24.06.2008

La flambée du pétrole va-t-elle flamber les réserves du Burkina?

46cfdefe7b5d050b2ad5b9a5642074a0.jpgAlors que le prix du baril du pétrole a atteint, en début de cette semaine, le record de 140 dollars et que la tension monte partout sur la planète, les prix sont restés curieusement stationnaires à la pompe au Faso. Du moins, depuis le mois de janvier, les consommateurs n’ont plus enregistré d’augmentation sensible. Tout se passe comme s’il y avait un mot d’ordre officieux de blocage des compteurs au niveau des stations d’essence. Ou qu’il y a une sorte de «gentlemen agreement» pour ne pas pousser le prix du carburant au-delà d’un certain niveau de tolérance. C’est tant mieux pour les consommateurs. Mais jusqu’où peut-on contenir cette «stabilisation»? Qui paie le prix de l’amortissement? Jusqu’à quand cela va-t-il pouvoir se faire?

Incontestablement, le gouvernement a préféré encaisser les contrecoups de la flambée du prix du pétrole, plutôt que de prendre le risque d’une montée de tension sociale suite à un réajustement du prix sur le marché national. Ainsi, le tarif des différents produits pétroliers ne reflète plus la réalité du marché international. Avec une augmentation d’environ 91,30% du baril en un an, il n’y a eu qu’environ quelque 10% d’augmentation du prix à la pompe. Plus concrètement, le Super devrait coûter, en ce moment, 770 F et le Gasoil 795 F le litre à la pompe. Mais par le jeu de l’«atténuation du prix des hydrocarbures», le consommateur burkinabè ne ressent pas le choc ou très peu. Et cela fait plusieurs mois que la gymnastique dure. Mais cela n’est pas sans répercussions sur les caisses et les réserves de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures (Sonabhy). Les tensions financières de cette structure - chargée d’amortir le choc pétrolier en cas de soubresauts sur le marché international - sont d’ailleurs si vives que le gouvernement a été obligé de mettre en place une «Commission interministérielle sur les difficultés de trésorerie de la Sonabhy inhérentes aux mesures gouvernementales d’atténuation du prix des hydrocarbures».

Cela fait plusieurs mois déjà que la fameuse Commission cogite pour arriver à une solution qui arrange à la fois les caisses de la Sonabhy, le Trésor public et garantisse la «paix sociale». Mais comme on peut l’imaginer, l’équation est très corsée à résoudre. En tout cas, il ne sera pas aisé de faire cette omelette - d’intérêts opposés, voire contradictoires - sans casser des œufs. Déjà, les argentiers de la Sonabhy grincent des dents et se demandent légitimement jusqu’à quand ils vont continuer à puiser dans leur stock de sécurité et dans les bénéfices du temps des vaches grasses. Les annonces d’une grimpée du prix du baril qui pourrait atteindre 200 dollars ne sont pas faites pour arranger les choses. «C’est grâce à la confiance de nos banquiers que nous arrivons à tenir le coup», nous a confié Oula Traoré, le directeur commercial de la Sonabhy.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à force d’amortir le choc pétrolier que subit le Burkina depuis très longtemps, la nationale des hydrocarbures est en passe de s’essouffler. Il faut donc la sauver. Mais par quelle acrobatie? C’est la «question pour un champion» que Testicus Zorro et ses lieutenants hésitent visiblement à lancer sur la place publique. Le Dromadaire s’y est essayé, en imaginant trois scenarii qui ne manquent pas de fuel.

1er scénario: Privatiser la Sonabhy

4eba2c4e6c1d400cca07e9271e927a32.jpgD’aucuns s’imaginent que la privation de l’importation des hydrocarbures pourrait contribuer à adoucir les prix, à l’instar de ce qui a été constaté ces dernières années dans le secteur des télécommunications. Mais à la différence de ce secteur, le pétrole demeure encore un produit qui se vend pratiquement à un «guichet unique» et sa qualité ne se négocie pratiquement pas. Si l’on venait à sauter le verrou de monopole jusque-là détenu en exclusivité par la Sonabhy, ne serait-ce pas ouvrir la voie à des produits frelatés de la part d’importateurs qui voudraient se faire plus de profit qu’il n’en faut? Il faudra en tout cas compter avec la fraude, le sport favori de certains opérateurs rompus en la matière. Sans oublier qu’avec la libéralisation totale il faudrait dire adieu au contrôle et à l’harmonisation des prix ainsi qu’au stock de sécurité; un opérateur privé n’ayant pas nécessairement besoin de conserver des produits, de surcroît à ses frais. Tout compte fait, la privation de la Sonabhy entraînerait certainement de la concurrence, mais cette concurrence n’engendrerait pas moins un «désordre» qu’il faudrait gérer pour éviter des ruptures, des hausses incontrôlées de prix, comme ce qu’on constate actuellement sur le marché du riz et, ne le sous-estimons pas, des problèmes d’insécurité.

2e scénario: Renforcer les capacitésde stockage de la Sonabhy

Théoriquement, et selon la règlementation de la politique nationale en la matière, la Sonabhy peut constituer 90 jours de stock de sécurité et 30 jours de stock commercial. Mais dans la pratique, la nationale des hydrocarbures ne dispose que d’une capacité qui oscille entre 45 et 60 jours. Ce qui veut dire qu’au-delà de cette période, elle doit logiquement répercuter, sur le marché national, toute hausse - ou toute baisse qui intervient au niveau international. A en croire les statistiques, 641 millions de litres de pétrole ont été consommés en 2007, soit environ 53 millions par mois. Or, la capacité de stockage de la Sonabhy est de l’ordre de 70 millions de litres (soit 45 millions pour Bingo et 25 millions pour Bobo). Il faudrait accroître cette capacité pour espérer contenir les contrecoups pendant au moins 3 mois. Toutes choses qui sont difficiles à réaliser en ce moment, parce qu’il faudrait que l’Etat casque pour construire l’infrastructure de stockage et mette plusieurs milliards de F CFA de côté pour s’approvisionner. Ça risque d’être la croix et la bannière pour un budget déjà trop sollicité par les secteurs sociaux.

