08.06.2009

Pauvre président...à vie

B.jpegTriste fin que celle El Hadj Omar Bongo-Ondimba. Pour avoir voulu être président à vie…il n’a visiblement droit à une mort tranquille. Depuis que la maladie qui le ronge l’a contraint à interrompre ses activités présidentielles, les média internationaux semblent aux aguets pour être les premiers à annoncer sa mort. Cela au grand dam des bonnes vieilles traditions africaines qui voudraient que ce soit la famille éplorée qui porte cette nouvelle sur la place publique. Mais pouvait-il en être autrement pour cet homme qui s’est plutôt fait roi à la tête de la République gabonaise ? A quoi a finalement servi son long règne sans partage de 41 ans ?
On a envie de dire à rien. Sauf à s’imposer à la tête de ce petit pays de l’Afrique centrale qu’il a fini par considérer comme sa propriété privée. Eh oui! Après son accession au pouvoir en 1967, il n’a jamais imaginé faire autre chose que d’être président et le seul président du Gabon. Tout cela lui était tellement monté à la tête qu’il avait oublié qu’il n’était pas éternel. Le grand cirque que jouent ses proches autour de sa maladie n’est-il pas la preuve qu’ils ont du mal à croire que cet homme pouvait disparaître un jour ? Consciemment ou inconsciemment, ils estiment que le peuple gabonais n’a même pas droit à la vérité sur la santé du président. C’était sans compter avec les relais d’informations à l’extérieur.
Très embarrassé par un «président à vie» probablement plus mort que vivant, son Premier ministre doit batailler dur contre les rumeurs les plus folles. Mais jusque à quand ? Ce qui est sûr, c’est que même s’il parvient à protéger le fameux «secret» pendant encore quelques jours, force est de constater qu’«on ne peut pas cacher le soleil avec la main». La mort est un passe obligé, même pour les présidents à vie. "Vanité des vanités, tout est vanité", nous enseigne le sage de la Bible.

18.05.2009

Qui veut la tête du maire de Koubri?

K 1.jpgLe maire de Koubri serait-il devenu persona non grata au ministère en charge des Collectivités locales? Alors que les couloirs du département dirigé par le «très discret» et Clément Pégwendé Sawadogo bruissent de rumeurs sur de présumées difficultés que connaîtrait cette commune rurale, personne n’ose dire tout haut ce que l’on reproche au sieur Félix Compaoré. Et pourtant, l’homme est chargé de tous les péchés. La source de ses problèmes? Une affaire de lotissement suspendu par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD) sur fond de crocs-en-jambe politiciens. Cette initiative, qui devait être un des plus grands projets du tout premier maire élu sous la bannière du Rassemblement pour le développement du Burkina (RDB), est aujourd’hui compromise par une guéguerre désormais béante entre les deux principales forces politiques en présence. Pire, une procédure de révocation du maire serait secrètement en préparation dans le cabinet de Pégwendé. Comment en est-on arrivé là?
Suite à la plainte solitaire d’un conseiller municipal - distillée dans les colonnes de certains confrères -, une première mission de contrôle du MATD s’est déportée, en août 2008, à Koubri pour décortiquer des fils d’allégations de «mauvaise gestion» qui étaient faites contre le maire. Hospitalisé suite à une piqûre d’abeilles, celui-ci n’avait pas pu être entendu par les fins limiers de l’inspection du ministère. Le ministre Clément P. Sawadogo a été obligé de diligenter une deuxième inspection, un mois plus tard. Comme si tout cela ne suffisait pas pour dissuader le maire, une troisième mission a été envoyée en février 2009 à Koubri pour «investigation complémentaire». Des accusations de mauvaise gestion pour lesquelles la machine de contrôle a été mise en branle, l’édile s’est vu progressivement coincé par les limiers sur le dossier très sensible du lotissement qui était en cours. La mission d’inspection a rejeté comme non conformes des justificatifs de dépenses dont le montant varie entre 3 et 4 millions. Pour en avoir le cœur net, celle-ci a transporté les registres de recensement de Koubri dans les bureaux des inspecteurs du MATD afin que ceux-ci fassent toutes les vérifications qu’ils souhaitaient. Croyant ainsi prouver sa bonne foi, le responsable local va se voir «confisquer» les registres sous prétexte d’une mesure de suspension qui serait toujours en cours contre l’opération de lotissement.
Mais de mesure, il n’y en a pas, en dehors d’un message radio que le ministère a transmis au préfet de Koubri invitant les acteurs du lotissement à observer une suspension provisoire en attendant la validation officielle du processus. Que cet arrêt momentané vienne à courir encore aujourd’hui, Félix Compaoré et ses camarades du RDB n’y voient que la main cachée de leur adversaires politiques qui tireraient les ficelles jusqu’au MATD. Pour eux, la succession des inspections de contrôle, qui a aboutit finalement au blocage du lotissement, ne vise ni plus ni moins qu’à jeter des peaux de banane sur la route de l’exécution du Plan de développement communal adopté par le conseil municipal. Les bagarres qu’il y avait eu en septembre dernier entre les partisans du maire Félix Compaoré et ceux du conseiller frondeur Jérôme Zangré du CDP auraient-elles quelque chose à voir avec les péripéties actuelles?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les déboires actuels de l’édile de Koubri sont liés à une équation politique qu’il avait cru voir se dissoudre au fil du temps. Surtout que sa formation politique, le RDB, est de la mouvance présidentielle, donc coépouse du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le gigaparti au pouvoir. Pour avoir remporté les municipales de 2006 avec 27 conseillers municipaux contre 23 pour le CDP et 1 pour l’ADF/RDA, Félix Compaoré et ses camarades disposaient d’une majorité assez confortable pour imprimer leur marque dans la gestion de cette commune rurale qui se trouve aujourd’hui être la seule à échapper au parti au pouvoir dans la région du Centre. Mais c’était sans compter avec la volonté de certains de ses adversaires de lui mettre les bâtons dans les roues. Au regard de l’évolution de la situation, le conseiller Jérôme Zangré doit boire du petit lait en apprenant que le maire ne sait pas où donner de la tête pour récupérer ses registres de recensement afin de continuer le lotissement. S’il est vrai que ce bonhomme avait toujours manœuvré pour que son adversaire de maire morde la poussière, force est de constater qu’il peut tout aussi se réjouir de ce que le MATD a quelque peu réalisé son rêve. Quant au maire, il peut tout aussi considérer que les missions de contrôle du ministère ne sont pas aussi neutres que cela. D’ici à penser que le ministre K 2.jpgClément P. Sawadago ne pourrait rien refuser à son parti et qu’il serait manipulé par le CDP qui voudrait, à tout prix, faire échec aux actions du RDB à Koubri, il n’y a qu’un pas. Mais où met-on les intérêts des populations de cette commune rurale? Que fait-on de la crédibilité du processus de communalisation pour laquelle le Burkina joue son image avec ses partenaires techniques et financiers?
Sans prendre parti pour le maire ou pour le collège des inspecteurs du MATD, il importe de relever que la gestion des communes rurales, en l’occurrence, se trouve fragilisée par le fait qu’elle peut être facilement prise en otage par des guéguerres inutiles de partis politiques au grand dam des véritables enjeux de développement. Au regard des nombreuses reculades qu’on observe ici et là à cause de ces «blocages» qui coûtent des centaines de millions à l’Etat, il importe certainement de recadrer le poids des nuisances politiciennes dans les communes rurales. Il en va de la salubrité publique, et donc d’une saine démocratie à la base. Pour le cas présent de Koubri, le ministre Clément P. Sawadogo et ses inspecteurs gagneraient à expliquer clairement à tous les acteurs les tenants et les aboutissements de la fameuse mesure de suspension de l’opération de lotissement à Koubri. Cela aura l’avantage de situer les uns et les autres et surtout d’éviter que la rumeur prenne le pas sur la vérité, et d’éviter ainsi les vilaines suspicions qui se sont emparées du conseil municipal de cette commune qui ne demande qu’à se développer dans la sérénité.

