17.11.2009

Lettre de Madagascar

AL 1.jpggité, écrasé, bousculé. Je me trouve immobilisé. Sous mes pieds, une famille de poulpes en route pour le marché. À ma gauche, une femme malgache trop impatiente de me rappeler que oui, les êtres humains ont une odeur, et que oui, il faut l’assumer. À ma droite, la porte arrière. Personne ne peut bouger tellement on est serré, et pourtant cinq nouveaux passagers franchissent le pas. Telle est la loi du taxi-brousse. Une loi qui tente, par tous les moyens, de se rapprocher de la mythique frontière du confort zéro. Nous sommes tout de même arrivés vivants à Tuléar. Une ville dynamique du sud-ouest de Madagascar où tout le monde circule en «taxi écologique» d’étonnantes machines qui carburent au riz ! Il s’agit, bien entendu, des
pousse-pousse. Ces brouettes inversées, échos des colonialismes du 19e siècle sont un héritage des migrations asiatiques. On en trouve dans de nombreuses villes malgaches. Au début on se sent mal de monnayer la transpiration d’un autre homme, mais on s’y fait vite. C’est rigolo, c’est pas cher, et les Tuléariens sont les premiers à les utiliser. Du coup la ville demeure libérée des voitures, et les rues sont calmes. Le silence étant régulièrement brisé par les accélérations d’un énorme quad, piloté par un homme blanc, la cinquantaine, flanqué d’une jeune Malgache, la vingtaine (ou moins). A croire qu’ici les critères de beauté ne sont pas les mêmes qu’en Europe ! Le tourisme sexuel reste une réalité affligeante et visible dans tout le pays, et surtout sur les côtes. Dans chaque hôtel, à côté du lit, vous trouverez un paquet de préservatifs posé sur un exemplaire du nouveau testament.
L 2.jpgNous avons eu l’occasion de visiter quelques villages au nord de Tuléar. Notamment Ifaty, village de pêcheurs, et quartier général de Reef Doctor, petite ONG que nous avons connu dans le cadre d’un reportage. Ils tentent, entre autres, d’inculquer les valeurs de la protection du patrimoine marin aux pêcheurs vezo (prononcez «vaise») qui deviennent trop nombreux pour les capacités marines des côtes. Vers 18h30 le soleil se couchait pour nous. En ombres chinoises, des pirogues à balancier rentraient de leur journée, d’autres partaient pour la
pêche nocturne. Un tableau paradisiaque dont il est impossible se lasser, et que l’on dégustait tous les soirs avant de rentrer dans notre bungalow sans eau ni électricité, peuplé d’une dizaine de cafards très curieux de connaître leurs nouveaux colocataires...

On mange très bien à Madagascar. À la tombée de la nuit dans toutes les villes et tous les villages, des odeurs de viande grillée viennent vous chatouiller les poils de nez. Et à 100 Ar (3 centimes d’euros) la brochette de zébu, il n’y a pas de raison de se priver. Leur viande est excellente, et pour ceux qui connaissent les joies du boeuf américain, sachez que le zébu malgache est meilleur. Ici, l’expression «un steak qui se coupe à la cuillère» prend tout son sens. Mais le festin ne s’arrête pas là. Toutes les influences culturelles de cette grande île se côtoient dans les assiettes.
Allant des nouilles sautées chinoises au foie gras français, en passant par le manioc africain et la pizza italienne. Étrangement, les Malgaches disent «maztou» ce qui signifie «courage» avant d’entamer le repas. Je ne parlerais pas de courage quand il suffit de prononcer les mots «beignet de banane» pour me faire frétiller les papilles. Pour les boissons, c’est pareil. Une bonne bière, la THB (Three Horses Beer), du vin local ou sud africain, des rhums arrangés à la vanille, au letchi, à la mangue, au gingembre... on a vraiment l’embarras du foie!
Bientôt il va falloir rentrer sur Tana avant de repartir, assez rapidement,
dans le nord pour d’autres reportages. Plus précisément autour de Diego Suarez, dans une région qui produit les mangues les plus délicieuses de l’univers connu. Aller, on vous laisse, avant notre ultime escapade dans la région de Tuléar, au sud, où l’on admirera les poissons dans leur milieu naturel, avant des les admirer dans notre assiette. Maztou !


