24.03.2009

Corruption dans l'administration

I 1.jpgLa corruption dans l’Administration burkinabè, on en parle et c’est réel. Une étude a été même commanditée sur ses formes et ses visages. Il ne s’agit donc pas d’un serpent de mer ou de soucoupes volantes. La corruption est non seulement rampante dans les services publics, mais ceux qui devraient la combattre se hâtent toujours trop lentement. Ils ne font pratiquement rien pour endiguer la gangrène qui ronge inexorablement l’éthique et la déontologie.

Aux services des Impôts, pour ne parler que de ceux-là, on est interloqué par les grandes fenêtres que l’Administration elle-même ouvre à la tentation de la corruption. Comment comprendre que dans les divisions fiscales il n’y ait toujours pas de service d’informations et de renseignements pour orienter les usagers? Et pourtant, il y a des personnages de tout acabit qui écument les couloirs de ces services et qui servent de rabatteurs pour des agents véreux tapis dans leurs bureaux. Puisque n’importe qui peut entrer et sortir de n’importe quel bureau, c’est la porte ouverte à tous les deals. Comme pour les recharges de cartes téléphoniques, il existe également des prestations Sap-Sap pour lesquelles l’intéressé n’a même pas besoin de se présenter. Comme dans la plupart des services publics où circulent des sous, les intermédiaires, communément appelés les margouillats, se chargent de «pousser» les dossiers au bon endroit, moyennant «quelque chose» en espèces sonnantes et trébuchantes.

I 2.jpgC’est connu. Le glissement de feuilles ou de v’loppes pour faire accélérer le traitement d’un dossier dans l’Administration publique est une pratique tellement courante qu’elle ne semble plus offusquer personne. Il faut tout autant ‘’un caillou’’ pour empêcher la déclaration en douane de s’envoler. On a beaucoup mis à l’index les commissariats où des législations «bien graissées» peuvent se faire à la vitesse de l’éclair; ils ne devraient pas détenir la palme de cette accélération. Il suffit généralement de «connaître quelqu’un» pour voir ses dossiers se gérer en un temps deux mouvements. On est parfois même surpris de voir que ces intermédiaires sont capables d’ouvrir toutes les portes.  

Cela se ressent bien ces dernières semaines avec une vraie fausse pénurie de timbres fiscaux qui ouvre la porte à des gymnastiques peu catholiques. Le précieux sésame est officiellement introuvable dans les guichets où il est vendu. Mais curieusement, des agents d’autres bureaux en ont par-devers eux et c’est eux-mêmes qui se chargent de le proposer, bien sûr un peu plus cher que d’habitude. «Tout ce qui est rare est cher» et les fonctionnaires dealers ont tellement bien compris ce principe économique qu’ils n’hésitent pas à se mettre illégitimement du beurre dans leurs épinards. «Qui est fou», comme dirait l’autre? Mais le hic dans ce vilain micmac, c’est qu’on ne sait plus s’il s’agit d’une pénurie artificielle ou provoquée en vue de racketter les pauvres usagers de l’Administration qui n’ont pas d’autre choix que se jeter dans la gueule des loups-garous insatiables. Pire, cela fait longtemps que dure ce jeu de cache-cache et on se demande à qui profite ce flou artistique autour du problème des timbres fiscaux. A moins d’attendre que des pirates de timbres fiscaux inondent le marché avant de réagir promptement, il y a de quoi se demander s’il y a un responsable de cette affaire-là au sein du ministère de l’Economie et des Finances? En tout cas, il y a un véritable laxisme autour de ce problème qui n’a que trop duré.

I 3.jpgDu laxisme, il y en a certainement dans la gestion des documents officiels par les «Commissions d’évaluation et de constat de mise en valeur des parcelles de la province du Kadiogo».Tenez-vous bien, c’est à la main que les agents de ces services remplissent les imprimés qui sont supposés servir de procès-verbaux. Au lieu de traiter ce document confidentiel dans leurs bureaux, ils imposent à l’usager d’aller faire saisir le procès-verbal dans les secrétariats publics. Quelle aberration pour une Administration publique comme celle des Impôts qui devrait protéger les données personnelles des citoyens de toute manipulation extérieure? A quoi sert finalement d’implanter des Divisions fiscales dans les différents arrondissements de la ville de Ouagadougou si l’on ne peut pas les doter de secrétariats afin de garantir la crédibilité des documents produits?

Le moins que l’on puisse dire dans cette dérive administrative qui consiste à faire saisir des documents à l’extérieur de l’Administration fiscale, c’est qu’elle expose les données non seulement à des falsifications graves, mais aussi à toutes sortes de trafics. Qu’est-ce qui prouve que ces documents manipulés à l’extérieur des bureaux ne sont pas utilisés à d’autres fins par des personnes mal intentionnées? Comment les usagers peuvent-ils faire correctement leur droit à la réclamation si n’importe quelle opératrice de saisie peut avoir accès aux informations aussi personnelles que stratégiques telles que «Le coût des investissements réalisés par un tiers sur sa parcelle»? On est où là?

