08.04.2008
"Les politiciens sont des guignols, de vrais comédiens"
Yao Billy Serges Alias Billy Billy est le nouveau phénomène du rap ivoirien. Avec un style propre à lui et emprunt d'une verbe acerbe, il déménage la foule en Eburnie à toutes ses apparitions scéniques. Billy Billy détient les "nouvelles du pays" et les répand à travers son RAP made in Côte d'Ivoire, taillé dans les racines de sa culture bété.
Billy Billy (B. B.) : Ouais ! Y a le moral ! Grâce à Dieu, tout va bien.
Quel est ton nom à l'état civil ?
A l'état civil, je m'appelle Yao Billy Serges. Vous constatez que y a Billy dedans. J'ai juste doublé.
L'album "Les nouvelles du pays", est-ce ta première aventure dans la musique ?
C'est la première aventure en solo. J'ai d'abord appartenu à un groupe que l'on appelle Nasty Mafia, vainqueur de la 1re édition de Nescafé african revelation en 2001. L'album du groupe n'a pas eu le succès escompté en son temps. Aujourd'hui, Billy Billy a entamé une carrière solo avec l'album "Les nouvelles du pays".
Alors, comment va le pays ?
Le pays ? (il fait un off). Je n'ai pas besoin de le dire. Lorsque vous écoutez le CD, vous le sentez. Je ne suis pas souriant ; et c'est parce que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays est renversé comme je le dis dans une de mes chansons, on dirait "débout Keyi". Le pays est en l'envers et les choses ne fonctionnent pas comme elles se doivent. Quand je prends le phénomène de la piraterie, ça va grandissant et aucun homme politique ne lève le doigt pour dire quoi que ce soit. Ils savent qu'un CD ne peut pas devenir chocolat. Ce qui les intéresse, c'est le cacao de nos parents. Nos parents souffrent pour produire et quand l'argent arrive, ça reste au Plateau. Je suis un révolutionnaire à l'image de la musique rap. C'est une musique de combat. Un rappeur est un soldat et quand il vient au front, c'est avec une arme soit pour mieux se défendre ou attaquer. Je suis ici l'icône de la jeunesse et j'ai décidé de prendre leurs problèmes à bras-le-corps. Quand je chante, je ne demande pas au public de m'applaudir mais plutôt d'être en communion de pensées avec moi, de m'inspirer.
Le genre de rap que tu pratiques a-t-il une différence fondamentale avec ce que l'on connaît ?
Mon style, c'est le "Lazga digbe style". C'est un concept 100% ivoirien ; je dirai plus 100% bété. Chez nous les Bété, quand quelqu'un meurt, sa maman se mêle aux griots et fait du bruit avec des bouteilles. Elle chante et fait au passage des messages en dénonçant la médisance, la calomnie. En fait, mon rap est un rap dénonciateur. J'ai récupéré ce concept qui est issu d'une culture de chez nous pour la valoriser. Mon style est assez particulier. Vous voyez, il fut un moment en 1997, les Ivoiriens ont voulu adopter le style américain que ce soit au niveau des chansons que du style vestimentaire. Le rap n'a pas trop donné et il fallait alors créer. Quelques-uns sont entrés au laboratoire. Avant moi, il y a eu le "Bôgni yoyo" avec Nash. Aujourd'hui la structure Cost to Cost a produit Billy le Coq. J'ai un rap orange blanc vert. J'ai décidé d'être proche des Ivoiriens et de chanter les réalités qu'ils vivent. Lorsque je chante wassakara, c'est chez nous, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le Burkina, c'est l'Afrique. Je suis Billy le Coq. En Afrique on dit que la maison du coq sent, mais c'est là-bas qu'il reçoit ses étrangers. Mon wassakara n'est pas propre mais je suis fier de recevoir mes parents, mes amis là-bas.
Dans une de tes chansons, tu dis que le coq appartient à une personne mais il chante pour tout le village. Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière ce message ?
J'appartiens peut-être à wassakara (le nom de son quartier) mais je chante pour toute l'Afrique. A travers moi, c'est toute la jeunesse qui pleure. Tout le monde se retrouve dans ma musique.
