08/04/2008

"Les politiciens sont des guignols, de vrais comédiens"

73118cc23cea0fcc0b8c1cc9c286bccb.jpgYao Billy Serges Alias Billy Billy est le nouveau phénomène du rap ivoirien. Avec un style propre à lui et emprunt d'une verbe acerbe, il déménage la foule en Eburnie à toutes ses apparitions scéniques. Billy Billy détient les "nouvelles du pays" et les répand à travers son RAP made in Côte d'Ivoire, taillé dans les racines de sa culture bété. 

Billy Billy, est-ce que c'est la forme actuellement ?

 

Billy Billy (B. B.) : Ouais ! Y a le moral ! Grâce à Dieu, tout va bien.

 

 Quel est ton nom à l'état civil ?

 

A l'état civil, je m'appelle Yao Billy Serges. Vous constatez que y a Billy dedans. J'ai juste doublé.

 

 

L'album "Les nouvelles du pays", est-ce ta première aventure dans la musique ?

 

C'est la première aventure en solo. J'ai d'abord appartenu à un groupe que l'on appelle Nasty Mafia, vainqueur de la 1re édition de Nescafé african revelation en 2001. L'album du groupe n'a pas eu le succès escompté en son temps. Aujourd'hui, Billy Billy a entamé une carrière solo avec l'album "Les nouvelles du pays".

 

Alors, comment va le pays ?

 

Le pays ? (il fait un off). Je n'ai pas besoin de le dire. Lorsque vous écoutez le CD, vous le sentez. Je ne suis pas souriant ; et c'est parce que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays est renversé comme je le dis dans une de mes chansons, on dirait "débout Keyi". Le pays est en l'envers et les choses ne fonctionnent pas comme elles se doivent. Quand je prends le phénomène de la piraterie, ça va grandissant et aucun homme politique ne lève le doigt pour dire quoi que ce soit. Ils savent qu'un CD ne peut pas devenir chocolat. Ce qui les intéresse, c'est le cacao de nos parents. Nos parents souffrent pour produire et quand l'argent arrive, ça reste au Plateau. Je suis un révolutionnaire à l'image de la musique rap. C'est une musique de combat. Un rappeur est un soldat et quand il vient au front, c'est avec une arme soit pour mieux se défendre ou attaquer. Je suis ici l'icône de la jeunesse et j'ai décidé de prendre leurs problèmes à bras-le-corps. Quand je chante, je ne demande pas au public de m'applaudir mais plutôt d'être en communion de pensées avec moi, de m'inspirer.

 

 

Le genre de rap que tu pratiques a-t-il une différence fondamentale avec ce que l'on connaît ?

 

Mon style, c'est le "Lazga digbe style". C'est un concept 100% ivoirien ; je dirai plus 100% bété. Chez nous les Bété, quand quelqu'un meurt, sa maman se mêle aux griots et fait du bruit avec des bouteilles. Elle chante et fait au passage des messages en dénonçant la médisance, la calomnie. En fait, mon rap est un rap dénonciateur. J'ai récupéré ce concept qui est issu d'une culture de chez nous pour la valoriser. Mon style est assez particulier. Vous voyez, il fut un moment en 1997, les Ivoiriens ont voulu adopter le style américain que ce soit au niveau des chansons que du style vestimentaire. Le rap n'a pas trop donné et il fallait alors créer. Quelques-uns sont entrés au laboratoire. Avant moi, il y a eu le "Bôgni yoyo" avec Nash. Aujourd'hui la structure Cost to Cost a produit Billy le Coq. J'ai un rap orange blanc vert. J'ai décidé d'être proche des Ivoiriens et de chanter les réalités qu'ils vivent. Lorsque je chante wassakara, c'est chez nous, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le Burkina, c'est l'Afrique. Je suis Billy le Coq. En Afrique on dit que la maison du coq sent, mais c'est là-bas qu'il reçoit ses étrangers. Mon wassakara n'est pas propre mais je suis fier de recevoir mes parents, mes amis là-bas.

