12.06.2008

Le commandant Koné Zacharia était donc au Mali

c6b22253713f519486d157eb19b86cdb.jpgAvant de trouver refuge à Ouaga, Zacharia Koné - le désormais ex-Commandant de Zone (Com’Zone) de Séguéla - aurait d’abord transité par Bamako, au Mali. Après l’avoir repéré sur les bords du Djoliba, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, aurait soufflé à son homologue malien de le faire arrêter. Un des hommes du Com’Zone lui a mis la puce à l’oreille et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé sur le territoire burkinabè. Là, également, sa cabale a été de courte durée, puisqu’il a été vite «capturé» par les services secrets burkinabè. Blaise Compaoré, parrain attitré du processus de paix engagé par les protagonistes ivoiriens, n’a aucun intérêt à voir Zacharia gambader dans son pays. En revanche, s’il ne peut pas le cacher ou l’abriter clandestinement, il ne peut pas non plus le livrer aux autorités ivoiriennes qui lui ont jeté l’anathème le 16 mai dernier, l’accusant de «grande indiscipline» et de «sabotage» pour avoir boycotté la cérémonie de désarmements de ses hommes et d’avoir donc défié le Premier ministre qui présidait en personne cet événement majeur pour le retour définitif à la paix.

Le Facilitateur Blaise a réussi à désamorcer les grands énervements qui commençaient à gronder autour de cet incident. Pour l’heure, Zacharia Koné bénéficierait d’une hospitalité sous condition et sous bonne surveillance à Ouaga. Sa situation doit être bien meilleure que celle des Touareg maliens. Personne ne souhaite le voir retourner dans la nature, encore moins aller vadrouiller en terre d’Éburnie.

28.03.2008

"L'éléphant d'Afrique" ne réssuscitera donc pas en 2008

b1b1877a439c3d603db3359d2b80b4f7.jpgAlors que les chrétiens du monde entier chanteront «Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes qu’il aime», dimanche prochain, jour de Pâques, ceux de Côte-d’Ivoire scruteront désespérément encore le ciel. Après près de 6 ans de désaccords et d’accords de paix, un remède plus toléré a été trouvé à «l’éléphant d’Afrique», avec les compromis politiques signés en mars 2007 à Ouaga. Mais leurs mises en œuvre sont pénibles, voire périlleuses, et le bout du tunnel paraît loin. Les belligérants d’hier, devenus protagonistes de la paix aujourd’hui, se hâtent lentement. Et le pays a du mal à briser définitivement le cercle vicieux d’un lendemain de guerre qui pèse lourdement sur sa vie économique, sociale et politique. Jusqu’à quand la fin de la traversée du désert? C’est la question qui hante tous les esprits, mais plus personne n’ose s’aventurer à donner de délai.

A la vérité, si les Ivoiriens s’efforcent de croire au retour définitif de la paix, il n’en demeure pas moins qu’ils sont habités par une angoisse secrète de perdre, à tout moment, l’accalmie qui s’est installée depuis environ un an. Abidjan, la capitale économique, paraît toujours marquée par les séquelles de cette guerre civile qui ne l’a pourtant pas véritablement frappée, comme Bouaké et les régions de l’Ouest principalement. Mais elle est profondément marquée par la difficile et tortueuse marche vers la paix. Les autorités publiques ont beau débarrasser la ville de certains vestiges des périodes de haute tension telle la présence des militaires et donc des barrages à tous les coins de rue, il n’en demeure pas moins qu’une atmosphère de peur du jaillissement des vieux démons hante les esprits.

L’ambiance de clair-obscur sociopolitique peut même se voir dans les grandes rues jadis bien éclairées, mais aujourd’hui plongées dans le noir à plusieurs endroits. Des immondices d’ordures ménagères entassées au bord des voies dans les quartiers huppés de Cocody et dans le quartier administratif et commercial du Plateau témoignent probablement d’un déficit du service public, mais dégage, au sens propre ou figuré, une odeur de putréfaction à laquelle les populations ont été contraintes de s’accommoder depuis le 19 septembre 2002, date officielle du déclenchement de la crise militaro-politique.

Cela paraît évident. Même à l’étranger de passage, Abidjan a perdu de sa superbe d’antan. Mais l’on est, néanmoins, frappé par l’extraordinaire disposition de cette ville cosmopolite et bigarrée de par les couleurs et les origines de ses habitants à entretenir la flamme de l’optimisme. Ils sont certainement plus nombreux à croire que «ça finira par aller», même si les titres délibérément va-t’en-guerre de certains journaux de la place incitent à croire que le feu de la guerre couve toujours et que «la situation peut se gâter à tout moment».

Mais dans les quartiers chauds de Yopougon - qui abrite la célèbre Rue Princesse - et des Zones 3 et 4 où toutes les folies sont permises, on se réfugie dans les puissants décibels de la fièvre du «Couper-décaler», dans l’alcool et dans le sexe.

85f8e81c4c304bd9fa3ba536101ab821.jpgAu regard des bisbilles politiciennes qui ont ralenti, sinon freiné, l’application de l’Accord de paix de Ouaga, l’année 2008 sera celle d’une nouvelle prolongation de la transition politique. L’organisation d’une élection présidentielle prévue pour juin prochain et dont la tenue aurait constitué un pas décisif vers la sortie de la crise est rejetée dans une incertitude qui provoque une impatience légitime et de la nervosité au sein des états-majors des partis d’opposition. Tout est si flou et ténébreux que la résurrection de l’éléphant d’Afrique ne semble pas être pour bientôt. Et c’est bien triste.

