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07/07/2009

Polciers zélés affolent commerçants indisciplinés

SI.jpgPauvre Simon! Le courtmestre de la capitale a probablement jubilé trop vite, en proclamant que ses cheveux allaient enfin pousser. Optimiste qu’il était le 16 avril dernier à l’occasion de la cérémonie d’inauguration du grand marché réhabilité, il avait achevé son speech par un vœu qui semble être devenu, aujourd’hui, un cauchemar. «Bonnes affaires à tous les commerçants et commerçantes de Rood-Woko afin que prospère la ville de Ouagadougou!», avait-il proclamé, sous les applaudissements très nourris de la foule bigarrée des commer’ qui étaient venus assister à l’événement. Tout le monde était beau, tout le monde était content. Mais les anciennes habitudes ont la peau dure. 

S 2.jpgQuelques semaines après, l’euphorie est tombée. Les nouvelles mesures prises pour éviter les dérives qui ont été à l’origine de l’incendie qui a ravagé le marché en mai 2003 commencent à faire leurs effets. L’ordre et la discipline y règnent, mais les affaires ne marchent point. Du moins, pas encore. Les clients se font toujours désirer. Et comme le maire devait s’y attendre, les commerçants se sont lancés dans des conjectures. D’aucuns estiment qu’avec la bande piétonne qui enserre l’édifice, l’accès serait devenu plus difficile aux acheteurs qui étaient autrefois habitués à stationner leurs motos ou voitures pratiquement aux portes du marché. En tout cas, tous les engins sont tenus bien à l’écart dans des parkings réservés au côté sud pour les «deux-roues» et à la Maison du peuple pour les «quatre-roues». Cette nouvelle organisation de la circulation routière serait-elle responsable de la morosité des affaires à Rood-Woko? Rien n’est moins sûr.

Certes, cette disposition a mis fin à l’allure de grand bazar qu’était le marché. Désormais, les autorités communales ont l’œil sur chaque commerçant qui occupe régulièrement les lieux. Finie l’époque des occupations anarchiques et d’autres désordres qui avaient fait de Rood-Woko une sorte de «no man’s land» sécuritaire, «une terre sans loi». Mais là où le bât blesse, c’est qu’à force de vouloir que l’ordre et la discipline règnent comme dans une caserne militaire, les policiers municipaux, qui veillent à l’intérieur et à l’extérieur, ont fini par devenir indésirables et casse-pieds pour des commerçants. A force d’arpenter les couloirs du marché en lieu et place de clients qui se font toujours attendre, la flicaille de Simon s’est rendue agaçante. Et ce qui devait arriver arriva le 25 juin dernier.

Un policier, probablement trop zélé, avait voulu obliger un commerçant très aigri à respecter la consigne qui voudrait que les marchandises ne soient pas étalées devant les boutiques. Compte tenu de la haine cordiale que le second entretient traditionnellement avec  l’autre, la tension a vite fait de monter. Les autres commerçants, qui n’attendaient que la moindre étincelle pour «braiser du policier municipal», ont saisi l’occasion pour s’attaquer aux symboles d’une sécurité qu’ils considèrent comme étouffante pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Selon les constats que l’on pouvait encore faire sur place, les commer’ rebelles n’ont pas fait dans la dentelle. Dans leur rage de se libérer, ils ont littéralement défoncé les barrières de police qui étaient placées aux différentes entrées de la zone piétonne. Une manière bien ravageuse de signifier à l’autorité municipale qu’ils ne voulaient plus de ce dispositif. 

Après les chassés-croisés entre policiers et commerçants rebelles, certaines langues se sont déliées et on pouvait les entendre fustiger les barrières de la zone piétonne comme un obstacle qui empêche les gens de fréquenter le marché. Ou encore: «il y a trop de policiers dans le marché. Ils nous empêchent de travailler normalement». Le diable est donc lâché contre la Police municipale. Elle a même été obligée d’appeler la Compagnie républicaine de sécurité en renfort, mais le mal était déjà commis. La cocotte-minute avait eu le temps d’exploser.