 

Dans une de tes chansons, tu dis que le coq appartient à une personne mais il chante pour tout le village. Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière ce message ?

 

J'appartiens peut-être à wassakara (le nom de son quartier) mais je chante pour toute l'Afrique. A travers moi, c'est toute la jeunesse qui pleure. Tout le monde se retrouve dans ma musique.

 

Tu dis que tu chantes les problèmes du pays. Quels sont de façon détaillée ces problèmes ?

 

Vous les connaissez les problèmes ! Au Burkina Faso, vous les vivez également. Ce sont les politiciens qui nous foutent la merde, nous rassasient de problèmes. Ils veulent nous nourrir au même biberon et passent leur temps à nous répéter les mêmes choses. Les Etats africains sont devenus comme une sorte de cadeau d'anniversaire. Chaque politicien vient prendre sa part et se casse. Lorsque je dis "Les nouvelles du pays", c'est la dure réalité que nous vivons.
Je chante l'avortement, le manque d'emploi des jeunes, les diplômés sans emploi. Nous sommes tous des diplômés. Lorsqu'on va à l'école, ce n'est pas pour apprendre à lire ou compter ; c'est pour décrocher un diplôme et travailler. Alors, avoir un diplôme et ne pas pouvoir travailler ne sert à rien. Lorsque je chante, "Didier Drogba", ce sont les nouvelles du pays. Drogba est pour moi le symbole de l'union nationale. Il est le seul qui fait l'unanimité. Même Laurent Gbagbo, en étant au pouvoir ne fait pas l'unanimité comme ce joueur. En Drogba, on retrouve les Bété, les Baoulé, les Dioula et même les Mossi. Lorsque je chante Drogba, je magnifie l'unité. Il ne faut pas en tant qu'artiste caresser dans le sens du poils. Je chante avec beaucoup d'humour mais mes paroles sont profondes. En Europe par exemple, les funérailles sont tristes mais en Afrique, c'est comme un anniversaire. Ici, il n'y a pas de différence entre un baptême et des funérailles. C'est triste ! Ce que les gens ne mangent pas d'habitude, c'est ce qu'ils consomment le jour des funérailles. C'est tout cela que je critique.

 

Tu fais passer tes messages avec beaucoup d'humour. Comment est-ce que tu arrives à garder toute ta sérénité sur scène ?

 

L'humour que je mets devant, c'est toujours pour magnifier la culture africaine. L'Ivoirien par exemple aime rire. En pleines funérailles, il peut faire des grimaces et des acrobaties comme si c'était un baptême. Mais après le rire, l'humour, c'est la vérité que je sors. Je ne suis pas un artiste qui est là pour plaire. Je suis là pour dire une certaine vérité. Alors ce que je dis déjà fait rire et si à mon tour je dois me mettre à rire, vous devinez ce que ça peut être. On me verra comme un guignol. Je suis beaucoup sérieux, serein sur scène parce que je veux que mon message passe.

 

Alors, nous sommes dans un processus de retour à la normale en Côte d'Ivoire. As-tu le sentiment que tout avance bien ?

 

Non ! C'est de la comédie ! Tu ne connais pas les politiciens ? Vous pensez que la situation est normale ? La guerre, ce n'est pas seulement au niveau des armes ; c'est dans la tête. Cette guerre-là est présente. On nous fait croire que tout va bien. On sourit et on prend beaucoup de photos devant les cameras. Les politiciens, ce sont des guignols, de vrais comédiens. J'aimerais que la guerre finisse définitivement mais je n'ai pas foi aux politiciens. J'ai chanté que "bouche de politicien, c'est comme du pain sucré !". Ce que politicien ne moyen pas, il va dire qu'il moyen. Nous sommes fatigués ! On parle de désarmement mais personne ne respecte les échéances. Lorsque vous rentrez dans les détails vous verrez que rien n'évolue. C'est Dieu seul qui peut nous sortir de cette situation.