3e scénario: Renoncer à la TVA et réduire les marges bénéficiaires

Selon les spécialistes, les consommateurs gagneraient au moins 100 F de baisse sur le litre du carburant, si l’Etat renonçait seulement au prélèvement de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). La fiscalité sur les hydrocarbures en général tournerait autour de 40% au Burkina. Si l’Etat venait à y renoncer, les prix ne se porteraient que mieux à la pompe. Mais demander à l’Etat burkinabè de se priver de cette manne, en ce moment, serait le priver d’une grosse part de son budget. Il préfère encore pousser la Sonabhy à supporter le blocage des prix afin d’en atténuer la flambée, plutôt que de choisir cette option. Déjà, la subvention du DDO - un produit considéré comme stratégique parce qu’intervenant dans plusieurs secteurs vitaux - lui coûte la peau des fesses. Il ne commettra pas la folie d’y renoncer. Ce qui est, par contre, envisageable est de demander à chacun des intervenants de la chaîne des hydrocarbures de céder une part de ses marges. Ainsi, la Sonabhy, L’Etat, les grandes compagnies pétrolières, les distributeurs, les gérants de station, contribueraient à atténuer les prix à la pompe. Mais dans un environnement de «libéralisation sauvage» - pour parler comme les syndicalistes -, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Alors qu’il n’y aurait «que» 40% de part de taxes dans la structure du prix du carburant au Burkina et que les Etats-Unis d’Amérique n’en seraient qu’à 11%, voici ce que pratiquent quelques pays européens en la matière.

Prix du gazole         A la pompe (en euros)                      Part des taxes

Royaume-Uni                         1,42                                       64,6%

Suède                                    1,30                                       62,5%

Allemagne                             1,17                                       56,1%

France                                    1,09                                       55,1%

Italie                                       1,16                                       53,0%

Danemark                              1,11                                       53,0%

Portugal                                 1,08                                       51,0%

Pays-Bas                                 1,11                                       50,3%

Finlande                                  1,01                                       49,6%

Belgique                                 1,03                                       49,3%

Espagne                                  0,98                                       45,5%

Source: Eurostat, d’après les prix moyens au second semestre 2007, cité par Paris Match du 31 mai 2008.

12.06.2008

Coupeur de route neutralisé, un Burkinabè blessé

82a6f5fdf2b881da9b8d8cb8139abe93.jpgLe trajet d'un car de la société ghanéenne STC - de Ouaga-Accra via Kumasi - a failli tourner au drame. Arrivé aux environs de Wallé-Wallé à quelque 30 km de Tamalé, le 4 juin dernier, 2 malfrats armés de fusils de type AK 47 ont débouché de la brousse pour couper la route au car. Le chauffeur les ayant aperçus, il a immobilisé son véhicule et a condamné automatiquement les portières de son véhicule conformément aux consignes de sécurité auxquelles il a été formé. Ne pouvant pas accéder aux passagers pour accomplir leur basse besogne, les gangsters ont été pris de panique. Ils ont tiré à bout portant sur le car. C'est alors qu'une balle a traversé le pare-brise avant et atteint un passager burkinabè qui se trouvait juste derrière le conducteur. En légitime défense, l'un des policiers ghanéens qui escortaient le car a riposté et a réussi à descendre un des brigands. L'autre a pris la fuite. Quant au voyageur burkinabè blessé par balle, ses soins ont été entièrement pris en charge par la société STC à Accra où il a été hospitalisé. Il a d'ailleurs regagné son domicile dans le quartier Koulouba où le représentant de STC, David Odame - qui nous a rapporté les faits - va lui rendre régulièrement visite. Cet incident rappelle le caractère transnational du phénomène des coupeurs de route et la nécessité de le combattre dans le cadre d'une coopération sous-régionale.

19.05.2008

Modernisation de Ouagadougou: l'omelette des échangeurs et les oeufs des riverains

38e693f01d778a6e57ef5cd930d190fa.jpg«On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs», enseigne le proverbe. Aussi, le lancement des travaux de construction d’échangeurs n’est pas accueilli de gaieté de cœur par tous les Simonvillois. Les plus éprouvés par cette modernisation au pas de charge ne sont autres que les riverains de ces infrastructures gigantesques qui détruisent presque tout dans leurs alentours. Entre déviations tous azimuts et enclavement d’une partie du quartier de la Patte-d’Oie baptisée opportunément «La Bande de Gaza», Ouagadougou attend toujours de voir les changements promis par les échangeurs. Jusqu’à quand?

Parti trop vite en besogne, Hyppolite Lingani, ministre des Infrastructures et du Désenclavement, avait annoncé la date du 30 avril pour livraison du tout premier échangeur, alors même que l’avancée du chantier ne présageait pas réellement du respect du délai prescrit. Dans un contexte de morosité sociale où le gouvernement du Premier ministre Tertius Zongo n’avait pas grand-poudre à jeter aux yeux des populations trop aigries par les affres de la cherté de la vie, l’inauguration de l’échangeur aurait pu détourner un tant soit peu l’attention et surtout permettre au programme du «Progrès continu pour une société d’espérance» de marquer un point dans son agenda. Hélas!

Le non-achèvement du premier chantier n’a pas empêché que l’on ouvre un autre. Tant pis si l’«Echangeur du Sud» n’a pas été réceptionné le 30 avril comme annoncé. On a néanmoins lancé les travaux de l’«Echangeur de l’Ouest» le 20 décembre pour être réceptionné dans un délai de 18 mois, en attendant l’«Echangeur de l’Est»... L’essentiel serait-il de lancer les travaux?

Les désagréments causés par le chantier de Ouaga 2000 poussent à dire que la réalisation des échangeurs ne se fera pas sans beaucoup de sacrifices des populations, notamment en ce qui concerne la fluidité d’une circulation routière qui n’était pas déjà aisée.