Tu dis que tu chantes les problèmes du pays. Quels sont de façon détaillée ces problèmes ?
Vous les connaissez les problèmes ! Au Burkina Faso, vous les vivez également. Ce sont les politiciens qui nous foutent la merde, nous rassasient de problèmes. Ils veulent nous nourrir au même biberon et passent leur temps à nous répéter les mêmes choses. Les Etats africains sont devenus comme une sorte de cadeau d'anniversaire. Chaque politicien vient prendre sa part et se casse. Lorsque je dis "Les nouvelles du pays", c'est la dure réalité que nous vivons.
Je chante l'avortement, le manque d'emploi des jeunes, les diplômés sans emploi. Nous sommes tous des diplômés. Lorsqu'on va à l'école, ce n'est pas pour apprendre à lire ou compter ; c'est pour décrocher un diplôme et travailler. Alors, avoir un diplôme et ne pas pouvoir travailler ne sert à rien. Lorsque je chante, "Didier Drogba", ce sont les nouvelles du pays. Drogba est pour moi le symbole de l'union nationale. Il est le seul qui fait l'unanimité. Même Laurent Gbagbo, en étant au pouvoir ne fait pas l'unanimité comme ce joueur. En Drogba, on retrouve les Bété, les Baoulé, les Dioula et même les Mossi. Lorsque je chante Drogba, je magnifie l'unité. Il ne faut pas en tant qu'artiste caresser dans le sens du poils. Je chante avec beaucoup d'humour mais mes paroles sont profondes. En Europe par exemple, les funérailles sont tristes mais en Afrique, c'est comme un anniversaire. Ici, il n'y a pas de différence entre un baptême et des funérailles. C'est triste ! Ce que les gens ne mangent pas d'habitude, c'est ce qu'ils consomment le jour des funérailles. C'est tout cela que je critique.
Tu fais passer tes messages avec beaucoup d'humour. Comment est-ce que tu arrives à garder toute ta sérénité sur scène ?
L'humour que je mets devant, c'est toujours pour magnifier la culture africaine. L'Ivoirien par exemple aime rire. En pleines funérailles, il peut faire des grimaces et des acrobaties comme si c'était un baptême. Mais après le rire, l'humour, c'est la vérité que je sors. Je ne suis pas un artiste qui est là pour plaire. Je suis là pour dire une certaine vérité. Alors ce que je dis déjà fait rire et si à mon tour je dois me mettre à rire, vous devinez ce que ça peut être. On me verra comme un guignol. Je suis beaucoup sérieux, serein sur scène parce que je veux que mon message passe.
Alors, nous sommes dans un processus de retour à la normale en Côte d'Ivoire. As-tu le sentiment que tout avance bien ?
Non ! C'est de la comédie ! Tu ne connais pas les politiciens ? Vous pensez que la situation est normale ? La guerre, ce n'est pas seulement au niveau des armes ; c'est dans la tête. Cette guerre-là est présente. On nous fait croire que tout va bien. On sourit et on prend beaucoup de photos devant les cameras. Les politiciens, ce sont des guignols, de vrais comédiens. J'aimerais que la guerre finisse définitivement mais je n'ai pas foi aux politiciens. J'ai chanté que "bouche de politicien, c'est comme du pain sucré !". Ce que politicien ne moyen pas, il va dire qu'il moyen. Nous sommes fatigués ! On parle de désarmement mais personne ne respecte les échéances. Lorsque vous rentrez dans les détails vous verrez que rien n'évolue. C'est Dieu seul qui peut nous sortir de cette situation.
Certains artistes musiciens au temps fort de la crise avaient mis de l'huile sur le feu. En tant qu'artiste que penses-tu de cela ?
Chacun a sa manière de penser et de voir les choses. Pour moi, l'artiste ne doit pas avoir un parti pris. Je dis toujours aux gens que je ne suis ni de la droite ni de la gauche. Je suis du juste milieu. Et dans la vie, si le juste milieu est respecté, l'on connaîtra un monde juste.
Je ne suis pas un artiste alimentaire pour choisir tel ou tel camp à cause de certains avantages. Je connais certains artistes qui ont été contraints à l'exil parce qu'ils ont voulu avoir un parti pris.
