Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

échangeurs

  • Infrastructures routières comme une épreuve de Sysiphe au Burkina

    d8d8e236d87d1f5926fada5f8d573c8f.jpgHypolite Lingani, ministre des Infrastructures et du Désenclavement, a vraiment du souci à se faire ces jours-ci. Alors que le tout premier échangeur vient d’être enfin ouvert à la circulation, c’est une partie de l’Est du Burkina qui a été déconnecté du réseau routier. Dans l’après-midi de mercredi 25 juin, un pont s’est effondré près du village de Liguidi Malgdem sur la route nationale n° 16 (RN 16), c’est-à-dire l’axe Koupèla Tenkodogo, route du Togo. Compte tenu de la position stratégique de cette voie, on comprend aisément les désagréments et surtout la galère que vivent les camionneurs et les opérateurs économiques suite à l’enclavement momentané.

    Piégés de chaque côté du pont, jeudi 26 juin dernier, de longues files de camions ont dû changer de route pour sauver leurs cargaisons. N’eût été la bifurcation qui passe par la RN 5 via Garango, des milliers de camions se seraient entassés à l’entrée du pont cassé. Jeudi dernier déjà, on pouvait voir une file d’environ 20 km en quelques heures. Il a fallu songer à la déviation citée plus haut pour sauver les meubles. Mais là encore, on n’a pas réussi à tout sauver. Si les camions qui allaient à Ouagadougou - et au Mali pour ceux qui étaient en transit sur le territoire burkinabè - ont pu contourner l’obstacle, ce n’était pas le cas pour ceux qui allaient en direction de Fada N’Gourma et du Niger principalement.

    120 millions pour raccommoder le pont

    La situation du pont étant telle qu’il n’est pas possible de faire une déviation juste à côté, c’est un véritable casse-tête que l’équation du pont de Liguidi Malgdem. Parti pour le constat, le sinistre des Infrastructures et du Désenclavement a commis, sur le champ, la société SATOM pour le raccommodage du pont. Selon les chiffres avancés, l’opération coûtera la bagatelle de 121 millions de F CFA et devra durer environ un mois. Les dommages sont tels qu’il va devoir démolir une bonne partie de l’ouvrage et le reconstruire. Les poutres qui supportent la bande passante semblent avoir été sérieusement atteintes suite aux courants d’eaux qui sont passés sous le pont pendant toutes ces années. La météo ayant prévu de fortes averses pour l’hivernage en cours, il faut même craindre le pire.

    adcc29e4980d3f7bc4f32439bfb6ecce.jpgUn pire qui a même failli arriver jeudi dernier, lorsque les forces de sécurité ont commis l’imprudence de laisser passer une cinquantaine de camions qui venaient de Ouaga et du Niger pour rallier la frontière du Togo. Pensant naïvement que ces mastodontes pouvaient passer sans trop de dommages parce qu’ils n’étaient pas chargés, les dalles ont failli céder complètement. Conséquence: les véhicules légers qui étaient seuls autorisés à traverser, sans leurs passagers, ne pouvaient plus le faire car les dégâts avaient empiré. Les passagers et autres usagers qui étaient obligés de passer obligatoirement par là faisaient la traversée à pied pour rejoindre un autre véhicule qui voudrait bien les amener à Koupèla ou dans d’autres villages environnants. Une petite déviation a été ouverte la semaine passée pour permettre aux petits véhicules de transport de contourner l’obstacle et de continuer ainsi à desservir les populations de la zone.

    Comme on peut le voir, l’effondrement de ce pont crée certainement des désagréments en matière de circulation des personnes et des biens. Sa situation sur une des principales voies d’approvisionnement du pays en provenance du port de Lomé en fait une nouvelle «source de problèmes» pour le Faso. Pour bon nombre de transporteurs, il faut désormais compter avec un rallongement du trajet habituel. Au lieu de faire Ouagadougou-Tenkodogo frontière du Togo via Zorgho et Koupèla, il va falloir passer par Kombissiri, route de Manga, Garango avant de rallier Tenkodogo. Cette voie n’étant pas prévue pour supporter un trafic composé essentiellement de poids lourds qui se suivent quotidiennement par centaines, il faut craindre des dégâts collatéraux sur la route de la déviation. 

    Le flux de trafic qui est dévié sur la RN16 aboutit curieusement sur le tout premier échangeur ouvert à la circulation depuis dimanche dernier. En plus des camions en provenance du Ghana, le nouvel ouvrage doit donc faire de la place pour ceux en provenance du Togo, et ce pendant toute la durée des travaux de réparation du pont défoncé. Ce sera un bon test de résistance pour la nouvelle infrastructure réalisée à coups de milliards de CFA. Mais dans la course contre le monstre de l’enclavement, tout apparaît aujourd’hui comme une épreuve de Sisyphe.

    Epreuve de sisyphe

     

    8d05652d3319e7fa0957db84c9191f8f.jpgPire, un autre pont aurait cédé sur le même axe, précisément entre Bittou et Cinkansé. Là-bas au moins, on a réussi à faire une déviation juste à côté, mais ce passage provisoire n’est pas des plus aisés pour les gros porteurs obligés de tanguer dangereusement au risque de se renverser avec leurs chargements. 

    Quand un pont se démolit au moment où un échangeur sort de terre, il y a de quoi se demander si le Burkina arrivera à bout de son désenclavement. Le gouvernement peut se targuer d’avoir mis en chantier 3 échangeurs - qui créent d’ailleurs beaucoup de désagréments à des riverains -, mais cela ne résout pas le gros problème d’enclavement de zones entières du pays, surtout en cette période de pluie où la météo annonce de fortes averses sur le Sahel. A défaut de prévoir toutes les dégringolades de ponts qui peuvent survenir, il y a peut-être lieu de procéder à leur audit pour éviter des surprises désagréables telles que celles que subissent les transporteurs sur la RN 16. Autrement, le ministre Lingani et ses techniciens seront constamment obligés de puiser dans l’argent de construction des routes pour faire des réparations à n’en pas finir.