Pour les riverains, c’est un long et pénible chemin de croix pour sortir et entrer dans la zone. Les déviations sur des voies secondaires très poussiéreuses ont dû occasionner des bronchites dans plus d’un ménage. Que dire des petits commers’ qui ont été déguerpis manu militari et qui ne savent plus à quel saint se vouer pour gagner leur pitance quotidienne. Les plus à plaindre sont certainement les résidents de la zone coincée entre le quartier Ouaga 2000 et le reste de la ville et qu’on appelle «La Bande de Gaza». Obligés de faire des tours et des détours, ces Ouagavillois se sentent un peu les martyrs de l’échangeur et crient à juste titre colère en installant des «gendarmes couchés» dans les rues qui passent devant leurs concessions ou en posant carrément des barricades pour les plus excédés.

«Pas d’omelettes sans casser des œufs», dit-on donc. Mais si les habitants de la Bande de Gaza et autres ont préféré subir les contrecoups de l’Echangeur du Sud en serrant les dents pour les uns et en posant des «gendarmes debout» pour les autres, les riverains du chantier de l’«Echangeur de l’Ouest» n’entendent pas les choses de la même oreille. Certains s’estimeraient lésés dans leurs activités et exigent des «dédommagements» pour le manque à gagner pendant la période des travaux. Mieux, un groupe de ces «victimes collatérales» s’est fendu d’une lettre ouverte adressée au courtmestre de la ville, Simon Compaoré. Dans cette missive, ils disent avoir été quelque peu grugés par rapport aux conditions de déguerpissement. Vrai ou faux?

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas toujours facile de distinguer les vraies victimes des opportunistes et autres avocats du diable, prompts à faire leurs des frondes de ce genre. Certes, des opérateurs économiques et commerçants qui tenaient boutiques et autres affaires dans la zone ont subi ou vont subir des dommages du fait des travaux. Mais en la matière, les autorités publiques ne s’intéressent généralement qu’aux causes de ceux qui étaient légalement installés dans le périmètre. Ceux-là doivent être, en principe, dédommagés ou réinstallés ailleurs afin de poursuivre leurs activités. Il doit en être de même pour les maisons d’habitation qui subissent des atteintes quelconques. 

Cependant, quand on sait que les commer’ sont toujours prompts à installer boutiques, kiosques et étals sur les moindres espaces inoccupés au bord de la voie publique, on comprend qu’il y ait beaucoup de «victimes» mais très peu de dédommageables. Faut-il pour autant passer la situation des pauvres gens par pertes et profits? L’équation est d’autant plus délicate que les sirènes de la vie chère ne permettent pas toujours d’entendre raison, là où il le faut. Autant dire que Séraphine Ouédraogo, le maire de l’arrondissement de Boulmiougou, et Simon Compaoré, le maire de la commune de Ouagadougou, doivent user de diplomatie pour calmer les esprits avant qu’ils ne s’enflamment outre mesure. Ainsi, même s’il faut obligatoirement casser des œufs pour faire des omelettes, la manière importe autant que le résultat. C’est cela qui fait le charme des omelettes.

f595a0cc3bce417c7dc0434aa90308c0.jpgDébut juin pour réceptionner l’Echangeur du Sud

Après le rendez-vous manqué du 30 avril, le ministère des Infrastructures et du Désenclavement envisagerait la date du 4 ou du 5 juin pour l’ouverture officielle de l’Echangeur du Sud ou de Ouaga 2000 à la circulation. En attendant, il faut encore aménager les accès périphériques de l’échangeur proprement dit pour déjà soulager les riverains des nombreux tours et détours qui leur sont imposés jusque-là.

Exit chars et vélos

Mais une chose est d’ouvrir l’échangeur, une autre est de veiller à ce qu’il ne devienne pas une nouvelle source d’accidents. Il paraît que rien n’est prévu pour la circulation des chars, vélos, ânes et charrettes. Quand on sait que Ouaga c’est d’abord les deux-roues, ça risque d’être katanga sur ce «nouveau pont sans eau».

16.05.2008

Africa’s media bosses examine emerging digital media platforms

JOHANNESBURG, May 15 – Leaders of Africa’s news media meet in Uganda in a week’s time for an annual summit focusing on how the continent is embracing new media technologies to serve the changing needs and interests of their customers.

The senior editors and CEOs of media firms stretching from South Africa, Namibia and Swaziland in the south to Kenya and Ethiopia in the north and from Senegal and the Ivory Coast in the west will meet in Kampala for three days from May 25 for their Africa Media Leadership Conference.

The conference is co-hosted by Rhodes University’s Sol Plaatje Institute for Media Leadership (www.spiml.co.za/www.spiml.com) in South Africa and Germany’s Konrad Adenauer Stiftung Foundation (www.kas.de/).

“This year’s conference is looking at a range of digital media platforms that have emerged and continue to emerge around the world and the challenges that face media companies in Africa in adopting and adapting these platforms for their competitive advantage,” said Francis Mdlongwa, Director of the Sol Plaatje Institute (SPI).

“Given the breath-taking technological changes which are re-shaping and even redefining the entire media industry, we felt that Africa should pause, take stock, look at what works and does not work in our part of the world and why, and plan ahead,” he added.

The SPI is Africa’s only university-level institution offering high-level media management and leadership training programmes to both practising and aspirant media leaders from across the continent. It runs a post-graduate programme in media management and leadership and a series of certificated management programmes for senior editorial and business media managers.

Frank Windeck, the head of the Konrad Adenauer Stiftung’s Sub-Sahara Africa Media Programme, the sponsor of the Africa Media Leadership Conference series, said: “These meetings give Africa’s top media people a unique opportunity to network at the highest level and to examine key industry and other issues which concern them and to seek practical solutions by examining case studies drawn from Africa.”

The conference will be attended by 40 media executives.

The conference series was launched by the SPI and the Konrad Adenauer Stiftung in 2002 to promote high-level interaction among Africa’s media chiefs and to seek practical, innovative and creative solutions to challenges faced by the African media.

The conference meets annually in an African country, and past conferences have debated topics such as Revenue Generation for Robust African Media (Cape Town, South Africa); South Meets East: Strategic Challenges for African Media (Nairobi, Kenya); Managing Media in Recession (Mauritius); and Policies and Strategies for Media Viability (Maputo, Mozambique).