Moi je chante Laurent Gbagbo dans certains titres mais je ne suis pas censuré. Parce que tout le monde sait que ce que je dis est une vérité crue.
11:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Musique ivoirienne, RAP, satire politique, Burkina Faso
02.11.2007
Le showbiz, c'est pas de la charité
Les organisateurs de spectacles devraient-ils être charitables avec les artistes musiciens burkinabè? Suite à un coup de gueule de l’Association des jeunes artistes musiciens contre ce qu’elle ressent de plus en plus comme une «charité mal ordonnée», certains confrères n’ont pas hésité à prendre leur parti, mieux, à plaider pour la «priorité à nos musiciens». En effet, les prestations musicales tiennent une place de plus en plus centrale dans les manifestations qui se suivent et se ressemblent au Faso. Avec la force des choses, un «marché assez juteux» s’est créé autour de ces choses-là.
Naturellement, les stars qui ravissent parfois la vedette aux parrains des événements sont les mieux servies et sont au centre de toutes les attentions. Sans compter que plus le demandeur est important et feuillu, plus les v’loppes des musiciens sont consistantes. Il y a de quoi faire rêver. Surtout que dans le cadre de ces manifestations ces heureux musiciens sont totalement aux frais de la princesse, et leurs managers n’ont généralement aucune angoisse à se faire pour mobiliser les mélomanes. Tout est assuré par ceux qui les invitent. Tout ce qu’on leur demande, c’est d’assurer le spectacle.
L’affaire est juteuse, sinon bénéfique, à tout point de vue. Et certains musiciens du Faso aimeraient bien profiter de cette manne. Mais lorsqu’ils ne sont pas royalement ignorés, on ne leur réserve que les avant-scènes avec tout ce que cela constitue comme «miettes». Ce qui semble aguicher le plus, ce sont les stars que l’on fait venir d’ailleurs pour jouer les premiers rôles. D’où la frustration légitime des musiciens locaux.
Mais cela mérite-t-il que l’on jette l’anathème sur les organisateurs de ces spectacles payés à l’avance? Dans un contexte où l’on veut forcer l’art à nourrir son homme, il paraît peut-être logique de prêcher la logique d’un certain partage équitable du gâteau. Cela permettrait de résoudre certainement des problèmes tube-digestivistes immédiats et concrets.
Mais il ne repose pas moins la question de la notoriété et de la valeur intrinsèque de l’artiste et de sa valeur marchande. Or, dans le cas d’espèce, ce n’est pas sur la valeur propre de l’artiste, ou sa nationalité, ou encore son patriotisme qu’il est choisi, mais sur sa capacité à mobiliser du monde. Le but de ces manifestations n’est-il pas d’abord d’attirer du monde pour un prince ou une organisation qui a besoin de réchauffer sa cote de popularité?!
Lorsque certains artistes d’ailleurs, tels le groupe Magic System et Meiway, pour ne citer que ceux-là, sont sur tous les coups, au point d’apparaître comme pratiquement établis ici, cela peut faire croire à une préférence mal placée. Mais au-delà de la frustration compréhensible de l’association, on ne doit pas perdre de vue la logique implacable qui veut que l’aura du véritable musicien se bâtit non pas sur des scènes payées, mais sur des scènes payantes que des mélomanes ne sont prêts à rater pour rien au monde. C’est à cette bagarre qu’il faut élever les débats et les ébats. Sinon, on peut se tromper de combat.
18:14 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.09.2007
En musique, partager, c’est pas diviser
La faune musicale made in Faso - ou ce que l’on considère comme telle - n’a peut-être pas la fertilité qui fait la fierté de certaines contrées, mais elle sait parfois accoucher d’initiatives qui prouvent qu’on peut toujours compter avec elle. Ainsi, après le concept «Le Gouvernement» qui continue de susciter des ersatz dans le milieu du showbiz burkinabè, le mouvement Génération Partage vient d’afficher une nouvelle leçon de convergence de talents qui rompt avec la monotonie qui étaient devenue le lot d’une génération spontanée de corbeaux de la chanson.
