30.06.2008
Pénurie du ciment: les commerçants se sucrent et les consommateurs se saignent
Depuis quelques semaines, le ciment se fait rare sur le marché burkinabè. Comme tout «ce qui est rare est cher», les commerçants ont vite fait de renchérir les prix. En ce début de saison de pluies où la plupart de ceux qui ont un chantier de construction profitent de la flotte pour «faire avancer les travaux» ou les «achever» pour les plus nantis, c’est la croix et la bannière pour avoir l’ingrédient indispensable pour le béton. Comme on doit s’y attendre, la pénurie du ciment a ouvert la voie à toutes sortes de spéculations.
Contrairement au riz dont la plus grosse part est importée, les consommateurs avaient jusque-là le choix entre les produits de Diamond Cement - la société privée qui s’est fixé pour ambition d’approvisionner le marché local - et des produits importés des pays voisins. La production locale a également l’avantage d’être moins chère par rapport aux produits importés. Ce qui fait qu’elle était globalement la plus sollicitée. Mais le hic est que l’offre de Diamond Cement est, depuis un certain temps, en deçà d’une demande de plus en plus forte. Ce qui a provoqué la flambée des prix. De 5 000 à 5 500 F Cfa, la première qualité est passée à 6 500 F. Pire, il faut être dans le secret des commerçants pour avoir quelques paquets pour son chantier.
Ce sont les grincements de dents des consommateurs qui ont été sans doute à la base d’une concertation, le 3 juin dernier, entre le ministre du Commerce, de la Promotion de l’entreprise et de l’artisanat et le directeur général de Diamond Cement pour «échanger sur les pénuries de ciment, la hausse excessive du prix de ce produit constatée ces derniers temps sur le marché ainsi que les éventuelles difficultés que la société Diamond Cement rencontre dans l’approvisionnement du marché national en ciment et les voies et moyens d’y remédier», stipule le très officiel communiqué distillé par le ministère. Apparemment, le gouvernement semble avoir pris la mesure du problème.
En guise de solution, le ministère s’est juste fendu d’un communiqué pour, dit-il, «fixer le prix du ciment produit par la société Diamond Cement Burkina» le 11 juin. Malgré cette injonction assortie de menaces de «sanctions prévues par les textes en vigueur», les prix n’ont guère baissé. Bien au contraire. Tenez. Le prix de la tonne du CPA 45 est officiellement planché à 107 500 F, soit 5 375 F le sac. Sur le marché, la réalité est tout autre. Le même produit est allègrement vendu à 6 500 F. Ceux qui ont pensé invoquer la mesure gouvernementale pour espérer faire fléchir les commerçants se sont entendu dire: «Allez payer votre ciment au ministère.»
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les commerçants sont conscients de l’impuissance du gouvernement à mettre de l’ordre dans la flambée des prix. L’exemple du riz et de ses fameuses «boutiques témoins» est assez éloquent en la matière. Même si la société Diamond Cement clame qu’elle n’est «aucunement responsable de la hausse des prix», elle n’est pas moins incapable de satisfaire la demande. C’est la conjugaison de tous ces dysfonctionnements qui fait que les commers véreux continuent de se sucrer et les consommateurs qui veulent le ciment, à tout prix, sont obligés de se saigner. Ainsi va la «vie chère» au Faso.
Diamond Cement a les pieds dans le béton
Lundi 23 juin. Il est 18 heures. L’ambiance à l’entrée de l’usine de Diamond Cement de Zagtouli - à la sortie ouest de Ouaga - était aussi froide que la pluie qui venait de s’abattre sur la ville. Chauffeurs et apprentis, qui attendaient leur tour de chargement de ciment, avaient déserté les camions pour aller flâner ailleurs. Ceux qui avaient encore le courage de patienter sur place s’étaient rués sur la restauratrice qui venait de s’installer devant l’entrée de l’usine. Le benga chaud, ça fait du bien, pour chasser la fraîcheur de la pluie qui continuait de distiller ses dernières gouttes. Surtout que rien ne présageait de la fin de l’attente qui durait plusieurs jours déjà pour certains. Un jeune apprenti, à qui nous avions demandé depuis quand il était là, nous lança: «Ça dépend. On a chargé avant-hier, mon patron est parti en ville et je l’attends». A quand le prochain chargement? «Je ne sais pas. C’est ceux qui viennent avec beaucoup d’argent qui chargent vite. Les autres, on ne les regarde même pas», répondit-il, songeur. En fait, il voulait nous faire comprendre que les camions qui étaient stationnés n’étaient pas nécessairement logés à la même enseigne. Certes, leur problème commun est le ciment dont le chargement se fait au compte-gouttes. Encore faut-il avoir les poches suffisamment lourdes pour accéder à l’intérieur de l’usine.
Pour vérifier cela, nous prétextons chercher un «employé de la maison». Dès que nous franchissons le 2e portail, c’est un ouvrier tout couvert de ciment qui nous accoste. Il nous prend pour un camionneur ou un opérateur économique qui chercherait à «accélérer» son chargement: «Kôrô, vous voulez voir quelqu’un?» «Non. Je ne comprends pas pourquoi ça tarde comme ça. Quel est le problème ici?» Sans trop de précaution, il m’explique qu’en fait «les machines sont bloquées» et que le ciment ne sort plus comme avant. Et que si j’étais pressé, il suffit de «voir» ses chefs. «Comment faire pour les voir?» Mon interlocuteur qui est sûr de tomber sur un pigeon n’hésite pas à me dire qu’il suffit de «donner 25 000 ou 30 000 F» pour faire sortir plus vite le «OS», l’ordre de servir. Un échange fortuit, mais assez édifiant sur les gymnastiques auxquelles certains grossistes se livrent pour entrer en possession de leur livraison de ciment.
A propos de la lenteur de l’usine, l’ouvrier-dealer est formel: «Les machines ne donnent plus bien. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas dire la vérité aux gens.» Selon les informations officielles, le staff de Diamond Cement s’affaire à installer une nouvelle unité pour augmenter sa production actuelle de 40 000 à 80 000 tonnes. En attendant, la cimenterie a quelque peu les pieds dans le béton.
Du ciment ghanéen dans le circuit
Avec la pénurie et la hausse du prix du ciment burkinabè, les revendeurs ont eu l’ingéniosité de mettre le ciment ghanéen dans le circuit. Si ce produit vient combler l’incapacité actuelle de Diamond Cement, son prix s’élève à 6 500 F le sac - soit 130 000 F la tonne - alors qu’il ne coûte qu’entre 8 500 et 9 000 cedis au Ghana, soit entre 3 500 F et 4 000 F CFA. C’est une aubaine pour ceux qui gèrent cette nouvelle filière et qui doivent secrètement souhaiter que la cimenterie locale continue de s’emmêler les pinceaux. Après le «monopole» que d’aucuns dénoncent sur le ciment du Togo, voici venu un «new deal» avec le ciment du Ghana. On aurait pu espérer une concurrence dans cette diversité à l’importation. Mais hélas, le prix du ciment ghanéen est déjà trop cher pour les consommateurs moyens.
Les pieds nickelés du ciment
La rareté du ciment a fait naître des dealers de toutes sortes. Ils sont désormais autour du marché de Sankaryaré, rabattent les clients vers l’arrière-cour où les stocks de ciment sont dissimulés. Là-bas, c’est à prendre ou à laisser. La tonne du CPA de Diamond Cement est à 130 000 et «on ne discute pas. Il y a beaucoup de gens qui attendent. Si vous ne voulez pas, revenez lorsqu’on aura une autre livraison». Il faut bien graisser la patte de tous les intermédiaires et autres dealers qui se sont introduits dans le circuit, sans compter les faux frais à l’usine. A ce rythme, l’inflation a de beaux jours devant elle au Faso.