 

Blaise Compaoré «Faiseur de paix» 

L’organisation difficilement envisageable d’élection en juin prochain en Côte-d’Ivoire contraste avec l’optimisme suscité par l’Accord de Ouaga. Il n’en demeure pas moins que la Facilitation du Blaiso apparaît jusque-là comme la médication qui a permis aux principaux protagonistes de la crise de mettre beaucoup d’eau dans leur vin. Certes, les fleurs n’ont pas encore tenu les promesses des graines semées. Mais des personnalités ivoiriennes du monde politique, du milieu des affaires et des médias n’en jettent pas moins, au bord de la lagune Ebrié, des fleurs à «L’enfant terrible de Ziniaré». Comme quoi, même s’il a perdu des cheveux et des kilos dans sa difficile facilitation du processus de paix et de réconciliation des frères ennemis ivoiriens, le Blaiso peut être fier de son costume de «faiseur de paix».

 

La politique rapporte plus que le café-cacao

Plus la crise dure, plus les politiciens au pouvoir et dans l’opposition se sucrent sur le dos des pauvres populations ivoiriennes. Avec un étalage insultant de biens, notamment immobiliers et roulants avec lesquels certains se pavanent, on s’imagine bien pourquoi ils ne sont pas aussi pressés d’aller à la paix. Selon des indiscrétions, des partis politiques auraient engrangé la bagatelle d’un milliard au titre de la subvention de l’Etat. De quoi faire pâlir leurs homologues burkinabè qui, à force de tirer le diable par la queue, ont fini par la lui arracher.

 

Un deal entre Gbagbo et Soro

Tout Abidjan et certains cercles politiques ivoiriens bruissent d’un «accord politique non écrit» entre le président Laurent Koudou Gbagbo et son Premier ministre et chef des Forces nouvelles, l’ex-rébellion. Ce deal consisterait à s’entendre pour freiner de quatre fers l’organisation des élections en vue de prolonger leur bail au sommet de l’Etat. Ainsi, le 1er, que l’on appelle «Le vieux père», conservera les rênes du pouvoir et donc les caisses jusqu’en 2009, voire 2010 - ce qui lui ferait 2 mandats ordinaires. Pendant ce temps, «son Bon petit» continuerait à se remplir les poches... et les panses. Info ou intox. Ce n’est surtout pas dans la bouche du Dromadaire qu’il faut manger votre piment.

 

Abidjan sous «basse surveillance»

Si les forces de défense et de sécurité semblent moins visibles dans la journée, elles n’ont pas totalement disparu des points sensibles de la ville. Tous les jeux de cache-cache suspects ne sont pas pour autant permis. Ils veillent au grain, surtout la nuit et n’hésitent pas à passer au peigne fin les coffres des véhicules ou les sacs à main des pépées. Aux entrées de Yopougon, d’Adjamé, de Port Bouet où se trouvent les fameux «check-points», ils sont néanmoins moins nerveux qu’au plus fort de la crise. C’est peut-être la preuve qu’avec l’Accord de Ouaga, beaucoup d’eau coule plus tranquillement sous les ponts Félix-Houphouët-Boigny et Général-Charles-de-Gaulle.

 

28.02.2008

L'arbre de la "vie chère" ne doit pas cacher la forêt des inconséquences économiques

2a91103219e02b4e7e6c38746118d79f.jpgLe Burkina n’a donc pas échappé aux feux de la flambée des prix. Alors que le gouvernement croyait encore pouvoir gérer la situation par les pansements phraséologiques habituels, il s’est laissé surprendre par un réveil brutal des manifestations à l’ouest et au nord du pays. Comme par hasard, c’est à Bobo-Dioulasso - considérée à tort ou à raison comme la capitale économique - que la fièvre de la flambée a fait le plus de dégâts. Est-ce là la preuve que l’économie burkinabè a mal dans son cœur?

Ce qui est sûr, c’est que cette affaire de vie chère ou de flambée des prix - c’est selon - révèle au grand jour les contradictions de l’économie burkinabè. L’augmentation générale des prix au niveau international ou encore la flambée du baril du pétrole n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Certes, le choc pétrolier est si violent qu’aucun secteur d’activité ne résiste à ses effets pervers, mais de là à remettre tout le prix du baril dans les prix, il n’y avait qu’un pas que les commers escrocs de tout poil ont allégrement franchi. Mais dans le contexte particulier du Burkina, la flambée mondialisée est durement ressentie parce qu’elle coïncide avec la croisade de l’État contre la fraude douanière et fiscale, des pratiques légendaires qui sont devenues un sport national.

En effet, pendant longtemps et pour des calculs électoralistes et politiciens, n’a-t-on pas donné l’impression à certains commerçants et opérateurs économiques qu’ils peuvent tout importer et tout vendre sans payer les moindres frais douaniers, taxes et impôts? Que dire de la grande promiscuité qui règne entre les gros opérateurs économiques et les politiciens qui managent l’appareil de l’État? N’est-ce pas ces mêmes politiciens qui ‘’rackettent’’ à longueur de manifs ces ‘’n’opérateurs’’ économiques? Il est évident que lorsqu’on paie normalement ses impôts, ses taxes et ses charges, on ne peut pas se permettre de ponctionner dans ses caisses pour financer des activités de politiciens comme c’est le cas pour certains. Jusqu’où alors le ministre de l’Economie et des Finances peut-il aller dans sa campagne de rompre avec les pratiques anormales du passé?

