01.10.2008

Au-delà de l’Urgence, anticiper l’Avenir

Africa.jpgTout ce que soutient le Cours nouveau, c’est que si les tendances négatives et destructrices présentes devaient prospérer sur la moyenne et longue durée, elles ruineraient à coup sûr les efforts gigantesques cumulés par plusieurs générations d’Africains depuis la nuit des temps, et que par suite de cette remarque, les contemporains devraient changer de méthode, d’objectifs et de stratégie hic et nunc, et s’intéresser davantage à la prospective.

Il ne s’agit pas de s’émouvoir de l’existant qui déprime le continent ni de prolonger les courbes des désastres de tous ordres programmés en Afrique, encore moins d’attendre GODOT ou de convoquer l’éclat du passé en guise de talisman ou de fétiche pour conjurer les misères du présent et les nuisances du futur, mais précisément d’établir de nouvelles références et de bâtir une échelle nouvelle des objectifs et des finalités susceptible d’influencer l’Avenir, et, en quelque sorte, d’inverser le cours de l’histoire.

«L’Avenir n’est pas seulement ce qui peut «arriver» ou ce qui a le plus de chances de se produire. Il est aussi, dans une proportion qui ne cesse de croître, ce que nous aurons voulu qu’il fût». De ce fait, «prévoir une catastrophe est conditionnel: c’est prévoir ce qui arriverait si nous ne faisons rien pour changer le cours des choses, et non point ce qui arrivera de toute manière».

Aussi le devoir de penser impose-t-il à l’Africain des Temps modernes de s’interroger sur les risques inhérents au futur dans le but de construire l’Avenir par anticipation, au lieu de se cacher derrière son doigt ou à sombrer dans le délire de l’auto victimisation, de l’auto exclusion ou du narcissisme, autant de manières de fuir les réalités intangibles du moment.

Ce qui nous est réellement donné, en effet, c’est la guerre économique et commerciale entre les différentes puissances impériales pour dominer les marchés et le globe, les sociétés et les cultures, les hommes, l’environnement et le cosmos, singulièrement en Afrique, qui demeure bien plus que le théâtre et l’enjeu des conflits mondiaux qu’un acteur pleinement autonome et responsable, notamment dans le domaine géostratégique, économique et politique.

D’où suit que si c’est bien l’intelligence et son corollaire l’esprit d’entreprendre, qui sont la clé des crises, des mutations et des réformes, il est désormais nécessaire d’aller au-delà du constat et d’honorer le besoin d’Avenir et le souci de futur.

Partant donc de ce vieux principe établi par le doomu ndar (Saint-Louisien) Gaston BERGER, selon lequel «la prospective suppose une liberté que ne permet pas l’obligation à laquelle nous soumet l’urgence», la question dont les Africains ne peuvent pas faire abstraction, sans avouer une carence grave, est celle-ci: Comment concilier les urgences (contraintes qui s’imposent à nous) et qui n’attendent pas et l’Avenir qui ne viendra pas de lui-même, mais doit être construit par un acte libre de volonté et d’imagination ? Poser la question, c’est y répondre.

A moins de vouloir rentrer à reculons dans une Histoire du futur qui sera écrite par les autres, l’Africain devrait scruter l’avenir sans tarder. Si le pré requis minimal est la Liberté (de penser et d’entreprendre ou de rêver le monde présent), il y a lieu de savoir si nous satisfaisons à cette condition. Si pour envisager l’Avenir, il faut être libre, le sommes-nous ? En particulier dans les matières stratégiques comme l’économie et la monnaie, l’enseignement supérieur ou la justice, les relations extérieures.

S’il y a une leçon de SARKOZY à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007, c’est que nous n’aurons pas d’Avenir sans Liberté ni Responsabilité dans tous les domaines, à commencer par ceux de l’économie et de la culture, loin des pièges de l’autosuggestion et des leurres du fraternalisme.

Malick N’Diaye, Sociologue,

Maître de Conférences, FLSH/UCAD

Directeur du C.I.E.R.S.P.

04.05.2007

ATT, un "général-président" comme les autres!

medium_ATT.jpgLe miracle n'a donc pas eu lieu pour l'opposition malienne. Le général Ahmadou Toumani Touré a été réélu à plus de 70%. Même si les candidats malheureux contestent ces résultats à la soviétique, ils doivent se rendre à l'évidence que la démocratie malienne n'est pas allée plus loin que de secréter un "général-président devenu" l'otage d'un système politique dans lequel, des Maliens, visiblement naïfs dans leur grande majorité ont cru qu'il était possible de faire de la démocratie sans opposition. Le faux vrai consensus autour de ATT ne pouvait que produire cette cacophonie électorale à laquelle on assiste ces derniers jours. "Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument".

Jusque-là, seul Nelson Mandela aura prouvé que la seule manière de préserver le pouvoir, c'est de quitter le quitter avant que le vrai pouvoir ne vous quitte. Si le général ATT n'avait résisté à la tentation de revenir au pouvoir, il paraît logique qu'il bénisse aussi toutes supposées fraudes que ses partisans se seraient rendues coupables pour le maintenir au pouvoir. Un pouvoir dont il est devenu, de gré ou de force, l'esclave. Finalement, cet officier qui avait sauvé le peuple malien de la semelle de fer de Moussa Traoré, devient lui-même un général-président comme les autres. C'est-à-dire un timonier national pour qui les électeurs sont prêts à offrir les scores les plus fous. Ainsi va la démocratie en Afrique: un pas en avant, deux pas en arrière.