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Burkina

  • L'université de Ouagadougou dans une mauvaise passe

    U 1.jpgDepuis la refondation au forceps de l’Université de Ouagadougou, notre «Temple du savoir» de Zogona ne connaît pratiquement plus d’année académique normale. Malgré la création de nouveaux campus à Bobo-Dioulasso et à Koudougou, la surcharge des amphis crève l’œil. Le Siao a même été transformé en vitrine du déficit d’infrastructures. Les années passent, les crises et convulsions se succèdent et les étudiants ne savent plus à quel saint se vouer pour sortir de l’impasse. Pour une fois, ce ne sont pas ces derniers qui refusent d’aller dans les amphis, mais des enseignants qui crient galère.

    Cela fait plusieurs semaines que le gouvernement clame avoir ouvert des négociations avec le Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec). Mais loin de parvenir à un consensus véritable, les deux parties semblent plutôt jouer au ping-pong. La pomme de discorde reste la «revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur». Chacun lit cette revendication sous le prisme de ses lunettes et surtout selon ses intérêts du moment.

    Pour l’exécutif, il s’agit ni plus ni moins d’une demande d’augmentation de salaire déguisée qui, si elle était accordée sans ménagement de la susceptibilité des autres formations syndicales, ouvrirait une boîte de Pandore, celle des plates-formes de différents corps de métiers qui subissent au même degré les affres de la «vie chère». Est-ce pour cela que les ministres en charge du dossier ont choisi la logique du dilatoire et du pourrissement de la situation?

    Après les premières tractations qui ont abouti à l’apurement d’une dette sociale estimée à plus d’un milliard de francs CFA due aux enseignants, il n’y a plus eu d’avancées significatives dans le processus de sortie de crise des universités. En effet, si le déblocage de cette somme a permis de désamorcer la première grève annoncée par le Synadec en janvier, les différentes négociations entreprises par la suite n’ont pas encore permis de mettre fin à la «grève indéterminée» dont le mot d’ordre court toujours.

    Pendant ce temps, des semaines se sont écoulées, les étudiants scrutent en vain l’horizon pour voir revenir leurs profs. Jusqu’à quand devront-ils encore patienter? Le hic c’est que l’année académique n’attend pas. On ne peut pas prolonger indéfiniment une année universitaire qui était déjà amputée d’un trimestre entier pour fait de grève l’année dernière. En plus, l’Université de Ouagadougou est tellement débordée, voire désaxée, que tout retard dans l’exécution des cours normaux devient un nouveau boulet au pied du ministère de l’Enseignement supérieur.

    U 2.jpgChacune des deux parties en conflit social était supposée être consciente de cet enjeu capital qui est d’éviter de nouvelles difficultés à un enseignement supérieur déjà agonisant au Faso. Hélas. Comme d’habitude, c’est la guerre des ego. Personne n’est assez humble pour consentir à sauver l’essentiel. Et les mêmes causes, pour ne pas dire les mêmes conneries, produisent les mêmes effets. On fait beaucoup de bruit dans la presse au lieu de régler les vrais problèmes.

    Le 3 juin dernier, 4 ministres du gouvernement ameutaient les journalistes et tenaient une conférence de presse de plus de deux heures d’horloge pour étaler «les efforts du gouvernement» sur la place publique. Mais en fait de conférence de presse, il s’agissait pour le gouvernement de prendre l’opinion à témoin de ce qu’il considère comme tout ce qu’il a pu faire pour ramener les enseignants grévistes à la raison. Pour cela, il a usé (et même abusé) de la déférence de la TéNéBreuse pour faire diffuser l’intégralité des déclarations des membres du gouvernement en une édition spécialement dédiée au bras de fer qui les oppose au bureau du Synadec. Là où le bât blesse, c’est que ce point de presse s’est fait sans même attendre la répondre de ce syndicat aux nouvelles propositions faites par l’exécutif.

    Dans ce pays où la «parole est désormais libérée» - pour citer une phrase chère au Blaiso national -, la réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Le 8 juin, le Synadec organise à son tour une conférence de presse pour, dit-il, «rétablir la vérité et apporter l’information juste au public». Soit. La seule déclaration liminaire a duré près d’une heure d’horloge. Tout était organisé pour répondre point par point aux «accusations» et autres «mensonges du gouvernement». Mais en fin de compte, il n’y a eu point de bonne nouvelle sur une éventuelle normalisation des cours à l’Université, donc de retour des enseignants à leurs postes. Il n’y avait rien que des accusations et des contre-accusations. Les étudiants de l’Université de Ouagadougou, qui ont assisté nombreux et par curiosité à cette conférence, sont repartis plus que jamais pessimistes sur l’issue de l’année académique.