 

Certains artistes musiciens au temps fort de la crise avaient mis de l'huile sur le feu. En tant qu'artiste que penses-tu de cela ?

 

Chacun a sa manière de penser et de voir les choses. Pour moi, l'artiste ne doit pas avoir un parti pris. Je dis toujours aux gens que je ne suis ni de la droite ni de la gauche. Je suis du juste milieu. Et dans la vie, si le juste milieu est respecté, l'on connaîtra un monde juste.
Je ne suis pas un artiste alimentaire pour choisir tel ou tel camp à cause de certains avantages. Je connais certains artistes qui ont été contraints à l'exil parce qu'ils ont voulu avoir un parti pris.
Moi je chante Laurent Gbagbo dans certains titres mais je ne suis pas censuré. Parce que tout le monde sait que ce que je dis est une vérité crue.

 

 

 

02/11/2007

Le showbiz, c'est pas de la charité

76226ba6de45f398f4d84bbd5ff5b8ce.jpgLes organisateurs de spectacles devraient-ils être charitables avec les artistes musiciens burkinabè? Suite à un coup de gueule de l’Association des jeunes artistes musiciens contre ce qu’elle ressent de plus en plus comme une «charité mal ordonnée», certains confrères n’ont pas hésité à prendre leur parti, mieux, à plaider pour la «priorité à nos musiciens». En effet, les prestations musicales tiennent une place de plus en plus centrale dans les manifestations qui se suivent et se ressemblent au Faso. Avec la force des choses, un «marché assez juteux» s’est créé autour de ces choses-là.
Naturellement, les stars qui ravissent parfois la vedette aux parrains des événements sont les mieux servies et sont au centre de toutes les attentions. Sans compter que plus le demandeur est important et feuillu, plus les v’loppes des musiciens sont consistantes. Il y a de quoi faire rêver. Surtout que dans le cadre de ces manifestations ces heureux musiciens sont totalement aux frais de la princesse, et leurs managers n’ont généralement aucune angoisse à se faire pour mobiliser les mélomanes. Tout est assuré par ceux qui les invitent. Tout ce qu’on leur demande, c’est d’assurer le spectacle.
L’affaire est juteuse, sinon bénéfique, à tout point de vue. Et certains musiciens du Faso aimeraient bien profiter de cette manne. Mais lorsqu’ils ne sont pas royalement ignorés, on ne leur réserve que les avant-scènes avec tout ce que cela constitue comme «miettes». Ce qui semble aguicher le plus, ce sont les stars que l’on fait venir d’ailleurs pour jouer les premiers rôles. D’où la frustration légitime des musiciens locaux.
Mais cela mérite-t-il que l’on jette l’anathème sur les organisateurs de ces spectacles payés à l’avance? Dans un contexte où l’on veut forcer l’art à nourrir son homme, il paraît peut-être logique de prêcher la logique d’un certain partage équitable du gâteau. Cela permettrait de résoudre certainement des problèmes tube-digestivistes immédiats et concrets.
Mais il ne repose pas moins la question de la notoriété et de la valeur intrinsèque de l’artiste et de sa valeur marchande. Or, dans le cas d’espèce, ce n’est pas sur la valeur propre de l’artiste, ou sa nationalité, ou encore son patriotisme qu’il est choisi, mais sur sa capacité à mobiliser du monde. Le but de ces manifestations n’est-il pas d’abord d’attirer du monde pour un prince ou une organisation qui a besoin de réchauffer sa cote de popularité?!
Lorsque certains artistes d’ailleurs, tels le groupe Magic System et Meiway, pour ne citer que ceux-là, sont sur tous les coups, au point d’apparaître comme pratiquement établis ici, cela peut faire croire à une préférence mal placée. Mais au-delà de la frustration compréhensible de l’association, on ne doit pas perdre de vue la logique implacable qui veut que l’aura du véritable musicien se bâtit non pas sur des scènes payées, mais sur des scènes payantes que des mélomanes ne sont prêts à rater pour rien au monde. C’est à cette bagarre qu’il faut élever les débats et les ébats. Sinon, on peut se tromper de combat.