26.03.2009

Péché politique originel

Après l’euphorie du vrai faux coup d’Etat qui a installé le jeune Andry Rajoelina, alias TGV, au pouvoir, voici qu’une turbulence politique plane sur la grande île. Contraint à la démission, le désormais ex-président Marc Ravanomalana ne s’avoue pas hors jeu de son exil au Swaziland. Les démonstrations de forces auxquelles on a assisté ces derniers jours de ces partisans est un mauvais présage pour ce pays classé parmi les plus pauvres au monde.
Andry.jpgLorsque les démons se mettront en branle, il ne faudra surtout pas compter sur la communauté internationale encore Gnass.jpgmoins sur l’Union africaine impuissante et foncièrement incapable de faire respecter la légalité et la légalité dans quelque Etat que ce soit. En fait, sur ce continent «béni des dieux» mais trahi par ses fils, le coup d’Etat est un péché originel. Et Andry Rajoelina n’a fait que perpétuer cette maudite tradition à Madagascar. Certains puristes politiques s’offusquent du fait que le président autoproclamé, âgé seulement de 34 ans, serait trop jeune et trop petit pour le trône. Soit. Mais n’est-ce pas avoir la mémoire trop courte qu’il devrait avoir un âge requis pour faire un coup d’Etat en Afrique ?
Si l’on en croit l’authenticité de sa date de naissance –officiellement le 26 décembre 1935-, le tout premier putschiste africain avait à peine 30 ans. Le sergent-Chef Etienne Eyadéma Gnassingbé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait liquidé le président Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963 au Togo. Ce péché originel n’a jamais fait l’objet d’aucune sanction sérieuse, puisque ce putschiste a même bénéficié d’un pouvoir à vie qui a duré 38 longues années. 46 ans, l’Afrique continue de traîner ce péché originel comme une véritable malédiction. Faut-il en rire ou en pleurer ?