Bien qu’ayant toujours du talent à revendre, Sami Rama, Mawndoé du groupe Yeleen, Sissao, Floby, David de Faso Kombat, Leekma et Dudn’J de Clepto Gang donnent une belle leçon de créativité partagée à travers une compilation pilotée de main de maître par le Commandant Papus Zongo de Merveilles productions et bétonnée par les soins de Green Stone.
Au-delà de quelques couacs inhérents au milieu du showbiz, il s’agit-là d’une heureuse innovation qui conjugue non seulement des rythmes et des sonorités, mais donne la preuve que nos jeunes musiciens sont capables de s’associer pour donner une impulsion certaine à leur passion commune. Mieux, le morceau, «On veut s’aimer» - qui panache les voix de chacune de ces étoiles montantes - est porteur d’un message qui résume tout le sens de l’initiative. Rien donc à voir avec la guéguerre anachronique que certains groupes tentent d’instaurer dans le milieu du showbiz en manipulant des concepts non moins incongrus.
En effet, il faut reconnaître que le concept du «Gouvernement» - lancé par le collectif de rappeurs composé de Madson Junior, David et Malcom de Faso Kombat, Smarty et Mawndoé de Yeleen et Smokey comme chef d’orchestre - avait insufflé une certaine dynamique à une musique burkinabè galvanisée par le très entraînant air de takborsé remis au goût du jour par Ahmed Smany. Mais force est de reconnaître que ce mouvement a été quelque peu galvaudé par certains de ses promoteurs qui n’ont pas trouvé mieux à faire qu’à se tancer. Au lieu de sortir des sentiers battus d’un couper-décaller constipant, ils semblent se complaire à faire «Le Malin» ou à se hisser sur une imaginaire «Cour suprême» pour prononcer des sentences qui n’apportent rien de nouveau sous le soleil du Faso. On a même vu pousser, comme des champignons, des groupes du genre aussi abracadabrant que le «Parlement», le «Peuple», etc. sans aucune forme de message que de pinailler sur des futilités déconcertantes. Ce n’est certainement pas dans le ressassement que la musique burkinabè peut se donner des ailes au plan national et international.
Serge Bambara, alias Smokey, qui est à l’origine de ce mouvement de créativité partagée au Burkina, en récolte indirectement le prix. Ce n’est certainement pas par hasard qu’il défend, depuis février 2005, les couleurs du Burkina au sein du collectif international des Artistes unis pour le Rap africain (Aura). Au sein de ce réseau de musiciens engagés pour les droits des enfants, militent également Smarty du groupe Yeleen, le Béninois Mouna de Dch, l’Ivoirienne Priss K, le Gambien Egalitarian, le Malien Jo Dama du groupe Tata Pound, le Mauritanien Brahim du groupe Waraba, le Nigérien Pheno B et Safia du groupe Kaidan Gaskia et le Togolais Bobby de Djanta Kan. Comme on peut le voir, le partage de talents ne permet pas seulement de défendre des causes nobles; cette forme de produire peut ennoblir la création musicale.10:04 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.03.2007
De la musique au service des morts et des vivants
Dans la mouvance des hommages, Sonia Carré d’As a circonscrit le sien dans le cocon familial.
La chanteuse n’a pas trouvé figure à mettre en valeur que celle de son pater, Drissa Traoré alias Saboteur, l’actuel entraîneur national des Etalons senior. Pour montrer que la musique adoucit les mœurs d’un foot national, elle a fait quelques pas de Tak-borsé sur le tapis vert en compagnie d’Hamed Smany. Ce n’est pas la première fois qu’elle intègre les acteurs du ballon rond dans son répertoire. Son premier album qui a parlé de la compétition au sommet du championnat national ivoirien lui a valu le nom de «Carré d’As» qui colle désormais à sa carrière. La charité bien ordonnée commence par la maison. Et Sonia a bien rendu la monnaie à son papa dont les conseils avisés ont pesé positivement dans sa formation au métier de musicien. Apparemment, ça marche pour elle puisque le 10 mars dernier, elle a sorti son 3e album intitulé «N’Kanu» qui signifie en langue dioula «Aime-moi». Un message adressé certainement à l’élu de son cœur.