Comme on a pu le relever dans le bras de fer entre le gouvernement - devenu subitement rigoureux - et les commerçants impénitents, tout part et revient aux impôts et droits de douanes. C’est justement sur ces deux éléments que se déroule le dialogue de sourds entre le ministère de l’Economie et des Finances et les opérateurs économiques. Visiblement, aucune partie n’est disposée à lâcher du lest, comme on a pu le relever à la rencontre que les ministres en charge du Commerce, de l’Economie et des Finances ont eu avec leurs vis-à-vis lundi dernier à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le gouvernement a beau faire un clin d’œil en donnant un mois de sursis pour les pénalités de dédouanement, ils sont nombreux, les commers, qui pensent que «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé»! Comme on peut l’imaginer, ils veulent que les choses demeurent comme avant, c’est-à-dire sous le règne de la fraude et du débrouiller-brouiller. Le Premier ministre Te$ticu$ Zongo et son équipe peuvent-ils compter sur les responsables des commerçants pour faire entendre raison à ces derniers? Rien n’est moins sûr.

Lorsque El Hadj Oumarou Kanazoé, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’est permis d’appeler les commers au civisme, cela a fait sourire plus d’un. Car c’est justement le civisme fiscal et douanier qui constitue la pomme de discorde et Dieu sait que c’est précisément la chose la moins partagée aussi bien au sommet qu’à la base. Le plus dur sera de faire respecter cette vertu indispensable à une collecte efficiente des impôts et taxes dues. La rentrée des ressources propres de l’État en dépend grandement. Aussi, si la pilule paraît amère pour les uns, la survie des autres y est vitalement liée. Le gouvernement arrivera-t-il à la faire avaler sans trop de dommages? Rien n’est moins sûr.

Si la période ne semble pas chargée d’enjeux électoraux majeurs, il n’en demeure pas moins que le dossier brûlant de la vie chère soumet le mandat du Blaiso nouveau à une rude épreuve. Au moment où le Burkina se gargarise d’avoir assaini son environnement des affaires et se targue d’être le bon élève de certaines institutions internationales, le bras de fer engagé par les commerçants met le régime entre le marteau des réalités économiques nationales et l’enclume des partenaires techniques et financiers. En plus de ne pas s’entendre avec ces derniers, «sur la corruption», Jean-Baptiste Compaoré, le ministre de l’Economie et des Finances, doit également convenir qu’il ne s’entend pas avec les commerçants «sur les droits de douanes et les impôts». Là se trouvent les contradictions. Il ne faut surtout pas que l’arbre de la flambée des prix cache la forêt.

 

21.02.2008

Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif

24cbaa9f1fbd20cf0e3b9cccebbba069.jpgEvadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.

En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.

En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?

Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.

Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?

Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?

23c45f16f1ceccc82c30a6263c7d5a59.jpgLorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.

fb24277d9e0b4c6fe4bb281659cc7ee6.jpgParadoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.

15.02.2008

Flambée artificielle des prix au Burkina

4b885441d8b6cfe9b2401f272635fc1d.jpgTandis que les consommateurs ne savent pas à quel saint se vouer dans l’imbroglio de la flambée généralisée des prix des produits de première nécessité, Tertius Zongo et ses sinistres médecins après la mort se sont enfin résolus à sortir de leur long et profond sommeil. Dans un communiqué laconique signé de son porte-parole, on apprend que le gouvernement veut engager une croisade contre la flambée des prix. Du moins, le Premier sinistre vient d’instruire les sinistres concernés par le phénomène à «prendre des mesures énergiques d’une part, pour opérer une meilleure surveillance des prix et, d’autre part, entreprendre des concertations avec tous les acteurs impliqués dans la chaîne de commercialisation desdits produits en vue du respect par tous, des lois et règlements du commerce». Mais en toile de fond de cette déclaration de guerre se cache une escroquerie trop longtemps subie par les consommateurs et que les autorités paraissent ignorer.

«En effet, l’analyse de la structure des prix sur la base des éléments fournis par les services techniques montrent que les hausses de prix en l’espace d’un mois varient entre et 10 et 67% sur certains produits de première nécessité alors que d’une part les cours internationaux de ces produits n’ont pas connu de variations significatives et d’autre part aucune modification des droits de douane ni de la fiscalité intérieure n’a été opérée», constate amèrement le gouvernement. En clair, les commerçants ont profité du manque de vigilance des pouvoirs publics et de la naïveté des consommateurs pour augmenter abusivement les prix de certains produits. Autrement dit, tout se passe comme si le gouvernement n’avait pas de topo, alors que les commers escrocs opèrent en toute impunité.

Patisankana! C’est à croire que tout est permis dans ce pays où l’on passe pourtant le temps à crier famine. Il y a de quoi révolter les travailleurs du public et du privé qui se saignent depuis longtemps pour zouter de l’argent à la popote, alors que l’augmentation des prix que l’on crie sur les toits de tous les marchés n’est en réalité que de la surenchère de commerçants qui se sucrent plus qu’il n’en faut. Faut-il les condamner pour autant dans ce pays où la course à l’enrichissement est devenue un sport national? Il n’y a qu’à voir le profil et le train de vie de nos gouvernants et de leurs morveux, quelques mois seulement après leur accession à la soupe!

ac00a118e549784252a1b2c48d0e5203.jpgLe gouvernement, qui veut jouer aujourd’hui les bons samaritains, n’avait-il pas abandonné le consommateur à la cupidité des commerçants en libéralisant à tout vent et sans la moindre protection des produits de première nécessité?

Mieux vaut peut-être tard que jamais. En détectant, seulement maintenant, la faille de la structure anarchiste et suicidaire des prix, le gouvernement met le doigt sur une plaie qu’il a contribué à ouvrir et à laisser se gangrener. Mais il faut avouer que la guerre contre la fixation des prix risque d’apparaître comme un combat contre des moulins à vent, si on ne prend pas la mesure de tous les dysfonctionnements. Car, c’est un secret de Polichinelle que de dire que les textes et règlements n’engagent pas nécessairement les petits commerçants qui ne vont que subir la loi de quelques grossistes tapis dans les salons de décideurs complices. En plus, il faut reconnaître qu’aussi longtemps que quelques opérateurs économiques détiendront le monopole sur des produits de grande consommation, le jeu de la concurrence ne sera qu’un vœu pieux. C’est même illusoire, voire utopique, d’appeler «au civisme et au sens de la responsabilité» dans ce Faso où tous les moyens semblent bons pour se sucrer sur le dos de la grande majorité ignorante des règles et règlements qui n’ont de valeur en réalité que d’être des décrets ministériels.