20.01.2009

La justice pouvait donc pêcher de gros poissons au Burkina

K 1.jpgL’année 2009 sera-t-elle enfin celle de la justice au Burkina? Ventre mou de l’arsenal institutionnel du Faso, l’appareil judiciaire n’a pas moins marqué un point de nature à convaincre, en ce début d’année, par la mise en examen de Salif Ouédraogo, alias Kossouka, P-DG de la holding Nesko S.A. Considéré comme le présumé commanditaire de la tentative d’assassinat du représentant de la British American Tobacco (BAT), ce jeune homme d’affaires - «milliardaire à seulement 34 ans» selon le quotidien L’Observateur paalga - que l’on dit très introduit dans les hautes sphères du pays semblait, jusque-là, intouchable dans cette affaire. Pour ceux qui en doutaient, il en a même donné la preuve à travers une interview qu’il a exclusivement accordée à notre confrère précédemment cité et dans laquelle il clamait haut et fort son innocence. Il est même allé jusqu’à défier toutes les mauvaises langues qui l’avaient voué aux gémonies sans l’avoir entendu. Et patati, et patata.
À parcourir sa très longue confession au «doyen des canards» du Burkina, il semblait si sûr de lui qu’on ne pouvait pas imaginer qu’il passerait ne serait-ce qu’une nuit en prison. Morceau choisi dans les propos publiés: «Quel intérêt pourrais-je avoir dans l’assassinat de ce pauvre monsieur? Voici un film de mauvaise qualité, tissé sur la base d’un mauvais scénario: quelqu’un va à la gendarmerie, affirme gaillardement avoir été envoyé pour assassiner quelqu’un, monsieur Bandjan en l’occurrence, et cela suffit pour que l’on fasse de moi le commanditaire, voire le coupable. On est où là! On est quand même dans un Etat de droit!» Cette profession n’a apparemment pas convaincu la juge d’instruction.
K 2.jpgIronie du sort, à la surprise générale, c’est le même journal qui semblait l’absoudre de tous les soupçons portés contre lui qui a été le premier à annoncer, le mardi 6 janvier dernier, que «Selon des sources concordantes, Salif Kossouka Ouédraogo, patron de la holding Nesko, a été entendu hier (lundi 5 janvier) par la juge d’instruction Rose Ouédraogo, qui a décerné un mandat de dépôt contre lui. Aussitôt, il a été déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco)». Qu’est-ce qui a bien pu provoquer ce retournement de situation? Les commentaires vont bon train sur radio Koulouba, la FM la plus écoutée à Simonville. Pour ce qui est des mobiles et motivations officielles, la justice préfère faire durer le suspense. Et c’est de bonne guerre.
En tout cas, le simple fait de la mise en examen du ‘’tout-puissant’’ homme d’affaires semble parler de lui-même. La plupart des observateurs du marigot politico-économique du Faso s’accordent à reconnaître que cet acte judiciaire a été retentissant dans ce pays où on avait fini par croire que la prison n’était faite que pour les «petits délinquants et autres voleurs de poulets, de bicyclettes et de charrettes».
C’est vrai que l’incarcération de Salif Kossouka n’est que provisoire et entre dans la marche normale de la procédure judiciaire. Cela ne fait aucunement de lui ni le commanditaire, encore moins le coupable de la tentative d’assassinat. Mais dans un environnement où certains citoyens se croient si facilement au-dessus de la loi parce qu’ils ont le pouvoir politique, économique et autre, une telle affaire fait nécessairement du bruit et beaucoup de bruit. D’aucuns vont jusqu’à croire que la «tache de la prison est indélébile» et que celui qui a fait la prison, même pour quelques heures, est comme déshonoré et donc déchu de son aura. Il s’agit là d’une superstition qui vaut malheureusement son pesant dans une société ignorante des préceptes et des arcanes de l’État de droit.
K 3.jpgAu-delà de toutes ces considérations qui fusent autour de l’affaire dite de Salif Kossouka, c’est la justice burkinabè qui semble redorer quelque peu son blason avec une nouvelle jurisprudence, celle de décerner un mandat de dépôt contre un môgô puissant du monde des affaires. En tout cas, l’arrestation du P-DG de Nesko n’est pas sans rappeler l’affaire des «malversations financières aux services des douanes». Le substitut du juge d’instruction commis à ce dossier avait cru nécessaire de mettre le DG des douanes sous mandat de dépôt, c’est-à-dire le mettre au frais à la Maco pour les besoins de l’enquête. Mais la manœuvre n’a pas abouti. L’inculpé a été ôté de justesse des griffes des gardes de sécurité pénitentiaire qui attendaient pour l’embarquer. L’affaire a fait grand bruit en son temps. Des langues fourchues n’ont pas hésité à parler de «justice à deux vitesses», de «deux poids deux mesures» ou encore de «juges aux ordres». Faut-il applaudir aujourd’hui la même justice pour avoir foutu le tout-puissant homme d’affaires en prison? Evidemment non.
Dans ce cas comme dans l’autre, les avis sont partagés et les intérêts aussi. Il faut savoir raison garder et «laisser la justice suivre son cours» comme les magistrats aiment à le dire. La principale leçon à tirer de l’épisode en cours, c’est que si le P-DG de Nesko et le DG des douanes peuvent être considérés comme des moutons de la même prairie, ils n’ont apparemment pas le même prix. Le premier a clamé son «innocence» dans les colonnes de notre confrère L’Observateur paalga, mais cela n’a pas empêché la juge Rose Ouédraogo de le cueillir et de le mettre au frais. On a également eu droit à une sortie médiatique du patron des douanes - jusque-là très réservé - qui a déclaré au quotidien Sidwaya être «blanc comme neige». Mais comme on peut le voir, la profession de foi dans un journal ne peut pas être un gage d’innocence. Il n’y a que la justice qui puisse percer cet autre abcès.

10.12.2008

Et si Blaise (re) modifiait la Constitution?!

Tandja.jpgDepuis l’an 2000, 8 pays d’Afrique ont déjà modifié leur Constitution pour sauter le verrou de la limitation de mandat. Au Niger voisin, les partisans du président Mamadou Tandja, constitutionnellement en fin de mandat, font des pieds et des mains pour le scotcher au pouvoir. Pour cela, il leur faut, évidemment, donner des coups de canifs à la Loi fondamentale, notamment en son article qui limite le bail présidentiel à un mandat renouvelable une et une seule fois. Après presque 10 années passées à la tête de l’Etat, l’actuel homme fort est presqu’en bout de piste. L’impératif constitutionnel veut qu’il débarrasse le plancher en 2009.

Au regard de l’acharnement des groupes acquis à l’«éternisation» de Tandja au pouvoir, il est fort à parier que celui-ci ne résistera pas à la tentation. Et cela au grand dam de cette célèbre réputation qui fait du Niger l’un des pays les plus pauvres du monde, mais l’un des pays africains qui jouent la carte de la démocratie à fond. Tandja va-t-il mettre le pied dans ce plat qui est l’une des grandes fiertés de ses compatriotes? Rien n’est moins sûr.

ATT.jpgChez l’autre voisin de l’ouest du Burkina, on prête les mêmes velléités de tripatouillage à Amadou Toumani Touré, alias ATT. L’officier supérieur de l’Armée qui avait osé mettre un terme à la dictature meurtrière de Moussa Traoré serait-il en passe de ralentir l’élan démocratique du Mali? A en croire les intentions et autres appels de pied qui font rage sur les bords du Djoliba, ses partisans seraient prêts à tout pour qu’il brigue un 3e mandat, en 2012. Même si l’échéance semble encore lointaine, ce serait un recul démocratique, si on en arrivait là. Du reste, ce serait remettre en cause la nouvelle voie d’alternance grâce à laquelle son prédécesseur, Alpha Omar Konaré, s’est contenté d’un mandat renouvelé une seule fois et conformément à la prescription de la Constitution. Si ATT venait à succomber à la tentation, il faudrait chanter le requiem de cette démocratie malienne arrachée de haute lutte par des jeunes qui avaient investi leurs vies pour s’ouvrir une nouvelle ère politique.Konaré.jpg

Comme on peut le voir, les balises constitutionnelles ne semblent pas suffisantes pour contenir la «boulimie du pouvoir» des chefs d’Etat. Quand on sait que les Parlements sont unicolores dans la plupart des pays où sévit l’épidémie du révisionnisme, tout porte à croire que la Constitution n’est plus une garantie solide pour la démocratie.