09:34 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.11.2006
Une autre culture urbaine est possible
Pour la 6e fois consécutive, l’association Umané Culture pilotée par notre jeune compeulhtriote Ali Diallo aura réussi le pari de faire du festival Ouaga hip-hop un cadre de promotion des “cultures urbaines”, qui n’ont plus de secret pour les jeunes des villes africaines. Avec déjà 6 éditions qui semblent bien adossées sur le dynamique réseau des Centres culturels français du Burkina, force est de constater que le hip-hop est devenu un véritable phénomène culturel avec lequel les autorités en charge de la culture doivent désormais compter.
C’est de notoriété publique que grâce à sa force de frappe artistique, le mouvement s’est sorti du ghetto qui lui collait à la peau pour s’imposer comme culture à part entière. Ainsi, au-delà des concerts qui leur permettent de donner à voir leurs talents, le festival Ouaga hip-hop a le mérite d’offrir aux jeunes Africains la possibilité de se former aux techniques de la danse, du graffiti, de l’écriture et du slam, de la chanson, du théâtre, du management et même du journalisme culturel.
Le moins que l’on puisse constater est que malgré l’indifférence d’une certaine frange de promoteurs aux bonnes graines semées par ce mouvement, les jeunes d’ici et d’ailleurs croient dur comme fer que l’avenir appartient à ceux qui se cultivent en RAPant. A regarder les merveilleuses fleurs dont le hip-hop a ennobli la musique burkinabè à travers Smokey, les groupes Yeleen, Faso Kombat, K-Ravane, pour ne parler que du pays des Hommes intègres, force est de reconnaître qu’à défaut de le transformer, les RAPeurs sont en passe de créer un autre monde. A l’instar de la compagnie française de danse, à travers un merveilleux spectacle livré jeudi dernier au CCF Georges-Méliès, le festival a démontré que le hip-hop n’est autre chose qu’une ouverture de l’esprit des jeunes à la tolérance, au respect et à l’acceptation de l’autre dans un mouvement où l’on danse CHOREAM - lire “corps et âme”. Quoi de plus normal que les RAPeurs croient peut-être naïvement qu’un autre monde soit possible!
10:14 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.03.2006
Musique burkinabè au fémin pluriel
«8 dames pour annoncer les couleurs du 8-Mars». C’est sur cette affiche musicale que Ouagadougou a été convié au réveillon de la Journée internationale de la femme. Pour une fois, le showbiz burkinabè, en l’occurrence ETK, a eu la lumineuse inspiration d’allumer les flammes de cette célébration mondiale par un plateau composé uniquement de femmes musiciennes made in Burkina.
Au-delà du séduisant symbolisme, c’est sans doute une des premières fois qu’un spectacle a été assuré de bout en bout au féminin. C’est tout à l’honneur des organisateurs du spectacle, mais aussi et surtout de ces dames qui ne ménagent aucun effort pour se hisser au sommet de leur art. Incontestablement, les 8 artistes (Amity Méria, Sonia Carré d’as, Sami Rama, Idak Bassavé, Djata, Remeka, Sissao et Adji) ont marqué, ces deux dernières années, la galaxie du showbiz burkinabè de leurs créations et prestations. Le choix porté sur elles ne semble pas avoir été guidé par le hasard ou la complaisance. Ce sont les stars du moment, et elles méritaient bien qu’on leur fasse confiance.
La réalisation d’un Compil des dames en 2005 par Seydoni Productions avait déjà montré que la musique burkinabè peut désormais se jouer en femmes majeures. Certes, l’opus a voulu faire de la place à tout le monde, les talentueuses comme les débutantes. Mais des révélations comme Remeka, Adji, Sissao - pour ne citer que les novices - prouvent que l’écurie des Frères Traoré a vu juste. La musique burkinabè doit désormais compter avec les dames.
Dans ce registre, il est juste et bon de saluer l’audace du trio des «Premières dames» qui a su, à sa manière, jouer la partition de la femme dans la fièvre du Tak’borsé qui s’est emparée du Burkina. Certes, Kadi Jolie, Aïcha Junior et Maguy Leslie ont encore des notes à affiner. Même si elles ont chanté «comme des casseroles», elles ont eu le mérite et le courage de se mettre dans la danse. Ce qui n’a pas toujours été le cas pour la plupart des femmes. Même des plus talentueuses.