11:30 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, pénurie du ciment, Diamond Cement, Burkina
28.06.2008
Carnet de voyage sur Dakar
Il effectue rarement un déplacement à l’extérieur du pays sans nous faire vivre, dans un style particulier, les péripéties de son voyage. Vous l’avez sans doute déjà lu dans les colonnes de votre journal. Anselme Sawadogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, notre globe-trotter de service, nous revient avec un de ses savoureux carnets de route comme il sait en cococter. Suivons le guide donc dans ses nouvelles pérégrinations. Ce n’est pas la première fois que je vais dans ce pays, le Sénégal. Mais ma fascination reste toujours intacte… Comment rester insensible à ce climat exceptionnel : du soleil toute l’année avec une température de 20-25°. Comment ne pas adorer ces visages d’homme et surtout de… femmes, souriants, noirs à la limite du bleu-nuit ! Tout est fascination dans ce pays : Dakar, Gorée, les plages, les filles, les politiciens, les taxis, les embouteillages, les cars rapides, la culture, les marchés, la presse, le wolof et j’en oublie.
Dans le cadre de la célébration des 20 ans de présence de la coopération Wallonie-Bruxelles au Sénégal, j’y ai séjourné durant 9 jours, du 28 mai au 06 juin dernier, qui m’ont paru à la fin comme 72 heures. Vous comprendrez pourquoi par la suite. Mercredi 28 mai, 13h : nous arrivons à l’aéroport Léopold- Sédar-Senghor plutôt que prévu ; au lieu de 3h de vol, le MD de la compagnie AB a rallié Dakar en 2h30 ; il semble qu’à l’aller, les vents favorables "poussent" l’avion.
Cette arrivée anticipée, dans l’attente de mes collègues qui devaient venir me chercher, m’a permis de remarquer les astuces et les coups bas de tous ces rabatteurs et quémandeurs, qui sévissent certes dans tous les aéroports, mais à Dakar, c’est du jamais vu.
Donner son argent et se faire insulter
Dès votre sortie du hall, vous êtes assailli par une bande de types, un peu agressifs, qui, soit vous propose un taxi, du change, une puce de téléphone, un hôtel, soit de prendre vos valises et carrément vous demandent des devises. Messieurs, moi, j’arrive de Ouaga ; je ne dispose que de CFA dévalué ! Ils sont tellement enquiquinants et tenaces que cela devient vite très énervant. Il se raconte d’ailleurs qu’un couple espagnol, qui venait à Dakar pour des vacances, a repris le même avion le même jour après avoir été littéralement "agressé" par les rabatteurs de l’aéroport LSS ; il n’en pouvait plus après seulement 30 mn d’attente de leur hôte. Il faut le voir pour croire ; comme des mouches sur du miel, ces jeunes ternissent la réputation de ce beau pays. Et c’est la même chose dans les marchés en ville…
Ce petit jeu de harcèlement commençait à me "taper" sur le système, mais, heureusement, mes collègues arrivèrent juste au moment où je m’apprêtais à jeter un cul-de-jatte de son fauteuil de handicapé. Vous ne crierez pas au scandale si je vous raconte ce qu’il m’a fait. A force de me harceler, je lui ai donné tous les jetons que j’avais dans ma poche (des pièces rouges comme il dit lui-même ; c’est-à-dire quelque chose comme 35 F CFA, composé d’une pièce de 25 et de 10) ; il les regarda avec dédain puis me dit : « C’est tout ce que vous avez ? des pièces rouges… on ne peut rien, faire avec ça ici ! et je sens que vous, vous n’allez pas durer à Dakar avec une pingrerie pareille ! » Quoi ? il venait de m’insulter… et ce n’est pas tout. Il me jeta un regard méchant et proféra une injure en wolof… je n’y comprenais rien, mais à la violence du terme, j’imaginai que c’est dans le genre "fils de p…" ; je failli l’extraire de son pousse-pousse quand je vis mes collègues arriver ; c’est ça qui le sauva… On est où là !! Donner son argent et se faire insulter !!
Après plus de 30 mn de route, nous voilà à l’hôtel Riasto, belle bâtisse coloniale rénovée, en plein centre de Dakar. Entre-temps, sont arrivés de Bruxelles mon ami Souyoun, acteur sénégalais de théâtre, et son producteur Felipe, venus présenter la pièce « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire dans le cadre des 20 ans. Nous décidons de prendre une première température dakaroise en compagnie de Souyoun, qui, même après 14 ans "d’exil", connaît la ville comme son texte. 1re escale : le CCF (appelé là-bas, l’Institut français Léopold- Sédar-Senghor) ; nous avons pris place à la cafet’, un grand hall muni de tables et de chaises toilées, sur lesquelles on a inscrit les noms de célèbres hommes de culture : Sembène Ousmane, Djibril Diop Mambety, Mansour Soura Wade, Ousmane Sow,…
C’est là qu’une scène cocasse nous fit rire à nous fendre les lèvres : une vieille femme, dans le style indien, arriva et nous dit qu’elle voulait s’asseoir mais ayant regardé sur toutes les chaises, elle n’avait pas trouvé son nom ; elle se demandait ce qu’il fallait faire… Véridique !! Après avoir ingurgité une bonne "gazelle" (la bière locale sénégalaise s’appelle ainsi ; vous comprenez mieux mon titre, n’est-ce pas ?), nous fûmes récupérés par Tairlo, un vieil ami sénégalais du show-biz, qui nous amena directement dans le jazz-club le plus au top de la ville, le « Just4You ». Là, un ancien du Xalam (1), le guitariste Souleymane Faye, distillait des notes savoureuses à vous faire oublier l’insulte d’un cul-de-jatte !! Nous y sommes restés jusqu’autour de 2h du matin ; fallait quand même dormir un peu, puisque les journées suivantes allaient être épuisantes. Tous les gourous de la scène africaine sont passés par là
Jeudi 29 mai, 9h : je me rends au bureau pour m’enquérir des tâches et des obligations professionnelles, car la cérémonie d’ouverture de la célébration a lieu ce soir au théâtre Daniel-Sorano ; nous nous y rendons pour les derniers réglages et je découvre un véritable joyau. Ce théâtre, construit en 1962 par le président Senghor, fait la fierté des Sénégalais ; d’une capacité de 1200 places, à l’architecture audacieuse (la salle est incrustée presque dans le sous-sol d’un bâtiment), ce temple du théâtre a vu passer tous les gourous de la scène africaine. J’échangeais avec le régisseur, qui est là depuis 1962 et qui connaît mieux que quiconque l’histoire du Sorano.
Monsieur Coulibaly m’expliqua, par exemple, que le système anti-incendie de la salle est unique et sans faille : sur la scène et au milieu de la salle, ont été installées 2 boules de neige de plusieurs M3 d’eau. En cas d’incendie, ces 2 bonbonnes libèrent leur contenu, qui réduit le feu à néant en quelques minutes. Génial ! Après quelques vérifications des installations prévues pour la projection des films de l’ouverture, nous sommes repartis dans l’attente de 20h. La cérémonie fut sobre mais belle ; le tout-culture dakarois était là et je fis de belles rencontres.
Toutes les rues sont des mosquées
Vendredi 30 mai, 12h : mon ami Awadi, que j’avais appelé entre-temps, décide de passer me chercher pour le déjeuner. On est vendredi, jour de prière ! Toutes les rues de Dakar deviennent des mosquées ; tout le monde est habillé de son plus beau boubou et égrène son plus gros chapelet. Les embouteillages au centre de Dakar sont monstres ; nous avons mis presque une heure pour parcourir la distance de l’hôtel au domicile de Didier, longue d’à peine 5 km. Un bon tchiep-diène chaud nous attendait et nous fit oublier le "voyage". Après le repas, Didier me dit écouter son dernier album, en préparation ; de beaux textes revendicateurs, comme à son habitude, ponctués de discours de Sankara ; encore une "bombe" musicale !
23h. Mon ami burkinabé Li Diallo (on a voyagé ensemble) m’appelle et me propose une sortie en boîte ; direction « le Voyageur », discothèque immense aux jeux de lumière scintillantes à vous percer les pupilles. C’est la boîte des jeunes étudiants branchés ; la musique y est faite de hip-hop et de R&B ; on se croirait à Las Vegas… mais l’ambiance est bonne. Si ce n’est pas du hip-hop, c’est le dernier tube mbalax qui fait virevolter toutes les "gazelles", et heureusement que la lumière est saccadée, sinon, elles sont tellement déchaînées que vous verriez ce que vous ne voulez pas voir (quoique !!).