Il suffit que le président régnant éprouve le désir de s’éterniser pour trouver des sbires prêts à faire sauter les verrous. Curieusement, cela n’émeut pas outre mesure la ‘’communauté internationale’’. Au nom de la soi-disant souveraineté des Etats, tous les coups sont permis. Tant pis si cela débouche sur des élections contestées ou des cohabitations impossibles, comme c’est le cas au Zimbabwe où, à force de vouloir s’agripper au fauteuil Mugabe.jpgprésidentiel, Robert Mugabe est devenu une calamité et la source de tous les malheurs de son peuple. Malheureusement, le messianisme présidentiel a encore la peau dure sous les tropiques. Lorsque ce n’est pas le président lui-même qui se prend pour le «messie», ce sont des courtisans très intéressés qui finissent par le considérer comme tel et le poussent à pousser des racines au pouvoir.

Chavez.jpgAvec l’appel lancé à son peuple par le président vénézuelien, Hugo Chavez, pour la modification de la Constitution de son pays en vue de rester aussi longtemps qu’il voudrait au pouvoir, on peut se consoler de relever que le révisionnisme n’est pas qu’africain. Mais si Chavez réussissait son coup, cela risquerait fort de conforter beaucoup de chefs d’Etat africains qui l’ont devancé sur ce terrain et inspirer les autres qui n’osent pas jusque-là pousser ouvertement le bouchon. Le Burkina Faso serait-il de ceux-là?

Théoriquement, une révision de la Constitution pour assurer une présidence sans limitation à Blaise Compaoré peut apparaître comme un forcing de trop. Surtout que la modification de l’article 37 en 1997 s’est révélée comme une erreur politique qu’il a fallu corriger en 1999, suite aux recommandations du Collège de Sages mis en place après le drame de Sapouy. Quand on sait que ce dossier n’est pas encore soldé et que ceux qui demandent justice pour le journaliste Norbert Zongo et ses compagnons ne lâchent pas l’affaire, on peut croire que personne ne tentera de «remuer le couteau dans la plaie». Si l’intention venait à s’afficher clairement, comme le susurrent certaines langues en privé, y aurait-il des garde-fous pour arrêter la vague déferlante? Peut-on empêcher cette idée de germer et de tenter de se concrétiser dans le contexte sociopolitique actuel? Telles sont les questions apparemment anachroniques, mais qui ne méritent pas moins d’être posées.

Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’à l’Assemblée nationale le gigaparti au pouvoir dispose d’une majorité suffisamment confortable pour susciter et entretenir la tentation d’un révisionnisme. Le plus difficile serait peut-être le choix du moment favorable pour lancer le ballon. Cela peut paraître assez délicat pour les députés majoritaires et mouvanciers dont certains hésiteraient à porter le chapeau d’un tel acte. La voie royale serait le référendum en vue d’un parapluie de légitimité plus large. Or, en matière de mobilisation sociale et politique, les partisans du Blaiso national ont non seulement le vent en poupe, mais rien ne semble s’opposer à leur volonté de ratisser le plus large possible. Les dernières démonstrations de force de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Blaiso.jpgCompaoré (Fedap/BC) ne sont-elles pas la preuve que cette organisation, dite de la société civile, est capable de damer le pion aux partis politiques sur le terrain? Forte de l’adhésion des chefs coutumiers qui comptent et des organisations de masse qui pèsent, elle semble détenir le levier qui peut faire basculer la balance au profit des mots d’ordre qu’elle viendrait à lancer. Avec le soutien de ce mouvement, Blaise Compaoré est presque sûr de planer sur la prochaine présidentielle de 2010, encore plus haut qu’il l’a fait en 2005. Pour ne pas attendre son dernier mandat pour s’aménager le boulevard de Kosyam à vie, il pourrait même le faire dès 2009.

En effet, que ce soit par le biais de l’Assemblée ou d’un référendum, ce n’est pas l’opposition piégée par sa minorité au parlement et minée par des querelles intestines qui l’y empêcherait. Va-t-il franchir le pas? La suite des événements nous situera.

13.11.2008

Il faut scanner l'hôpital national

H 1.jpgLa yalgadose - entendez la malgouvernance de l’hôpital national Yalgado-Ouédraogo - serait-elle devenue une maladie chroniquement incurable? Depuis quelques mois, le principal et unique centre de référence que compte le Burkina souffre d’un “cancer” aigu du fait d’une panne profonde de ses scanners. Une panne qui ne serait pas due à un accident ou à un incident imprévisible, mais à un dysfonctionnement dans l’entretien de cet appareil acquis à coups de milliards et qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître dans un pays qui était supposé prendre toutes les précautions en la matière, personne n’est en mesure de délivrer Yalgado de cette paralysie préjudiciable aux nombreux patients qui, faute de diagnostic approprié, sont obligés d’aller voir ailleurs ou de prendre leur mal en patience, ou, tout simplement, de trépasser. Jusqu’à quand ?