La gent féminine peut se réjouir. Au pays des Hommes intègres, on sait reconnaître le talent des femmes musiciennes. Elles n’ont pas besoin d’être nécessairement «follement belles ou sacrées folles pour devenir célèbres». Ce qui manque le plus, c’est le courage et la liberté de se jeter dans la bataille. Car, contrairement aux hommes - qui n’ont pas fini de ruminer leurs galères -, les femmes ont aussi de la douceur à revendre. Lorsqu’elles arrivent à donner de la voix en suivant leurs voies, leur implication ne peut qu’apporter à la musique burkinabè l’espérance qui lui fait souvent défaut.
Ainsi, plus qu’une «nuit des dames», l’initiative de ETK Productions fait lever un nouveau jour sur les potentialités encore inexploitées des musiciennes et chanteuses burkinabè dans le domaine du showbiz. Si l’on convient avec le philosophe Nietzsche que «sans la musique la vie serait une erreur», on est aussi fondé à penser que sans une partition active des dames la promotion musicale d’un pays sera une mélodie inachevée. Pour un vrai bonheur avec les Burkina Mousso, il ne faut pas seulement une «nuit des dames» à la veille du 8-Mars. Mais mille et une nuits. Pour que toutes les dames distillent leur joie de chanter et la sensualité enivrante de leur musique11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales
20.11.2005
Du rap satirico-politique
Votez pour moi
Mesdames et messieurs, je vous prie d’approcher.
Bien que ce soit la période des vaches maigres,
Je ne vous mangerai pas.
Refrain
Un, deux, trois votez pour moi, sur la croix, je serai droit.
Quatre, cinq, six, plus de justice, je punirai tous mes complices.
Sept, huit, neuf, remets tout à neuf, je promets, même si c’est du bluff.
Dix, onze, douze, avant qu’on en découse, je vous mets tous dans la bouse.
Populations de ce pays, je vous ai comprises.
Et pour vous le prouver, je baisserai le prix du riz.
Pour vous, je serai un père; je ne regarderai pas à la dépense…
Enfin, je me rattraperai sur la bière et l’essence.
Si vous êtes sympas, je vous filerai un bonus.
Des tickets gratuits pour venir me voir en bus.
Prenez donc mon minibus et admirez mes hibiscus.
Et si … vous en aurez beaucoup plus.
Je sais que vous m’aimez, vous me sollicitez.
Mais je ne peux pas faire plaisir à tout le monde, tout le temps.
Alors, profitez-en pendant qu’il est encore temps.
Ma générosité n’est pas illimitée.
Vous croyez en Dieu, eh bien moi aussi.
Vous êtes chrétien ou musulman, eh bien moi aussi.
Je vous fais remarquer qu’on cherche tous le Paradis.
Et que, par conséquent, on fait partie du même clan.
Refrain
Le seul qui a un programme ici, c’est moi.
Celui qui a créé le parti, c’est moi.
L’hippopotame comme emblème, ça c’est une idée de ma femme
Qui, depuis lors, ressemble beaucoup à cet animal.
Votez pour moi et vous ne le regretterez pas.
Vous ne me sentirez pas, vous ne me remarquerez pas.
Je me ferai discret, quand je ponctionnerai l’Etat.
Je ferai mieux en un an que Mobutu en dix mandats.
On dit que je suis corrompu, foutaises !
Pour beaucoup moins que ça, certains ont vendu leurs mères.
Moi j’ai longtemps résisté, avant de prendre l’argent.
Mais maintenant c’est fini, vous pouvez compter sur moi.
Dites-moi ce qu’ils ont fait pour vous.
A part exporter votre blé dans des comptes en Suisse, des placements à l’étranger.
Moi je propose de nationaliser le pognon.
Blanchiment d’accord, mais y a de la place dans mon salon.
Refrain
Qu’est-ce qu’il y a, vous pensez que j’essaie de vous soudoyer ?
Que tout ce qui m’intéresse au fond, c’est de vous acheter ?
Peut-être, mais alors, réfléchissez.