Au large de Dakar
Samedi 30 mai, 14h : c’est samedi et le Tout-Dakar a une destination : l’ile de Gorée, pour y passer un après-midi paisible, les pieds dans l’eau. Nous ne dérogeons pas à la règle, les Sahéliens, Li et moi… Gorée est à la fois une île de l’océan atlantique Nord, située dans la baie de Dakar et l’une des 19 communes d’arrondissement de la capitale. C’est là que se trouve la fameuse « Maison des esclaves », classée patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, avec sa tristement célèbre « porte du non-retour », dont la visite vous donne toujours des frissons.
Elle compte un millier d’habitants, répartis sur 18 ha. Mais, le week-end, elle accueille presque le double de sa population. On y accède en empruntant une chaloupe, le « Coumba Castel », à l’embarcadère de Dakar pour une somme de 2 500 F CFA pour les étrangers africains, et la traversée, pittoresque, dure une quinzaine de mn.
Nous y sommes arrivés vers 15h et avons été tout de suite happés par la multitude de guides, de rabatteurs pour le compte des restos et des vendeurs à la sauvette. Les uns vantant les qualités des mets du resto « le keur-quelque-chose », qui fait le meilleur "thiof" (2) de toute l’Afrique de l’Ouest, les autres tentant de vous fourguer des lunettes de soleil "Pierre Cardin", achetées directement aux galeries Lafayette à Paris ; en réalité, une médiocre copie fabriquée dans un sous-sol à Hong-Kong. Nous avons fuit ces gêneurs afin de nous trouver une place de l’autre côté de la plage, et où, là encore, des jeunes proposent de vous louer une natte à 1 000 F CFA avec un parasol à 1 000 F CFA.
Nous étions à l’ombre du musée (donc pas de soleil), mais le gars tenait à nous extorquer 2 000 F CFA pour sa natte et son parasol ; nous lui avons dit d’enlever son parasol, qui ne servait à rien, et nous lui avons donné 1 000 F CFA pour la natte. Il grognait, disant que nous l’avons arnaqué… Sacrés Sénégalais ! Nous sommes repartis de Gorée vers 19h dans une chaloupe pleine à craquer (tout le monde tenait à rentrer) et il a fallu se battre pour avoir une place, quitte à essuyer quelques amabilités en wolof.
Avec Youssouf N’Dour chez les officiers de marine
22h : on est samedi et nous tenons à voir le "Kwamé N’krumah" de Dakar, car on nous avait parlé de la Corniche, où se trouvent toutes les discothèques huppées de la ville. Dans toutes les rues, l’ambiance est torride ; c’est normal, les Lions du Sénégal venaient de battre l’Algérie en éliminatoires de la CAN et du Mondial 2010. Mon ami Souyoun m’amena pour commencer, au Casino du Cap-Vert ; un complexe discothèque-piano-bar-salle de jeux. Dans le piano-bar, un orchestre jouait de la salsa et des couples mixtes se déhanchaient à se fouler les pieds.
Un tour dans la boîte au sous-sol, mais elle est pleine comme un œuf… Nous décidons d’aller au Duplex, une autre discothèque, non loin de là… Même ambiance… le comptoir est envahi par une horde de péripatéticiennes maquillées comme pour un carnaval, avec de faux cils longs comme les moustaches d’un lion. Il est 2h du matin ; bon… allons dormir !
Le taxi me dépose vers 2h30 et au moment où je m’apprête à entrer dans l’hôtel, j’entends de la musique, vous savez de qui ? de Youssou N’Dour, la star sénégalaise du mbalax, et c’est en live. Je tends l’oreille et me rends compte que cela se passe non loin. Je n’ai pas pu résister à suivre les décibels jusqu’au mess des Officiers de marine, à moins de 500 m. Le soldat qui montait la garde me confirme que c’est bien You qui joue et que ce n’est pas une soirée privée, contrairement à ce que je pensais. Je payai mon droit d’entrée et me voilà à l’intérieur du mess, You sur scène avec une sono impec et plus de 800 personnes qui dansaient… Extraordinaire ! Le mess avait été transformé en dancing géant avec des jeux de lumière qui tournoyaient… Je me mis à danser mon mbalax burkinabé, "frelaté", mais personne ne s’en foutait, car l’ambiance était telle que personne ne regardait personne. C’est à 5h que tout s’arrêta… je venais de passer une excellente soirée.
Des gris-gris pour aller en Europe clandestinement
Le dimanche fut une journée tranquille… j’en profitai quand même pour faire quelque courses au marché Sandaga et au marché HLM. Vous trouvez tout ce que vous voulez à Sandaga, où les rabatteurs règnent en maîtres et vont jusqu’à vous proposer des trucs complètement débiles, comme des gris-gris pour traverser la mer vers l’Europe sans se faire prendre, des boubous que seul le Président porte, des moteur de bateau, de voiture, des hélices d’avion, des chapelets fabriqués lors du pèlerinage à la Mecque et bénis par le grand Imam de la grande mosquée de Médine, donc sacrés… Un ami m’a d’ailleurs raconté, pour rire, qu’un jour on lui a proposé le moteur de la fusée Ariane à Sandaga !
Le marché HLM est la caverne d’Ali Baba des femmes. Là, vous trouvez boubous, chaussures, foulards, tissus colorés, bijoux, produits de beauté, sacs à main, à des prix défiant toute concurrence et, bien entendu, ces attributs qui font la spécificité des Sénégalaises, les attrape-messieurs. Tenez-vous bien, toute une aile du marché est dédiée au commerce de ces bines-bines (perles de reins), petits-pagnes, poudres enivrantes et envoûtantes.
Des bines-bines pour garder son homme à la maison
Tenues par des vieilles, ces échoppes ne désemplissent pas et vous en avez pour tous les goûts, toutes les couleurs et toutes les formes. On y trouve des bines-bines appelées "lumières", qui scintillent dans le noir, et d’autres, dits "travaillés", qui retiennent les maris à la maison ; ainsi que de petits pagnes tellement suggestifs, composés d’un bout de tissu, d’un soutien-gorge et d’un string, le tout assorti, avec des trous comme un grillage.
On vous proposera aussi des poudres à répandre sur le lit, à l’odeur tellement forte qu’un homme ne peut que devenir fou ! Tous les marchandages se font dans un langage dénué de toute pudeur, de sorte que vous ne pouvez qu’avoir peur de ces Sénégalaises. Je suis ressorti du marché HLM complètement groggy. Puis le temps passa vite, très vite… entre le travail, les dîners et les rendez-vous. J’eus quand même le temps de suivre l’actualité du moment, qui portait sur la tenue des Assises nationales, sorte de Conférence nationale des forces vives du pays, qui devaient réfléchir sur l’avenir du Sénégal.
La complexite de la politique sénégalaise
Qu’est-ce qui n’a pas été dit sur ces Assises ? J’eus, en l’espace de 72h, l’occasion de vivre la politique sénégalaise dans tout ce qu’elle comporte comme complexité. Dans sa déclaration menaçante, le truculent porte-parole du PDS, de Wade, traita tous les participants aux Assises d’aigris et de putschistes, allant même jusqu’à traiter le respectable Amadou Moctar Mbow, ancien directeur de l’UNESCO et président desdites Assises, de "has-been", de quelqu’un qui n’a rien fait pour le Sénégal et qui est loin des réalités du pays… Il alla même jusqu’à dire que tous ceux qui iraient aux Assises n’ont qu’à savoir qu’ils ont choisi leur camp (celui des ennemis du pouvoir, bien entendu) et qu’ils les trouveraient sur leur chemin. Ces menaces firent effet, car des associations de la société civile et quelques partis politiques firent marche-arrière. L’autre camp aussi traitait les gens du pouvoir de tous les noms d’oiseaux et l’empoignade verbale était à son comble. Toutes ces joutes se passaient presque en direct sur la dizaine de radio FM dakaroises, sur les chaînes TV (surtout la RTS (3)) et étaient abondamment reprises par la presse écrite. Le lendemain de l’ouverture des Assises, où Amadou Moctar Mbow fit un discours historique, des gens se rendirent chez lui et lui coupèrent l’électricité. Incroyable ! On savait les partisans de Wade hermétiques à la discussion, mais pas au point d’atteindre cette extrémité ; de jeunes partisans de Mbow organisèrent la "résistance", firent rétablir l’électricité et sécurisèrent le quartier de l’intellectuel.
