvrent sur la rue ou celles qui jouxtent le marché ne vivent pas moins l’enfer de cette fameuse zone piétonne. Puisqu’il n’est pas autorisé d’y stationner, les clients potentiels ne s’y aventurent même pas. Ceux qui sont obligés d’aller par exemple à une librairie papeterie située dans les environs tombent si régulièrement dans les panneaux de la Police municipale que le patron de la boutique est obligé de palabrer avec les policiers pour sortir ses clients du pétrin.

On comprend le souci d’éviter, vaille que vaille, le retour du désordre autour et à l’intérieur du Rood-Woko réhabilité. Mais force est de constater qu’à force d’exhiber l’argument sécuritaire, le marché fait peur. Et pourtant, cette infrastructure marchande a été réhabilitée grâce à des prêts que la mairie de Ouagadougou doit rembourser. Il faut donc tout faire pour éviter le fiasco.

18.05.2009

Qui veut la tête du maire de Koubri?

K 1.jpgLe maire de Koubri serait-il devenu persona non grata au ministère en charge des Collectivités locales? Alors que les couloirs du département dirigé par le «très discret» et Clément Pégwendé Sawadogo bruissent de rumeurs sur de présumées difficultés que connaîtrait cette commune rurale, personne n’ose dire tout haut ce que l’on reproche au sieur Félix Compaoré. Et pourtant, l’homme est chargé de tous les péchés. La source de ses problèmes? Une affaire de lotissement suspendu par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD) sur fond de crocs-en-jambe politiciens. Cette initiative, qui devait être un des plus grands projets du tout premier maire élu sous la bannière du Rassemblement pour le développement du Burkina (RDB), est aujourd’hui compromise par une guéguerre désormais béante entre les deux principales forces politiques en présence. Pire, une procédure de révocation du maire serait secrètement en préparation dans le cabinet de Pégwendé. Comment en est-on arrivé là?
Suite à la plainte solitaire d’un conseiller municipal - distillée dans les colonnes de certains confrères -, une première mission de contrôle du MATD s’est déportée, en août 2008, à Koubri pour décortiquer des fils d’allégations de «mauvaise gestion» qui étaient faites contre le maire. Hospitalisé suite à une piqûre d’abeilles, celui-ci n’avait pas pu être entendu par les fins limiers de l’inspection du ministère. Le ministre Clément P. Sawadogo a été obligé de diligenter une deuxième inspection, un mois plus tard. Comme si tout cela ne suffisait pas pour dissuader le maire, une troisième mission a été envoyée en février 2009 à Koubri pour «investigation complémentaire». Des accusations de mauvaise gestion pour lesquelles la machine de contrôle a été mise en branle, l’édile s’est vu progressivement coincé par les limiers sur le dossier très sensible du lotissement qui était en cours. La mission d’inspection a rejeté comme non conformes des justificatifs de dépenses dont le montant varie entre 3 et 4 millions. Pour en avoir le cœur net, celle-ci a transporté les registres de recensement de Koubri dans les bureaux des inspecteurs du MATD afin que ceux-ci fassent toutes les vérifications qu’ils souhaitaient. Croyant ainsi prouver sa bonne foi, le responsable local va se voir «confisquer» les registres sous prétexte d’une mesure de suspension qui serait toujours en cours contre l’opération de lotissement.
Mais de mesure, il n’y en a pas, en dehors d’un message radio que le ministère a transmis au préfet de Koubri invitant les acteurs du lotissement à observer une suspension provisoire en attendant la validation officielle du processus. Que cet arrêt momentané vienne à courir encore aujourd’hui, Félix Compaoré et ses camarades du RDB n’y voient que la main cachée de leur adversaires politiques qui tireraient les ficelles jusqu’au MATD. Pour eux, la succession des inspections de contrôle, qui a aboutit finalement au blocage du lotissement, ne vise ni plus ni moins qu’à jeter des peaux de banane sur la route de l’exécution du Plan de développement communal adopté par le conseil municipal. Les bagarres qu’il y avait eu en septembre dernier entre les partisans du maire Félix Compaoré et ceux du conseiller frondeur Jérôme Zangré du CDP auraient-elles quelque chose à voir avec les péripéties actuelles?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les déboires actuels de l’édile de Koubri sont liés à une équation politique qu’il avait cru voir se dissoudre au fil du temps. Surtout que sa formation politique, le RDB, est de la mouvance présidentielle, donc coépouse du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le gigaparti au pouvoir. Pour avoir remporté les municipales de 2006 avec 27 conseillers municipaux contre 23 pour le CDP et 1 pour l’ADF/RDA, Félix Compaoré et ses camarades disposaient d’une majorité assez confortable pour imprimer leur marque dans la gestion de cette commune rurale qui se trouve aujourd’hui être la seule à échapper au parti au pouvoir dans la région du Centre. Mais c’était sans compter avec la volonté de certains de ses adversaires de lui mettre les bâtons dans les roues. Au regard de l’évolution de la situation, le conseiller Jérôme Zangré doit boire du petit lait en apprenant que le maire ne sait pas où donner de la tête pour récupérer ses registres de recensement afin de continuer le lotissement. S’il est vrai que ce bonhomme avait toujours manœuvré pour que son adversaire de maire morde la poussière, force est de constater qu’il peut tout aussi se réjouir de ce que le MATD a quelque peu réalisé son rêve. Quant au maire, il peut tout aussi considérer que les missions de contrôle du ministère ne sont pas aussi neutres que cela. D’ici à penser que le ministre K 2.jpgClément P. Sawadago ne pourrait rien refuser à son parti et qu’il serait manipulé par le CDP qui voudrait, à tout prix, faire échec aux actions du RDB à Koubri, il n’y a qu’un pas. Mais où met-on les intérêts des populations de cette commune rurale? Que fait-on de la crédibilité du processus de communalisation pour laquelle le Burkina joue son image avec ses partenaires techniques et financiers?
Sans prendre parti pour le maire ou pour le collège des inspecteurs du MATD, il importe de relever que la gestion des communes rurales, en l’occurrence, se trouve fragilisée par le fait qu’elle peut être facilement prise en otage par des guéguerres inutiles de partis politiques au grand dam des véritables enjeux de développement. Au regard des nombreuses reculades qu’on observe ici et là à cause de ces «blocages» qui coûtent des centaines de millions à l’Etat, il importe certainement de recadrer le poids des nuisances politiciennes dans les communes rurales. Il en va de la salubrité publique, et donc d’une saine démocratie à la base. Pour le cas présent de Koubri, le ministre Clément P. Sawadogo et ses inspecteurs gagneraient à expliquer clairement à tous les acteurs les tenants et les aboutissements de la fameuse mesure de suspension de l’opération de lotissement à Koubri. Cela aura l’avantage de situer les uns et les autres et surtout d’éviter que la rumeur prenne le pas sur la vérité, et d’éviter ainsi les vilaines suspicions qui se sont emparées du conseil municipal de cette commune qui ne demande qu’à se développer dans la sérénité.