Pour les usagers de l’hôpital national, cette situation désastreuse n’a que trop duré. Mais pour cette fois, le désastre ne touche pas moins le moral du nouveau directeur général de l’institution. Ce qui est assez rare. Mais comme dirait le raggaeman ivoirien Alpha Blondy, «tout change, tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas». Quoi donc de plus normal que le Dr Lansandé Bangagne se fende d’une lettre pour dénoncer les «mauvaises prestations» de Siafco, la société chargée de la maintenance des scanners en question. Probablement las d’attendre une réponse convaincante de la part de son interlocuteur, le DG s’est même senti obligé de distiller une copie de sa missive, avec une copie de chèque à l’appui. Comme pour prendre l’opinion à témoin et laisser, par la même occasion, épancher son profond désarroi. Malgré le fait que ce dernier dit avoir «violé» les procédures en la matière pour faire une avance «de 50 % de leur facture proforma pour l’achat des pièces de rechange», c’est toujours le fiasco au niveau de Siafco. En clair, le maintenancier a encaissé les sous, mais il ne s’exécute guère. Pire, il ne se foule pas la rate pour dire pourquoi il est dans l’incapacité ou dans l’impossibilité de s’exécuter. Pourquoi ce silence radio? Mystère et boule de gomme.

Selon toute vraisemblance, les termes du contrat entre la société américaine, General Electric Healthcare, fournisseur des scanners, et son “soi-disant” représentant Siafco, ne sont pas des plus clairs. Le flou qui a prévalu à la transaction n’a pas tardé à déteindre négativement sur la maintenance préventive des précieux et délicats appareils médicaux que sont les scanners. Qui sont ceux qui ont ficelé ce dossier qui est à l’origine de tous les problèmes d’aujourd’hui? C’est la question que le nouveau DG de Yalgado semble éviter soigneusement de poser.

H 2.jpgIl lui est probablement loisible et judicieux de s’attaquer publiquement à la défection de Siafco et par ricochet à son partenaire américain. Mais le hic dans cette rocambolesque affaire, c’est que le Dr Bangagne semble s’attaquer à des moulins à vent. D’une part, la société mise en cause est basée à Abidjan et, d’autre part, le dossier de l’achat des scanners a été monté, en son temps, par la Direction des affaires administratives et financières (DAAF) du ministère de la Santé et non par la direction générale de l’hôpital Yalgado. En plus, l’opération s’est faite avec les prédécesseurs de l’actuel DG, qui n’a pris fonction qu’en septembre dernier. Alors question: pourquoi se croit-il obligé de forcer les procédures de décaissement pour payer une avance à la société Siafco, sans d’abord chercher à comprendre le brouillard qui entoure le contrat de maintenance des scanners? La DAAF du ministère de la Santé se serait-elle désintéressée du dossier au point que le Dr Bangagne se retrouve seul à se débattre, aujourd’hui, comme un beau diable dans un bénitier? Ce dernier serait-il agacé au point de publier la fameuse lettre de protestation auprès de Siafco dans la presse, sans consulter apparemment son ministre de tutelle?

Selon des sources concordantes, les relations entre la société américaine General Electric Healthcare, propriétaire de la marque GE, et son partenaire africain Siafco, ne seraient pas au beau fixe. A l’origine de ces déboires, des difficultés de recouvrement de créances dues à la première par la seconde. Puisque, «quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», l’hôpital Yalgado serait-elle donc une victime collatérale ?

Cela est fort probable. Mais il n’est pas exclu que les dysfonctionnements prennent d’abord leur source dans une transaction bien montée, mais mal ficelée au finish. C’est un secret de Polichinelle de relever que dans ces marchés de milliards, les intermédiaires et les négociants sont tellement rompus dans l’art de verser des commissions qu’ils sont prêts à disparaître au moindre pépin. Ceci peut aussi expliquer le fait que le DG de Yalgado se retrouve à vouloir résoudre un problème qui semble dépasser visiblement ses seules prérogatives.

Le “cancer” causé aujourd’hui par la panne des scanners est plutôt révélateur d’un dysfonctionnement auquel le ministère de la Santé, pour ne pas dire le gouvernement, gagnerait à s’attaquer. Il faut mettre au clair ces affaires qui mettent à mal la gouvernance, surtout lorsqu’elle touche un domaine aussi délicat que stratégique, comme celui de la santé. A quelque chose malheur est peut-être bon: c’est une bonne épreuve pour le pasteur Testicus Zorro et son Autorité de contrôle de l’Etat.

24.10.2008

Education des filles: lourdes sont encore les pesanteurs cul-turelles

E 3.jpgAlors que les échanges allaient bon train et que la parole était accaparée, comme d’habitude, par des hommes qui la prenaient chacun à son tour, personne ne pouvait s’imaginer que dame Djingri Lankoandé en avait gros sur le cœur. Elle aurait pu se taire, comme la plupart des femmes. Mais, en tant que membre actif de l’Association des parents d’élèves (APE), elle s’en voudrait de ne pas révéler cette situation tristement embarrassante qui est celle de l’école de la petite bourgade de Pantaloana, dans la province de la Gnagna. Une école qui n’est plus comme les autres, surtout depuis qu’elle a été visitée par le chef de l’Etat en personne. Son école à elle devrait donner l’exemple; mieux, elle devrait être l’exemple. C’est pourquoi elle a osé briser la glace. Ce devant le parterre de techniciens du ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (Meba), du maire de la commune rurale et surtout des hommes et femmes de médias présents ce jour-là dans le village, le 13 octobre dernier pour le lancement d’une caravane de presse en faveur de «l’accélération de l’éducation des filles» sous l’égide du Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (Rejced). L’occasion était tout aussi belle que délicate.

E 2.jpgMais la brave dame ne s’est pas embarrassée de protocole, encore moins de pudeur. A la question de savoir quelles sont les difficultés qui entravent l’accès et le maintien des filles à l’école, elle a choisi d’aller à un cas concret et très “bandantif”, comme on le dit dans le jargon journalistique. Elle a trouvé inconcevable qu’un maître enceinte une élève de l’école primaire de Pantaloana. Elle a pris son courage à deux mains et a brisé la glace devant tout le monde. Quitte à frustrer les autorités qui auraient voulu qu’on ne parlât que du bien, en ce jour où tous les regards étaient une fois encore tournés vers cette bourgade et que les oreilles indiscrètes des journalistes allaient impitoyablement capter le scandale et l’amplifier dans leurs organes de presse respectifs.

Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration d’une dame visiblement sereine et sûre de son coup a fait l’effet d’une bombe. Mais le directeur provincial de l’enseignement de base et de l’alphabétisation (Dpeba) a tout aussi sereinement saisi la balle au bond. Loin de réprimander, même par le regard, dame Lankoandé, il s’est plutôt réjoui que ce problème n’ait pas été étouffé. Mieux, si on a senti la nécessité d’en reparler, c’est la preuve qu’il n’a pas été résolu, comme il se doit. Apparemment au parfum de l’affaire, il a une fois encore renvoyé la solution au sein des structures chargées de la gestion de la vie scolaire. Vont-ils aller jusqu’au bout? La balle est désormais dans leur camp.

E 1.jpgProfond était l’embarras du représentant de la Direction de la promotion de l’éducation des filles (DPEF) et celui du maire de la commune rurale de Bilanga. Théoriquement, le Meba dispose d’une structure locale d’alerte sur ce genres de situation. Comme l’a relevé Mme Lankoandé, «c’est la dénonciation qui manque le plus». Qui plus est, dans une petite bourgade où tout le monde connaît tout le monde, il faut avouer qu’il n’est pas toujours aisé de franchir le pas. Mais il est aussi éthiquement inadmissible de sacrifier l’éducation des jeunes filles à la libido mal maîtrisée d’enseignants. Aucune sanction n’a été proposée ou prise à l’encontre du maître-enceinteur dont l’identité n’a d’ailleurs pas été révélée. Mais il faut croire que cette affaire ne restera pas sans suite. En tout cas, Mme Djingri Lankoandé a pris sa part de responsabilité. Mieux, elle a mis la communauté face à la sienne. Il faut espérer qu’elle n’a pas pris ce risque pour rien.

Car, son souci, il faut le croire, n’était probablement pas de jeter l’opprobre sur l’enseignant ou sur ses concitoyens qui, eux, ont choisi de garder le silence. On peut s’imaginer que depuis que le Blaiso est allé à Pantaloana, en janvier 2003, pour y lancer un message fort en faveur de l’éducation de base en général et de l’éducation des filles en particulier, cette localité est devenue une sorte de symbole. Elle a été incontestablement hissée au mât des écoles satellites qui continuent de faire leurs preuves comme une alternative crédible et pertinente pour booster l’éducation de base au Faso. Parce que ce village a été mis sous les feux de la rampe par la présence mobilisatrice du chef de l’Etat, ses habitants, dont dame Lankoandé, conservent une conscience aiguë de leur responsabilité vis-à-vis des enfants qui sont confiés à l’école. En effet, la petite école de 3 classes que l’on apercevait à peine sur les collines a fait désormais place à un véritable complexe scolaire et éducatif. Celui-ci comporte une école presque normalisée de 6 classes avec 235 élèves, dont 96 filles, un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) d’un effectif de 76 apprenants, dont 42 filles et 34 garçons, un Bisango (garderie d’enfants) de 155 pensionnaires, dont 75 filles et 80 garçons, et un centre de santé qui n’attend plus que l’affectation d’un personnel médical pour être fonctionnel.

E 4.jpgComme on peut le voir, l’éducation des filles a encore besoin d’un coup d’accélérateur. Aussi bien à Pantaloana, où elle est plombée par d’autres maux tels que le mariage forcé et/ou précoce,  que dans toute la région de l’Est et du Centre-Est, où l’échange de femmes ou ‘’lito’’ sévit comme une pratique dans laquelle plusieurs jeunes sont prises en otage dans la province du Koulpélogo.

09.09.2008

Dur sera le requiem de la rebellion ivoirienne

a6a479a3c410fcd059087eee240a37d7.jpgEn visite d’Etat, à la fin du mois de juillet à Ouagadougou, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, était venu annoncer au peuple burkinabè que «La guerre est finie». Mais hélas. Les convulsions auxquelles on a assisté ces dernières semaines au nord du pays prouvent bien que les braises de la rébellion - qui a été à l’origine de la grippe du 19 septembre 2002 - ne sont pas totalement éteintes. La fameuse «Flamme de la paix» n’a visiblement pas encore réussi à réduire la rébellion en cendres.
En effet, si la hache de guerre est enterrée, les ex-rebelles apparaissent toujours comme «un cadavre» mal enseveli. Or, lorsqu’on «enterre un cadavre en laissant ses pieds dehors», il y a de fortes chances de le voir hanter le village. C’est du moins le constat qu’on peut faire à La Léraba, premier village ivoirien après avoir franchi la frontière ouest du Burkina.
Mardi 16 août. 13 heures 30. Le poste frontalier de La Léraba est quasiment désert. Au spectacle de longues files de bus et de camions auquel on assistait avant la guerre - ou le déclenchement de la rébellion si vous préférez - s’est substituée une atmosphère maussade. Inutile d’ajouter que les commerçants et autres vendeurs à la sauvette ont déserté les lieux. Sauf quelques téméraires qui continuent de côtoyer les nouveaux maîtres du coin: les rebelles, qu’on peut toujours distinguer comme tels. Les bureaux de police, de douane, de gendarmerie ont fait place à une seule entité, celle de la rébellion métamorphosée en Forces nouvelles. Sur le mur du seul bâtiment qui y fait office d’administration, on peut lire les initiales FAFN, entendez Forces armées des Forces nouvelles.