13.09.2009

Vite, une arche de Noe a Ouagadougou

Après le déluge, il faut maintenant construire une arche suffisamment grande et solide pour abriter les 150 000 sinistrés recensés à Simonville et dans les communes rurales de la région du Centre. A en croire la situation établie par le Premier ministre, «180 logements se sont (également) écroulés occasionnant environ 500 sinistrés» dans les autres localités touchées par les pluies diluviennes du 1er septembre. Ce sont donc, au total, 150 500 sans-logis à qui il faut trouver une demeure.
«Pour ce qui concerne la commune de Ouagadougou, 24 489 maisons d’habitation se sont écroulées pour une valeur estimée à 13 224 060 000 F CFA. 67,08 % de ces logements se retrouvent en zones non loties et 32,92 % en zones loties». Même si la cagnotte de la «campagne de solidarité nationale et internationale» lancée lundi dernier par le Blaiso national permet de prendre les sinistrés en charge pendant un certain temps, il va falloir résoudre l’équation du logement pour tout ce monde. Le gouvernement pourra-t-il régler le problème de tous ces non-lotis et mal-lotis du Faso?
Le déluge n’a fait que mettre à nu une politique d’aménagement territorial et de logement. C’est connu, la galère des non lotis était devenue un casse-tête chinois pour le courtmestre de la ville de Ouagadougou et aussi la source de tous les problèmes des maires d’arrondissements. Malgré les professions de foi destinées à mettre un terme à la cacophonie qui a fini par s’installer autour du problème des lotissements, les collectivités locales n’ont presque jamais réussi à trouver la bonne solution. Certains conseils municipaux, pour ne pas dire des maires, ont tissé leur toile de deals sur de sales affaires de lotissements. Ils ont parcellé et loti partout, au-delà des limites officielles de la ville, dans les zones réservées et même dans les «bandes vertes» destinées à aérer la ville. Beaucoup d’affairistes ont trouvé là l’occasion de s’enrichir sur le dos de pauvres citoyens qui ne demandaient qu’un bout de terre pour reposer leurs pieds.
A côté des édiles dealeurs, il y a aussi des habitants fieffés de non-lotis qui ont fait pousser ces habitations précaires comme des champignons. En dehors de Baskuy qui n’a plus de terres à bazarder, le marché des parcelles a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les 4 autres arrondissements de la capitale. On a vendu à tour de bras. Les plus cupides ont dribblé les plus naïfs et se sont engraissés sur leur dos. Pour bénéficier à tout prix du sésame, certains ont choisi d’élire domicile sur leur lopin de terre, dans l’espoir que les agents recenseurs ne passeront pas en leur absence. Ils sont devenus des habitants de non lotis, malgré eux. Cela fait plusieurs années que ça dure...
A côté de ces “clodos”, il y a aussi ceux qui voguent de non-loti en non-loti. Leur stratégie est simple: ériger un clapier de «8 tôles» pour marquer le territoire. Dès qu’ils sont recensés par la mairie, ils s’empressent de liquider leur numéro de recensement et vont plus loin pour créer un nouveau quartier non loti et cela avec la complicité souvent de conseillers municipaux qui y voient là l’occasion de lotir pour se remplir les poches. Pour avoir la parcelle et l’argent de la parcelle, certains ont accepté de vivre dans le lit des eaux de ruissellement avec tous les risques que cela comporte.
Au non-loti du secteur 30, par exemple, plusieurs sinistrés avaient leurs maisons dans le couloir des eaux qui convergent vers le barrage de Yamtenga. Ce qui veut dire que, logiquement, ces habitations en banco blaguées par quelques pelletées de ciment ne pouvaient pas résister à la pression de la flotte de 263 mm d’eau qui s’est abattue sur Ouagadougou en 10 heures. Les sinistrés des berges du barrage n° 3 de Ouaga, eux, ont poussé l’outrecuidance jusqu’à s’installer sur un espace réputé inondable et donc dangereux pour leur propre vie en cas de pluie diluvienne. Certains auraient même été indemnisés, quelques années plus tôt, par la mairie de Ouagadougou qui leur aurait attribué des parcelles pour les aider à déguerpir des bords du barrage. Hélas. Par cupidité surtout, ils ont choisi de prendre des risques qui leur ont été finalement fatals le 1er septembre dernier. La plupart d’entre eux ont perdu leurs maisons et devront nécessairement aller voir ailleurs.
Plus besoin donc de leur faire un dessin pour leur démontrer la dangerosité de leur option. Ils ne devront pas également trop rêver à un quelconque dédommagement, surtout pour ceux qui avaient déjà eu des parcelles et ont préféré les vendre. Une chose est sûre, quel que soit le montant des collectes de l’opération de solidarité, il sera difficile que le gouvernement bâtisse une maison pour chaque sinistré des zones non loties et mal loties. En dehors des entreprises privées tel l’hôtel Silmandé qui a souscrit à une assurance pour ses installations, l’écrasante majorité des victimes n’a aucun recours pour les biens mobiliers et immobiliers qu’elle a perdus. Tous les regards sont tournés vers le pasteur Testicus Zorro et son équipe gouvernementale. A l’instar de Noé, aura-t-il les moyens de bâtir une arche qui peut contenir les 150 000 sinistrés? Rien n’est moins sûr.
Au-delà du malheur du déluge, il faut espérer que la catastrophe serve de leçon aussi bien aux autorités gouvernementales, communales qu’au citoyen lambda. Le lotissement anarchique et l’habitat sauvage ne peuvent pas être adoptés comme une voie d’urbanisation d’une ville qui se veut moderne et sûre. Une chose est de faire appel à l’aide internationale pour essayer de colmater les brèches. Mais il faut surtout faire une introspection et construire désormais selon un schéma et des normes rigoureux. Tout compte fait, même si le gouvernement consent d’ores et déjà à la réhabilitation et à la réinsertion des sinistrés, ce programme ne saura être crédible que s’il tient compte du «déguerpissement des zones inondables des villes comme des villages», comme l’a du reste souligné le document élaboré par le Premier ministre.
Mais comme on le sait aussi ici au Faso, le tout n’est pas de savoir ce qu’on doit faire. C’est surtout d’avoir les coudées franches pour le faire. Et le faire bien. Attendons donc de voir ce qu’on va faire concrètement de ces zones non loties et mal loties.