Issued by:
 SPI Director Francis Mdlongwa (email: f.mdlongwa@ru.ac.za; mobile phone +27-(0) 83-629-2312; office phone +27-(0) 46-603-8781; fax +27-(0) 46-622-9591)

 KAS Director for Sub-Sahara Africa Media Programme Frank Windeck (email:Frank.Windeck@kas.de; office phone +27-(0) 11-214-2903)


Please contact either Francis or Frank for any further information on the Africa Media Leadership Conference.

28.04.2008

Ban K-moon interpellé sur la vie chère au Burkina

Mr Ban Ki-moon, avons-nous manqué à notre devoir ?

Travaillant pour les Nations Unies, j’étais, Mr Ban Ki-moon, dans la cour du bâtiment des Nations Unies le matin du 23 avril 2008 à entendre votre discours adressé au personnel. Comme on a ensuite – sans doute pour raison de votre temps précieux – supprimé la petite session questions-réponses pourtant prévue dans le scénario original de la rencontre, je vous adresse cette lettre par presse interposée.

Excellence, Secrétaire Général des Nations Unies !

Vous nous l’avez dit : Dans les quatre derniers mois, c’est déjà la troisième fois que vous voyagez en Afrique. Merci pour tant d’intérêt ! J’espère qu’il reflète l’intérêt du monde entier – que vous représentez.

Même si vous nous avez dit que ce n’est pas le Burkina qui vous a amené ici mais surtout le rôle clé de médiateur de la crise ivoirienne joué par notre Président, on n’en est pas surpris, on a depuis longtemps l’habitude d’être traité comme l’hinterland de ce pays frère économiquement beaucoup plus avancé, donc beaucoup plus important.

Dans votre discours, Mr Ban Ki-moon, vous avez, parmi autres, parlé du développement, de la transparence, de la responsabilité, de la sécurité des employé(e)s des agences du système des Nations Unies, de la fierté de faire partie de ce système.

Je voudrais traiter d’une autre sécurité dans cette lettre, la sécurité alimentaire. Et non pas de la sécurité alimentaire des employé(e)s des agences du système des Nations Unies – nous gagnons assez pour nous en charger sans problème – mais de la sécurité alimentaire au Burkina, en Afrique et ailleurs dans le monde.

On en parle beaucoup ces dernières semaines, de cette grande nouvelle crise. Qui menace les pauvres ; les menace de pauvreté plus aigue ; les menace de faim ; de misère.

Je veux parler de la majorité des Burkinabè. Peut-être que vous n’avez pas vu de pauvres, Mr Ban Ki-moon, entre l’Hôtel Sofitel, le palais présidentiel, la primature et le bâtiment des Nations Unies, mais ils et elles sont vraiment trop dans ces contrées ! Comme ailleurs en Afrique. Comme ailleurs dans de grandes parties du monde.

Après 60 ans de « développement » du Tiers Monde, on est donc arrivé là : une série de facteurs – la plupart de longue durée et bien prévisibles – ont poussé les prix des produits de nécessité primaire à une hausse vertigineuse. Hausse des prix qui anéantit les quelques avancées réalisées en développement jusque là. Hausse des prix qui remet en cause tous les efforts entrepris pour avancer, pour sortir de la pauvreté abjecte. Parce que ce sont les plus pauvres qui sont les pire touché(e)s.

La FAO – l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture –, d’après les dires d’un de ces économistes, savait depuis deux ans qu’il y aurait problème. L’alarme n’était pas donnée. Pour le commun des mortels, c’étaient les Mexicain(es)s qui d’abord avaient faire résonner les tamtams de la presse internationale : le prix de leur maïs avait tellement augmenté en 2007 qu’on risquait, si on était pauvre, de ne plus pouvoir se préparer la tortilla nationale. Comme raison de la hausse du prix du maïs on donnait la forte demande américaine pour les biocarburants. Si les voitures ont besoin de bouffer, ce ne seront pas quelques millions de pauvres qui vont les empêcher.

Maintenant la crise s’est mondialisée. Même dans les pays riches, les prix de la nourriture ont beaucoup augmenté. Mais là on a beaucoup d'argent, ce n’est donc pas comparable. Là où c’est grave, c’est ici. Et bien sûr que la faute n’est pas seulement aux biocarburants. La faute est, parmi d'autres, à la forte demande émanant de la Chine et de l’Inde, ayant eux, pour une partie de la population, réussi le pari du développement (dans sa forme la plus concrète : mieux se nourrir). La faute est aussi à la hausse des prix du pétrole et de tous ses dérivants, y inclus l’engrais. Et aussi à la spéculation : avec la crise immobilière aux Etats-Unis il y a d’importants capitaux en recherche d’investissement – et on a donc découvert les marchés mondiaux de la nourriture. Et tant pis si les pauvres en meurent – il faut surtout des profits pour faire avancer le monde, non ?

Pourquoi n’a-t-on pas sonné l’alarme ? Avec tout ce gigantesque dispositif de recherche, d'étude, de planification et de suivi – n'a-t-on pas vu venir? Pourquoi n’a-t-on pas pris les précautions nécessaires ? C’est sur un plan global qu’on aurait dû agir. Même si les démonstrations à Bobo, à Ouahigouya, à Banfora, à Ouagadougou … et dans beaucoup d’autres pays se sont surtout adressées à leurs gouvernements respectifs : il s’agit d’un problème vraiment global.

Et c’est pour ça que je m’adresse à vous, Mr Ban Ki-moon, pas en tant que personne, mais en tant que Secrétaire Général donc représentant des Nations Unies. Vous avez le matin du 23 avril insisté sur l’«accountability», ce beau mot intraduisible qui veut surtout dire responsabilité.

Je vous interpelle donc, Mr le Secrétaire Général des Nations Unies, d’assumer au nom des organisations internationales notre responsabilité pour la crise alimentaire – crise globale, mais touchant surtout les pauvres. Sinon comment éprouver, comme vous nous l’avez demandé, de la fierté d'appartenir à une institution qui manque au premier de ses devoirs ?

Comme ce qui est fait est fait – « it is no use crying over spilt milk » disent les anglophones – il faudra en réparation mais aussi en pensant aux tâches fixées aux Nations Unies, dès maintenant entreprendre tout pour contribuer à remédier au plus vite à la crise.

