19/06/2009

Redécollage difficile pour le grand marché de Ouagadougou

R 1.jpgQuelque deux mois après sa réouverture en grande pompe, le «poumon économique» du Burkina fonctionne péniblement. L’enthousiasme des retrouvailles des commerçants au sein de cette infrastructure retapée à près 3,5 milliards de francs CFA a fait place à la morosité. On est dépaysé de ne plus voir cette foule qui se pressait autrefois dans les allées devenues trop petites. On n’a plus droit à ces apostrophes de marchands qui usaient de toutes les astuces pour aguicher des clients. Cette masse bigarrée dans laquelle femmes, enfants et autres commerçants ambulants se faufilaient, se frottaient sans ménagement, est toujours introuvable.

Rood-Woko offre le spectacle d’une maison mortuaire. Les affaires n’y marchent guère.  Las d’attendre désespérément des clients qui n’arrivent pas, les commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Rood-Woko, qui veut dire «Marché en continu» en langue nationale mooré, a perdu son bouillonnement et ses mille feux d’antan. Le monde ne se bouscule plus à ses portes. Du moins pas encore. Les nouvelles mesures draconiennes de sécurité instaurées par les autorités municipales semblent avoir produit des effets  contraires aux attentes. Au lieu de rassurer commerçants et clients, le dispositif sécuritaire déployé aux quatre coins et à l’intérieur du marché est pointé du doigt comme un facteur répulsif, voire un obstacle à l’engouement. Vérité ou intox?

Pour Ouibié Oumar Niangao, directeur général de la Régie autonome de gestion des équipements marchands (Ragem), «c’était prévisible que commerçants et acheteurs ne reprennent pas le chemin de Rood-Woko du jour au lendemain… Un marché qui était fermé durant six ans ne reprend pas aussi facilement». Il s’est même voulu rassurant, en ajoutant que «ce qui se passe est dans l’ordre normal des choses». Il reconnaît que le marché ne bouillonne pas encore, mais il note que le taux de réinstallation, c’est-à-dire de signatures de contrats, avoisine 95%. A en croire ses explications, ce sont les commerçants qui traîneraient les pieds pour achever les aménagements nécessaires pour l’ouverture de leurs boutiques et échoppes. Par ailleurs, la non-disponibilité de l’électricité dans le marché constitue, à ne point douter, un autre frein à l’animation du marché. La Société nationale d’électricité n’ayant pas été associée au début du processus de réhabilitation, c’est seulement maintenant qu’elle s’attelle à des vérifications préalables avant de connecter chacune des unités de vente au réseau électrique. Ce n’est pas demain la veille que ce travail prendra fin!

R 2.jpgIl y a, visiblement, un faux départ dans la réouverture de Rood-Woko. Selon toujours le DG de la Ragem, les commerçants ont jusqu’au 15 juillet prochain pour occuper effectivement les places qui leur ont été attribuées. En effet, leur contrat débute en réalité à compter du mois de juillet. Ceci explique sans doute pourquoi ils se hâtent lentement pour emménager. La plupart ayant installé leurs quartiers dans les marchés périphériques de la ville, ils attendent probablement de voir le marché central prendre sa vitesse de croisière avant de lever complètement le camp. Qui est fou!?

En attendant la fameuse vitesse de croisière, certains attributaires de boutiques et d’échoppes n’hésitent pas à les revendre au plus offrant. Selon quelques indiscrétions recueillies ici et là, cette spéculation qui a cours en ce moment oscillerait entre 4 et 6 millions de francs CFA.

L’autre reproche que l’on fait au Rood-Woko réhabilité et sécurisé est incontestablement l’éloignement des parkings. Selon un parkeur que nous avons rencontré au côté sud du marché, les gens redouteraient les policiers qui sont planqués devant les  différentes entrées. Ceux-ci feraient particulièrement peur aux clients venus des provinces dont certains craindraient que les flics ne leur demandent des pièces d’identité ou les papiers de leurs engins. En plus, plusieurs usagers considéreraient la zone piétonne délimitée tout autour du marché comme une sorte de «rempart infranchissable». En plus, les zones de parkings étant réduites pratiquement à une seule pour les deux-roues et assez éloignée des entrées du marché pour les voitures, plusieurs personnes préfèrent aller voir ailleurs que de devoir tourner en rond.

