17/08/2009

L'intégration sous-régionale serait-elle un cercle vicieux?

E 1.jpgAlors que la libre circulation des personnes apparaît toujours comme une arlésienne à cause de la persistance des tracasseries et des rackets policiers et douaniers, une menace paradoxale pèse sur l’approvisionnement des pays de l’hinterland. L’entrée en vigueur du «pesage à l’essieu» fait bruyamment grincer des dents. Importateurs et camionneurs ne semblent pas avoir digéré cette nouvelle mesure de l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui stipule que seulement 11,5 tonnes de marchandises par essieu et 51 tonnes de poids brut de camion sont autorisées sur les axes de l’espace communautaire. La décision est applicable depuis le 31 mai de cette année et les pays qui ne disposent pas encore de matériel nécessaire à cet effet ont encore jusqu’au 30 juin prochain pour se mettre en règle.
Au Burkina, le tout premier dispositif est à l’essai au niveau du poste de péage de la route nationale n° 1 Ouaga-Bobo. Il s’agit d’un pont bascule qui détermine le poids des camions qui empruntent la voie en vue de détecter ceux qui sont surchargés et de les sanctionner en conséquence. L’objectif de l’opération est de sauver nos routes d’une trop rapide dégradation à cause des mastodontes débordants de charges qui mettent le bitume à rude épreuve. Mais le hic est que l’institution de cette vérification cause un tel cafouillage au niveau des ports et des postes de contrôle qu’on se demande finalement si on n’a pas mis, encore une fois, la charrue avant les bœufs?
E 3.jpgLes différentes récriminations qui fusent depuis le mois de juin autour du «pesage à l’essieu» prouvent, sans aucun doute, que la pilule n’est pas passée, ou du moins qu’elle passe difficilement. Les premiers couacs sont intervenus au niveau de Makalondi, le poste frontière entre le Burkina Faso et le Niger. Pris en flagrant délit de surcharge, des centaines de camions ont été bloqués pendant des semaines avec les marchandises qu’ils transportaient. Premier et seul pays à se lancer dans la mise en œuvre de la directive de l’Uemoa, le Niger faisait ainsi figure de pionnier dans la préservation de ses routes. Mais cette célérité n’était pas sans désagrément pour les importateurs de ce pays enclavé et donc très dépendant des ports de Téma, de Lomé et de Cotonou pour l’approvisionnement de ses populations. En voulant jouer les bons élèves de l’organisation sous-régionale, il ne courait pas moins le risque de voir les prix des produits de première nécessité flamber dans son pays. Du reste, cela s’est vite fait ressentir au niveau du prix du riz. Les transporteurs n’ont pas manqué de répercuter le coût des taxes supplémentaires qu’ils ont dû payer avant de passer le contrôle du pesage.
Une chose est donc d’édicter des mesures pour l’ensemble de l’espace communautaire, une autre est de les rendre applicables et sans dommages. En la matière, il y a un gouffre terrible entre les normes auxquelles on aspire et les réalités du terrain. Aussi, au lieu d’être un cercle vertueux qui ouvre progressivement les Etats de la sous-région à la bonne gestion et à la compétitivité de leurs économies, l’intégration est devenue une sorte de cercle vicieux qui enferme les populations. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le respect de la charge à l’essieu a un prix. Et il faut bien que quelqu’un le paie.
S’il est vrai que les camionneurs et les importateurs n’ont pas d’autre choix que de se soumettre à cette mesure qui entre en vigueur sur toute l’étendue du territoire communautaire au plus tard le 30 juin 2010, ils ne seront pas seuls à faire face aux conséquences sur le plan financier. D’ores et déjà, il faut deux camion-remorques pour transporter des marchandises dont on chargeait un seul au moment où tout était permis. Très logiquement, il y a un supplément de coût qu’il faut combler. Et si le commerçant grossiste commence à le ressentir, il va sans dire que le consommateur n’y échappera absolument pas. Quand on sait que les affres de la crise économique mondiale pèsent lourdement sur le pouvoir d’achat, «le pesage à l’essieu» ne risque-t-il pas de créer une nouvelle flambée de prix et donc de nouvelles émeutes des crève-la-faim qui ont déjà mal au prix du riz, de la farine et du sucre?
Force est de constater que le chemin de «la libre circulation des personnes et des biens» est encore long et semé d’embûches. Des embûches certes naturelles, mais également des difficultés pour les différents acteurs de l’intégration à se mettre sur la même longueur d’onde. Hier encore, on avait cru que l’adoption des mesures par les chefs d’Etat suffirait à l’harmonisation des économies. Mais la réalité a fini par rattraper le rêve. Les lourdeurs administratives et les mauvaises habitudes ont repris leurs droits. Même sur la taxe sur la valeur ajoutée harmonisée de 18%, certains Etats, et non des moindres, sont tentés de revenir en arrière. Conséquence, on fait un pas en avant et deux pas en arrière. Eu égard à ce passif, on est en droit de se demander si la mise en œuvre du «pesage à l’essieu» ne connaîtra pas le même sort que les précédentes décisions.
E 2.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est impératif de sauver le réseau intra-communautaire de la forte dégradation à laquelle il est soumis en ce moment. En cela, la pertinence du contrôle de la charge des camions par le «pesage à l’essieu» n’est plus à démontrer. Encore faut-il maintenant que les principaux concernés, c’est-à-dire les camionneurs et les importateurs, soient préparés à entrer dans la danse. Apparemment, ils ne sont pas prêts. Le pire, c’est de voir que les transporteurs sont obligés de perdre un temps fou pour passer sur ces ponts-bascules à la sortie du port de Téma, pour ne citer que cet exemple. Qu’adviendra-t-il, lorsque les autres pays portuaires appliqueront la mesure? Ne confond-on pas finalement vitesse et précipitation dans l’application de cette mesure? La libre circulation serait-elle un cercle vicieux difficile à rompre pour amorcer une véritable intégration? A quand ce système de transport fluide, fiable, sécurisé et rapide?