Chaque jour avait son nouveau développement de "l’affaire" et la presse s’en régalait à coups de micro-trottoir (fallait écouter ces vieux Sénégalais, dans un wolof académique, traiter les politiciens de voleurs, d’assassins, d’affameurs du peuple,…), de sondages (pour ou contre Wade) et d’émissions d’expression directe. Ça "canardait" dans tous les sens et pas à la kalach ou au revolver, mais carrément au char d’assaut ; tout cela, verbalement, s’entend. C’est le Sénégal !
La GOANA de Gorgui
Ce forum tient encore en haleine tout le pays. Cet intermède politique me fit découvrir quelques grands chantiers de Gorgui (4), que ces partisans brandissaient pour étayer leur thèse de la bonne gestion du pouvoir par leur leader. C’est ainsi que j’entendis plusieurs fois parler de GOANA. Au départ, j’ai cru que c’était une expression en wolof, trouvaille du vieil avocat, passé maître dans l’art des formules-chocs. Je découvris par la suite que GOANA, qui signifie « Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance » (sacré Wade !), est l’ambitieux et audacieux programme du président sénégalais qui vise des objectifs de production à moyen terme de 3 millions de tonnes de maïs, de 2 millions de tonnes de manioc et de 0,5 million de tonnes de riz.
D’un coût global évalué à environ 360 milliards de F CFA et sur un horizon de 3 à 5 ans, il s’agira de : « développer, dans le cadre des politiques nationales, des stratégies innovantes et ambitieuses de développement agricole devant permettre des réponses structurelles durables avec comme objectifs à moyen et long terme l’autosuffisance et la sécurité alimentaire ». On peut reprocher tout ce qu’on veut au président sénégalais, sauf d’avoir de la suite dans les idées. Cette GOANA fait l’objet de publicité tapageuse sous forme de panneaux géants dans les rues dakaroises. Pourvu qu’on y arrive en ces périodes de "vie chère" et de crise alimentaire mondiale.
Mais c’est sans compter avec les répliques cinglantes des contempteurs du "vieux" sous forme de boutade du genre (je l’ai lu dans un journal) « qu’il s’agisse de "goana", de "goani" ou de "goané", le plus important, c’est de se soucier des paysans, qui ne savent pas ce que veut dire fin du mois et qui n’ont que f… des sigles ronflants ».
Dakar, une affiche géante
Parlant de publicité, il faut souligner que Dakar est devenu une affiche publicitaire géante. Partout, des panneaux immenses, pas comme nos 12- m d’ici, minuscules, mais des énormes (presque 60 m), vantant tout et n’importe quoi (cigarettes, voitures, banques, immobiliers, pâtes alimentaires, riz, téléphones, politiciens …) Tous les supports sont utilisés ; même les bus sont peints aux couleurs de marques. Parlant de bus, je ne saurai passer sous silence ces fameux cars rapides, appelés aussi « cercueils roulants », véritables âmes de la ville.
ll y en a de deux sortes : les premiers sont de vieux Saviem des années 80 (l’ancêtre de Renault), appelé aussi Super Goélette, dans un état lamentable, d’une trentaine de places, de couleur jaune et bleu avec des dessins bizarroïdes et des phrases peintes sur toute la carrosserie, du style "s’en fou la mort", "jeune-bon chauffeur", "chauffeur-sans-accidents-depuis 40 ans", "monter-arriver vite-vite", toujours dans un français approximatif mais plein d’humour. Ceux-ci font les trajets urbains.
Les seconds, appelés « Ndiaga Ndiaye », de couleur blanche, du nom du plus grand transporteur du Sénégal (la famille d’El Hadj Ndiaga Ndiaye est aujourd’hui celle qui possède le plus de cars rapides), sont utilisés pour les trajets en ville ainsi que pour les voyages à l’intérieur du pays. On parle de débarrasser Dakar de ces guimbardes sans âge, mais, de grâce, mettez-les au musée.
A côté de ces "ferrailles ambulantes", on en trouve de plus récents, appelés « Dakar Dem Dikk » ou « Dakar Aller et Venir, en français, ou encore DDD pour les branchés » ; ceux-ci sont presque neufs, mais moins pittoresques pour un étranger, je l’avoue. Si vous allez à Dakar, essayez les cars rapides… ça vaut vraiment le coup ! Ou alors, empruntez un taxi en croisant les doigts pour que le conducteur parle français, sinon il vous sortira un wolof si rébarbatif que vous risquez de descendre au prochain embouteillage, de peur qu’il ne vous conduise à Gueule-Tapée pendant que vous voulez vous rendre à Dieuppeul-Derklé ou à Mermoz-Sacré-Cœur (5). C’est vrai, beaucoup de taximen dakarois ne parlent pas français ! Etonnant, n’est-ce-pas ?
Revenons à notre séjour, qui tirait vers la fin en ce jeudi 05 juin, jour du grand gala de clôture des manifestations commémoratives des 20 ans de la coopération Wallonie-Bruxelles/Sénégal. Au programme : une soirée de musique à la mode, excellemment goupillée par mes collègues. Un volet de notre coopération a concerné la formation de stylistes à l’Institut national des arts de Dakar ; ceux-ci présentaient un défilé de mode, fruit de plusieurs années de formation, suivi d’un concert, ‘’rencontre musicale’’ entre un guitariste belge, l’excellent Dom. Jonckère, et le crooner sénégalais, le remuant Abdou Guité Seck. Ce jeudi là, dès 19h30, le grand hall du Sorano grouillait déjà de monde : le gotha de la culture sénégalaise (acteurs, musiciens, directeurs de centres culturels, étudiants en arts), des officiels, des diplomates ainsi qu’une foule de fans du musicien sénégalais.
Entre deux belles et grandes "gazelles"
Laissez-moi vous dire que le défilé avait déjà commencé : d’élégantes sénégalaises, drapées dans leurs plus beaux boubous, déambulaient… Certaines portaient des semblants de tocs aux couleurs vives, sous forme de foulards et tellement hauts et larges qu’on avait l’impression qu’elles portaient des toits de chaume. Le début du gala mit fin à ce défilé informel et place fut faite aux artistes. Les étudiants en stylisme firent sensation avec des collections inédites et le concert fit danser toute la salle.
La soirée se termina très tard du côté de « Just4you » entre 2 belles et grandes "gazelles" (la bière locale ! mauvaises langues, vous pensiez à quoi ??!!) J’étais déjà à la fin de mon séjour dakarois et j’avais l’impression, comme je l’ai dit au début de ce récit, de n’être resté que quelques heures dans cette métropole. Une métropole moderne, avec des échangeurs partout (les pétrodollars du Sommet de l’OCI sont passés par là !), des embouteillages monstres dans ces rues sans un seul feu rouge, mais où il n’y a jamais d’accidents (durant mon séjour, je n’en ai pas vu un seul, étonnant !).
Une métropole où le wolof est roi et parlé partout : au lycée, au marché, à l’Assemblée nationale, dans les bureaux, en Conseil des ministres, à la télé (vous regardez une émission de débat en français, et, tout à coup, un des intervenants mélange son excellent français à un wolof tellement "métallique" que vous ne pouvez que zapper). Ah ! Le Sénégal !! Vous comprenez maintenant pourquoi ce pays est fascinant. Et si à la fin de ce récit, vous êtes arrivés à répondre à la question du titre, je vous prends dans mes valises lors de mon prochain voyage à Dakar. Wal-Lééhi deugg-la !! Les paris sont ouverts…
A. Sawadogo (sawadogo.a@apefe.bf) in www.lobservateur.bf du vendredi 27 juin 2008.
Note : (1) Xalam : célèbre groupe musical sénégalais
(2) Thiof : bon poisson très cher, le meilleur pour faire le tchiep
(3) RTS : Radio télévision sénégalaise, la chaîne nationale, ironiquement surnommée par les téléspectateurs « Rien tous les soirs »
(4) Gorgui : vieux en wolof ; nom donné au Président Wade par ses compatriotes
(5) Gueule-Tapée, Dieuppeul-Derklé et Mermoz-Sacré-Cœur : quartiers de Dakar
13:36 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.06.2008
Le Burkina à l'épreuve de son hospitalité légendaire
Alors que le Blaiso national vogue de reconnaissances sous-régionales en reconnaissances internationales, le Burkina doit faire face à une vague déferlante de réfugiés touareg. Le gouvernement n’est visiblement pas préparé à cette situation imprévue dans son budget financier et social. Surtout, pas en ces temps de vie chère, où l’enfant terrible de Ziniaré ne sait pas à quel saint se vouer pour gérer les angoisses des siens. Pris entre le marteau de ses nouveaux habits de «faiseur de paix» à l’extérieur de ses frontières et l’enclume de ses réalités intérieures, on se demande jusqu’où Blaise Compaoré peut aller dans le jeu de cette carte de l’hospitalité que les réfugiés touareg maliens quémandent avec insistance.