R 3.jpgMême les propriétaires des boutiques qui ouvrent sur la rue ou celles qui jouxtent le marché ne vivent pas moins l’enfer de cette fameuse zone piétonne. Puisqu’il n’est pas autorisé d’y stationner, les clients potentiels ne s’y aventurent même pas. Ceux qui sont obligés d’aller par exemple à une librairie papeterie située dans les environs tombent si régulièrement dans les panneaux de la Police municipale que le patron de la boutique est obligé de palabrer avec les policiers pour sortir ses clients du pétrin.

On comprend le souci d’éviter, vaille que vaille, le retour du désordre autour et à l’intérieur du Rood-Woko réhabilité. Mais force est de constater qu’à force d’exhiber l’argument sécuritaire, le marché fait peur. Et pourtant, cette infrastructure marchande a été réhabilitée grâce à des prêts que la mairie de Ouagadougou doit rembourser. Il faut donc tout faire pour éviter le fiasco.

L'université de Ouagadougou dans une mauvaise passe

U 1.jpgDepuis la refondation au forceps de l’Université de Ouagadougou, notre «Temple du savoir» de Zogona ne connaît pratiquement plus d’année académique normale. Malgré la création de nouveaux campus à Bobo-Dioulasso et à Koudougou, la surcharge des amphis crève l’œil. Le Siao a même été transformé en vitrine du déficit d’infrastructures. Les années passent, les crises et convulsions se succèdent et les étudiants ne savent plus à quel saint se vouer pour sortir de l’impasse. Pour une fois, ce ne sont pas ces derniers qui refusent d’aller dans les amphis, mais des enseignants qui crient galère.

Cela fait plusieurs semaines que le gouvernement clame avoir ouvert des négociations avec le Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec). Mais loin de parvenir à un consensus véritable, les deux parties semblent plutôt jouer au ping-pong. La pomme de discorde reste la «revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur». Chacun lit cette revendication sous le prisme de ses lunettes et surtout selon ses intérêts du moment.

Pour l’exécutif, il s’agit ni plus ni moins d’une demande d’augmentation de salaire déguisée qui, si elle était accordée sans ménagement de la susceptibilité des autres formations syndicales, ouvrirait une boîte de Pandore, celle des plates-formes de différents corps de métiers qui subissent au même degré les affres de la «vie chère». Est-ce pour cela que les ministres en charge du dossier ont choisi la logique du dilatoire et du pourrissement de la situation?

Après les premières tractations qui ont abouti à l’apurement d’une dette sociale estimée à plus d’un milliard de francs CFA due aux enseignants, il n’y a plus eu d’avancées significatives dans le processus de sortie de crise des universités. En effet, si le déblocage de cette somme a permis de désamorcer la première grève annoncée par le Synadec en janvier, les différentes négociations entreprises par la suite n’ont pas encore permis de mettre fin à la «grève indéterminée» dont le mot d’ordre court toujours.

Pendant ce temps, des semaines se sont écoulées, les étudiants scrutent en vain l’horizon pour voir revenir leurs profs. Jusqu’à quand devront-ils encore patienter? Le hic c’est que l’année académique n’attend pas. On ne peut pas prolonger indéfiniment une année universitaire qui était déjà amputée d’un trimestre entier pour fait de grève l’année dernière. En plus, l’Université de Ouagadougou est tellement débordée, voire désaxée, que tout retard dans l’exécution des cours normaux devient un nouveau boulet au pied du ministère de l’Enseignement supérieur.

U 2.jpgChacune des deux parties en conflit social était supposée être consciente de cet enjeu capital qui est d’éviter de nouvelles difficultés à un enseignement supérieur déjà agonisant au Faso. Hélas. Comme d’habitude, c’est la guerre des ego. Personne n’est assez humble pour consentir à sauver l’essentiel. Et les mêmes causes, pour ne pas dire les mêmes conneries, produisent les mêmes effets. On fait beaucoup de bruit dans la presse au lieu de régler les vrais problèmes.

Le 3 juin dernier, 4 ministres du gouvernement ameutaient les journalistes et tenaient une conférence de presse de plus de deux heures d’horloge pour étaler «les efforts du gouvernement» sur la place publique. Mais en fait de conférence de presse, il s’agissait pour le gouvernement de prendre l’opinion à témoin de ce qu’il considère comme tout ce qu’il a pu faire pour ramener les enseignants grévistes à la raison. Pour cela, il a usé (et même abusé) de la déférence de la TéNéBreuse pour faire diffuser l’intégralité des déclarations des membres du gouvernement en une édition spécialement dédiée au bras de fer qui les oppose au bureau du Synadec. Là où le bât blesse, c’est que ce point de presse s’est fait sans même attendre la répondre de ce syndicat aux nouvelles propositions faites par l’exécutif.