24.03.2009

Corruption dans l'administration

I 1.jpgLa corruption dans l’Administration burkinabè, on en parle et c’est réel. Une étude a été même commanditée sur ses formes et ses visages. Il ne s’agit donc pas d’un serpent de mer ou de soucoupes volantes. La corruption est non seulement rampante dans les services publics, mais ceux qui devraient la combattre se hâtent toujours trop lentement. Ils ne font pratiquement rien pour endiguer la gangrène qui ronge inexorablement l’éthique et la déontologie.

Aux services des Impôts, pour ne parler que de ceux-là, on est interloqué par les grandes fenêtres que l’Administration elle-même ouvre à la tentation de la corruption. Comment comprendre que dans les divisions fiscales il n’y ait toujours pas de service d’informations et de renseignements pour orienter les usagers? Et pourtant, il y a des personnages de tout acabit qui écument les couloirs de ces services et qui servent de rabatteurs pour des agents véreux tapis dans leurs bureaux. Puisque n’importe qui peut entrer et sortir de n’importe quel bureau, c’est la porte ouverte à tous les deals. Comme pour les recharges de cartes téléphoniques, il existe également des prestations Sap-Sap pour lesquelles l’intéressé n’a même pas besoin de se présenter. Comme dans la plupart des services publics où circulent des sous, les intermédiaires, communément appelés les margouillats, se chargent de «pousser» les dossiers au bon endroit, moyennant «quelque chose» en espèces sonnantes et trébuchantes.