28.08.2009

La "clinique du plaisir" qui fait couler beaucoup d'encre et de salive

R 1.jpgDepuis presque deux décennies, le Burkina Faso est devenu une terre de prédilection des adeptes du «prophète» Raël. Officiellement reconnu seulement en 1996, le mouvement ne compte pas moins d’«un millier d’adhérents, dont 350 actifs», selon son guide national, le Dr Sié Benoît Da, qui officie comme médecin psychiatre au centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo. Malgré leur petit nombre, ils sont si actifs qu’ils ont marqué leur territoire par l’implantation du «village des raëliens», un site pittoresque situé à Dingasso, à 15 km au sud de Bobo-Dioulasso.

Il y a quelques mois, ils ont lancé la construction d’un centre hospitalier de réparation et de restauration des clitoris mutilés. Dénommé au départ «Hôpital du plaisir», ce projet vise, selon ses initiateurs, à permettre aux femmes victimes de l’excision de jouir, un tant soit peu, de leur précieux organe sexuel. Une noble mission qui devrait apporter de l’espoir et une nouvelle vie aux milliers de clitoris que l’on continue de mutiler dans ce pays. Mais il a suffi que cette intention soit étalée sur la place publique pour qu’elle suscite une controverse. Faut-il  craindre que le mouvement raëlien profite de ce projet pour faire du prosélytisme? Telle est la question qui brûle les lèvres et fait couler beaucoup d’encre et de salive. Certains se sont même crus obligés d’attirer l’attention des autorités sanitaires sur la dérive que constituerait ce projet.

R 2.jpgAu sein du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), les membres émettent des inquiétudes, même si personne n’a encore osé dire haut tout ce qui se pense bas. Dans une interview accordée à une télévision française, le Pr Michel Akotionga - l’un des pionniers de la réparation et de la restauration des victimes de l’excision - n’y est pas allé par quatre chemins. En tant que membre du CNLPE, il a déclaré: «Le Comité se démarque de cet hôpital du plaisir. Il en est de même pour l’équipe du Pr Lankoandé.»

Le ministre de la Santé préfère, lui, jouer la carte de la diplomatie. Interrogé par notre confrère Jeune Afrique (n°2535 du 9 août), Seydou Bouda a laissé échapper que «Lorsque de telles propositions permettent d’élargir le potentiel sanitaire, on ne fait pas les difficiles...», avant d’ajouter: «Nous aurons un œil vigilant et nous fermerons l’hôpital à la moindre dérive.» Comme on peut le voir, le département en charge de la santé publique ne ferme pas la porte à la contribution des raëliens. Il est visiblement intéressé par la contribution de ce mouvement qui, il faut le reconnaître, ne manque pas de délicatesse et de lobbying.

Officiellement, le projet est porté par l’Association Voix des femmes pour l’épanouissement (AVFE) et non directement par le mouvement raëlien. C’est donc cette organisation qui est partenaire de Clitoraid, un organisme raëlien basé à Las Vegas, aux Etats-Unis, et qui est chargé de collecter les fonds nécessaires pour la réalisation du complexe hospitalier. A en croire Mariam Banémanie Traoré, présidente de l’AVFE, «cette association est composée des gens de différentes religions, de femmes burkinabè et maliennes. Elle n’est pas formée uniquement de raëliens, mais de tous ceux qui veulent redonner espoir aux victimes de l’excision». Agée de 54 ans, cette évêque raëlienne basée à Bobo-Dioulasso est la cheville ouvrière du projet. Elle ne s’embarrasse d’aucune pudeur pour témoigner de ce que la restauration de son clitoris, mutilé à 13 ans, a pu apporter comme «changement positif» dans sa vie. Elle reconnaît néanmoins que l’initiative d’implanter l’hôpital au Burkina est de Raël lui-même qui, après avoir écouté son témoignage à elle, a été bouleversé au point de demander aux adeptes du mouvement de «faire quelque chose pour les femmes d’Afrique».

R 3.jpgC’est probablement pour répondre à cet appel de Raël que Pierre Bolduc, un ingénieur de bâtiments et travaux publics, a quitté son Canada natal pour s’établir depuis 3 ans à Bobo-Dioulasso où il s’occupe de suivre l’exécution du projet. Sur le chantier, il a mis au point une machine à tailler les pierres naturelles afin d’associer des matériaux locaux à la construction de l’édifice. Le coût global de l’ouvrage (équipement compris) est estimé à quelque 150 millions de francs CFA. Conçu à 2 niveaux, il comporte un hall d’accueil des patientes, une salle de conférences et d’animation, des salles de consultation et d’hospitalisation, un bloc opératoire et des bureaux pour le personnel médical. Ses concepteurs prévoient de se consacrer dans un premier temps à la réparation des séquelles de l’excision et à la restauration des victimes qui voudraient recouvrer l’usage de leur clitoris.