S 3.jpgAlerté, le courtmestre Simon Compaoré a, lui aussi, débarqué sur les lieux pour constater les dégâts de la rupture entre commerçants et policiers. Il a même essayé de rassurer les occupants du marché. Mais sa conviction profonde est et demeure que «Les nouvelles mesures de sécurité ne plaisent pas à certains commerçants qui tentent de faire de la résistance». Déjà, à la cérémonie de réouverture du marché, il avait indiqué que: «Il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous ne serons pas compris par certains, mais si le prix à payer pour que Rood-Woko traverse le temps et reste un exemple est la rigueur dans son administration, eh bien! nous ne reculerons devant rien pour qu’il en soit ainsi.» Voilà qui est clair. Mais jusqu’où ira Simon dans la défense de cette rigueur?

Force est de reconnaître qu’il y a des efforts à faire aussi bien de la part des policiers municipaux que des commerçants pour que Rood-Woko ne devienne pas un fiasco. Autant «les enfants de Simon» -comme on appelle les policiers municipaux - doivent éviter l’excès de zèle, autant les commerçants doivent savoir se défaire de l’irrévérence qui semble avoir marqué génétiquement certains d’entre eux. Bref, chacun doit savoir raison garder pour aboutir à un partenariat plus intelligent. Car, ce n’est pas dans l’intérêt de la mairie ni de Simon lui-même de réhabiliter un grand marché qui n’est finalement que l’ombre de lui-même. Pour que les affaires prospèrent véritablement à Rood-Woko, il faut certainement que la mairie prenne la peine de communiquer un peu plus sur les conditions et les possibilités de sa réanimation. Un point, c’est tout.

Les chintocs tuent le marché des cycles au Burkina

M 5.jpgDepuis quelques jours, la Société industrielle du Faso (Sifa) a lancé une vaste opération de déstockage de ses produits. Les motocyclettes -P50 Junior, Ninja et autres Tassaba-, qui étaient autrefois hors de prix, sont même devenues subitement “plus moins chères” que les chars importés de Chine qui ont inondé le marché burkinabè au cours de ces dernières années. Une inondation qui avait déjà contraint à arrêter le montage de la mythique Yamaha V 80, considérée comme «la voiture burkinabè».

En effet, depuis la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994, ils étaient de moins en moins nombreux, les Burkinabè qui étaient encore capables de l’acheter pour eux, pour leur épouse ou encore pour leur «2e bureau». Le flux des salaires des fonctionnaires n’ayant pas suivi la flambée du coût de la vie, il a fallu revoir les priorités. Pendant ce temps, les responsables de la Sifa, désormais membre du groupe Cfao, n’ont pas pu adapter les prix au niveau des nouvelles réalités.  Comme elle devait s’y attendre, sa part du marché a été d’abord grignotée et maintenant accaparée par des importateurs de motocyclettes d’origine chinoise. Qualifiés au début de «génériques» à cause de leurs coûts 2 à 3 fois moins chers que les motos Sifa, ces «deux-roues» sont progressivement rentrés dans les habitudes. Les arguments de solidité et de longévité, autrefois évoqués par la «pionnière des deux-roues au Faso», ne semblent plus tenir la route.  Le prix d’achat a été finalement plus déterminant dans le choix des consommateurs. Paradoxalement, ils préfèrent une moto moins chère, donc accessible, qui ne dure pas à une moto qui dure mais trop chère.

Le message était donc clair. Et pourtant, la Sifa a cru, pendant longtemps, à un revirement de situation. Hélas. Après plusieurs années d’espoir, la vérité du marché est implacable.  Les Burkinabè ont été résolument conquis par les “chintocs”. Il a fallu que le volume de ventes des motos Yamaha se réduise comme peau de chagrin pour que l’état-major se rende compte qu’il ne pouvait tenir la concurrence.

M 1.jpgEn 2007, l’assemblage de cette moto qui se faisait autrefois dans la zone industrielle de Bobo-Dioulasso a été purement et simplement arrêté. La société n’arrivait plus à écouler suffisamment de produits pour maintenir cette chaîne de production. Pour ne pas abandonner complètement le marché à la concurrence et satisfaire une clientèle qui reste malgré tout attachée aux valeurs de la Yam’dame, le groupe Cfao s’est tourné vers le Japon pour l’importer directement. Une solution qui a permis de sauver la face, mais pas les finances, et les emplois. On a même parlé de délocalisation du montage au Mali voisin, mais il paraît que là également, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Les motos chinoises ne sont pas moins omniprésentes sur le marché malien.