    Cette année, ils auront moins de chance que les cadets des classes de Terminale qui, eux, pourront passer tranquillement leur baccalauréat le 20 juin prochain. Même les enseignants du Synadec étaient disposés à prendre part à l’organisation de ce diplôme, mais le ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique a choisi de les écarter. «Le gouvernement a annulé la convocation des enseignants grévistes», a laissé entendre le secrétaire général du Synadec. Pour lui et ses camarades, il s’agit là d’un autre signe évident de manque de confiance. Comme si cela ne suffisait pas, ils se sont également dit choqués et frustrés par le fait que depuis le déclenchement de la grève, l’administration universitaire leur refuse toute délivrance d’ordre de mission pour se rendre à l’étranger ou à l’intérieur du pays. Pour cela, ils entendent «saisir le ministère des droits humains pour violation de leur droit d’aller et de venir». Comme on peut le voir, on n’est nullement sorti de l’auberge. Le bras de fer risque de se poursuivre plus longtemps qu’on ne l’imagine. A moins que le président du Faso himself, «grand facilitateur de dialogue direct», ne décide d’entrer dans la danse pour mettre un holà au ping-pong entre le gouvernement et le Synadec.

    En attendant peut-être, ce sont les étudiants qui paient les pots cassés. Et certaines langues fourchues estiment que c’est parce que les ministres et autres môgô puissants ont planqué leurs fistons dans les universités du Nord qu’ils peuvent se permettre ainsi de laisser perdurer cette situation. En tout cas, quoi qu’il en soit, il faudra bien que quelqu’un paie cette dette académique-là. Tôt ou tard.

  • Qui veut la tête du DG de Air Burkina?

    900d68efdaeea336a9719de2bd3d402d.jpgY a-t-il, oui ou non, crise à Air Burkina? Cette question lancinante aurait pu servir pour un jeu-concours, avec à la clé un billet d’avion Ouaga-Paris-Ouaga. Seulement, il sera bien difficile d’obtenir une réponse qui fasse l’unanimité. Surtout entre la direction générale de la compagnie aérienne et le personnel. Et pourtant, si l’on s’en tient aux cris d’alerte dont les échos inondent les journaux, la boîte traverse une zone de turbulences. Mais lorsqu’on cherche à démêler les fils du présumé malaise, on se retrouve dans un véritable labyrinthe où personne ne veut laisser manger ce piment-là dans sa bouche. Aussi, si crise il y a, tout porte à croire qu’il s’agit d’une patate chaude que les parties supposées en conflit se lancent. Pire, ceux qui sont supposés y être impliqués de loin ou de près préfèrent également garder le cadenas sous la langue. Pendant ce temps, la guéguerre de tranchées perdure.

    A l’origine de la palabre, tout aurait commencé avec la fameuse grève de février dernier. Un débrayage en règle au cours duquel les travailleurs se sont livrés à une démonstration de force qui a paralysé la compagnie pendant 48 heures. Comme ils devraient s’y attendre, ce mouvement n’a visiblement pas été digéré par la direction générale, qui a gardé une dent contre les meneurs. Et pour cause, plusieurs semaines après la grève, elle a décidé de retenir la «journée du 1er février sur la paie du mois de mai du personnel ayant participé à la grève sauvage et illégale». Il ne le fallait pas. Malgré les négociations qui permirent de mettre la balle de la grève à terre, avec le concours des ministres en charge des Transports et du Travail et de la Sécurité sociale, cette missive venait ainsi déterrer la hache de guerre. Naturellement, les délégués du personnel accueillirent cette mesure comme une provocation de trop. Du reste, ils le firent savoir au ministère du Travail qui leur donna raison.

    Mais c’était sans compter avec l’adage qui veut que «La vengeance est un plat qui se mange froid». Et ce qui devait arriver arriva. Au mois de mai, Francis Ouédraogo, un technicien d’avion réputé pour ses frondes, offrit au directeur général la cravache qui allait servir à le chicoter. Plusieurs sources concordantes affirment que l’infortuné aurait signé un document en lieu et place de son supérieur hiérarchique pour, dit-il, rendre service à un collègue. Conséquence, le directeur général se saisit de cette gaffe qu’il n’hésite pas à qualifier de «faute lourde». Pire, Mohammed Ghelala en fait un motif de licenciement. Ce qui provoque immédiatement un tollé. Réponse du berger à la bergère, les délégués du personnel crient au «licenciement abusif». L’affaire passe à l’Inspection du Travail, au ministère du Travail avant d’échouer en justice.