Même si le projet a été déclaré comme «un hôpital généraliste», il affiche une priorité qui ne trompe pas. Cela est d’autant plus excitant pour le mouvement raëlien qu’il a déjà engagé une campagne de sensibilisation des victimes de l’excision. Selon Mariam Banémanie Traoré, «Plus de 200 femmes sont déjà inscrites». Abibata Sanon, guide raëlienne, n’a pas attendu l’hôpital du plaisir. Elle s’est fait opérer dans l’une des cliniques privées de Ouagadougou. Ravie d’avoir recouvré cet organe dont on l’a mutilée depuis l’âge de... 7 jours. Mariée à un évêque raëlien, elle fait partie de l’équipe de sensibilisation du mouvement et n’hésite pas à exhiber à qui veut le voir son premier fils qu’elle considère comme «l’enfant de la restauration», c’est-à-dire «l’enfant conçu avec le maximum de plaisir». En fait, selon la doctrine raëlienne, le sexe ne sert pas seulement à la procréation, mais surtout au plaisir. D’où l’appellation de «l’hôpital du plaisir» au départ du projet.

R 4.jpgLorsque les autorités burkinabè ont trouvé que «le mot plaisir aliène la femme», les raëliens n’ont trouvé aucun inconvénient à le retirer de leurs documents officiels. Ainsi, au lieu d’hôpital du plaisir, ils ont opté désormais pour «Kamkaso», «La maison de la femme noire».

A défaut d’aller jusqu’au bout de son rêve aventureux de «l’immortalité par le clonage», l’ancien journaliste français Claude Vorilhon, alias Raël  - «instruit par les extra-terrestres» en 1973 -  est désormais à l’assaut des clitoris mutilés au Burkina. Pourvu que tout cela nous fasse garder les pieds sur terre et la tête bien sur les épaules.

19.02.2009

Energie: le Burkina mise enfin sur le solaire!


S 1.jpgAlors que la facture du pétrole devient de plus en plus salée pour les Etats et pour les populations, le gouvernement burkinabè fait, enfin, le choix de l’énergie solaire. C’est du moins ce qui ressort du compte rendu de l’hebdomadaire conseil des ministres tenu ce mercredi 18 février à Ouagadougou. Il s’agit, en fait, d’une «demande d’autorisation pour la signature d’un protocole d’Accord entre le Burkina Faso et la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO) pour la construction d’une centrale solaire de vingt (20) mégawatts». C’est une grande première dans ce pays qui a du Soleil à revendre mais qui n’avait pas encore osé exploiter cette énergie renouvelable. En tout cas, ce n’est pas trop tôt.
Estimée à quelques 60 milliards de F Cfa, cette réalisation se veut aussi un renforcement du «leadership du Burkina dans un contexte international favorable aux projets en conformité avec les objectifs de Kyoto et des exigences d’un développement durable». Soit. Il ne faut pas rêver. Il faudrait certainement encore beaucoup d’autres centrales solaires pour arriver à couvrir les besoins en électricité du pays. C’est déjà un bon point que de penser à cette source d’énergie à portée de main. Le principal défi est d’arriver à la produire sans interruption et à la vendre moins cher. Car, il ne servirait à rien d’avoir à s'alimenter à l'énergie solaire sensiblement aussi cher comme on le fait maintenant avec le pétrole importé. Vite, entrons dans l’économie… du soleil. Et surtout que notre vie soit plus belle !

02.01.2009

Ceux qui ont fait le Burkina en 2008

P 5.jpgL’année qui s’achève aura été faite au Burkina par des hommes et des femmes qui méritent bien que le Dromadaire s’arrête sur leurs faits et gestes. Non pas pour leur distribuer des palmes ou des blâmes. Mais pour signaler ce qu’ils ont pu faire ou n’ont pas fait et qui risque de continuer à marquer l’année qui vient. Si certains ont eu la chance de faire l’événement, d’autres ont été plutôt faits ou défaits par des événements qui se sont imposés à eux. C’est tout cela qui a probablement contribué à orienter l’année 2008 et à lui imprimer un certain rythme.

Le moins que l’on puisse relever, c’est que «la vie chère» et ses dégâts collatéraux auront été un sujet très marquant qui a conduit le politicien et agitateur social Nana Thibault en taule. Le remaniement ministériel du mois de septembre a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Mais bien avant, le «réajustement gouvernemental» de mars -à l’issue duquel seul l’ex-tout-puissant sinistre d’Etat Calife Diall’Eau a été débarqué- n’a pas moins fait jaser. Cela a été même perçu dans certains milieux comme un «séisme» qui devrait annoncer d’autres bouleversements. On a également cru à des chamboulements au sein du mégaparti au pouvoir, suite au mouvement d’humeur des «refondateurs», mais rien n’y fit en fin de compte. Marc Oubkiri Yao et ses camarades frondeurs sont, apparemment, rentrés dans les rangs.

Au gouvernement comme au Congrès pour la démocratie et le progrès, la «guerre de Troie» n’a donc pas eu lieu. Il a seulement fallu attendre l’interview que le Blaiso national a accordée, le 10 décembre, à nos confrères de L’Observateur paalga, du Pays et de Sidwaya pour apprendre que Gorba était en fait encombrant et gênait le pasteur Testicus Zorro. Serait-ce cela seul qui a valu son débarquement du gouvernement et son éloignement jusqu’à Vienne, en Autriche? Cela va peut-être se savoir un jour.