En allant rendre visite, vendredi dernier, à ces ‘’réfugiés’’ qui ont pris d’assaut le site du stade du 4-Août, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale - accompagné de sa collègue déléguée à la Coopération régionale et de celle de l’Action sociale et de la Solidarité nationale - voulait manifester la compassion du gouvernement burkinabè à ces hommes, femmes et enfants qui ont été obligés de fuir leur pays pour sauver leur peau d’une guerre pour laquelle ils n’y sont pour rien. Cela faisait un certain temps qu’ils étaient là. L’écho que la presse faisait de leur présence à Ouagadougou ainsi qu’à Djibo dans le Sahel avait de quoi interpeller les autorités qui se devaient ainsi de briser le silence qui pouvait être interprété comme de l’indifférence.
Le chef de la diplomatie burkinabè avait visiblement bien perçu l’enjeu de cet afflux inattendu d’exilés qui demandent instamment refuge. Mais il n’a nullement voulu se perdre dans des commisérations qui pourraient devenir embarrassantes pour le gouvernement. Ainsi, alors que les réfugiés demandaient un «asile durable», il prônait plutôt une hospitalité transitoire. Même si les organisations humanitaires locales et institutions onusiennes, dont notamment le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), se sont investies dans les premières prises en charge des Touareg, l’Ange Djibrill ne souhaite guère voir la situation perdurer, encore moins s’éterniser. Pour lui, il ne fallait pas donner une fausse assurance, au risque d’attirer sur le Burkina la misère de tous ceux qui cherchent activement un endroit plus rassurant.
Au regard de la proximité géographique entre le pays des Hommes intègres et les foyers de conflits qui ont cours au Mali et au Niger voisins, la tentation du déferlement était pourtant prévisible. Et le pressentiment du ministre des Affaires étrangères est d’autant plus justifiée que le Burkina est perçu comme un «havre de paix» où l’on ne risque pas d’être rattrapé par ses démons. Et c’est justement cela que redoute le gouvernement burkinabè et que Djibrill Bassolé a osé dire tout haut à la presse. «Le flot (entendez des Touareg maliens) ne ralentit pas et cela nous inquiète.» En clair, le Burkina n’est pas prêt à offrir une hospitalité qui risque de lui coûter cher en ces temps de «vie chère». A moins que la ‘’Communauté internationale’’ n’entre véritablement dans la danse et décide de prendre tout en charge.
La seule chose que le gouvernement semble disposé à accorder, c’est «un site plus adapté aux conditions de vie des nomades», a laissé entendre Djibrill Bassolé. Il s’agit notamment d’un site aux environs du village de Pabré dans la province du Kadiogo - en plus du site de Djibo - au lieu du stade du 4-Août où les Touareg se sentent visiblement à l’étroit.
Comme on peut le voir, c’est la légendaire hospitalité burkinabè, auréolée par les exploits de paix du Blaiso, qui est mise à rude épreuve par la vague déferlante de réfugiés. Bassolé à beau souhaiter que le séjour de ces exilés inattendus soit de la plus courte durée possible, les dernières nouvelles en provenance du front malien prouvent que les hostilités risquent de reprendre de plus belle ces jours-ci, surtout que Amadou Toumani Touré, le président malien, a décidé, le week-end dernier, de passer à l’offensive contre des rebelles qui n’en démordent pas non plus. Ceux qui ont déjà trouvé refuge au Burkina risquent de ne pas «retourner très rapidement chez eux», comme le souhaite Pascaline Tamini, la ministre de l’Action sociale. Il va falloir se serrer la ceinture avec ces réfugiés qui tombent sur les bras du gouvernement en ce temps de soudure corsé par la vie chère. Et surtout hurler fort pour que la Communauté internationale, partagée aussi entre la crise alimentaire mondiale et d’autres poches de conflits en Somalie et dans les Grands Lacs, ne nous abandonne pas dans la gestion de cette galère.
12:11 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Refugiés touareg, demande d'asile, HCR, Mali, Burkina
06.06.2008
Les médicaments de la rue ont toujours pignon sur rue!
Malgré une Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (Cameg) qui fait du Burkina Faso «Le leader de l’Afrique de l’Ouest dans le domaine du médicament essentiel générique en termes de volume, d’accessibilité géographique et financière», ce pays traîne paradoxalement, comme un boulet, la plaie d’une omniprésence du médicament de la rue. Malgré l’adoption d’une stratégie nationale de lutte contre le phénomène, sans compter les campagnes de l’Ordre national des pharmaciens pour tirer annuellement la sonnette d’alarme, les «médicaments de la mort» ont toujours pignon sur rue. Entre les dispositions institutionnelles parfois ostentatoires et la réalité de la lutte contre le fléau des médicaments de la rue, le fossé est grand. Et pourtant, les enjeux sanitaire et économique sont énormes. Les produits contrefaits et nocifs qui envahissent nos marchés provoquent des drames importants qui sont généralement vécus dans le silence par les victimes. A ce sujet, l’impuissance des pouvoirs publics fait froid dans le dos.
En effet, s’il est vrai que certaines structures telles les Communes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ainsi que le Comité national de lutte contre la drogue sont engagées dans la lutte à travers quelques actions coup-de-poing, l’essentiel du combat est du ressort des forces de sécurité et de défense. Or, c’est justement là où le bât blesse!
Tout se passe comme si l’Ordre des pharmaciens - qui défend légitimement son terrain de prédilection - et la Cameg - qui fait la promotion du médicament essentiel générique en vue de le rendre plus accessible aux populations - se battent contre des moulins à vent. Du moins, la logique aurait voulu que la puissance publique s’impose sur les différents marchés où opèrent, au vu et au su de tout le monde, des grossistes, des détaillants et des marchands ambulants. Hélas! ces jeunes ‘’pharmaciens’’ pirates sillonnent les rues, passant sous le nez et à la barbe de policiers ou de gendarmes qui ont visiblement d’autres chats à fouetter. En réalité, les forces de l’ordre ne se mettent en action que lorsqu’elles sont activées par leur hiérarchie. Or, apparemment, la lutte contre les médicaments n’est pas encore rentrée dans les mœurs. Mieux, elle ne semble pas exciter outre mesure ceux-là qui peuvent y mettre définitivement un terme ou la réduire pour le moins à sa portion congrue.
Des forces de sécurité peu motivées
Nos investigations nous ont révélé que les douaniers, qui sont supposés saisir ces produits nocifs aux portes du Burkina, ne sont pas tellement portés à le faire comme on peut l’imaginer. Selon le Dr Alfred Sandouidi, secrétaire général de l’Ordre des pharmaciens, «les médicaments contrefaits ne représentant pas de valeur marchande, les douaniers ne sont pas motivés à les saisir systématiquement». Autrement dit, un garde-côte burkinabè ne gagnerait rien à mettre la main sur un trafiquant de médicaments parce que cette marchandise ne pourra pas être vendue aux enchères et ne lui rapportera rien du tout. En plus, il devra se soumettre à des formalités judiciaires et donc à un tas de tracasseries pour faire traduire le malfrat devant les juridictions. Ceci expliquerait pourquoi les médicaments contrefaits entrent impunément sur le territoire et ceux qui tirent les ficelles de ce commerce immonde continuent d’opérer sans être véritablement inquiétés.
Par ailleurs, pour mettre en mouvement la police et la gendarmerie, il faudrait non seulement les doter de logistique appropriée, mais aussi motiver financièrement les agents, autant de fois qu’ils seront en mission sur le terrain. La solution à la passivité des forces de l’ordre est donc de créer un fonds spécial pour les motiver conséquemment, comme l’a, du reste, déjà proposé l’Ordre des pharmaciens. En outre, le Comité national de lutte contre la drogue, qui est également conscient de la délicatesse de la lutte, avait aussi proposé des décorations d’agents de force de sécurité pour les motiver à s’impliquer activement dans la lutte contre les médicaments de la rue.