En se résolvant finalement à se mettre dans la tunique du «bon samaritain», le gouvernement de Tertius Zongo joue également sa crédibilité. Car, à défaut de pouvoir ramener les prix à des proportions raisonnables, il va falloir accéder à l’augmentation des salaires pour permettre aux travailleurs d’affronter eux-mêmes la supercherie.

Le Burkina veut rompre avec les logements sociaux prêts-à-habiter

3ea2b9e1c5aa0ecaf93b603b6225b2c0.jpgAprès la course aux parcelles, voici venue la ruée vers les guichets du projet «10 mille logements sociaux». A Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou, le nouveau remède à l’habitat urbain ne laisse personne indifférent. Depuis le 24 janvier, date de lancement de l’opération, et ce jusqu’au 18 avril, les bureaux de la direction de la promotion de l’habitat et du logement sont systématiquement pris d’assaut. Les demandeurs s’y bousculaient tellement que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a été obligé d’ouvrir un nouveau guichet au sein de son département.

Comme pour montrer sa disponibilité à accueillir tous ceux qui le désirent, les heures d’ouverture des postes d’information et de réception des dossiers ont été prolongées jusqu’au samedi de 8 heures à 14 heures. Le moins que l’on puisse constater, c’est que les gens ne se font pas prier, quand bien même le projet ne se trouverait qu’à une phase de collecte d’informations nécessaires à son exécution.

Prêts à tout pour avoir un chez-soi

Mais sachant les Ouagalais prêts à mordre à tous les hameçons pour «gagner un chez-soi», ce serait aller trop vite en besogne que de juger de la pertinence de l’opération sur la seule base de l’affluence qu’il suscite. Quand on sait aussi que l’équation de l’habitat décent et à coût social demeure un casse-tête chinois, on ne doit pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Faut-il croire que le gouvernement a, enfin, trouvé la panacée dans le projet des logements sociaux?

Au-delà du marketing qui entoure ce projet, force est de reconnaître que c’est la première fois que les pouvoirs publics burkinabè concèdent à mettre les bœufs devant la charrue en matière de construction de logements. En effet, on a jusque-là bâti des cités sans projection préalable, sans demander l’avis, encore moins évaluer les besoins réels de ceux qui sont appelés à les occuper. Conséquences: les logements se révèlent trop petits ou trop grands pour les attributaires lorsqu’ils ne sont pas carrément mal construits. Il suffit de faire un tour dans une de ces cités pour se rendre compte d’énormes gâchis et de nombreuses modifications qui ont été faites, parfois sans le respect des normes minimales. Par ailleurs, certains y ont juste pris des maisons à moindre coût pour les sous-louer à des prix exorbitants.

Plus de logements prêts à habiter

52962b83674117d7e4e3f14cd4a47352.jpgOr, si l’on se fie à une information contenue dans la «Fiche d’inscription au programme de logements sociaux», une part belle est faite aux desiderata du demandeur. Non seulement il lui est donné d’indiquer le nombre de personnes qu’il souhaite loger dans sa future maison, mais c’est à lui également que revient le loisir de donner des indications sur les dimensions et le nombre de chambres à coucher qu’il désire; sur l’annexion d’un salon ou non, de cuisine et de sanitaires internes ou externes. Que ce soit pour la superficie du logement, sur les services d’électricité, d’eau courante et de téléphone ou encore sur les matériaux de construction, etc. le demandeur est appelé à faire valoir ses options. Ce qui tranche franchement avec les cités prêtes à habiter qu’on a connues jusque-là.

En plus, le projet innove par un large volet d’assistance à la construction pour les demandeurs potentiels déjà propriétaires de parcelles d’habitation mais qui n’ont pas les moyens de faire face aux dépenses inhérentes sur une courte période. Cette opportunité a l’avantage de pallier les difficultés de contracter des prêts à long terme auprès des institutions financières de la place. La Banque de l’habitat, qui a vocation d’accorder des prêts à des durées pouvant aller jusqu’à 20 ans, aura beaucoup de choses à se mettre sous la dent. Et les nombreux propriétaires de parcelles - loties et non loties - non mises en valeur ne seront que soulagés. L’engouement des populations pour le projet est révélateur du rôle que l’État, à l’étape actuelle de notre développement, doit encore jouer. N’eussent été les cités ‘’révolutionnaires’’, beaucoup de citadins - mêmes certains décideurs d’aujourd’hui - seraient toujours en location. La décision de se désengager et de céder la construction de logements sociaux à des privés ne rencontre pas beaucoup d’adhésion. Ou, du moins, c’est une aubaine pour les paweto qui y trouvent des maisons clé en main.

Le plus dur est à venir

Au regard des innovations participatives du nouveau projet d’habitat décent, tout porte à croire que les choses ne seront plus comme avant. L’opération de collectes d’informations semble s’inscrire dans une démarche assez originale qui, si elle va jusqu’au bout de sa logique, pourrait contribuer à lever beaucoup d’obstacles sur le chemin du développement de l’habitat. En choisissant d’engager le processus par un appel à candidatures afin de recueillir les besoins exprimés par les demandeurs de logement, le gouvernement change le fusil d’épaule. Mieux, il se positionne en accompagnateur et non plus en seul concepteur et bâtisseur de logements.