Des rebelles en demi-saison
Vous l’avez donc compris. Malgré les fameux Accords politiques de Ouagadougou, la Côte-d’Ivoire est toujours «coupée en deux» et gérée par les deux forces antagonistes, les ‘’rebelles’’ et les ‘’loyalistes’’. Ainsi, ce sont les rebelles qui continuent de régner sur La Léraba. Et ils sont omniprésents, en territoire conquis. Pour les remarquer, on n’a pas besoin de dessin. En dehors de quelques chefaillons habillés en tenues militaires aussi bigarrées que bizarres, les autres ont adopté le demi-saison - pantalon militaire + tee-shirt - et en sandalettes, s’il vous plaît. Les uns errent nerveusement sur la voie, tandis que d’autres sont agglutinés autour du barrage qui tient les passagers des rares véhicules qui passent par là en laisse.
Là aussi, on n’a pas besoin de loupe pour constater que la principale activité de ces «soldats» blasés et visiblement déprimés est le racket systématique de tous ceux qui franchissent la barrière. Ils feignent d’être discrets, mais on les voit bien collecter les «300, 300». Sans compter les «1 000 F» que le chauffeur doit jeter dans la bassine avant d’obtenir le feu vert pour traverser. Après le premier poste, il se heurte à un second baptisé «La centrale». Sur le mur de la guérite qui jouxte la barrière, on peut lire «Douanes». Mais en fait de douane, il n’en n’existe guère. C’est plutôt le racket qui y est consacré comme sport favori. Le pire, c’est qu’il semble constituer la seule source de revenus de ces «jeunes gens» qui n’inspirent pas du tout la sérénité. Leurs regards hagards cachent mal un désespoir certain. L’atmosphère de dépit qui règne dans les lieux n’inspire nullement la quiétude. En tout cas, pas avec ces «Forces nouvelles» blasées et aigries qui ne cherchent visiblement qu’à vous soutirer des sous. Enfin, le racket, ce n’est pas nouveau. C’est un moindre mal, puisque les forces régulières n’en faisaient pas moins avant la guerre.

Rackets permanents
Mais on n’est pas moins déprimé de voir la profonde grisaille dans laquelle le village de La Léraba est piégé. Depuis 6 ans que dure sa traversée du désert, il a été court-circuité de sa principale source d’animation économique et sociale. Comme il n’y a plus de trafic routier, il n’y a pratiquement plus de vie. Du moins, celle que la situation de rébellion lui a imposée n’est guère reluisante. Et cela est aussi vrai pour les rebelles eux-mêmes que pour les villageois. On sent visiblement que cette localité jadis florissante a dû se vider d’une bonne partie de ses habitants. Du reste, ceux qui y sont restés devaient avoir de bonnes raisons de le faire. Les seules activités visibles dans le coin se résument à quelques étals de cacahuètes, de cigarettes, de viandes grillées, de céréales et d’essence frelatée. Dans les buvettes où se rafraîchissaient autrefois les voyageurs, il n’y a plus de boissons fraîches. Les bouteilles de liqueurs frelatées ont pris la place des bières et autres sucreries ivoiriennes dont on raffolait dans ce village. Le buvetier a camouflé les boissons de son stock au fond de sa maison. Aurait-il peur des rebelles qui viendraient à les consommer sans payer? Tout semble possible dans ce bled où l’ordre, la discipline et les humeurs ne respectent plus la logique de la coexistence pacifique. Les habitants de La Léraba doivent avoir le sommeil régulièrement hanté par les sautes d’humeur des ex-rebelles qui ont eux-mêmes perdu l’espoir de maîtriser leur propre devenir.

L’avenir des enfants compromis
Dans cet univers incertain et déprimant, ce sont les enfants qui vont certainement payer le plus lourd tribut. Car, pendant toutes ces années de contradictions politico-militaires, ceux qui ont été contraints de demeurer à La Léraba n’ont guère connu le chemin de l’école. A la question de savoir quelle classe il a fréquentée l’année dernière, un garçonnet d’environ 7 ans, - donc l’âge de la crise ivoirienne - nous a répondu, avec une innocence déchirante: «Je ne vais pas à l’école.» Une réponse qui prouve malheureusement que les dégâts collatéraux de la profonde crise ivoirienne sont bien plus compromettants qu’on ne les imagine. Même si on arrivait à solder les comptes de la rébellion, on redonnera difficilement à cet enfant son passé violé. Avec des avenirs ainsi compris, y compris ceux des enfants, tout porte à croire que dures seront les funérailles de la rébellion.

11.07.2008

Infrastructures routières comme une épreuve de Sysiphe au Burkina

d8d8e236d87d1f5926fada5f8d573c8f.jpgHypolite Lingani, ministre des Infrastructures et du Désenclavement, a vraiment du souci à se faire ces jours-ci. Alors que le tout premier échangeur vient d’être enfin ouvert à la circulation, c’est une partie de l’Est du Burkina qui a été déconnecté du réseau routier. Dans l’après-midi de mercredi 25 juin, un pont s’est effondré près du village de Liguidi Malgdem sur la route nationale n° 16 (RN 16), c’est-à-dire l’axe Koupèla Tenkodogo, route du Togo. Compte tenu de la position stratégique de cette voie, on comprend aisément les désagréments et surtout la galère que vivent les camionneurs et les opérateurs économiques suite à l’enclavement momentané.

Piégés de chaque côté du pont, jeudi 26 juin dernier, de longues files de camions ont dû changer de route pour sauver leurs cargaisons. N’eût été la bifurcation qui passe par la RN 5 via Garango, des milliers de camions se seraient entassés à l’entrée du pont cassé. Jeudi dernier déjà, on pouvait voir une file d’environ 20 km en quelques heures. Il a fallu songer à la déviation citée plus haut pour sauver les meubles. Mais là encore, on n’a pas réussi à tout sauver. Si les camions qui allaient à Ouagadougou - et au Mali pour ceux qui étaient en transit sur le territoire burkinabè - ont pu contourner l’obstacle, ce n’était pas le cas pour ceux qui allaient en direction de Fada N’Gourma et du Niger principalement.