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27/09/2007

En musique, partager, c’est pas diviser

35626b03c06851748f55219099ed0666.jpgLa faune musicale made in Faso - ou ce que l’on considère comme telle - n’a peut-être pas la fertilité qui fait la fierté de certaines contrées, mais elle sait parfois accoucher d’initiatives qui prouvent qu’on peut toujours compter avec elle. Ainsi, après le concept «Le Gouvernement» qui continue de susciter des ersatz dans le milieu du showbiz burkinabè, le mouvement Génération Partage vient d’afficher une nouvelle leçon de convergence de talents qui rompt avec la monotonie qui étaient devenue le lot d’une génération spontanée de corbeaux de la chanson.  

Bien qu’ayant toujours du talent à revendre, Sami Rama, Mawndoé du groupe Yeleen, Sissao, Floby, David de Faso Kombat, Leekma et Dudn’J de Clepto Gang donnent une belle leçon de créativité partagée à travers une compilation pilotée de main de maître par le Commandant Papus Zongo de Merveilles productions et bétonnée par les soins de Green Stone.

Au-delà de quelques couacs inhérents au milieu du showbiz, il s’agit-là d’une heureuse innovation qui conjugue non seulement des rythmes et des sonorités, mais donne la preuve que nos jeunes musiciens sont capables de s’associer pour donner une impulsion certaine à leur passion commune. Mieux, le morceau, «On veut s’aimer» - qui panache les voix de chacune de ces étoiles montantes - est porteur d’un message qui résume tout le sens de l’initiative. Rien donc à voir avec la guéguerre anachronique que certains groupes tentent d’instaurer dans le milieu du showbiz en manipulant des concepts non moins incongrus.

En effet, il faut reconnaître que le concept du «Gouvernement» - lancé par le collectif de rappeurs composé de Madson Junior, David et Malcom de Faso Kombat, Smarty et Mawndoé de Yeleen et Smokey comme chef d’orchestre - avait insufflé une certaine dynamique à une musique burkinabè galvanisée par le très entraînant air de takborsé remis au goût du jour par Ahmed Smany. Mais force est de reconnaître que ce mouvement a été quelque peu galvaudé par certains de ses promoteurs qui n’ont pas trouvé mieux à faire qu’à se tancer. Au lieu de sortir des sentiers battus d’un couper-décaller constipant, ils semblent se complaire à faire «Le Malin» ou à se hisser sur une imaginaire «Cour suprême» pour prononcer des sentences qui n’apportent rien de nouveau sous le soleil du Faso. On a même vu pousser, comme des champignons, des groupes du genre aussi abracadabrant que le «Parlement», le «Peuple», etc. sans aucune forme de message que de pinailler sur des futilités déconcertantes. Ce n’est certainement pas dans le ressassement que la musique burkinabè peut se donner des ailes au plan national et international.

Serge Bambara, alias Smokey, qui est à l’origine de ce mouvement de créativité partagée au Burkina, en récolte indirectement le prix. Ce n’est certainement pas par hasard qu’il défend, depuis février 2005, les couleurs du Burkina au sein du collectif international des Artistes unis pour le Rap africain (Aura). Au sein de ce réseau de musiciens engagés pour les droits des enfants, militent également Smarty du groupe Yeleen, le Béninois Mouna de Dch, l’Ivoirienne Priss K, le Gambien Egalitarian, le Malien Jo Dama du groupe Tata Pound, le Mauritanien Brahim du groupe Waraba, le Nigérien Pheno B et Safia du groupe Kaidan Gaskia et le Togolais Bobby de Djanta Kan. Comme on peut le voir, le partage de talents ne permet pas seulement de défendre des causes nobles; cette forme de produire peut ennoblir la création musicale.

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