    8efebc96800d8db8ad3befff6a4e952a.jpgD’un bras de fer né d’une grève mal digérée par la direction générale qui tenait à la faire payer, tout semble se cristalliser aujourd’hui autour de l’affaire de licenciement non moins mal digéré par un groupe de travailleurs. Mais le hic, c’est que les délégués du personnel sont eux-mêmes divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis des revendications de leur collègue licencié. Cette division semble visiblement profiter au directeur général qui exploite judicieusement la situation en affirmant à notre confrère L’Evénement n°147 du 10 septembre 2008 que: «Le problème ne concerne pas tous les délégués, mais un délégué. Il s’agit notamment de Francis Ouédraogo qui a été justement dénoncé par ses collègues.» Francis Ouédraogo serait-il effectivement lâché par ses collègues comme l’affirme le DG? Quel intérêt auraient-ils à le faire?

    Ce n’est pas chercher des poux sur un crâne rasé que de soumettre ces questions à l’épreuve d’un fait qui a été savamment orchestré le 10 septembre dernier. Ce jour-là, la compagnie devait recevoir un nouvel avion que le DG et le président du conseil d’administration étaient allés chercher en Italie. Tout a été apparemment bien organisé pour que le personnel réserve un accueil digne des grands jours à l’appareil. Ce qui est, somme toute, normal pour cette compagnie qui acquérait son 2e avion nécessaire à la fluidité de ses dessertes. Mais au-delà de l’accueil, il y avait une véritable démonstration de force: celle de prouver à l’opinion que les travailleurs d’Air Burkina sont unis et mobilisés autour de leur staff. La mise en scène a été parfaite, puisque «presque tout le monde était là», s’était réjoui un travailleur. Et lorsque nous avons demandé au DG comment il gère la crise qui secoue sa compagnie, il n’est pas allé par quatre chemins pour répondre: «Une compagnie qui est en crise n’amène pas un nouvel avion.» Comme pour marquer un point supplémentaire sur ses détracteurs, il note que «La présence du ministre des Transports - qui était effectivement présent à l’aéroport, ndlr - est la preuve du soutien que le gouvernement apporte à Air Burkina. Je l’ai accueilli avec beaucoup d’émotion». Qui a dit que le torchon brûlerait entre Ghelala et les autorités burkinabè? Qui veut la tête de Ghelala comme un trophée de guerre?

    Cette autre question délicate mérite d’être posée. Surtout que, dans le déballage auquel on assiste, la plupart des griefs semblent se concentrer autour de la gestion du DG. Aurait-il effectivement perdu le contrôle d’Air Burkina, comme certaines langues semblent le distiller? S’il est vrai que la compagnie traverse sérieusement une zone de turbulences, pourquoi les délégués du personnel et le conseil d’administration hésiteraient-il à panser la plaie avant qu’il ne soit trop tard? Pourquoi les délégués du personnel ont-ils peur de poser le problème de leur outil de travail à visage découvert?

    Eu égard à toutes ces questions qui ne font qu’enfler la guéguerre, il y a peut-être lieu de percer définitivement l’abcès. Cela y va de l’intérêt d’abord du personnel et de la direction générale qui ne font que subir le contrecoup d’une mauvaise publicité et aussi des autorités burkinabè, notamment du ministère des Transports qui, quoi qu’on dise, détiennent toujours une part non négligeable de 14% dans les actions d’Air Burkina qui arbore, de surcroît, les couleurs nationales. 

     

  • Burkina: un remaniement de tous les suspens

    13a9e2b4ba1dd6e075c702320d10df02.jpgEn principe, Testicus Zorro serait en train de mettre la dernière main à la composition de sa nouvelle équipe. Ce ne serait qu’une question de temps pour qu’il lâche au grand jour les Tertius’ boys que tout le monde semble attendre désormais. En tout cas, les rumeurs qui bruissent de toutes parts sont si fortes qu’on se demande si ce n’est finalement pas le Blaiso qui veut faire durer le suspense en mettant encore les pieds sur le nouveau prochain gouvernement.