Comme si cela ne suffisait pas, le virus du chintoc a également touché d’autres produits de la Sifa, les motocyclettes P50 Junior, Ninja, Tassaba... Par le jeu du prix, ces chars, qui étaient très prisés par les élèves, étudiants, jeunes gendarmes et jeunes fonctionnaires, ont été progressivement abandonnés au profit des «made in China». Avec des coûts maintenus à plus de 400 000 F CFA alors que ceux des chintocs n’ont cessé de baisser, il n’y a pas match. Au nom d’un certain réalisme économique dicté par la crise économique, les jeunes et leurs parents font le choix du moyen de déplacement le moins cher.  Comme on peut le constater dans les grandes villes et les campagnes du Burkina, les mobylettes sont de plus en plus rares tandis qu’on ne passe plus un «six-mètres» sans croiser ces nouvelles marques de chars qui pullulent partout. 

M 2.jpgAujourd’hui, la Sifa est confrontée à une nouvelle équation, celle de l’écoulement de ses cyclomoteurs qui se sont entassés au fil des mois dans ses magasins. Probablement las d’attendre une clientèle qui a les yeux et le porte-monnaie tournés vers des motos bon marché, le directeur général de la société et son staff ont choisi le scénario de déstockage. Conscient du fait que «c’est parce que nos motos coûtent cher qu’on a du mal à les vendre», le DG Seydou Ouédraogo, joint au téléphone depuis Bobo-Dioulasso où se trouve le siège social de la société, a laissé entendre qu’il était préférable de casser les prix pour rattraper des clients qui peuvent encore l’être afin de libérer les magasins. Cette opération est surtout commandée par la nécessité de soulager la Sifa de la pression qui pèse sur elle du côté des banques qui mettent de l’argent à sa disposition. En baissant les prix jusqu’à un niveau raisonnable, mais oscillant toujours entre 350 000 et 400 000 F chez les détaillants, il s’agit là d’une liquidation stratégique qui tombe à pic au début des vacances scolaires et universitaires. Mais ce clin d’œil intéressé suffira-t-il pour faire revenir tous ceux qui avaient abandonné les chars de la Sifa pour les chintocs? Rien n’est moins sûr.

M 3.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’en plus de la problématique du prix, une sorte de désaffection semble s’être installée par rapport à la mobylette. Des jeunes gens désormais habitués à des motos qui vont plus vite que les voitures «France-au-revoir» n’auront-ils pas du mal à se remettre sur des P 50 qui décollent difficilement au feu rouge? Depuis la dernière pénurie du mélange, il paraît de plus en plus périlleux de posséder une motocyclette qui consomme du carburant 2 temps. Toutes choses qui ne militent pas en faveur des objectifs fixés par le déstockage de la Sifa. En plus, le lancement de cette opération est interprété par certaines langues fourchues comme le signe avant-coureur de la liquidation de la société. Vérité ou intox? Pour le directeur général de la Sifa, «il ne s’agit que d’une opération normale de gestion. La Sifa est toujours en place pour le moment», a martelé Seydou Ouédraogo. Mais jusqu’à quand? L’invasion des motos «made in China» va-t-elle finir par faire disparaître la Sifa? Les prochains jours nous éclaireront, probablement.

 

19/06/2009

Redécollage difficile pour le grand marché de Ouagadougou

R 1.jpgQuelque deux mois après sa réouverture en grande pompe, le «poumon économique» du Burkina fonctionne péniblement. L’enthousiasme des retrouvailles des commerçants au sein de cette infrastructure retapée à près 3,5 milliards de francs CFA a fait place à la morosité. On est dépaysé de ne plus voir cette foule qui se pressait autrefois dans les allées devenues trop petites. On n’a plus droit à ces apostrophes de marchands qui usaient de toutes les astuces pour aguicher des clients. Cette masse bigarrée dans laquelle femmes, enfants et autres commerçants ambulants se faufilaient, se frottaient sans ménagement, est toujours introuvable.