Dans ce pays où la «parole est désormais libérée» - pour citer une phrase chère au Blaiso national -, la réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Le 8 juin, le Synadec organise à son tour une conférence de presse pour, dit-il, «rétablir la vérité et apporter l’information juste au public». Soit. La seule déclaration liminaire a duré près d’une heure d’horloge. Tout était organisé pour répondre point par point aux «accusations» et autres «mensonges du gouvernement». Mais en fin de compte, il n’y a eu point de bonne nouvelle sur une éventuelle normalisation des cours à l’Université, donc de retour des enseignants à leurs postes. Il n’y avait rien que des accusations et des contre-accusations. Les étudiants de l’Université de Ouagadougou, qui ont assisté nombreux et par curiosité à cette conférence, sont repartis plus que jamais pessimistes sur l’issue de l’année académique.

Cette année, ils auront moins de chance que les cadets des classes de Terminale qui, eux, pourront passer tranquillement leur baccalauréat le 20 juin prochain. Même les enseignants du Synadec étaient disposés à prendre part à l’organisation de ce diplôme, mais le ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique a choisi de les écarter. «Le gouvernement a annulé la convocation des enseignants grévistes», a laissé entendre le secrétaire général du Synadec. Pour lui et ses camarades, il s’agit là d’un autre signe évident de manque de confiance. Comme si cela ne suffisait pas, ils se sont également dit choqués et frustrés par le fait que depuis le déclenchement de la grève, l’administration universitaire leur refuse toute délivrance d’ordre de mission pour se rendre à l’étranger ou à l’intérieur du pays. Pour cela, ils entendent «saisir le ministère des droits humains pour violation de leur droit d’aller et de venir». Comme on peut le voir, on n’est nullement sorti de l’auberge. Le bras de fer risque de se poursuivre plus longtemps qu’on ne l’imagine. A moins que le président du Faso himself, «grand facilitateur de dialogue direct», ne décide d’entrer dans la danse pour mettre un holà au ping-pong entre le gouvernement et le Synadec.

En attendant peut-être, ce sont les étudiants qui paient les pots cassés. Et certaines langues fourchues estiment que c’est parce que les ministres et autres môgô puissants ont planqué leurs fistons dans les universités du Nord qu’ils peuvent se permettre ainsi de laisser perdurer cette situation. En tout cas, quoi qu’il en soit, il faudra bien que quelqu’un paie cette dette académique-là. Tôt ou tard.

08/06/2009

Pauvre président...à vie

B.jpegTriste fin que celle El Hadj Omar Bongo-Ondimba. Pour avoir voulu être président à vie…il n’a visiblement droit à une mort tranquille. Depuis que la maladie qui le ronge l’a contraint à interrompre ses activités présidentielles, les média internationaux semblent aux aguets pour être les premiers à annoncer sa mort. Cela au grand dam des bonnes vieilles traditions africaines qui voudraient que ce soit la famille éplorée qui porte cette nouvelle sur la place publique. Mais pouvait-il en être autrement pour cet homme qui s’est plutôt fait roi à la tête de la République gabonaise ? A quoi a finalement servi son long règne sans partage de 41 ans ?
On a envie de dire à rien. Sauf à s’imposer à la tête de ce petit pays de l’Afrique centrale qu’il a fini par considérer comme sa propriété privée. Eh oui! Après son accession au pouvoir en 1967, il n’a jamais imaginé faire autre chose que d’être président et le seul président du Gabon. Tout cela lui était tellement monté à la tête qu’il avait oublié qu’il n’était pas éternel. Le grand cirque que jouent ses proches autour de sa maladie n’est-il pas la preuve qu’ils ont du mal à croire que cet homme pouvait disparaître un jour ? Consciemment ou inconsciemment, ils estiment que le peuple gabonais n’a même pas droit à la vérité sur la santé du président. C’était sans compter avec les relais d’informations à l’extérieur.
Très embarrassé par un «président à vie» probablement plus mort que vivant, son Premier ministre doit batailler dur contre les rumeurs les plus folles. Mais jusque à quand ? Ce qui est sûr, c’est que même s’il parvient à protéger le fameux «secret» pendant encore quelques jours, force est de constater qu’«on ne peut pas cacher le soleil avec la main». La mort est un passe obligé, même pour les présidents à vie. "Vanité des vanités, tout est vanité", nous enseigne le sage de la Bible.