On sait au moins qu’il est allé remplacer Béatrice Damiba qui est revenue pour présider aux destinées du Conseil supérieur de la communication (CSC) en lieu et place de Luc Adolphe Tiao promu, au cours de l’année, ambassadeur du Burkina à Paris. Ce fut en réalité un jeu de chaise musical. Mais tous les remplacements n’ont pas été des plus heureux.

Nommé président de l’Université de Ouagadougou à la place de Odile Noucoulma, le Pr Jean Coulidiati a visiblement manqué de tact dans la gestion des revendications estudiantines au point d’aboutir à une fermeture du campus dont les plaies sont encore béantes. Zambendé Théodore Sawadogo, qu’on croyait avoir gagné un jackpot en se faisant élire président de la Fédération burkinabè de football, n’arrive toujours pas à trouver les sous qu’il faut pour faire démarrer le championnat national. N’eurent été les victoires engrangées par les Etalons seniors et cadets, il n’aurait probablement pas échappé aux foudres des supporters qui ont dû contraindre l’équipe de Seydou Diaquitté.

Plus heureusement, Alain Yoda a remplacé Djibrill Bassolé comme sinistre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale et bat ainsi le record d’une longévité gouvernementale sans interruption. L’Ange Djibrill a gagné du galon. Et c’est à lui qu’il revient de conduire les négociations jusqu’à l’extinction du brasier du Darfour. Sa nomination à ce poste par le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) et par le président de l’Union africaine (UA) est le signe du dynamisme de la diplomatie burkinabè. Ce qui n’a pas empêché que la belle étoile dont bénéficie le Blaiso soit mise à mal par les déclarations de l’ancien chef rebelle libérien Prince Jonhson qui l’a accablé d’avoir été l’instigateur de la liquidation de son frère Thom Sank.

Le nouveau patron de Reporters sans frontières (RSF), Jean-François Julliard, aura marqué un bon coup en marquant d’une pierre blanche le 10e anniversaire du drame de Sapouy en rebaptisant l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo». Un acte qui prouve qu’il peut aussi avoir l’audace provocatrice de son prédécesseur Robert Ménard dont le nom reste lié au dossier Norbert Zongo au Burkina. Chrisogone Zougmoré n’a pas moins réussi son baptême de feu à la tête du Collectif contre l’impunité par l’organisation remarquée et remarquable du 10e anniversaire. Du coup, ce mouvement que l’on disait agonisant a repris du poil de la bête et se repositionne comme un client sérieux face à un appareil judiciaire qui en avait bien besoin pour sortir aussi de son sommeil. Les choses risquent de bouger dans le placard des dossiers pendants.

 

P 11.jpgJean Coulidiati: L’UO dans le mur

Nommé président de l’Université de Ouagadougou fin décembre 2007, il n’a pas mis plus d’une année pour éprouver le poids et la complexité de cette mission pour laquelle Odile Nacoulma, son prédécesseur, a été éjectée en pleine année académique. Sa plus grande épreuve aura été la gestion de la crise du mois de juin. Dépassé par les événements, il n’a pas résisté à la pression qui a conduit à la fermeture du campus, pendant près de 5 mois. Avec le dernier débrayage du Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec), il a vraiment du pain sur la planche pour achever l’année 2007-2008 et commencer une nouvelle année.

 

P 6.jpgZambendé Théodore Sawadogo: Foot sans sous n’est que ruine... 

Elu président de la Fédération burkinabè de football (FBF), «contre vents et marrées», il est aujourd’hui confronté à un véritable casse-tête chinois pour financer le championnat national. Il peut se consoler du bon comportement des Etalons seniors et surtout des cadets qui se sont qualifiés pour la phase finale de la CAN qui aura lieu cette année en Algérie. Mais il doit avoir le triomphe modeste puisque rien n’est encore gagné par l’équipe nationale qui doit affronter de grosses légumes du foot africain, tels les Eléphants de la Côte d’Ivoire et le Sylli national de Guinée pour espérer se qualifier au moins pour la CAN Angola 2010.

 

P 7.jpgAlain Yoda: sinistre sans interrupteur

Avec sa nomination comme ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, il devient non seulement le ministre qui aura séjourné le plus longtemps dans l’équipe gouvernementale, mais aussi celui qui aura changé le plus de portefeuilles. De la gestion des Transports et du Tourisme en passant par le Commerce et la Santé pour aboutir aujourd’hui à la Diplomatie, il faut peut-être avoir un puissant marabout pour le faire. Même s’il se défend d’en avoir, Yod’Afro, devenu chauve par la force des choses, mérite bien le titre de deuxième n°1 du gouvernement en tant que sinistre d’Etat.