Le plus dur sera maintenant de tabler sur des informations fidèles et fiables des demandeurs. Car, s’il est vrai que beaucoup de gens ont besoin de logements dans les villes, il ne l’est pas moins que le secteur est miné par la spéculation. Il n’est donc pas exclu que des démarcheurs véreux trouvent dans cette opération l’occasion de multiplier leur capital immobilier en faisant main basse sur l’opération par des inscriptions avec des prête-noms. A ce sujet, la direction de la promotion de l’Habitat et du Logement qui pilote le programme a promis de veiller au grain en procédant à des enquêtes préalables. Pourvu qu’elle tienne parole.

Une autre chose est qu’à l’étape actuelle du projet rien ne filtre sur les sites sur lesquels seront bâtis ces logements sociaux. Cela est d’autant plus déterminant que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Vincent Dabilougou, avait judicieusement relevé que «Le logement social ne doit pas être en dehors de la ville». Aura-t-il les coudées suffisamment franches pour amener les maires à mettre à sa disposition les sites les plus appropriés? La question est délicate. Et le directeur de la promotion de l’Habitat et du Logement opte pour une candeur bien calculée pour ne pas frustrer ceux qui s’impatientent déjà dans les détails, les emplacements exacts des «10 mille logements». «Nous avons des exemples de sites que je ne peux pas dire. Il faut laisser la procédure s’engager et vous serez informés par les voies et les autorités compétentes», tranche prudemment Pegdwendé Aimé Camille Soubeiga.

17.01.2008

Journalistes trouble-foot

a85cfa053ee0b469c7321c5feb1f5da4.jpgLes journalistes sportifs seraient-ils des incorrigibles trouble-foot? Alors que la grande famille du sport, notamment celle du sport roi qu’est le football, tente de recoller les morceaux de ses inconséquences, il ne serait pas inutile de jeter une bonne pierre dans le jardin de nos confrères qui font l’actualité sportive. Une certaine tradition journalistique veut que les journalistes sportifs soient une race à part, un groupe de professionnels dont la logique - et peut-être même la déontologie - serait à cheval sur celle de la profession. Mais toutes les compromissions leur sont-elles permises au point que certains poussent le bouchon jusqu’à devenir de vulgaires caisses de résonances de leurs mentors? Evidemment non.

Une chose est d’admettre et de respecter la tendance partisane des journalistes sportifs lorsqu’il s’agit de défendre les équipes nationales, mais lorsque certains se révèlent plus zélés que des supporters ordinaires, il y a de quoi s’inquiéter. Un des principes cardinaux stipule que «malgré ses préférences, le journaliste se doit toujours d’être le plus objectif possible». Mais force est de reconnaître qu’ici au Faso, chacun a son clan. Certaines mauvaises langues disent même que la plupart des plumes, micros et caméras s’émeuvent en fonction des mots des chapelles sportives qui se combattent en dehors des stades. Ce serait peu de dire que la presse sportive burkinabè souffre d’un partisanisme aigu. Et ce mal serait si profond qu’au sein d’une même rédaction, chaque confrère prêcherait pour sa chapelle. Intox ou réalité?

Les bisbilles qui ont précédé la démission de l’ancien bureau fédéral et l’élection d’un nouvel exécutif ont montré à plus d’un que l’objectivité et la neutralité minimale ne sont pas toujours les vertus les mieux partagées au sein de la presse sportive. Lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes à ces postes que l’on dit juteux - à tort ou à raison -, certains n’hésitent pas à s’afficher pour untel contre un tel autre. D’autres vont même jusqu’à jeter l’anathème sur celui ou ceux qu’ils ne voulaient pas voir à la tête des instances dirigeantes. Ces partis ostensiblement pris divisent nécessairement les différents acteurs et empoisonnent une atmosphère qui n’est pas déjà facile à gérer à cause des passions qui s’y télescopent. Et cela n’arrange pas le sport, encore moins la presse. Il est urgent de briser ce cercle vicieux.

Le 11 janvier, les confrères ennemis de l’Association des journalistes sportifs du Burkina (AJSB) et de l’Union de presse sportive du Burkina (UPSB) ont fumé le calumet de la paix et se sont mis à nouveau ensemble. Serait-ce de l’unité retrouvée pour toujours? On ne comprend pas pourquoi des confrères qui n’animent plus depuis belle lurette la moindre rubrique sportive sont toujours maintenus dans le nouveau bureau de consensus. En attendant le vrai changement des hommes et des mentalités, il faut espérer que cette réunification ne soit pas un simple postiche.

La police de proximité est là, mais l'insécurité et le grand banditisme persiste

1dafc12206efdf56a75c02be52d83ebf.jpg“Police de proximité» et «Comités locaux de sécurité». Ce sont là les nouveaux concepts sécuritaires auxquels les Burkinabè doivent s’habituer depuis le début de cette année. Pétri dans la Loi n°032/2003/ AN du 14 mai 2003, le concept de police de proximité se veut «une nouvelle méthode de gestion de la sécurité publique». Une nouvelle méthode qui prend en compte le développement d’un nouveau partenariat entre les forces de sécurité et les populations. Par cet aménagement de la gestion de la sécurité, les services compétents devront s’intégrer aux collectivités locales pour mieux connaître leurs préoccupations en termes de besoins sécuritaires tandis que les populations doivent être désormais impliquées dans la prévention de la criminalité et des troubles à l’ordre public.

Ainsi naquirent les Comités locaux de sécurité (CLS) à travers la relecture du décret n° 98-379/PRES/PM/MATS/DEF du 15 septembre 1998. La décision initiale ayant été prise dans un contexte de «manque d’information et de formation des différents acteurs» impliqués, il a fallu attendre pour prendre un bon départ. Pendant ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Djibril Bassolet, le ministre accoucheur du concept, a migré, en juillet 2007, au département des Affaires étrangères, et c’est au colonel Assane Sawadogo qu’est revenu le soin de le lancer officiellement.