Parce que, s’il n’y a pas assez à manger, tous les autres grands accomplissements – des Nations Unies, des gouvernements, de tout(e) un(e) chacun(e) – s’avèrent superflus.

a29527a8256502c80ad66fab63788e16.jpg45958e4e60ef8e7cb8d3dc293da24f4b.jpgc6f05516005b5edab31ab7baca85a51c.jpg

08.04.2008

Ainsi Mossanto file du mauvais coton?!

8c03338069dd7c68135706c95da94322.jpgC’est grâce à une journaliste d’investigation très courageuse que nous avons maintenant un dossier sérieux sur la firme Monsanto, leader mondial des OGM. Elle s’appelle Marie Monique Robin.

 

 

 

Grâce à elle, une enquête portée à l’écran sur la chaîne de télévision européenne Arte le mardi 11 mars 2008 (21h), et un livre : "Le monde selon Monsanto ; de la dioxine aux OGM : une multinationale qui vous veut du bien" (Editions de la découverte) nous dessinent le portrait de ce géant de l’agrochimie, inventeur de quelques-uns des pires polluants de la planète.

 

Avec 17.500 salariés, un chiffre d’affaire de 7,5 milliards de dollars en 2006, un bénéfice de 1 milliard de dollars, une implantation dans 46 pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle.

 

Que lui reproche-t-on ?

 

On lui reproche de cacher la toxicité de ses produits.

 

Dès 1935, Monsanto fabrique un liquide réfrigérant pour transformateurs électriques (les PCB ou pyralène, en français). Dès 1937, Monsanto savait que ce produit présentait un grave danger pour ses clients et pour ses ouvriers, mais il n’a rien dit et n’a rien fait pour protéger utilisateurs et ouvriers jusqu'en 1977 où ce produit fut définitivement interdit.

 

Le roundup, désherbant très utilisé par beaucoup de jardiniers dans le monde se révèle être cancérigène ("Nous nous sommes rendu compte que le roundup affectait un point clé de la division des cellules ; c’est pour ça que nous disons qu’il induit les premières étapes qui conduisent au cancer" professeur Bellé)

 

L’Aspartame, utilisé à la place du sucre (en cas de diabète ou pour d’autres raisons), est une molécule potentiellement cancérigène qui donnerait notamment des tumeurs au cerveau.

 

Monsanto a produit les pires produits qui ont empoisonné notre planète et ruiné notre santé. Outre le pyralène dont nous venons de parler, il a produit l’"agent orange" utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales sur la génération suivante. Il produit la "dioxine" à l’origine, par exemple, de la catastrophe de Soveso en 1976 en Italie.

 

On lui reproche une publicité mensongère particulièrement agressive :

 

Le roundup a été longtemps vanté comme "biodégradable et bon pour l’environnement" ; quand il s’est révélé cancérigène et dangereux pour l’environnement, la firme fut condamnée aux Etats-Unis et en France pour publicité mensongère, mais le mal était déjà fait ! Et pourtant, dit la justice française, l’industriel savait "préalablement à la diffusion des messages publicitaires litigieux que les produits visés présentaient un caractère écotoxique" (= dangereux pour l’environnement).

 

Pour obtenir les résultats d’une étude sur le maïs Mon863 qui a servi de nourriture à des rats, le gouvernement allemand a dû aller en justice, car Monsanto ne voulait pas fournir de documents, au motif qu’ils relevaient du secret commercial.

Or nous savons que Monsanto a l’habitude de cacher délibérément au public l’éventuelle toxicité de ses produits.

 

Aujourd’hui, leader mondial des OGM, Monsanto refuse de faire des études de toxicité sur ses semences OGM, car dit-il, "en vertu du principe d’équivalence en substance" (= un plant transgénique est "à peu près" identique à un plant non modifié), ces expériences et études sont inutiles !

 

Cette réglementation, adoptée aux Etats-Unis sous la pression de Monsanto ne fait pas l’unanimité : "Les processus de manipulation génétique et de croisement traditionnel sont différents et, selon de très nombreux experts de l’agence de sécurité américaine pour la nourriture et les médicaments (FDA), ils conduisent à des risques différents."

 

Mais Monsanto, l’administration américaine et le gouvernement américain ont partie tellement liée que toute contestation devient impossible.

 

En effet, il s’avère que depuis plus de vingt ans, de nombreux cadres passent de la Maison blanche, du Congrès, des agences environnementales, de l’OMC, vers Monsanto et vice-versa. Du coup Monsanto a de solides alliances ! (Même chose avec les revues scientifiques, les laboratoires et les universités…)

 

On reproche aussi à Monsanto d’avoir tout fait pour faire taire les critiques à son égard :

 

Et Marie Monique Robin donne de multiples exemples : le Dr Burroughs fut licencié de la FDA pour avoir alerté sur les risques de l’hormone de croissance bovine (encore une invention de Monsanto !) "C’était pourtant ma mission", dit le docteur.

Le biochimiste Pusztai a vu sa carrière ruinée pour avoir dit àla BBC après une étude officielle sur l’impact des OGM sur la santé : "Il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes", et pourtant, dit-il, "moi le premier, j’étais un ardent supporter de la biotechnologie".

 

Enfin, le biologiste Ignacio Chapela a été victime d’une violente campagne de dénigrement pour avoir révélé la dissémination de maïs transgénique dans le maïs traditionnel mexicain, alors que le Mexique avait déclaré un moratoire sur ces cultures.

 

Tous les OGM qui sont aujourd’hui cultivés n’ont jamais été testés de manière rigoureuse. Tous les scientifiques indépendants qui ont essayé de la faire, ont finalement perdu leur travail, ou ont été salis.

 

On reproche à Monsanto d’avoir "breveté le vivant", d’avoir fait changer la loi aux Etats-Unis pour protéger "sa" propriété intellectuelle sur les gènes du vivant, ce qui n’était pas possible il y a 15 ans.