Si c’était le cas, est-ce que vous refuseriez ?
Le choix des billets propres n’est pas le plus judicieux.
J’en ai vu de très sales qui étaient si nombreux,
Que dans ma main je les ai pris et dans ma poche je les ai mis,
Que dans la rue je suis sorti, c’était ni vu ni connu.
C’est vrai que c’est une question de vocabulaire.
Détourner n’est pas voler, mais redistribuer
De façon à ce que celui qui se sentait lésé
Voit en définitive son injustice réparée.
Paraît que Robin des Bois vole les riches pour les pauvres,
Ce qui est très bête ; vous ne serez jamais riches.
C’est plus facile de satisfaire en faisant le contraire
Tout simplement du Robin des Bois à l’envers.
Refrain
16:24 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Medias Interactifs et Art Digital
10.11.2005
Viva la Burkina musica
Alors qu’on scrutait, désespérément en 2004, le drapeau du «Burkina qui gagne» sur le rectangle vert du foot, la bonne nouvelle est venue du dieu de la musique. Comme un cadeau de Noël, le sort a voulu que ce soit par un enfant que le Burkina goûte (enfin) les délices du Kora, la plus prestigieuse tribune des musiciens africains. Visiblement sans complexe dans la cour des grands, les couleurs vert rouge jaune du pays des hommes intègres ont flotté sur la poitrine du jeune prodige Amadou Ongoïba alias Madson Junior. Pour la première fois sur la tribune de la ville-soleil -Sun City en Afrique du Sud- la mélodie et le chant d’une vedette burkinabè ont mérité le trophée, ô combien, convoité du Kora du meilleur espoir de la musique africaine. C’est à juste titre que dans certains quartiers de la capitale, ceux qui suivaient l’événement en direct à la télévision ont explosé de joie comme on sait le faire pour saluer les fantastiques chevauchés des Etalons. Depuis le 4 décembre 2004, il n’est sans doute pas exagéré d’admettre que nombre de mélomanes du Burkina et d’ailleurs ont inscrit Madson Junior dans la légende restreinte des Etalons de la musique made in Faso.
L’arbre de Noël ne doit pas cacher la forêt. Ce qu’il convient de considérer comme la prouesse de Madson Junior a certainement été rendue possible par un accompagnement conséquent et le soutien de personnes de bonne volonté qui ont probablement cru en l’étoile du petit. On pourra peut-être jamais décortiquer les ficelles de toutes les circonstances et moyens ont concouru à la révélation du talent du jeune virtuose. Ce qui est sûr, on peut affirmer sans risque de se tromper que c’est le travail conjugué à la foi de plusieurs partenaires qui a donné le résultat qui fait la fierté de tous. Au-delà de toute considération, c’est la musique et donc la culture burkinabè qui a gagné. Mais combien sont-ils encore aujourd’hui les acteurs culturels burkinabè à croire aux vertus du travail et de la collaboration en vue des victoires au profit de l’essentiel qu’est la culture nationale ?
Force est de constater que malgré le positionnement du Burkina Faso comme carrefour culturel de l’Afrique, la musique de ce pays a du mal à s’imposer dans ses frontières et partant au-delà. Paradoxalement, le marché, les ondes des radios et les écrans de télévision semblent de délecter des sonorités, mélodies et rythmes importées de gré ou par voies détournées. Ce qui ne manque pas d’entraîner une désaffection de la production locale. Lors des grandes manifestations ou des événements organisés par de grandes sociétés de la place, c’est avec beaucoup d’amertume que les artistes musiciens burkinabè se sentent négligés au profit de vedettes importées à grands frais. N’a-t-on pas l’impression de se trouver sous d’autres cieux que celui du Burkina lorsqu’on fait une virée dans les discothèques, maquis et autres gargottes ? Combien peuvent-ils aujourd’hui ceux qui possèdent au moins 40% d’oeuvres locales dans leurs bacs à disques ?