 

P 4.jpgBéatrice Damiba: Mousso puissante

L’ex-ambassadeur du Burkina à Vienne, en Autriche, aura marqué l’année par sa nomination à la tête du Conseil supérieur de la communication (CSC). Première femme à diriger cette institution, elle a aussi l’honneur d’accroître le nombre de «mousso puissantes» du Faso. C’est probablement pour marquer son mandat qu’elle a annoncé l’adoption de la convention collective des travailleurs des médias et de la carte de presse comme ses priorités de l’année. A voir l’évolution de la situation, elle va devoir accorder ses ambitions avec les réalités du terrain.

 

P 8.jpgDjibrill Bassolé au Darfour et au moulin

Considéré à raison comme le plus fidèle parmi les fidèles du Blaiso nouveau, il a réussi à tronquer son treillis de gendarmator contre le costume de diplomate. Ce qui lui a valu la confiance de l’ONU et l’UA pour éteindre le feu qui brûle au Darfour. La mission n’est pas facile, a priori, mais l’homme a visiblement le profil de la tâche. Et peut compter sur le carnet d’adresses de son boss Compaoré pour être à la fois au Darfour et au moulin.

 

 

P 1.jpgNana Thibault:

martyr au frais sans frais

Taxé d’instigateur des émeutiers de la faim de février et mars, il a pris 3 ans de prison ferme à l’issue du fameux procès des casseurs. Pour cet agitateur social qui se réclame aussi d’être sankariste sans toutefois tourner le dos au rectificateur Blaise Compaoré, il paraît un peu injuste de lui faire porter la responsabilité d’une situation socio-économique internationale dont une goutte d’eau a fait déborder le vase. Mais il aura eu l’avantage d’avoir été fait martyr à peu de frais, en purgeant sa peine jusqu’au bout.

 

P 10.jpgChrisogone Zougmoré: président réel du pays virtuel

Ceux qui ont sous-estimé sa capacité à prendre la relève du président du «pays réel» Halidou Ouédraogo ont dû se raviser après l’organisation du 10e anniversaire du drame de Sapouy. L’homme semble avoir repris la flamme de la lutte contre l’impunité avec ses camarades. En faisant la Une des journaux au cours de la 2e moitié du mois de décembre, il prouve bien qu’il faut encore recompter avec le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques.

 

P3.jpgMarc Oubkiri Yao:

refondateur fondu dans la masse

Le mouvement de refondation du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) n’aura donc été qu’un feu de paille. Le linge sale a été étalé sur la place publique, mais après moult disputes avec leurs camarades, ils ont fini par retourner dans les rangs. C’est ce qu’il faut croire, puisque ni Marc Oubkiri Yao, ni Pierre Joseph Tapsoba, Moussa Boly ou encore René Emile Kaboré n’ont été annoncés pour une autre formation politique.

 

P 2.jpgSalif Diallo: mis en quarantaine à Vienne

La dernière interview de Blaise Compaoré aura relevé les «vraies raisons» de son éviction du gouvernement. Il était non seulement un obstacle à «la cohésion de l’équipe gouvernementale», mais faisait trop d’ombre au pasteur Testicus Zorro. Même mis en quarantaine... à Vienne, son ombre a beaucoup pesé sur le gouvernement, le mégaparti au pouvoir et aussi sur son fief de Ouahigouya où on doit probablement reparler de lui au cours de l’année prochaine. Ne serait-ce que pour l’organisation du 49e anniversaire de l’indépendance.

 

P 12.jpgPrince Johnson: gros gâteau  

Quoique réalisée à mille lieues du Burkina, l’interview que l’ancien chef rebelle libérien a accordée à Radio France internationale (RFI) en octobre aura produit une onde de choc qui a valu une sortie du porte-parole du gouvernement, F’lipe-le-Parigot et pour cause. En accusant Blaise Compaoré d’avoir été le bras qui a décidé de la mise à mort de son prédécesseur Thomas Sankara, Prince Johnson a apporté de l’eau au moulin de ceux qui font de «l’enfant terrible de Ziniaré» le suspect idéal du meurtre de son frère et ami. On comprend alors le branle-bas qu’il y a eu au palais de Kosyam. Le Blaiso devait en avoir gros sur la patate contre ce gros gâteau.

 

P 9.jpgJean-François Julliard: Débaptiseur sans frontières 

En débarquant à Ouagadougou à l’occasion du 10 anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo, le 13 décembre, le nouveau secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) a prouvé qu’il «ne lâche pas l’affaire». En poussant le bouchon jusqu’à débaptiser l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo», il converse la même audace que son prédécesseur Robert Ménard qui n’aura ménagé aucune civilité pour exiger l’élucidation du dossier.

03.10.2008

Le Dromadaire a percé le "Coeur de lion"

D 2.jpgÇa y est. «Cœur de lion», la production majeure des Films du Dromadaire, est presque bouclée. La 2e et dernière étape du tournage s’est achevée la semaine dernière sur les collines de Gongombili (qui veut dire en lobiri village des irréductibles», dans la province du Poni. Le challenge a été «rude, mais combien enrichissant. Des décors sublimes. Un vrai cadeau du ciel!», s’est exclamé Boubakar Diallo, réalisateur de «Cœur de lion» et boss des Films du Dromadaire.