120 millions pour raccommoder le pont

La situation du pont étant telle qu’il n’est pas possible de faire une déviation juste à côté, c’est un véritable casse-tête que l’équation du pont de Liguidi Malgdem. Parti pour le constat, le sinistre des Infrastructures et du Désenclavement a commis, sur le champ, la société SATOM pour le raccommodage du pont. Selon les chiffres avancés, l’opération coûtera la bagatelle de 121 millions de F CFA et devra durer environ un mois. Les dommages sont tels qu’il va devoir démolir une bonne partie de l’ouvrage et le reconstruire. Les poutres qui supportent la bande passante semblent avoir été sérieusement atteintes suite aux courants d’eaux qui sont passés sous le pont pendant toutes ces années. La météo ayant prévu de fortes averses pour l’hivernage en cours, il faut même craindre le pire.

adcc29e4980d3f7bc4f32439bfb6ecce.jpgUn pire qui a même failli arriver jeudi dernier, lorsque les forces de sécurité ont commis l’imprudence de laisser passer une cinquantaine de camions qui venaient de Ouaga et du Niger pour rallier la frontière du Togo. Pensant naïvement que ces mastodontes pouvaient passer sans trop de dommages parce qu’ils n’étaient pas chargés, les dalles ont failli céder complètement. Conséquence: les véhicules légers qui étaient seuls autorisés à traverser, sans leurs passagers, ne pouvaient plus le faire car les dégâts avaient empiré. Les passagers et autres usagers qui étaient obligés de passer obligatoirement par là faisaient la traversée à pied pour rejoindre un autre véhicule qui voudrait bien les amener à Koupèla ou dans d’autres villages environnants. Une petite déviation a été ouverte la semaine passée pour permettre aux petits véhicules de transport de contourner l’obstacle et de continuer ainsi à desservir les populations de la zone.

Comme on peut le voir, l’effondrement de ce pont crée certainement des désagréments en matière de circulation des personnes et des biens. Sa situation sur une des principales voies d’approvisionnement du pays en provenance du port de Lomé en fait une nouvelle «source de problèmes» pour le Faso. Pour bon nombre de transporteurs, il faut désormais compter avec un rallongement du trajet habituel. Au lieu de faire Ouagadougou-Tenkodogo frontière du Togo via Zorgho et Koupèla, il va falloir passer par Kombissiri, route de Manga, Garango avant de rallier Tenkodogo. Cette voie n’étant pas prévue pour supporter un trafic composé essentiellement de poids lourds qui se suivent quotidiennement par centaines, il faut craindre des dégâts collatéraux sur la route de la déviation. 

Le flux de trafic qui est dévié sur la RN16 aboutit curieusement sur le tout premier échangeur ouvert à la circulation depuis dimanche dernier. En plus des camions en provenance du Ghana, le nouvel ouvrage doit donc faire de la place pour ceux en provenance du Togo, et ce pendant toute la durée des travaux de réparation du pont défoncé. Ce sera un bon test de résistance pour la nouvelle infrastructure réalisée à coups de milliards de CFA. Mais dans la course contre le monstre de l’enclavement, tout apparaît aujourd’hui comme une épreuve de Sisyphe.

Epreuve de sisyphe

 

8d05652d3319e7fa0957db84c9191f8f.jpgPire, un autre pont aurait cédé sur le même axe, précisément entre Bittou et Cinkansé. Là-bas au moins, on a réussi à faire une déviation juste à côté, mais ce passage provisoire n’est pas des plus aisés pour les gros porteurs obligés de tanguer dangereusement au risque de se renverser avec leurs chargements. 

Quand un pont se démolit au moment où un échangeur sort de terre, il y a de quoi se demander si le Burkina arrivera à bout de son désenclavement. Le gouvernement peut se targuer d’avoir mis en chantier 3 échangeurs - qui créent d’ailleurs beaucoup de désagréments à des riverains -, mais cela ne résout pas le gros problème d’enclavement de zones entières du pays, surtout en cette période de pluie où la météo annonce de fortes averses sur le Sahel. A défaut de prévoir toutes les dégringolades de ponts qui peuvent survenir, il y a peut-être lieu de procéder à leur audit pour éviter des surprises désagréables telles que celles que subissent les transporteurs sur la RN 16. Autrement, le ministre Lingani et ses techniciens seront constamment obligés de puiser dans l’argent de construction des routes pour faire des réparations à n’en pas finir.

 

12.06.2008

Le commandant Koné Zacharia était donc au Mali

c6b22253713f519486d157eb19b86cdb.jpgAvant de trouver refuge à Ouaga, Zacharia Koné - le désormais ex-Commandant de Zone (Com’Zone) de Séguéla - aurait d’abord transité par Bamako, au Mali. Après l’avoir repéré sur les bords du Djoliba, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, aurait soufflé à son homologue malien de le faire arrêter. Un des hommes du Com’Zone lui a mis la puce à l’oreille et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé sur le territoire burkinabè. Là, également, sa cabale a été de courte durée, puisqu’il a été vite «capturé» par les services secrets burkinabè. Blaise Compaoré, parrain attitré du processus de paix engagé par les protagonistes ivoiriens, n’a aucun intérêt à voir Zacharia gambader dans son pays. En revanche, s’il ne peut pas le cacher ou l’abriter clandestinement, il ne peut pas non plus le livrer aux autorités ivoiriennes qui lui ont jeté l’anathème le 16 mai dernier, l’accusant de «grande indiscipline» et de «sabotage» pour avoir boycotté la cérémonie de désarmements de ses hommes et d’avoir donc défié le Premier ministre qui présidait en personne cet événement majeur pour le retour définitif à la paix.

Le Facilitateur Blaise a réussi à désamorcer les grands énervements qui commençaient à gronder autour de cet incident. Pour l’heure, Zacharia Koné bénéficierait d’une hospitalité sous condition et sous bonne surveillance à Ouaga. Sa situation doit être bien meilleure que celle des Touareg maliens. Personne ne souhaite le voir retourner dans la nature, encore moins aller vadrouiller en terre d’Éburnie.

Toutes les notes