Après le coup d’essai où les premières graines de la police de proximité ont été semées en juillet 2005 à Koupèla pour le compte de la région du Centre-Est, à Fada en février 2006 pour l’Est, à Bobo-Dioulasso et à Gaoua en janvier 2007 respectivement pour les Hauts-Bassins et le Sud-Ouest, le cap est désormais mis sur l’installation des CLS. Le premier acte du nouveau patron des flics est intervenu le 10 janvier avec l’installation des Comités locaux de sécurité des régions du Centre et du Plateau central.

Bien qu’ils n’aient pas exhibé d’indices publics d’efficacité de cette nouvelle approche de sécurité intérieure, Assane Sawadogo a fait un «bilan positif» du mouvement enclenché par son prédécesseur. Mais son optimisme n’en semble pas moins démenti sur le terrain. Rien que le week-end dernier, les coupeurs de route ont encore fait parler d’eux sur les axes routiers Fada-Diapaga dans la région de l’Est et Ouaga-Dori dans le Sahel. Dans la capitale, le crime crapuleux perpétré par le jeune Abbas Damen sur Idrissa Ouédraogo, dit Daouda, agent de change à l’aéroport, a plongé le pays dans l’émoi et la consternation. Ce n’est donc pas du pain qui manque sur la planche de la lutte contre l’insécurité et le grand banditisme.

Que peuvent véritablement les Comités locaux de sécurité? En les confinant au simple rôle de «prévention», ne coure-t-on pas le risque de les transformer en de sulfureux cercles de délation ou milices au service de gourous paranoïaques qui voient des ennemis partout? Ces questions méritent d’être posées, surtout dans un contexte sociopolitique où l’on a visiblement du mal à se défaire des réflexes de défense de chapelles politiques. Le ministère de la Sécurité aura-t-il les coudées franches pour éviter aux CLS certaines dérives des CDR - entendez les fameux Comités de défense de la Révolution - qui continuent de hanter certains?

Force est de reconnaître que la révolution qui consiste à rapprocher la police des préoccupations des populations en matière de sécurité vaut réellement la peine d’être vécue. Mais il faut craindre que cela ne crée des angoisses de plus. Une police de proximité assortie de Comité locaux de sécurité, c’est bien. Cela paraît même original. Mais il faut que cette nouvelle vision de la police ait surtout les moyens de sa politique.

 

Jusqu’où peuvent aller les comités?

Selon les textes réglementaires, le Comité local de sécurité est composé 9 membres - dont 8 sont issus de la communauté villageoise ou du secteur - et d’un agent de sécurité. Son rôle est de prévenir le grand banditisme et la criminalité en faisant des propositions de solutions aux forces de sécurité. En clair, il y a plus de risque que le CLS fasse de la dénonciation - pour ne pas dire de la délation - qu’une véritable gestion des problèmes quotidiens de sécurité de la collectivité. Son statut est d’autant plus délicat qu’on ne sait pas comment il va procéder pour obtenir les informations dont il a besoin. Ses membres ne seront-ils pas plus tentés par le règlement de comptes à leurs supposés adversaires politiques ou à leurs rivaux qu’à régler les vrais problèmes d’insécurité et de troubles à l’ordre public? Ce sont là des zones d’ombre qui méritent d’être éclaircies pour qu’on sache jusqu’où les CLS peuvent aller et à quoi ils vont réellement servir.

 

Que vaut encore le policier dans la cité?

Le ministère de la Sécurité ne met-il pas la charrue avant les bœufs en se lançant dans l’aventure de la police de proximité sans enquêter sur l’image que les populations ont de la police et des policiers?  Que reste-t-il de la confiance que les populations se doivent d’avoir aux forces de sécurité? Un sondage préalable élargi à tous les usagers de la police aurait permis de lever les équivoques. Hélas, le ministre de la Sécurité semble se limiter à lever «la peur du gendarme et du policier» en passant sous silence ce qu’on peut penser de ce que ces personnes font ou ne font pas et surtout de l’impression que leur fonction laisse aux populations. Or, pour arriver à une «complicité positive» entre les forces de sécurité et les populations, il faut que chacun accepte de se remettre d’abord en cause.

 

Aura-t-il les moyens de la police de proximité?

Aussi innovante que puisse paraître l’idée de la police de proximité, elle ne pose pas moins le problème des moyens pour sa réalisation. Sur les 350 départements que compte le Burkina, il y en a au moins 160 qui n’ont aucune structure de sécurité. En 2005, le ministère avait évalué à 18 milliards de francs CFA le montant de l’enveloppe nécessaire pour la construction des infrastructures et leur équipement ainsi que le recrutement d’un effectif supplémentaire de 5 760 agents de police. Malheureusement, ce programme ne semble pas emballer les bailleurs de fonds. Seulement la France vient de se manifester par la signature d’une convention dont la contribution est évaluée à 1,5 milliard. L’Etat lui-même n’a pu réunir que 790 millions. Entre les prévisions et les disponibilités financières, le fossé est encore grand. Les ambitions de la police sont visiblement à l’épreuve du nerf de la guerre.  

 

Une police si loin, si proche

La France est curieusement le seul et principal partenaire technique et financier du Burkina dans la mise en œuvre du concept de police de proximité. Cette idée, qui a été concoctée dans les années 90 aux bords de la Seine - sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002- connaît des écueils et des fortunes diverses. «Police de proximité» ou «police proche des gens»? La polémique enfle en France. En attendant qu’elle démarre ici, il faut espérer que la rhétorique ne noie pas ce besoin essentiel qui est d’avoir plus de sécurité et donc des interventions promptes, sérieuses et efficaces aussi pour bien prévenir que pour traiter les cas avec diligence. Un point c’est tout.