Quand les Chinois s’en mêlent
En définitive, le combat est assez simple, voire facile à gagner. Car, «s’il n’y a plus de médicament qui entre facilement au Burkina, il n’y aura plus de vendeur et par conséquence il n’y aura plus de menace pour la santé des populations et pour l’économie», conclue J. Compaoré, un étudiant en fin de cycle de médecine. Voilà qui est bien vu. Mais au Burkina, ce sont les politiques qui ont le dernier mot. En la matière, ceux-ci ont une logique que les partenaires sociaux et les universitaires ne comprennent pas. Sinon, «ils ont une idée précise du danger que représentent les médicaments de la rue. Mais c’est une volonté politique clairement affichée qui manque le plus», suggère le Dr Sandouidi. Aussi longtemps que le problème ne sera pas globalement pris à bras-le-corps, les médicaments de la rue auront toujours pignon sur rue. Pire, le laxisme des autorités publiques ouvre déjà la voie à une médecine chinoise très agressive qui va non seulement à l’assaut des populations, mais inondent les villes et les campagnes de médicaments sans la moindre autorisation de mise sur le marché pourtant imposée par le ministère de la Santé aux pharmaciens. En plus, les notices sont en langue chinoise, privant les consommateurs du droit fondamental d’avoir accès aux informations relatives au produit.
Il ne faut donc pas se voiler la face. Le trafic des médicaments de la rue s’est imposé au Burkina et dans beaucoup de pays africains comme un business qui ronge - au propre comme au figuré - entre 25 à 60% des parts de marché du médicament et désorganise ainsi le système sanitaire et pharmaceutique. Va-t-on laisser cette gangrène détruire tous les efforts de rapprochement du médicament des populations à travers notamment la Cameg qui a réussi le pari de préposer le médicament essentiel générique dans tous les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), c’est-à-dire dans les plus petites cellules du système sanitaire national?
16:20 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médicaments de la rue, ordre des pharmaciens, centrale d'achat, sansté publique, Burkina Faso, chinois
22.05.2008
Un guérisseur bâtisseur d'empire au Burkina Faso
Tradipraticien aux «dons mystiques», El Hadj Saïdou Bikienga n'impressionne pas seulement ses visiteurs par les «guérisons miraculeuses» dont il a le secret. En plus de son «hôpital de campagne à ciel ouvert» où affluent chaque jour des centaines de patients, le guérisseur ne se contente pas de profiter tout seul des dons qui lui sont faits. Son investissement dans la réalisation d'infrastructures sociales est assez éloquent. Sa volonté de marquer son territoire en dit long...
A 45 ans, dont 31 consacrés à l'exercice de la médecine traditionnelle dans le petit village de Nagréongo, Saïdou Bikienga passe pour l'un des plus célèbres guérisseurs. Spécialiste de maladies paralysantes, de la folie et surtout des difficultés de procréation, il s'est bâti une solide réputation dont les retentissements sont allés au-delà des frontières du Burkina. Ses patients lui viennent aussi bien de la grande masse des indigents que des plus hautes personnalités qui vont le consulter dans l'espoir de trouver une solution à leurs problèmes. Il est simplement très sollicité. Les choses marchent si bien pour lui qu'il a réussi à amasser une bonne fortune - au propre comme au figuré - dont les effets sont palpables. Mais loin de se contenter d'aménager son seul jardin, il laisse déborder sa générosité pour le profit de tous les habitants du village qu'il a pratiquement contribué à créer.
Un CSPS dans son village
L'une des plus pertinentes infrastructures qu'il bâtit à Nagréongo en ce moment est sans conteste le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS). Très rarement, on a vu des tradipraticiens établir un pont avec la médecine moderne au point de s'investir personnellement pour ériger un dispensaire. El Hadj Saïdou Bikienga marque incontestablement un bon point en faisant œuvre de pionnier en cette matière. Ce n'est d'ailleurs pas son premier coup. Il y a quelques mois, il en a surpris plus d'un en construisant un CSPS au profit de son village natal dans la province du Sanmentenga.
A la question de savoir pourquoi cette propension pour la construction de «maison moderne de santé», il ne passe pas par quatre chemins: «Je sais que je ne peux pas soigner toutes les maladies. Lorsqu'un cas de ce genre se présente à moi, je préfère le référer à l'hôpital», répond-il en substance.
Mais au-delà de son humilité à reconnaître la place et la complémentarité de la médecine conventionnelle, le célèbre guérisseur avoue qu'il ne sera pas là éternellement pour soulager, tous les malades qui viendront à Nagreongo. Autrement dit, il est convaincu que son œuvre est limitée dans le temps, mais qu'elle peut être suppléée par un dispensaire. En plus, et plus intimement, El Hadj Saïdou Bikienga confesse n'être pas convaincu d'avoir un parent ou une descendance susceptible de perpétuer son œuvre. Tout ceci expliquerait donc cela.
Toutefois, le guérisseur de Nagréongo ne se soucie pas seulement de laisser des infrastructures médicales après lui. Sa générosité déborde sur les piliers fondamentaux des secteurs sociaux. A cet effet, il a ouvert deux chantiers de construction de barrages dont un est déjà achevé et fonctionnel et l'autre en construction à l'entrée du village. C'est là où les nombreux patients s'approvisionnent en eau. A côté de l'endroit où il habite, il a installé 3 forages. Comme pour compléter le tableau, il a lancé des travaux de construction d'une école primaire. «Tout cela, c'est avec mon argent que je le fais», souligne-t-il. En tout cas, il tient à ce que son nom soit lié à toutes ces réalisations qui concourent à donner à la bourgade de Nagréongo le visage d'un village moderne. L'homme est apparemment en passe de gagner son pari.
Un guérisseur civilisé
Même s'il apparaît comme un détenteur de pouvoirs occultes, El Hadj Saïdou Bikienga semble se préoccuper de «civiliser» son être social. Ainsi, en plus des réalisations sus-citées, le tradipraticien met un soin particulier à se confier et à confier ses patients à Allah avant d'entreprendre toute guérison. Qu'ils soient chrétiens, musulmans ou de la religion traditionnelle, ses patients sont soumis à de longues bénédictions d'un imam attitré avant que lui-même n'intervienne sur eux. Il lui arrive aussi d'implorer longuement les faveurs du Tout-Puissant sur les patients. Le signe le plus patent de son attachement à l'islam est certainement d'avoir effectué le pèlerinage sur les lieux saints de La Mecque, d'où son titre de El Hadj. En plus, il est le bâtisseur de 2 mosquées dont l'une située à côté de son domicile et l'autre en construction à côté d'un des lieux où il officie. Des patients venus pour se soigner sont d'ailleurs invités à contribuer à l'édification de ce lieu de culte en contribuant en argent ou en allant chercher quelques seaux d'eau au barrage n°1 pour les maçons.
Avec 2 barrages, 3 forages, un dispensaire, une école, deux mosquée et un village pratiquement érigé de toutes pièces autour de son œuvre, El Hadj Bikienga peut se targuer d'être un véritable acteur de développement doublé de tradipraticien. Plus de 10 ans après ce qu'il convient d'appeler le phénomène de Saïdou de Nagréongo, l'affluence des patients ne semble pas faiblir. Des autorités politiques et administratives se feraient plus discrètes, mais continueraient de fréquenter le guérisseur. L'homme s'est visiblement bien installé qu'il n'accepte pas d'aller consulter en dehors de sa fazenda. «Je ne voyage pas pour aller soigner parce que je ne veux pas qu'on me prenne pour un guérisseur-commerçant», martèle-t-il. Le cours des événements semble lui avoir donné raison; puisque c'est en restant sur place qu'il a engrangé une fortune à même de lui permettre de contribuer au développement socio-économique de son milieu.
Lorsqu'il sera au terme de son œuvre, comme il en a lui-même bien conscience, il n'y aura peut-être plus d'affluence de cars, de taxis-motos, mais El Hadj Bikienga laissera derrière lui des infrastructures qui rappelleront aux générations futures que ce tradipraticien ne s'est pas contenté de faire des miracles... mais il a été aussi un bâtisseur d'empire. De quoi faire mentir tous ceux qui croient que les Africains serviteurs de la tradition et des «fétiches» tournent en rond et se satisfont de l'éternel retour des phénomènes naturels.