I 2.jpgC’est connu. Le glissement de feuilles ou de v’loppes pour faire accélérer le traitement d’un dossier dans l’Administration publique est une pratique tellement courante qu’elle ne semble plus offusquer personne. Il faut tout autant ‘’un caillou’’ pour empêcher la déclaration en douane de s’envoler. On a beaucoup mis à l’index les commissariats où des législations «bien graissées» peuvent se faire à la vitesse de l’éclair; ils ne devraient pas détenir la palme de cette accélération. Il suffit généralement de «connaître quelqu’un» pour voir ses dossiers se gérer en un temps deux mouvements. On est parfois même surpris de voir que ces intermédiaires sont capables d’ouvrir toutes les portes.  

Cela se ressent bien ces dernières semaines avec une vraie fausse pénurie de timbres fiscaux qui ouvre la porte à des gymnastiques peu catholiques. Le précieux sésame est officiellement introuvable dans les guichets où il est vendu. Mais curieusement, des agents d’autres bureaux en ont par-devers eux et c’est eux-mêmes qui se chargent de le proposer, bien sûr un peu plus cher que d’habitude. «Tout ce qui est rare est cher» et les fonctionnaires dealers ont tellement bien compris ce principe économique qu’ils n’hésitent pas à se mettre illégitimement du beurre dans leurs épinards. «Qui est fou», comme dirait l’autre? Mais le hic dans ce vilain micmac, c’est qu’on ne sait plus s’il s’agit d’une pénurie artificielle ou provoquée en vue de racketter les pauvres usagers de l’Administration qui n’ont pas d’autre choix que se jeter dans la gueule des loups-garous insatiables. Pire, cela fait longtemps que dure ce jeu de cache-cache et on se demande à qui profite ce flou artistique autour du problème des timbres fiscaux. A moins d’attendre que des pirates de timbres fiscaux inondent le marché avant de réagir promptement, il y a de quoi se demander s’il y a un responsable de cette affaire-là au sein du ministère de l’Economie et des Finances? En tout cas, il y a un véritable laxisme autour de ce problème qui n’a que trop duré.

I 3.jpgDu laxisme, il y en a certainement dans la gestion des documents officiels par les «Commissions d’évaluation et de constat de mise en valeur des parcelles de la province du Kadiogo».Tenez-vous bien, c’est à la main que les agents de ces services remplissent les imprimés qui sont supposés servir de procès-verbaux. Au lieu de traiter ce document confidentiel dans leurs bureaux, ils imposent à l’usager d’aller faire saisir le procès-verbal dans les secrétariats publics. Quelle aberration pour une Administration publique comme celle des Impôts qui devrait protéger les données personnelles des citoyens de toute manipulation extérieure? A quoi sert finalement d’implanter des Divisions fiscales dans les différents arrondissements de la ville de Ouagadougou si l’on ne peut pas les doter de secrétariats afin de garantir la crédibilité des documents produits?

Le moins que l’on puisse dire dans cette dérive administrative qui consiste à faire saisir des documents à l’extérieur de l’Administration fiscale, c’est qu’elle expose les données non seulement à des falsifications graves, mais aussi à toutes sortes de trafics. Qu’est-ce qui prouve que ces documents manipulés à l’extérieur des bureaux ne sont pas utilisés à d’autres fins par des personnes mal intentionnées? Comment les usagers peuvent-ils faire correctement leur droit à la réclamation si n’importe quelle opératrice de saisie peut avoir accès aux informations aussi personnelles que stratégiques telles que «Le coût des investissements réalisés par un tiers sur sa parcelle»? On est où là?

En plus de poser un réel problème de protection de données personnelles, cette gestion hasardeuse de documents administratifs traduit bien un état d’esprit qui contribue malheureusement à dévaloriser les actes administratifs. Tout porte à croire que l’essentiel pour les services des Impôts consiste juste à encaisser l’argent des contribuables sans autre forme d’égards. Et puisque les agents eux-mêmes semblent être formés pour appliquer mécaniquement des mesures qui ne vont guère au-delà de la collecte de sous, il ne faut pas s’étonner qu’ils ne soient pas plus exigeants vis-à-vis de leur hiérarchie. Lorsque tout le monde se complaît du laxisme, il ne faut pas s’étonner que la fraude et la corruption entrent dans l’Administration par la grande porte et virusse finalement tout le système.