27.12.2007

Meilleurs voeux de bonne gouvernance au Burkina

8b15f6d72b04f659a7d2a2e7020c7cff.jpgAinsi donc, 2007 achèvera sa course lundi prochain dans la grande mer du temps. Si, pour certains, ce fut un fleuve tranquille, pour d’autres il se serait écoulé trop vite. Tout dépend de l’angle de vue qu’on choisit et surtout du nombre de fois qu’on a vu passer le temps. Après 16 harmattans, le Dromadaire n’est pas dupe des mirages de la savane du Burkina. Il constate que le ban de l’année qui s’est pratiquement ouvert dans le doum-doum se ferme avec une grogne non encore résolue de militaires retraités.

C’est donc sur une sorte de poudrière militaire que des gosses énergumènes ne manqueront pas de lancer des pétards pour saluer l’avènement de la nouvelle année. Le chef suprême des Armées saura-t-il mettre de l’ordre dans ce désordre et faire de la discipline un point d’honneur? Le vœu mérite d’être souhaité. Car si le Burkina n’a pas fait mieux sur l’échelle du développement humain durable du PNUD, il peut se targuer de la stabilité de ses institutions.

Avec le «Progrès continu pour une société d’espérance» avec un Blaiso nouveau, une Assemblée nationale qui a donné un bail continu à Roczilla, le Burkina a eu le mérite de ramener la paix entre les frères ennemis du Togo et de la Côte-d’Ivoire. L’événement de l’année est sans conteste la réalisation de l’accord historique de Ouagadougou qui semble avoir trouvé le remède magique qu’il fallait pour guérir l’Eléphant d’Afrique de ses profondes convulsions politico-militaires. L’enfant terrible de Ziniaré, qui joue son aura diplomatique dans ce dossier - et secondairement dans celui du Togo -, s’appuie plaisamment sur le pasteur Te$ticu$ Zorro qu’il a ramené du pays de l’Oncle Sam pour garder ses bœufs à la maison. Après un semestre d’exercice, le nouveau PM bouscule effectivement les habitudes au rythme des déclarations choc. Mais ce sont les actes concrets qui manquent le plus. Une gouvernance plus vigoureuse et surtout plus conséquente est-elle possible? C’est tout le mal que l’on peut souhaiter.

 

Quitte ou double dans un sable mouvant

7890a926771f6d83a572c14b359f21b7.jpgAvec une maigre moisson avec une dizaine de sièges aux législatives de mai, l’opposition est plus que jamais à l’étroit dans un hémicycle largement dominé par le mégaparti au pouvoir conforté par une large mouvance présidentielle. Contre toute attente, c’est au sein des conseils municipaux que les partis originellement mouvanciers ont le plus prêté main forte à l’opposition cette année, comme on a pu le voir à Pô où le PAI a fait bouffer la honte au CDP en reprenant le contrôle d’une mairie que ce dernier voulait lui arracher. Les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets à Dori? Après s’être rendu complice d’une opposition minoritaire qu’il a contribué à porter à la tête du conseil, le CDP et ses apparentés sont assez aigris pour laisser du répit à Arba Diallo. La nouvelle année risque d’être du quitte ou double pour lui.  

 

De beaux jours pour le grand banditisme

27b74ae684fa312c22ab81314a89a9ab.jpgLe récurrent bras de fer entre les forces de défense et de sécurité et les bandits de grand chemin semble toujours tourner à l’avantage des seconds. Même si le ministre de la Sécurité a exhibé quelques coupeurs de route ces derniers jours, cela ne rassure pas pour autant. La sécurité des personnes et des biens est un véritable casse-tête qui défie toutes les déclarations de bonnes intentions. Malgré les grands moyens qui ont été étalés au cours du défilé de la commémoration faste du 47e anniversaire de la République, les Burkinabè ne savent pas à quel saint se vouer. Le sinistre Assane Sawadogo fera-t-il mieux que ses prédécesseurs? On attend toujours de voir.

 

Casse-tête moaga pour le destin du Calife Dial’Eau

a9ddcc0d9720d095e1728e8fcee9cbee.jpgSinistre des «gros poissons» et un des plus puissants des mogô qui font la pluie et le beau temps au palais, Calife Dial’Eau aura été des moins bavards cette année. Ce qui fait courir les rumeurs des plus folles sur son destin. Ainsi, après ses vraies fausses querelles avec le Petit président, il serait devenu si «encombrant» que sa situation serait devenue un casse-tête pour le Blaiso qui planifierait son exil dans une lointaine chancellerie. Ce qui nécessiterait un remaniement ministériel qui paraît trop tôt pour l’équipe de Te$ticu$. Mais lorsque son pouvoir est en jeu, l’enfant terrible a ses raisons que la raison ne connaît pas. Le mystère sera peut-être dévoilé en 2008.

 

Qui gagnera Paris ?

38fc90a39dc76312532d7d0b0c7937ab.jpgPresque 7 mois après le rapatriement de F’lipe-le-Parigot au pays pour occuper le maroquin de la Culture, du Tourisme et de la Communication, le poste d’ambassadeur du Burkina à Paris est curieusement toujours vacant. Tout porte à croire que le Blaiso n’a pas encore trouvé le meilleur cheval ou bien c’est Paris qui ne le trouve pas suffisamment à sa convenance. Selon quelques bruits captés par les oreilles du Dromadaire, le profil de Monique Ilboudo n’aurait pas reçu le visa du Quai d’Orsay. Ce qui remet en scelle d’autres chevaliers en réserve tels Adama Fofana, alias kôrô Fof’,et Mahamoudou Ouédraogo. Mais avec la permutation qui vient d’être opérée entre le Che Yonli qui va à Washington à la place de Tertius qui l’a remplacé 6 mois plus tôt, il y a de quoi perdre son... français dans le jeu de nomination des ambassadeurs potentiels.