18:01 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2008
Togo: Robert Dussey, un intellectuel mal inspiré
Conseiller diplomatique du président togolais Faure Gnassingbé, Robert Dussey vient de publier un ouvrage intitulé "L'Afrique malade de ses dirigeants". Un titre assez original et courageux qui lui a, probablement, valu une interview sur Radio France internationale (RFI). Il a fallu attendre la fin de l'entretien pour se rencontre compte que Robert Dussey n'est qu'un courtisan comme les autres. En effet, on tombe complètement à la renverse à l'entendre dire conclure l'interview en lançant que "Faure Gnassingbé est un miracle pour le Togo". Une déclaration digne de ces griots qui avait jadis fabriqué le dictacteur Eyadéma.
Quand on sait que Robert Dussey se fait passer pour un universitaire, de surcroît, un docteur en philosophie politique, cette prise de position n'est pas du tout digne d'un intellectuel de son rang. On comprend qu'il soit séduit par "l'ouverture" du jeune président Faure Gnassingbé. Mais de là à vouloir en faire déjà une idole pour les togolais qui attendent toujours de voir, il y a un pas de trop que Dussey a franchi. A moins qu'à l'instar des dirigeants africains qu'il charge, il ne soit lui même aussi malade de son enthousiasme.
Le Togo et les togolais n'ont plus besoin de ces envolées lyriques qui poussent à la révolte et au doute. Attention à ne pas faire déjà le lit à une autre dérive totalitaire. Nous n'avons plus besoin d'intellectuels griots à la mémoire courte et à l'enthousiasme trop facile.
09:32 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Togo, Robert Dussey, "L'Afrique malade de ses dirigeants"
04.04.2008
Fortunes diverses pour les "fidèles" du président
L’éviction, en pleine nuit de Pâques, de Calife Diallo du gouvernement continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Normal. Pour cet homme qui passait pour être le numéro 2 du système Compaoré ou encore l’homme à tout faire, le robot du gigaparti au pouvoir , il y a de quoi ne pas se satisfaire des conjectures servies le lendemain à la presse par le Premier ministre et le président du Faso.
Si le premier peut encore justifier le départ de son ex-ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques par le souci de la «cohérence» et de la «collégialité», le grand manitou est le seul qui détient la vérité sur ce léger remaniement qui fait grand bruit. C’est d’ailleurs lui seul qui fait et défait les hommes et les femmes qu’il appelle à partager son naam. Si les ministres et autres môgô puissants du Palais et du CDP préfèrent garder le silence ces jours-ci, c’est moins parce qu’ils n’en ont pas envie. Lorsque l’un des «fidèles parmi les fidèles» est brusquement éjecté, il vaut mieux bien garder sa langue. Le porte-parole du gouvernement même n’a-t-il pas volontairement choisi de divertir les journalistes aux aguets lors du premier conseil des ministres du gouvernement réaménagé du mardi 25 mars?
«Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit», dit-on. Mais dans la tragédie politicienne qui se joue au sommet de l’État, chacun semble avoir son tour chez le coiffeur Blaise Compaoré. Ceux qui gravitent autour de la galaxie de l’enfant terrible de Ziniaré ont connu et connaissent des fortunes diverses. En la matière, Calife Diallo n’est donc pas le premier déchu et ne sera certainement pas le dernier. On se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, lorsque nos confrères de la TéNéBreuse ont susurré, à la rentrée télévisuelle de décembre dernier, qu’il y aurait un remaniement ministériel en l’air, le Premier ministre Testicus Zongo a voulu mettre sa main au feu. Heureusement qu’il ne l’a pas fait et ce qui devait arriver arriva à Pâques.
Hier, c’est l’éjection de Mélégué Traoré, le danseur émérite de Kankalaba, de son confortable fauteuil de président de l’Assemblée nationale qui avait fait grand bruit. D’autres môgô puissants ont connu les mêmes déboires que lui, d’autres ont même quitté la scène pour toujours, pour ne pas dire qu’ils ont été contraints de garder définitivement le silence. On n’arrivera probablement pas à dérouler toute la liste de déchus. Ce qui est sûr, c’est que le feuilleton de la traversée de désert d’anciens barons n’est pas encore à son dernier épisode.
A qui le tour?
De mauvaises langues parlent de Simon Compaoré, le tonitruant maire de la capitale, ou encore du Rocczilla, le seul président qui a battu le record de longévité au perchoir. Mais pourquoi pas François Compaoré, le petit frère du président himself? Ce n’est peut-être qu’une question de temps.
L’avenir nous le dira.
Au commencement était Thom SankCommentant le réajustement ministériel, Me Benewendé Sankara avait donc raison d’affirmer que «Blaise Compaoré a écarté plus que Salif Diallo». Le patron de l’UNIR/MS voulait ainsi parler du capitaine Thomas Sankara, comme pour dire que si «le frère d’armes» et «l’ami» a connu la plus tragique des séparations, ce n’est pas sur une simple éviction du gouvernement qu’il faut s’apitoyer.
Ensuite vinrent d’autres cadavérésL’une des premières sanctions de la Compaorose a été sans pitié à l’égard de ses proches compagnons et frères d’armes. Accusés de convoiter le fauteuil présidentiel, le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo ont été définitivement écartés en septembre 89. Sans compter la fulmination infligée à l’idéologue Oumarou Clément Ouédraogo. Dans les archives des dégâts collatéraux de la Rectification de la Révolution, ceux qui recherchent les déchus du système ont certainement beaucoup de grain à moudre.
Et ceux qui ont été «faits» aprèsDes bidasses très zélés, qui faisaient la pluie et le beau temps dans les casernes et en ville, n’ont pas moins connu le triste sort d’être ‘’kafcidentés’’, sans autre forme de procès. Les cas du lieutenant Nidar Gaspard Somé, cadavéré dans un accident de la circulation en 91, et du sergent-chef Arzouma Ouédraogo, alias Otis, tombé en disgrâce dans l’affaire Hyacinthe Kafando et zigouillé sur la route de Bobo en 97, sont la preuve que le zèle n’est pas toujours un gage d’une protection sans condition.
Les disgraciés et réhabilitésLe capitaine Boukary Kaboré, alias Le Lion, a certainement eu plus de chance que les autres. Après s’être rebellé contre la prise de pouvoir de Blaise Compaoré en tentant de s’appuyer sur ses camarades du Bataillon d’infanterie aéroportée de Koudougou, il a connu l’exil, mais a bénéficié d’une amnistie. Il en est de même pour l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando qui, après des bisbilles qui l’ont envoyé en exil, est revenu dans les bonnes grâces et arbore fièrement son costume de député à l’Assemblée nationale pour le compte du parti au pouvoir. Eclaboussé par une sombre histoire de tracts au début de la période de Rectification, le ministre Laurent Sedego, remplaçant de Calife Dialleau, aurait pu connaître aussi un sort tragique. Enfin, ce n’est certainement pas le dernier, le général Kouamé Lougué a été traîné dans la ténébreuse affaire de coup d’État d’octobre 2003, mais il ne s’est finalement pas noyé.
Enfin les anciens barons qui se cherchentLes civils qui se sont approchés du Saint des saints de la galaxie n’ont pas moins connu des fortunes diverses. Promu Premier ministre après Youssouf 1er, Roch Marc Christian Kaboré a aussi connu sa traversée du désert avant de rebondir comme président du parti puis comme président du Parlement depuis 2002. Son prédécesseur, Mélégué Traoré, n’aura eu droit qu’à un mandat avant de tomber dans la disgrâce. Premier président de cette auguste Assemblée, Arsène Bongnessan Yé n’aura fait lui aussi qu’un mandat, avant de rejoindre le fond de la classe depuis sa légendaire gaffe de «chef de terre». Quant à Nabobo Kanidoha, il doit se contenter d’être simple député après avoir brillé comme sinistre de la Défonce et l’un des hommes forts du parti au pouvoir.