18.03.2009

La jeunesse burkinabè a perdu la tête

La jeunesse burkinabè a-t-elle perdu le nord ?

P.jpgUn élève qui tire sur son camarade avec un pistolet à Ouaga. On croyait que cela n’arrive qu’aux Etats-Unis ou en Europe. Eh bien non ! Les Burkinabè sont bien entrés dans la civilisation de gadgets meurtriers. Et de très vilaine manière. Hier, c’était une affaire de film pornographique qui a éclaboussé plusieurs lycées de la capitale. En son temps, des gens se sont indignés ici et là. Certains journaux se sont même fendus d’éditorialistes très vite jugés de puritains. Quelques jours avant le drame du lycée Newton, notre confrère «Le Pays» se demandait justement si cela n’arrivait qu’aux autres.

Ce qui devait arriver, arriva. Martial Soubeiga, un lycéen est allé en classe, le 16 mars dernier, avec une arme dissimulée dans le sac. C’est en voulant frimer qu’un coup malencontreux est parti et son camarade, Corneille Tapsoba, en est mort. Un drame qui bouleverse le monde de l’éducation au Burkina. Mais plus qu’un bouleversement, il s’agit là d’une véritable interpellation sur le rôle de l’école ainsi que sur responsabilités des parents d’élèves.

En effet, l’arme du crime appartient au père du jeune Martial qui se trouve être un douanier à la retraite. Pourquoi ce monsieur qui est supposé connaître la dangerosité de cette arme a pu la laisser traîner au point que son fils puisse y avoir accès au point d’aller jouer avec à l’école ? Ce douanier, même retraité, serait un conscient ou un père qui a un excès de confiance en ses enfants ?

En attendant qu’une enquête judiciaire, ouverte à cet effet, rende ses conclusions, force est de constater que cette affaire mérite bien une introspection sur les valeurs de l’éducation au Pays des Hommes intègres. Il faut recadrer les choses avant que la jeunesse burkinabè ne perde totalement le nord.  

04.03.2009

Cinéma africain, cinéma saisonnier

Au cours de cette semaine dédiée aux cinémas d’Afrique et de la diaspora, on a les films africains plein les yeux. Mieux, on n’a pas nécessairement besoin de venir à Ouagadougou pour voir ou revoir du cinéma africain. Certaines télévisions internationales ont même aménagé spécialement leur grille de programmes pour diffuser se mettre quelque peu aux couleurs du Fespaco. La télévision nationale du Burkina n’est pas en marge du mouvement. Les films dits «africains» ont signé leur retour sur le petit écran. Et cela au grand bonheur de ceux qui vivent hors de la capitale et qui ne peuvent pas prendre part à la biennale.

Mais le hic dans cette coloration momentanée des écrans –grands et petits-, c’est qu’on se demande ce que devient le cinéma africain après le Fespaco. Tout laisse croire que malgré le combat quF1.jpge mènent les cinéastes d’Afrique et de la diaspora pour imposer les images du continent sur la scène internationale, on est toujours aux schémas traditionnels. On a l’impression que le cinéma africain est simplement toléré sur certaines chaînes de télévision, juste pour la forme. Et cela est certainement très frustrant. Mais à qui la faute ? Telle est la crue et cruelle qu’on ne se pose pas assez.

Aussi longtemps qu’on ne répondra pas sérieusement à cette question, il sera bien difficile de considérer le cinéma africain autrement que comme un cinéma saisonnier, bon pour le Fespaco et rangé après dans les tiroirs. Le combat doit commencer par les télévisions nationales africaines et les opérateurs économiques qui préfèrent investir dans des films et feuilletons importés plutôt que de faire une promotion sincère des images d’Afrique. Quoique le Fespaco soit déjà vieux de 40 ans, il n’est jamais trop tard pour relever ce défi vital pour les cultures et les civilisations africaines. Personne ne viendra le faire à notre place.

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