En plus de poser un réel problème de protection de données personnelles, cette gestion hasardeuse de documents administratifs traduit bien un état d’esprit qui contribue malheureusement à dévaloriser les actes administratifs. Tout porte à croire que l’essentiel pour les services des Impôts consiste juste à encaisser l’argent des contribuables sans autre forme d’égards. Et puisque les agents eux-mêmes semblent être formés pour appliquer mécaniquement des mesures qui ne vont guère au-delà de la collecte de sous, il ne faut pas s’étonner qu’ils ne soient pas plus exigeants vis-à-vis de leur hiérarchie. Lorsque tout le monde se complaît du laxisme, il ne faut pas s’étonner que la fraude et la corruption entrent dans l’Administration par la grande porte et virusse finalement tout le système.

18.03.2009

La jeunesse burkinabè a perdu la tête

La jeunesse burkinabè a-t-elle perdu le nord ?

P.jpgUn élève qui tire sur son camarade avec un pistolet à Ouaga. On croyait que cela n’arrive qu’aux Etats-Unis ou en Europe. Eh bien non ! Les Burkinabè sont bien entrés dans la civilisation de gadgets meurtriers. Et de très vilaine manière. Hier, c’était une affaire de film pornographique qui a éclaboussé plusieurs lycées de la capitale. En son temps, des gens se sont indignés ici et là. Certains journaux se sont même fendus d’éditorialistes très vite jugés de puritains. Quelques jours avant le drame du lycée Newton, notre confrère «Le Pays» se demandait justement si cela n’arrivait qu’aux autres.

Ce qui devait arriver, arriva. Martial Soubeiga, un lycéen est allé en classe, le 16 mars dernier, avec une arme dissimulée dans le sac. C’est en voulant frimer qu’un coup malencontreux est parti et son camarade, Corneille Tapsoba, en est mort. Un drame qui bouleverse le monde de l’éducation au Burkina. Mais plus qu’un bouleversement, il s’agit là d’une véritable interpellation sur le rôle de l’école ainsi que sur responsabilités des parents d’élèves.

En effet, l’arme du crime appartient au père du jeune Martial qui se trouve être un douanier à la retraite. Pourquoi ce monsieur qui est supposé connaître la dangerosité de cette arme a pu la laisser traîner au point que son fils puisse y avoir accès au point d’aller jouer avec à l’école ? Ce douanier, même retraité, serait un conscient ou un père qui a un excès de confiance en ses enfants ?

En attendant qu’une enquête judiciaire, ouverte à cet effet, rende ses conclusions, force est de constater que cette affaire mérite bien une introspection sur les valeurs de l’éducation au Pays des Hommes intègres. Il faut recadrer les choses avant que la jeunesse burkinabè ne perde totalement le nord.  

10.03.2009

Haïlé Gérima et Blaise Compaoré

G.jpgVainqueur de l’Etalon de Yennenga, la plus prestigieuse récompense du Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (Fespaco), Haïlé Gérima a brillé par son absence dans la capitale burkinabè. C’est sa sœur cadette et associée qui a reçu le trophée des mains du président Blaise Compaoré. Ironie du sort, le cinéaste éthiopien avait promis de ne pas mettre les pieds au Burkina tant que l’actuel chef de l’Etat sera au pouvoir. Grand admirateur de Thomas Sankara, il n’a pas supporté la liquidation de la révolution.

Il a certainement tenu sa promesse en ne venant pas à Ouagadougou. Mais en acceptant de participer à la compétition officielle du Fespaco, il se met quelque peu dans une position ambiguë. Son œuvre n’est-elle pas finalement une partie de lui-même ? Il faut croire la participation de Gérima au Fespaco est un clin d’œil aux Burkinabè. N’est-ce pas également une manière de rendre hommage à son ami Sankara que de remporter l’Etalon de Yennenga ?

2-sankara_1236630802.jpgIl est évident que sa joie serait plus grande si c’est des mains de Thomas Sankara qu’il reçoit l’Etalon. Mais il n’est pas réaliste de continuer à faire la fixation sur un passé révolu. Cela n’est que source de rancœur inutile. Le plus important n’est-elle pas que Haïlé Gérima et Blaise Compaoré fassent la paix des braves et se rencontrent pour voir ce qu’ils peuvent faire ensemble pour faire avancer l’Afrique. Ainsi, la consécration de Teza ne sera pas simplement celle d’un film, mais de la capacité de ce grand homme qu’est Gérima d’enterrer les querelles du passé pour tracer de nouveaux sillons pour l’avenir d’une Afrique qui nous est tous cher.