09:45 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blaise Compaoré, collaborateurs, Salif Diallo, gouvernement
28.03.2008
La vilaine plaie de la presse ivoirienne
Liés par l’histoire, la géographie, la politique et maintenant par le processus de réconciliation des cœurs et des esprits, le Burkina Faso et la Côte-d’Ivoire ne présentent pas pour autant les mêmes caractéristiques au niveau des médias. En effet, si les journaux, radios et télévisions privés qui ont poussé sur la Terre des Hommes intègres à la faveur de la libéralisation éprouvent de la pudeur à afficher la couleur de leurs chapelles politique, économique ou financière, on a au moins l’avantage de savoir «qui est qui» en Eburnie. La plupart des titres sont politiquement, économiquement ou financièrement marqués, et c’est à visage découvert que leurs vrais propriétaires usent et abusent de leurs instruments. Dans ce pays en proie à une crise dont les plaies tardent encore à se cicatriser, les médias font partie des armes de combat de l’adversaire, voire de l’ennemi.
Aussi, si les autres armes de guerre se sont tues depuis un certain temps, celles de la presse pètent à travers la dizaine de quotidiens qui paraissent régulièrement, sans compter les nombreux autres périodiques qui prennent le relais au grand bonheur des lecteurs qui ont souvent le choix et l’embarras. A voir les manchettes qui peuplent très tôt le matin la galaxie de contre-plaqués qui servent de tableaux d’affichage, on se demande comment faire pour distinguer l’information vraie de la vraie information. Tellement chacun y va des mêmes faits selon ses intentions, ses intérêts, ses insinuations et ses manipulations...
Presque tout le monde sait que le journal Notre Voie prêche pour la chapelle du FPI du président Laurent Gbagbo, Nord-Sud pour le Premier ministre Guillaume Soro, le Nouveau Réveil le PDCI/RDA de Konan Bédié, le Patriote d’Alassane Dramane Ouattara, pour ne citer que ces exemples. Bref, la presse ivoirienne a mal à sa très grande politisation. Et même si les leaders politiques reconnaissent que sa trop grande politisation est source de plusieurs dérives, personne n’a visiblement les couilles pour siffler le cessez-le-feu médiatique. On a plutôt l’impression que tous les coups sont permis par médias interposés.
Paradoxalement, la presse ivoirienne apparaît sur le plan institutionnel comme l’une des plus nanties du continent. Nos confrères ivoiriens peuvent peut-être rougir de ne pas bénéficier encore de la subvention de l’Etat aux médias, mais ils font office d’avant-gardistes dans les domaines de la régulation - avec une Commission nationale de la presse (CNP) et un Conseil national de l’audiovisuel (CNCA) -, de l’autorégulation - avec la mise en place d’un observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie - et de l’organisation du prix de l’excellence, le très convoité Ebony, pour lequel les heureux lauréats s’en sortent chaque année avec une villa flambant neuve. Mais la trop grande politisation de l’espace médiatique semble avoir noyé ces atouts importants. En termes d’avancées, on «y voit rien». Et c’est dommage.
16:21 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La régulation de l'information n'est pas un jeu de casse-casse!
Faut-il faire confiance aux journalistes ou les marquer à la culotte pour qu’ils ne perdent pas de vue les règles fondamentales de l’éthique et de la déontologie de leur profession? C’est la question qui brûle les lèvres depuis la publication quasi intempestive des communiqués du Conseil supérieur de la communication (CSC), à propos des dérives et des manquements dans le traitement de l’information relative à ce qu’il convient d’appeler la vie chère ou la flambée des prix.
En effet, si l’instance de régulation s’est gardée de citer de noms d’organes de presse dans sa première mise en garde, il semble être parti plus loin dans le second. Mais sans précisions suffisantes et claires sur l’objet des écarts constatés ici et là. Apparemment, l’exercice de la régulation par l’interpellation paraît délicat pour le président de l’institution, Luc Adolphe Tiao, et son collège de conseillers. Sinon, ils font trop de détours pour dire clairement ce qu’ils veulent. Auraient-ils peur de heurter certaines sensibilités ou seraient-ils aussi contaminés par le virus de l’autocensure qui paralyse tant la liberté d’expression et de presse au Faso?
Force est de constater que l’exercice de la régulation soumet le CSC à un terrible sinon pénible équilibrage ou équilibrisme - c’est selon - qui ne lui permet pas de frapper nécessairement là où ça fait mal. On veut croire à une «démarche pédagogique» qui consiste à ne pas condamner, mais à amener chaque média à reconnaître sa faute et à se corriger. Encore faut-il lui signifier, sans ambages, ce qu’il a mal fait. Mais la communication sans détour n’est visiblement pas la chose la mieux partagée au CSC. Quand les censeurs manquent de sang-froid, il y a de quoi s’en inquiéter.
Au-delà des mises en garde pour les uns et des mises en demeure pour les autres, la régulation ne vaut pas la clarté des fautes incriminées. Dans un contexte burkinabè marqué par la précarité du métier de journaliste et des entreprises de presse, et donc de l’absence d’un statut officiellement adopté et partagé des professionnels de la presse, il faut avouer que rien ne sert encore de semer le trouble. Il faut appeler un chat un chat. Autrement, on entretient un flou qui ne profite qu’aux pécheurs en eaux troubles et aux fossoyeurs de la profession. Car la liberté de presse ne s’use en réalité que lorsqu’on n’en use pas assez. Et pas le contraire.
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28.02.2008
L'interminable saison des "cadeaux de nouvel'an"
Comme cela est désormais de coutume au Faso, employés, usagers, clients et autres partenaires des entreprises et institutions publiques et privées sont inondés de gadgets et autres cadeaux publicitaires à l’occasion de la fin d’année et du début de la nouvelle année. Depuis décembre, pour les sociétés les plus prévoyantes et janvier pour les autres, on ne sait jamais quand finit la saison de babioles. Tandis que nous sommes pratiquement au 4e mois de l’année, on continue de distribuer des calendriers de l’année en cours. Comme si cette «horloge des dates» ne servait qu’à orner les murs et les bureaux.
Dans ce pays où la logique et le bon sens ne sont pas toujours les choses les mieux partagées, toutes les occasions sont bonnes pour «s’affairer sans rien faire». Ceux qui sont chargés de distribuer ces brimborions n’en font pas moins une occupation à plein-temps, sinon un outil de pouvoir. Le pire, c’est de voir les hauts responsables d’une boîte - qui devaient s’occuper à des charges plus utiles - faire main basse sur des calendriers, agendas et autres gadgets qu’ils ne distribuent qu’à leurs proches et à leurs amis, lorsqu’ils ne confisquent pas carrément tout dans leurs bureaux jusqu’à ce qu’ils se périment.
Et pourtant, Dieu sait qu’elles sont légion, les institutions, qui dépensent parfois des dizaines de millions pour commander ces cadeaux qui devaient plutôt servir de supports à la communication avec les clients, usagers, partenaires et les publics cibles en général. Mais hélas! Si les unes cherchent, chaque année, des cadeaux originaux pour imprimer la marque de leur boîte dans la tête et dans l’esprit de leurs cibles, les autres - les plus nombreuses - ne commandent, en réalité, les gadgets que par complaisance ou par mimétisme, sans objectifs de communication précis. Ainsi, on n’est pas surpris de voir qu’ils ne disposent même pas de stratégie de distribution et sèment à tout vent. Une chose est donc de dépenser des sous pour des cadeaux publicitaires, une autre est de savoir ce qu’on en fait réellement dans l’intérêt de son institution et au bon moment.
Or, en la matière, tout porte à croire que le mimétisme prend le pas sur le professionnalisme. Sinon, comment comprendre que des chargés de marketing, directeurs de communication et même des directeurs généraux conservent toujours des lots de calendriers et agendas de 2008 dans leurs bureaux et magasins, alors que l’année aborde pratiquement le tournant de son 3e mois. Le comble de l’anti-management, ce sont ces structures qui attendent le début d’une année pour lancer leurs commandes de gadgets.
Il y a toujours des zigotos prêts à collectionner des cadeaux périmés, mais la prolongation excessive de la saison des gadgets n’est ni plus ni moins que le signe patent d’un amateurisme dans la communication d’une institution digne de ce nom. Un calendrier et un agenda sont d’abord faits pour planifier une année afin d’être le plus possible maître de son temps. Les offrir avec du retard ne peut se comprendre autrement que par la méprise ou l’ignorance des enjeux du temps.
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