 

En Argentine, par exemple, la loi n’autorise toujours pas les brevets sur le vivant, la compagnie avait donc dû renoncer à des "royalties" (= des revenus à ne rien faire, une rente) sur les OGM… Aujourd’hui, Monsanto revient sur ses promesses en réclamant trois dollars par tonne de grain ou de farine de soja au départ des ports argentins !

 

Aux Etats-Unis même, et au Canada, Monsanto poursuit devant les tribunaux les agriculteurs qui utilisent les semences Monsanto ou les réutilisent sans payer. Monsanto a mis en place pour cela de nombreux systèmes de délation et de détectives et un numéro de téléphone gratuit. "Les brevets ont bouleversé la vie dans les communautés rurales, témoignent deux fermiers de l’Indiana. Ils ont détruit la confiance qui régnait entre voisins. C’est impossible de se défendre contre cette firme."

 

On reproche à Monsanto de faire perdre aux paysans leur indépendance par rapport aux semences. En effet, les paysans qui cultivent des OGM sont obligés de signer un contrat qui leur interdit de garder une partie de leur récolte pour la re-semer, comme c’est pourtant l’usage depuis l’avènement de l’agriculture, il y a 10 000 ans. Il devient également illégal pour des paysans d’échanger des semences entre eux.

 

On reproche à Monsanto de pratiquer la corruption pour conquérir de nouveaux marchés. C’est évidemment toujours très difficile à vérifier, mais pourtant, récemment, Monsanto a été condamné pour corruption en Indonésie : l’un de ses représentants sur place avait acheté une centaine d’officiels indonésiens pour mettre sur leur marché le coton BT, un coton transgénique. (Celui-là même que nous adoptons au Burkina).

 

J’essaie de résumer tant bien que mal ce livre, fruit d’une enquête exceptionnelle de trois ans sur trois continents : en le lisant vous-même, vous découvrirez vous aussi la genèse d’un empire industriel qui, à grands renforts de rapports mensongers, de collusion avec l’administration nord-américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu l’un des premiers semenciers de la planète.

Avec Monsanto, c’est la programmation de la mort, à court terme, de la diversité biologique et de l’agriculture biologique à cause du problème de la contamination par pollennisation : un document secret de la Communautéeuropéenne souligne que les cultures de maïs transgéniques entraîneront la disparition du maïs biologique.

 

Cette émission et ce livre arrivent un peu tard pour nous les Burkinabè, même si ces documents ont ouvert nos yeux sur les méthodes, le cynisme et les objectifs de cette multinationale.

 

En effet, "le 19 février 2008, M. Maxime Somé, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a annoncé le démarrage de la culture industrielle du coton BT cette année suite au consensus trouvé entre la firme Monsanto et la "partie burkinabè" sur la fixation des prix de la semence et le partage des royalties" (Observateur paalga du 21/2/2008)

 

Les détails de ce « consensus » n’ont évidemment pas été publiés. Mieux vaut sans doute que les paysans et les générations à venir ignorent à quel prix et au profit de qui ont été vendus leur dépendance et leur malheur prochain.

 

 

 

Père Jacques Lacour (BP 332 Koudougou)

 

jacqueslacourbf@yahoo.fr

 

28.03.2008

Blaise Compaoré peut-il réhabiliter Thomas Sankara?

6441b431597af65d600b4828de2de6d9.jpgLe dimanche 30 mars prochain, le Burkina commémorera le 7e anniversaire de la Journée nationale de pardon, un événement institutionnalisé sous le signe du «souvenir, de promotion des droits humains et de la démocratie». Depuis le 30 mars 2001, beaucoup d’eau a coulé sous le pont Kadiogo, mais Blaise Compaoré, principal chapelain du processus de réconciliation, hésite encore à poser les actes forts qui exorciseraient définitivement le passé. La réhabilitation du capitaine Thomas Sankara est de ceux-là. Une proposition aurait été faite dans ce sens au chef de l’Etat, pour le 15 octobre 2007, à l’occasion du 20e anniversaire de la disparition tragique de son prédécesseur. Mais «l’enfant terrible de Ziniaré» a soit «mouillé», soit n’a pas jugé la proposition opportune. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a rien vu ce jour-là. Va-t-il encore rater le coche le 30 mars prochain? Rien n’est moins probable.

Promesse non tenue

En effet, selon des sources bien introduites auprès du parti au pouvoir, la proposition de réhabilitation des naufragés du 15 octobre 1987 a été faite dans le but de permettre au Blaiso de sortir par la grande porte. En la faisant pour la commémoration du 20e anniversaire, ceux qui ont concocté ce scénario visaient surtout à couper définitivement l’herbe sous les pieds des nombreux fans de Thom’Sank qui se sont convaincus que Blaise n’était pas capable de réhabiliter celui qui a été son «compagnon d’armes», son «frère» et son «ami».

Mais au-delà des guéguerres politiciennes, l’organisation d’un hommage national à la mémoire de son compagnon d’armes est commandé par un engagement pris par Blaise Compaoré et qui n’a jamais été réalisé, en réalité. N’est-ce pas lui qui avait promis, dans son premier discours du 19 octobre 1987, soit quatre jours après le putsch qui a mis fin à la révolution, d’offrir, à la mémoire de son prédécesseur, un honneur digne de son nom ? «[...] Pour nous, il reste un camarade révolutionnaire qui s’est trompé. En tant que révolutionnaires, nous lui devons une sépulture digne de l’espoir qu’il a suscité à un moment donné de sa vie», avait professé l’actuel président lors de son tout premier discours radiotélévisé. Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que cette promesse soit reléguée aux calendes grecques?

83514564d40c4dddd06f2174677de67d.jpgEn s’en tenant à cette déclaration du jeune Blaiso, on doit reconnaître avec lui que le capitaine Thomas Sankara ne mérite pas d’avoir été aussi précipitamment et nuitamment enseveli au cimetière de Dagnoën où il gît depuis le 15 octobre avec 13 de ses compagnons d’infortune. En tant qu’officier supérieur de l’Armée et de surcroît chef d’Etat, il mérite un meilleur lieu de «repos éternel» que ce cimetière qui s’apparente plutôt à un dépotoir d’ordures. Aussi longtemps qu’il hésitera à briser cette vilaine image du monument que constitue Thomas Sankara pour l’héritage sociopolitique du Burkina et de l’Afrique, Blaise Compaoré devrait logiquement avoir des remords à se faire.