Rood-Woko offre le spectacle d’une maison mortuaire. Les affaires n’y marchent guère.  Las d’attendre désespérément des clients qui n’arrivent pas, les commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Rood-Woko, qui veut dire «Marché en continu» en langue nationale mooré, a perdu son bouillonnement et ses mille feux d’antan. Le monde ne se bouscule plus à ses portes. Du moins pas encore. Les nouvelles mesures draconiennes de sécurité instaurées par les autorités municipales semblent avoir produit des effets  contraires aux attentes. Au lieu de rassurer commerçants et clients, le dispositif sécuritaire déployé aux quatre coins et à l’intérieur du marché est pointé du doigt comme un facteur répulsif, voire un obstacle à l’engouement. Vérité ou intox?

Pour Ouibié Oumar Niangao, directeur général de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (Ragem), «c’était prévisible que commerçants et acheteurs ne reprennent pas le chemin de Rood-Woko du jour au lendemain… Un marché qui était fermé durant six ans ne reprend pas aussi facilement». Il s’est même voulu rassurant, en ajoutant que «ce qui se passe est dans l’ordre normal des choses». Il reconnaît que le marché ne bouillonne pas encore, mais il note que le taux de réinstallation, c’est-à-dire de signatures de contrats, avoisine 95%. A en croire ses explications, ce sont les commerçants qui traîneraient les pieds pour achever les aménagements nécessaires pour l’ouverture de leurs boutiques et échoppes. Par ailleurs, la non-disponibilité de l’électricité dans le marché constitue, à ne point douter, un autre frein à l’animation du marché. La Société nationale d’électricité n’ayant pas été associée au début du processus de réhabilitation, c’est seulement maintenant qu’elle s’attelle à des vérifications préalables avant de connecter chacune des unités de vente au réseau électrique. Ce n’est pas demain la veille que ce travail prendra fin!

R 2.jpgIl y a, visiblement, un faux départ dans la réouverture de Rood-Woko. Selon toujours le DG de la Ragem, les commerçants ont jusqu’au 15 juillet prochain pour occuper effectivement les places qui leur ont été attribuées. En effet, leur contrat débute en réalité à compter du mois de juillet. Ceci explique sans doute pourquoi ils se hâtent lentement pour emménager. La plupart ayant installé leurs quartiers dans les marchés périphériques de la ville, ils attendent probablement de voir le marché central prendre sa vitesse de croisière avant de lever complètement le camp. Qui est fou!?

En attendant la fameuse vitesse de croisière, certains attributaires de boutiques et d’échoppes n’hésitent pas à les revendre au plus offrant. Selon quelques indiscrétions recueillies ici et là, cette spéculation qui a cours en ce moment oscillerait entre 4 et 6 millions de francs CFA.

L’autre reproche que l’on fait au Rood-Woko réhabilité et sécurisé est incontestablement l’éloignement des parkings. Selon un parkeur que nous avons rencontré au côté sud du marché, les gens redouteraient les policiers qui sont planqués devant les  différentes entrées. Ceux-ci feraient particulièrement peur aux clients venus des provinces dont certains craindraient que les flics ne leur demandent des pièces d’identité ou les papiers de leurs engins. En plus, plusieurs usagers considéreraient la zone piétonne délimitée tout autour du marché comme une sorte de «rempart infranchissable». En plus, les zones de parkings étant réduites pratiquement à une seule pour les deux-roues et assez éloignée des entrées du marché pour les voitures, plusieurs personnes préfèrent aller voir ailleurs que de devoir tourner en rond.

R 3.jpgMême les propriétaires des boutiques qui ouvrent sur la rue ou celles qui jouxtent le marché ne vivent pas moins l’enfer de cette fameuse zone piétonne. Puisqu’il n’est pas autorisé d’y stationner, les clients potentiels ne s’y aventurent même pas. Ceux qui sont obligés d’aller par exemple à une librairie papeterie située dans les environs tombent si régulièrement dans les panneaux de la Police municipale que le patron de la boutique est obligé de palabrer avec les policiers pour sortir ses clients du pétrin.

On comprend le souci d’éviter, vaille que vaille, le retour du désordre autour et à l’intérieur du Rood-Woko réhabilité. Mais force est de constater qu’à force d’exhiber l’argument sécuritaire, le marché fait peur. Et pourtant, cette infrastructure marchande a été réhabilitée grâce à des prêts que la mairie de Ouagadougou doit rembourser. Il faut donc tout faire pour éviter le fiasco.