Pour en arriver là, il a fallu 2 semaines de stage de mise en situation des comédiens sous la direction de l’inénarrable metteur en scène Ildevert Méda. Cette préparation a eu un puissant effet d’entraînement sur la 1ère partie du tournage qui s’est déroulé pendant 15 jours à Gonsin, à 10 km de Koubri. Le plus dur est donc passé. Il ne reste plus que le tournage de quelques séquences de lion au studio Jacana près de Paris, la finalisation de la musique du film par Charly Sidney et Solitaire du Burkina et le générique par Abalotus du Togo. En attendant le prémontage au studio du Dromadaire à Ouaga et le mixage, la conformation et les effets visuels à Paris, on peut dire que la lance du Dromadaire a percé le «Cœur de lion».

La première version de ce grand projet a été pondue en 1998. Avant d’être aujourd’hui la plus importante production professionnelle du réalisateur Boubakar Diallo, l’histoire de ce film lui a permis de bénéficier d’un stage de réécriture en 1999 à Tunis puis il a obtenu une bourse d’écriture lors de la Journée cinématographique de Carthage en 2000. Avant de passer à la phase de réalisation proprement dite, le scénario a été rediscuté avec Script doctor qui n’est autre que notre compatriote Emmanuel Sanou.

D 1.jpgCe film, qui est tourné en haute définition (H Décam), marque, sans conteste, une nouvelle étape dans l’aventure cinématographique des Films du Dromadaire. Il a mobilisé une centaine de comédiens dont une bonne partie provient de l’écurie du Dromadaire. Samba, l’acteur principal, est un nouveau talent à découvrir dans une belle histoire qui plonge dans les péripéties d’une cohabitation entre des communautés de chasseurs, de pêcheurs et d’éleveurs hantés par des disparitions d’hommes. Naturellement suspecté d’être à l’origine de la série noire, le lion a été neutralisé, mais le mystère est demeuré entier.

«Cœur de lion» est destiné à la prochaine édition du Fespaco, mais Boubakar Diallo, son réalisateur, n’exclut pas la possibilité d’en offrir l’avant-goût au public burkinabè, d’ici la fin décembre. Inch’Allah !

01.10.2008

Au-delà de l’Urgence, anticiper l’Avenir

Africa.jpgTout ce que soutient le Cours nouveau, c’est que si les tendances négatives et destructrices présentes devaient prospérer sur la moyenne et longue durée, elles ruineraient à coup sûr les efforts gigantesques cumulés par plusieurs générations d’Africains depuis la nuit des temps, et que par suite de cette remarque, les contemporains devraient changer de méthode, d’objectifs et de stratégie hic et nunc, et s’intéresser davantage à la prospective.

Il ne s’agit pas de s’émouvoir de l’existant qui déprime le continent ni de prolonger les courbes des désastres de tous ordres programmés en Afrique, encore moins d’attendre GODOT ou de convoquer l’éclat du passé en guise de talisman ou de fétiche pour conjurer les misères du présent et les nuisances du futur, mais précisément d’établir de nouvelles références et de bâtir une échelle nouvelle des objectifs et des finalités susceptible d’influencer l’Avenir, et, en quelque sorte, d’inverser le cours de l’histoire.

«L’Avenir n’est pas seulement ce qui peut «arriver» ou ce qui a le plus de chances de se produire. Il est aussi, dans une proportion qui ne cesse de croître, ce que nous aurons voulu qu’il fût». De ce fait, «prévoir une catastrophe est conditionnel: c’est prévoir ce qui arriverait si nous ne faisons rien pour changer le cours des choses, et non point ce qui arrivera de toute manière».

Aussi le devoir de penser impose-t-il à l’Africain des Temps modernes de s’interroger sur les risques inhérents au futur dans le but de construire l’Avenir par anticipation, au lieu de se cacher derrière son doigt ou à sombrer dans le délire de l’auto victimisation, de l’auto exclusion ou du narcissisme, autant de manières de fuir les réalités intangibles du moment.

Ce qui nous est réellement donné, en effet, c’est la guerre économique et commerciale entre les différentes puissances impériales pour dominer les marchés et le globe, les sociétés et les cultures, les hommes, l’environnement et le cosmos, singulièrement en Afrique, qui demeure bien plus que le théâtre et l’enjeu des conflits mondiaux qu’un acteur pleinement autonome et responsable, notamment dans le domaine géostratégique, économique et politique.

D’où suit que si c’est bien l’intelligence et son corollaire l’esprit d’entreprendre, qui sont la clé des crises, des mutations et des réformes, il est désormais nécessaire d’aller au-delà du constat et d’honorer le besoin d’Avenir et le souci de futur.

Partant donc de ce vieux principe établi par le doomu ndar (Saint-Louisien) Gaston BERGER, selon lequel «la prospective suppose une liberté que ne permet pas l’obligation à laquelle nous soumet l’urgence», la question dont les Africains ne peuvent pas faire abstraction, sans avouer une carence grave, est celle-ci: Comment concilier les urgences (contraintes qui s’imposent à nous) et qui n’attendent pas et l’Avenir qui ne viendra pas de lui-même, mais doit être construit par un acte libre de volonté et d’imagination ? Poser la question, c’est y répondre.