    Selon des sources bien introduites, le projet de remaniement n’est plus un secret dans les couloirs des ministères. On en parle tellement que certains croient savoir qui partira et qui restera. Ainsi serait-on sûr du départ prochain du dernier des ministres d’Etat, respacé de l’héritage que Che Yonli a refilé à Testicus. Alain Bédouma Yoda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, serait en train de faire ses valises pour d’autres cieux ou un autre fauteuil - c’est selon. Même Radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville, a déclassé cette information de sa rubrique rumeurs. Les conjectures se poursuivent, par contre, sur la nouvelle destination de Yod’Afro. Ce qui ne devrait pas causer de casse-tête outre mesure. Pour avoir, pendant plus de 12 ans, usé ses cheveux au gouvernement au point de devenir presque chauve, l’ex-patron du RSI et cofondateur du méga CDP ne devrait pas avoir trop de souci à se faire. Après avoir été successivement ministre des Transports et du Tourisme puis du Commerce avant d’atterrir au département de la Santé où il a été fait ministre d’Etat, il est incontestablement l’un des doyens qui a réussi à traverser les gouvernements Kadré Désiré Ouédraogo, alias KDO, Paramanga Ernest Yonli et maintenant Testicus Zorro. Est-ce la longévité qui le pousse aujourd’hui à aller voir ailleurs? Contrairement au shérif du Yatenga qui a dû quitter le navire avec beaucoup de fracas et de tracas, Yod’Afro semble vouloir quitter les affaires avant que les affaires le quittent. C’est tant mieux pour lui. La logique aurait voulu qu’il se prenne un repos bien mérité. Mais la politique a sa logique que la raison ignore.

    Son ‘’cousin’’, Le Lenga Hypocrite, que tous les scandales de routes et de ponts ont paradoxalement bétonné dans son fauteuil des Infrastructures, devrait aussi prendre congés, après plus de 9 ans de naam au gouvernement.

    8e2e0328b129ce10975c3e932749b9ba.jpgJean-Baptiste Compaoré, le très enraciné argentier du gouvernement, serait également sur le point de départ. Aurait-il demandé à aller voir ailleurs ou serait-il simplement dépassé par la gestion de la vie chère qui lui a fait pousser quelques cheveux blancs supplémentaires? Ce proche de la famille présidentielle passe également pour ceux qui ont le plus partagé le naam gouvernemental. Avant d’être ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Finances et du Budget en novembre 2000, il a été Secrétaire général du Premier ministre de 1996 à 2000. Confirmé ministre plein en juin 2002, il aura été longtemps un homme du sérail. A l’instar des autres crocodiles du même marigot, il n’ira pas nécessairement boire ailleurs. Il est probable qu’il reste tout près, ici au Faso, ou ailleurs dans les ambassades encore vacantes ou qui vont l’être par les prochains jeux de chaises musicales qui ne manqueront pas au cours des prochaines semaines.

    C’est, du reste, par ce jeu dont le Blaiso seul tient la manivelle que Calife Diall’Eau, ci-devant ministre d’Etat remanié à la dernière fête de Pâques, serait sur le point d’être le prochain ambassadeur du Faso à Vienne, en Autriche. Apparemment, les choses auraient été calées depuis belle lurette, mais on attendait d’officialiser le point de chute de Béatrice Damiba, désormais ex-ambassadeur, pour positionner Gorba. C’est chose faite à la tête du Conseil supérieur de la Communication (CSC) où Béa remplace Tiao promu ambassadeur à Paris. Et le shérif du Yatenga remplacera donc Béa. Visiblement, les ambassadeurs - anciens et nouveaux promus - ont le vent en poupe. Tout porte à croire qu’ils sont les meilleurs pions sur le damier du Blaiso.

    c0313fe17a588d09f1cddb1c615d0c7d.jpgOn peut aussi croire que la période des vacances sera la plus appropriée pour ce remaniement ministériel. En tout cas, avec les vacances prématurément provoquées à l’Université de Ouagadougou, le front social est si calme que le Blaiso s’est permis le coup de la dernière augmentation du prix du carburant à la pompe. Une mesure qui est tombée comme un terrible coup de massue dans la mare de la vie chère. Comme on pouvait s’y attendre, la réplique des syndicats n’est allée guère au-delà des colonnes des journaux. Rien à avoir avec la grève des transports qui a paralysé Abidjan à l’issue de la dernière hausse des prix des hydrocarbures au pays de Gbagbo. C’est connu. Au Faso, les syndicats n’osent guère sonner la charge sans leurs bras armés naturels que sont les élèves et les étudiants. En l’absence des frondeurs de service, il n’a donc pas été difficile pour le gouvernement de faire avaler la pilule du relèvement du prix du jus.

    Avec une fin d’année scolaire et académique aussi calme, il faut peut-être s’attendre à ce que le Blaiso choisisse d’en profiter pour recadrer le gouvernement. Au cas où il aurait plus de sortants que d’entrants, ce sont les vacances gouvernementales elles-mêmes qui ne seront plus nécessaires. Les nouveaux promus n’auront plus qu’à se préparer pour affronter les angoisses qui ne manqueront pas à la prochaine rentrée des classes.