Les obstacles à l’émergence et à l’épanouissement d’une industrie musicale burkinabè digne de ce nom sont légion. Mais si les artistes impuissants face à la trop grande ouverture du marché de leur pays, leur salut ne viendra que de leur capacité à créer des œuvres originales qui savent puiser dans les tréfonds encore inexploités de la luxuriante tradition musicale burkinabè. C’est à cette source que s’abreuve non sans bonheur, Bil Aka Kora, l’incontestable et incontesté roi de la Djongo musique. Fidèle à son Kassena natal, il vient de prouver que son filon est inépuisable en y extrayant son 3e album «Dibayagui». En fécondant l’universelle rythmique reggae par des sonorités puisées dans le Liwaga du Mogho, son confrère Zêdess, pour ne citer que lui, a engendré à son tour «Sagesse africaine», un 3e album qui confirme que l’originalité et donc la force de frappe de la musique burkinabè se trouve dans une exploitation judicieuse et sans visa de l’héritage artistique que ses aïeuls lui ont légué.
18:42 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Medias Interactifs et Art Digital
02.11.2005
Le Gospel est aussi burkinabè
Vision, l’ensemble musical chrétien de l’ANTBA (Association nationale pour la traduction de la Bible et l’alphabétisation) est la nouvelle star du Gospel sur la terre des Hommes intègres. En livrant officiellement, vendredi dernier, son premier album intitulé «Maanfo» - c’est-à-dire «couronne» en langue nationale mooré -, les décibels, qui étaient jusque-là réservés aux fidèles chrétiens, sont distillés sur le marché et donc à la portée de tous les lieux d’ambiance au Faso.
«Résolument ancré dans la musique religieuse du style Gospel», le groupe Vision n’a-t-il pas clairement opté pour le show depuis sa création en 2002? Par une animation qu’il a toujours voulu ensorceleuse pour l’âme, l’esprit et le cœur, il ne passe par inaperçu lors des cérémonies de mariage, de concerts de plus en plus prisés au Burkina, de dîners de gala, et surtout des manifestations chrétiennes. Vision s’élargit, non pas de la communauté chrétienne où il a solidement pris racine, mais des temples pour le showbiz. Alléluia!
Les mélomanes burkinabè, qui se sont jusque-là abreuvés au Gospel importé d’ailleurs, peuvent désormais consommer un produit fabriqué à la maison. Le plus dur étant d’arriver au niveau des opus qui étaient déjà sur le marché, Vision n’a pas lésiné sur les moyens et les talents de ses membres, les 14 chérubins qui se sont véritablement investis. Ainsi, dans l’album «Maanfo», on peut même déguster des airs de reggae et du warba moaga. Sur le titre «Partageons la parole», seul morceau soutenu pour le moment par un clip vidéo, une violoniste chinoise et un saxophoniste américain ont donné un éclat international à cet opus qui veut «toucher toutes les sensibilités».
Avant sa sortie officielle au Burkina, «Maanfo», chanté en français, en mooré et en anglais, s’arrache comme de petits pains en Thaïlande, en Allemagne et aux Etats-Unis. Ainsi, là où la prédication et la diplomatie sont objectivement limitées, la musique peut faire des merveilles. L’album du groupe Vision remplit d’autant plus sa vocation qu’il constitue d’abord un puissant fer de lance de l’action de l’ANTBA dont l’ambition est de traduire la Bible dans toutes les langues parlées au Burkina à l’horizon 2025. Un pari que cette association évangélique a déjà réalisé pour le mooré, le bambara et le gulmancema. C’est tout logiquement que les recettes du 1er album de Vision vont contribuer à la réalisation de cette ambition.
En joignant l’utile à l’agréable, le groupe Vision réconcilie le Burkina avec le Gospel, cette musique religieuse noire par essence, chantée autrefois par les esclaves dans les plantations américaines pour expédier des incantations (spell) à Dieu (God). En décernant en avril dernier un Kundé de la musique religieuse à la musicienne chrétienne Ella Nikiéma, les Kundé 2005 -les trophées de la musique au Burkina - n’ont fait que consacrer l’influence de ce genre musical au pays des Hommes intègres. Une reconnaissance qui s’étend également aux pionniers que sont Mme Germaine Zidwemba, Mme Séraphine Bancé et les autres pour avoir tracé les premiers sillons d’un mouvement qui est aussi burkinabè. Dieu soit loué! Amen.
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