Certes, il lui est difficile de faire l’unanimité autour de cette réhabilitation, même dans son propre clan. Sans compter que les plaies sont toujours béantes au sein de la famille de Sankara, de ses héritiers et des nombreux fans qu’il compte à travers le monde. Il ne sera pas aisé de convaincre par exemple Mariam Sankara, la veuve de Thom’Sank, et ses enfants, encore moins les frères et sœurs directs de feu l’ancien président. Comme l’a reconnu Blaise Compaoré dans le discours du 19 octobre cité plus haut, le «dénouement brutal» qui a entraîné la disparution tragique du chef suprême de la révolution d’août 83 a laissé de profondes meurtrissures à plusieurs égards.

Une messe de requiem 

Mais on a la faiblesse de croire que le Burkina et les Burkinabè ont un supplément d’âme pour exorciser les vieux démons, à condition que tout cela se fasse avec la manière et dans le respect des traditions séculaires de pardon et de dépassement de soi. A l’occasion de la commémoration prochaine de la Journée nationale de pardon, cela pourrait passer, par exemple, par l’exhumation des corps de Thom’Sank et de quelques-uns des 13 camarades fauchés en même temps que lui du cimetière de Dagnoën pour leur offrir une sépulture plus digne au cimetière militaire du camp Général-Sangoulé-Lamizana, ex-Camp de l’Unité. Avant de le conduire à sa dernière demeure, le capitaine pourra ainsi avoir droit aux honneurs dont il a été privé depuis plus de 20 ans maintenant. Ainsi, ses restes pourraient être d’abord exposés à la présidence du Faso pour y recevoir les honneurs des membres du gouvernement, des corps constitués et du corps diplomatique. Ensuite, le grand public pourrait rendre son dernier hommage à la Maison du peuple toute une nuit durant et une messe de requiem pourrait être célébrée dans la cuvette du Stade du 4-Août en l’honneur de l’illustre disparu suivie d’une procession grandiose au Camp Lamizana. Si d’aventure Blaise Compaoré n’arrivait pas à contrôler ses émotions, il pourrait faire déléguer le Général Kouamé Lougué au cimetière militaire pour la lecture de l’oraison funèbre. Ainsi la mémoire de Thom’Sank serait réhabilitée et Blaise rentrerait dans l’histoire par la grande porte.

Il n’est peut-être pas trop tard pour cela. Surtout que l’actuel P.F. n’y perdrait pas grand-chose. En tout cas, les frais d’organisation de cette cérémonie de réhabilitation seraient bien en deçà des 500 millions de F CFA qui ont officiellement servi à organiser les très contestés et contestables «20 ans de renaissance démocratique» en octobre dernier.

 

15.02.2008

L'humour a enfin son festival à Ouagadougou

d97446ae4cd87315f90d63922f621eb5.jpgAlors que l’humour (et le rire) figure, depuis 2003, en bonne place dans la galaxie «grands prix» des arts du Faso, le Burkina n’avait pas un rendez-vous précis pour célébrer cette haute valeur culturelle qui serait, selon Léopold Sédar Senghor, «le privilège de Dieu et de l’homme». C’est désormais chose faite avec le lancement du 1er Marathon du rire et de l’humour de Ouagadougou. Une initiative originale de l’association Ellipse qui prolonge l’action du ministère en charge de la Culture.

Du 7 au 9 février, la capitale burkinabè a bénéficié de plages de rire au centre culturel français et au Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (Cito) en compagnie de comédiens rompus à l’art de mettre en scène et en images les péripéties de la vie. Le public le leur a bien rendu, en se déplaçant massivement pour s’offrir de magiques moments de dépaysement qui ont la magie de rompre la monotonie de la vie et de surmonter les plus dures situations de la vie.

Même lorsque la mort frappe au très mauvais moment. Comme ce vendredi 7 février où la 2e soirée du Marathon a été endeuillée par la tragique disparition accidentelle de notre confrère Karim Garba, chargé de communication du Cito. Il était justement parti ce jour-là pour la ville de Tenkodogo en vue des préparatifs de la représentation d’Afriopa, un cocktail de clownerie concocté par le Cito en partenariat avec Kuckuck production de Suisse. C’est précisément avant la présentation de cette création que la triste nouvelle a été annoncée au public. Très bouleversée, Augusta Palenfo, coordonnatrice de l’association Ellipse, n’est pas arrivée à contenir ses larmes. Il a fallu recourir au doyen Amadou Bourou pour donner le coup d’envoi de la soirée non sans souligner que les comédiens du jour devraient remplir leur engagement en guise de témoignage non seulement à l’illustre disparu, mais aussi au public et que l’art doit toujours prendre le dessus sur les drames les plus déroutants.

Ainsi, malgré la consternation qui s’est abattue sur le Cito, la paire de clowns - suisse et burkinabè - qui a interprété Afriopa a réussi à arracher des rires au public. Leur jeu de rôle était si plaisant que de joyeux bambins se sont laissé aller à des moments de détente. Le lendemain samedi, il était bien difficile de résister à l’humour très entraînant du groupe Gombo.com et de Gérard Ouédraogo, alias Excellence, pour ne citer que ces deux.

Organisé dans le but de promouvoir l’art humoristique dans un Burkina où il n’y a pas toujours beaucoup de raisons de rire pour barrer la route aux nombreux obstacles du développement économique et socioculturel, la première édition du Marathon du rire et de l’humour s’est achevée dans le deuil qui a frappé le Cito et tous les acteurs culturels. Mais loin d’être interprété comme un mauvais sort, cet événement malheureux éclaire paradoxalement le sens de ce nouveau festival. Devant la mort inévitable, le rire n’est-il pas finalement la seule réponse digne, l’expression d’une révolte qui dit à la fois non à la mort sans l’accepter et oui à la vie qu’on voudrait éternelle pour soi et pour les personnes qui nous sont chères? Vivement que la deuxième édition du Marathon soit un véritable hommage à Abdoul Kader Karim Garba, qui aura donné le meilleur de lui-même pour que vive le théâtre au Faso.