 

Le Collectif survivra t-il ?

Sur le plan social, l’année 2007 aura été marquée par la retraite de Me Halidou Ouédraogo de la présidence de l’Union internationale des droits de l’Homme (IUDH) et du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des Peuples (Mbdhp). Ce qui a entraîné son décrochement de la présidence du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques. Eprouvé par une maladie dont il est toujours convalescent, l’homme quitte la scène de la lutte contre l’impunité un peu malgré lui. Le Collectif, qui a redonné de la voix à l’occasion du 9e anniversaire du drame de Sapouy, va-t-il survivre sans Halidou? Les heures chaudes qu’il a annoncées pour l’année 2008 seront certainement une bonne occasion pour mesurer sa force de frappe dans un environnement où sa plate-forme revendicative n’a visiblement pas connu d’avancée significative.

 

Vingt ans et déjà un dauphin

Un des non-dits de la commémoration des «20 ans de renaissance démocratique» serait l’onction de François Compaoré comme un dauphin de son frère à l’ombre duquel il a jusque-là évolué comme Conseiller spécial. Après s’être constitué un bras politique en réchauffant sa cote de popularité sur les tentacules des rivaux politiques de la majorité présidentielle que sont les ABC (Amis de Blaise Compaoré) ainsi que sur les braises de l’USSUBF, il a reçu la consécration tant convoitée de «héros de la Révolution d’août 83» au cours de la fameuse rencontre du Blaiso avec les jeunes dans la ville mythique de Pô. François Compaoré aura-t-il l’audace de se mettre plus ostensiblement dans la peau d’un potentiel sérieux successeur de son frère? Les lumières de 2008 nous éclaireront peut-être un peu plus.

 

68fa6e764a68144eae2ba0816c0e5efa.jpgJusqu’où la hiérarchie militaire s’emmêlera-t-elle les pinces ?

Les intempestifs et incontrôlés débrayages des militaires au début et à la fin de cette année ont achevé de convaincre l’opinion que la hiérarchie militaire a du mal à maintenir la discipline au sein de la troupe et pour preuve. Non seulement ceux qui ont conduit les manifestations de décembre 2006 et janvier 2007 ne sont pas officiellement inquiétés, les militaires retraités et en âge d’aller à la retraite ont véritablement toisé la hiérarchie au point qu’on se demande si la discipline n’a pas foutu le camp au sein de nos Forces armées. Il y a lieu de s’inquiéter sérieusement sur ce qui apparaît comme une incapacité de la hiérarchie militaire à contenir les humeurs de plus en plus fracassantes de certains éléments de la troupe. Ne serait-elle pas capable de se faire écouter? Certaines mauvaises langues disent qu’à force de laisser bouleverser l’ordre normal des choses depuis la Révolution, la grande muette aurait fabriqué ses indisciplinés. Si les militaires du rang n’ont plus peur des haut gradés, c’est que ces grades ne leur inspirent pas plus de respect que ceux qui en ont décidé ainsi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bout du tunnel ne sera pas pour le 1er janvier.

 

L’Etalonmania plus politisée que jamais

On n’achèvera pas le bilan de l’année 2007 sans évoquer la débâcle de l’équipe nationale, les Étalons, aux éliminatoires de la CAN 2008. Comme le foot est devenu un sport roi au Faso, cette défaite a entraîné le balayage de l’entraîneur puis du président de la Fédé lui-même. 2008 devait connaître l’élection d’une nouvelle équipe fédérale. Et des bruits qui courent déjà, le nouveau prési sera celui qui aura d’abord reçu l’aval du Palais de Kosyam. Par conséquent, l’Etalonmania sera plus que jamais politisée comme les autres années. Vivement que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

Musique artistiquement modifiée

6119feb6218507b574d724d5d4d66fad.jpgLa génération spontanée de musiciens, surtout de jeunes dames sans passé artistique véritable, a apporté un certain dynamisme au showbiz au Faso. Mais pour quelle qualité? Las d’attendre des productions originales, les mélomanes ont dû se contenter de ces musiques génériques bâclées en studios qui ont au moins l’avantage de donner une certaine âme patriotique non seulement aux radios FM, mais aussi aux DJ - descendus eux-mêmes sur la scène - des nombreux maquis et bars qui poussent comme des champignons. Mais si cette musique urbaine permet d’égayer les masses et de gargariser les talents des jeunes gens qui la produisent, force est de constater qu’elle s’apparente plus à une culture génétiquement modifiée.

Dans la plupart des cas, les œuvres et leurs auteurs disparaissent aussi spontanément qu’ils sont apparus. Et cela pose un véritable problème de la pérennisation de la culture artistique. Il est certainement insensé de vouloir ramer à contre-courant de cette culture de musiques copiées-collées. Elle a le mérite de simplifier la pratique des arts, mais banalise parfois irrémédiablement les exigences inhérentes au dur mais noble métier d’artiste. Faut-il donner l’onction d’artiste à tous ces «musiciens» d’un genre nouveau sous prétexte qu’ils ont une «œuvre sur le marché» alors qu’ils ne savent pas manipuler le moindre instrument ni ne comprennent que dalle du solfège?

La question mérite d’être mise sur le tapis. Surtout au moment où l’on se hâte lentement vers l’adoption du statut de l’artiste burkinabè et que l’on rêve de stars à la mesure de nos ambitions culturelles. Trop d’artistes génériques peut tuer les arts et affadir la culture. Le sinistre F’lipe-le-Parigot qui a l’avantage de conjuguer les départements de la Culture, du Tourisme et de la Communication gagnerait à mettre de l’ordre dans cette caverne d’Ali Baba.

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