A moins de vouloir rentrer à reculons dans une Histoire du futur qui sera écrite par les autres, l’Africain devrait scruter l’avenir sans tarder. Si le pré requis minimal est la Liberté (de penser et d’entreprendre ou de rêver le monde présent), il y a lieu de savoir si nous satisfaisons à cette condition. Si pour envisager l’Avenir, il faut être libre, le sommes-nous ? En particulier dans les matières stratégiques comme l’économie et la monnaie, l’enseignement supérieur ou la justice, les relations extérieures.

S’il y a une leçon de SARKOZY à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007, c’est que nous n’aurons pas d’Avenir sans Liberté ni Responsabilité dans tous les domaines, à commencer par ceux de l’économie et de la culture, loin des pièges de l’autosuggestion et des leurres du fraternalisme.

Malick N’Diaye, Sociologue,

Maître de Conférences, FLSH/UCAD

Directeur du C.I.E.R.S.P.

08.08.2008

Etrange rencontre à Ouagadougou

L’Etrange rencontre est une rencontre pas comme les autres, un forum social autogéré en Afrique, réunissant pendant 6 jours la jeunesse consciente des deux continents, et même au delà.... Une rencontre d'acteurs militants associatifs d'Europe et d'Afrique en luttes, en résistances, à la recherche d'alternatives pour un autre monde possible.
Une rencontre pour échanger, créer des dynamiques communes autour de trois axes : "Jeunesse, et monde universitaire", "Usages militants des Nouvelles technologies" (Internet et Radios) et "Lutte contre la pauvreté et construction d’alternatives". Après une première édition au Bénin en août 2007, portée et construite autour d'un noyau dur informel de militants africains et français, qui se sont connus en Afrique au cours de forums sociaux et contre-sommets, la seconde édition, du 24 au 30 août 2008 à Ouagadougou, devrait voir s'élargir la dynamique dans un contexte burkinabè très intéressant sur le plan politique avec une forte mobilisation de la société civile, autour d'une nouvelle plateforme revendicative contre la vie chère... Renseignements : http://www.etrangerencontre.org

 

 

06.08.2008

Blancs ou noirs, nous sommes différents pas étrangers les uns aux autres!

Est-il encore possible de briser les multiples murs qui nous séparent? Le Nord et le Sud seraient plus que des points cardinaux ou sources de méconnaissance de notre source commune? Aussi étrange que cela puisse paraître, nous recherchons les mêmes choses sans les vouloir de la même façon. C'est pourquoi Le Dissent soutient l'Etrange rencontre 2008 qui se tient du 24 au 30 août prochain à Ouagadougou au Burkina Faso.

http://www.etrangerencontre.org/ Venez et discutons afin de sauver ce qui est encore possible. Venez et prenons ensemble le Pouvoir de nous-connaître mieux. C'est notre droit!

28.07.2008

Une satire à vous faire perdre les couilles!

1c12a22021b64be0005f110945293c0b.jpgBienvenue à toi, étranger, au village de Nayolstenga. Un petit département autrefois paisible désormais troublé par un animal de taille. Un pachyderme qui s’est attiré les faveurs du souverain, Nayolsgoama 1er, mais pas celles des citoyens. Et on les comprend plutôt bien, car le mastodonte en question est un éléphant: l’éléphant du roi! Il ravage et piétine tout sur son passage, et a un faible pour les champs des cultivateurs. Même les enfants du village ne sont plus en sécurité.

Il faut faire disparaître ce foutu mammouth. Seulement, comme le disent si bien les femmes: «L’éléphant du roi a fait disparaître les couilles des hommes du village.»  Alors, que faire contre ce fléau ambulant, protégé par un roi tyrannique qui n’hésite pas à faire battre quiconque s’attaque, même verbalement, à son jouet?

Il fallait avoir de sacrées couilles pour oser mettre fin au désastre. C’est justement ce qui faisait défaut. Le mal, c’est que les mâles n’avaient ni l’audace ni le courage de passer à l’acte. Leurs femmes les y ont même poussés, en les soupçonnant d’avoir perdu jusqu’à leurs attributs naturels. Ce que les hommes ont su démentir en arguant qu’ils avaient les couilles bien en place, mais «il n’est écrit nulle part que les couilles servaient à combattre des éléphants». De quoi faire marrer le public jusqu’aux larmes. Du rire, la dernière création du Carrefour international du théâtre de Ouagadougou en charrie à gogo.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que «L’éléphant du roi» est une mise en scène divertissante et ludique à la fois. Le plaisir y est si partagé que les comédiens n’hésitent pas à se glisser dans le public et à occuper le petit espace qui refuse du monde depuis le début de la représentation. Avec une mise en bouche musicale au balafon, cette pièce va bien au-delà du conte du terroir moaga dont Ildevert Méda et Alain Héma, ses metteurs en scène, se sont inspirés. Ces deux complices et copains comme cochons ont su le relever d’une pointe d’humour et d’une vérité universelle: les dérives enivrantes du pouvoir. Une triste réalité d’actualité à vous faire perdre les «bijoux de famille».

Vous pourrez applaudir la troupe de «L’éléphant du roi» jusqu’au 2 août, toutes les semaines, du mercredi au samedi, à 20 h au CITO à Ouaga.

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