17.01.2008

Fini le printemps, vivement les médias à 3V

7332bae3163baad57fccc3789e78bb2d.jpgAprès le printemps qui a vu naître - et disparaître - toutes sortes de canards, de radios et de télés dans l’univers médiatique africain, les médias du continent se doivent aussi de relever le défi de la révolution de l’Internet et de l’information. En dehors de quelques canards boiteux, la presse burkinabè peut se targuer, tant bien que mal, d’avoir intégré les Technologies de l’information et de la communication (TICs) dans la collecte, le traitement et la diffusion des nouvelles. En revanche, on est encore loin des innovations qui impriment une nouvelle dynamique à l’actualité nationale.

L’information reste et demeure la principale affaire des cercles rédactionnels traditionnels qui gardent sur l’info un monopole qui contraste avec l’évolution du monde. Le vent des blogs et des nouveaux médias ne semble pas encore bouleverser les vieilles habitudes au Burkina. En effet, si dans des pays comme le Sénégal la révolution médiatique induite par les Tics oblige le législateur à évoluer vers l’adoption d’une armature juridique en matière de presse en ligne et le commerce électronique, on se hâte encore lentement au pays des Hommes intègres. Le journalisme citoyen ou la démocratisation totale de l’information serait-elle une ligne d’horizon? Les médias burkinabè n’auraient pas suffisamment de poigne pour accomplir cette révolution qui a donné de nouvelles ailes à l’information sous d’autres cieux?

Le moins que l’on puisse constater, c’est que si l’ensemble des médias s’est rué vers la réalisation de site Web, la plupart se sont limités à publier la quasi-totalité du contenu du journal papier en ligne. En dehors de la grosse machine du quotidien d’Etat Sidwaya qui a initié une rédaction électronique avec des fortunes diverses, le champ de la presse en ligne est désespérément en friche. Serait-ce un désintérêt ou une incapacité à investir ce secteur?

Dans l’état actuel de l’évolution des médias, il faut reconnaître que la grande majorité n’a pas encore fini de résoudre les vieux problèmes d’organisation et de financement de leur entreprise. A tort ou à raison, certains patrons estiment qu’il ne faut pas trop embrasser pour mal étreindre. Cela n’a pas empêché quelques confrères de prendre des initiatives individuelles qui ont abouti à des créations de Blogs dont certains ont permis à leurs promoteurs d’ouvrir de nouveaux horizons à l’actualité du Burkina aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Mais les rédactions elles-mêmes ne perçoivent pas encore l’enjeu de créer des blogs sur leur site officiel et de créer ainsi une certaine interactivité avec leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs autour des informations qu’ils diffusent.   

Comme on peut le voir, l’information est encore «confisquée» par les requins à plumes de la presse traditionnelle. Tant que les nombreux internautes qui surfent quotidiennement dans les cybercafés, au bureau et à domicile; et les spécialistes qui ont aussi leurs mots à dire sur la marche du Burkina et du monde décident d’être des témoins passifs, le journalisme citoyen aura du mal à se frayer un chemin au Faso. A vos plumes, claviers et souris pour donner à l’information cette nouvelle force incommensurable qui veut que le journaliste ne soit plus le seul à raconter la marche d’une planète devenue un petit village. Un petit village dans lequel tout le monde devrait avoir la possibilité de réagir soit par le téléphone, le Net ou par sa caméra ou son appareil photo personnel. C’est net, Internet est devenu un espace privilégié où l’information a désormais 3 Voix, comme à Rue89: celle du journaliste, des experts et des internautes. Ainsi nous ne passerons pas à côté de la plaque...de la révolution des Tics.

27.12.2007

Que un pouvoir sans le sous?

20467f3be7f6fa0aa3a19f4fb927f053.jpgPour le petit monde du «4e pouvoir», les années se suivent et se ressemblent-elles? On aurait bien envie de répondre par la négative, mais bien qu’elle ait été celle des promesses les plus fermes, l’année 2007 s’achève finalement comme les autres. On y a beaucoup parlé de la nécessité de sortir les journalistes de l’informel en relevant les sempiternels défis de la convention collective, de la carte de presse, de l’adoption d’un statut juridique des entreprises de presse, etc. Mais entre les engagements des uns et les promesses des autres, le chemin qui mène au champ du concret semble encore loin.

Pendant ce temps, le train-train quotidien, hebdomadaire, mensuel et bimensuel de la presse a continué en ouvertures et clôtures de séminaires et ateliers, couvertures d’inaugurations de chrysanthème et autres commémorations qui ont inondé les colonnes des journaux tout au long de l’année. Tout le monde convient que cette forme dominante de journalisme ne permet pas à la presse de jouer efficacement son rôle de contre-pouvoir, mais cela ne semble pas empêcher la république de tourner en rond.

Les principaux concernés ne tournent pas moins en rond en étalant parfois leurs linges sales sur la place du marché. Ainsi, on consignera dans les annales de l’année 2007 que le quotidien d’Etat Sidwaya s’est rendu coupable de diffamation à l’égard du red’chef du bihebdomadaire L’Evénement et a été condamné par les tribunaux. Ce dernier journal a été lui-même condamné à l’endroit du sieur François Compaoré, frangin du Blaiso national, suite à un commentaire jugé diffamant à propos du présumé commanditaire de l’assassinat, le 13 décembre 1998, de notre confrère Norbert Zongo, un dossier désormais hypothéqué à cause d’un non-lieu prononcé par la justice en juillet 2006 en faveur du seul inculpé au cours d’une tumultueuse instruction du dossier.

Tout compte fait, il n’y a rien eu de véritablement bandantif sous le soleil pour la presse. Les forçats de la plume, du micro et de la caméra vont devoir continuer à s’accommoder avec une situation informelle avec ses corollaires économique et institutionnel. Au-delà d’un dossier pendant en justice, c’est le statut même du journaliste - et par ricochet de l’entreprise de presse - qui rend les journalistes dépendants de toutes sortes d’aléas. Le bout du tunnel ne sera certainement pas pour le 31 décembre prochain.

Toutes les notes