31/07/2009

Blaise Compaoré sera-t-il pris au jeu politique?

 

P1.jpgAlors que des vents de contradictions, de confusions et d’exclusions soufflent sur le giga-parti au pouvoir, on aimerait bien savoir ce que le grand manitou pense de ça. Mais hélas ! L’enfant terrible de Ziniaré est réputé être un président qui n’aime pas dire ce qu’il pense. Contrairement au président français Nicolas Sarkozy dont la propension à se répandre dans la presse est devenue un casse-tête chinois pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Blaiso adore se murer dans son légendaire silence. Sauf qu’il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant des passes d’armes qui ont conduit à la suspension-exclusion de son ex-lieutenant Gorba du Bureau politique national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

Du moins, même s’il dormait, comme d’habitude, pendant tout ce temps, les nombreux bruits qu’on continue de faire autour du 4e congrès de « son » parti ont dû le réveiller de son sommeil. N’est-il pas finalement le principal concerné par la question de « patrimonialisation » du pouvoir que tout le monde pense bas, mais que Salif Diallo a eu le culot de mettre en débat ? N’est-ce pas parce qu’il a osé étaler ce sujet dit « sensible » dans les colonnes de notre confrère L’Obs. qu’il est accusé aujourd’hui de crime de Blaise-majesté ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arbre du largage de Gorba du CDP ne doit pas cacher la forêt du séisme politique provoqué par ses doutes sur les fondements du régime et surtout sur l’avenir politique même du Blaiso national. Une seule interview a suffi pour ébranler un système qui paraissait si sûr de lui.

Le remue-ménage que cela a suscité au sein de l’état-major du parti au pouvoir est la preuve d’une panique. Le show médiatique quasi instantané du Rocco a achevé de convaincre qu’il s’attendait à tout sauf à avaliser l’audace solitaire de son vice-président chargé de l’orientation et des questions politiques. En clair, l’heure n’était pas à une quelconque réforme des institutions, encore moins à une « conjecture sur le devenir du président ». De Salif ou de Roch, qui pouvait prétendre être dans les secrets de l’intention du Blaiso ? Telle est la vraie question. Maintenant que Salif a été proprement “largué” du CDP, on s’attend à ce que le Blaiso récompense Roczilla, Simon et compagnie pour avoir fait un bon boulot. Mais le hic dans ce jeu de qui-perd-gagne, c’est qu’il est bien difficile de faire la volonté d’un patron qui ne l’exprime pas clairement.

Une chose est peut-être d’exclure un camarade qui a la langue trop pendue, mais une autre est de savoir exactement ce que le chef désire. Or, en la matière, les « propositions » incriminées de Salif Diallo ne sont-elles pas plus réalistes qu’un forcing pour une nouvelle révision de la Constitution, notamment en faisant sauter le verrou de la limitation du mandat du président à « un mandat renouvelable une seule fois » comme le stipule l’article 37 de la Loi fondamentale ? N’est-il pas plus élégant de modifier le statut du président pour en faire « une reine d’Angleterre » que de modifier des dispositions constitutionnelles qui ne manqueront pas de provoquer une levée de boucliers au plan international comme on le voit d’ailleurs contre le voisin Tandja qui se croit obligé de justifier l’injustifiable ?

Comme on a pu le voir à l’issue du 4e congrès du CDP qui s’est achevé samedi dernier, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil du Faso. Pire, le Bureau exécutif national n’exclut pas la possibilité de voir modifiée la Constitution. Pour quoi faire ?

On suppose que c’est pour ménager un boulevard au Blaiso qui devrait plutôt se marrer d’entendre le Rocco proclamer que « Même si cette question n’est pas, pour le moment, à l’ordre du jour, je pense qu’il n’y a pas une Constitution qui n’est pas susceptible de modification ». Soit. Mais lorsqu’il souligne, par la suite, que : « Le défi majeur qui s’impose à notre pays pour tirer profit de l’effort du développement continu imprimé par la mise en œuvre successive des programmes et projets de société engagés ces dernières décennies par le président Blaise Compaoré, reste la création, à l’horizon 2020, de conditions d’un Burkina émergent », cela suscite une question logique. Le « Burkina émergent » se fera-t-il avec ou sans Blaise Compaoré ?

P2.jpgSi oui, force est de reconnaître qu’en 2020 nous serons largement au-delà du terme constitutionnel du Blaiso qui, s’il est encore élu en 2010, devrait absolument passer la main en 2015. A moins que le CDP ne prépare quelqu’un d’autre pour le remplacer, il va falloir donner un coup de canif à la Constitution pour voir l’enfant terrible de Ziniaré continuer à piloter le navire qui mènera au fameux « Burkina émergent ». Pour tout dire, toutes les propositions - qu’elles proviennent de Salif ou du Rocco - semblent converger vers un seul et même but. Alors, question. Lequel serait donc plus loyaliste que l’autre ?

Au-delà de la guéguerre entre camarades « en perte de confiance avec le régime » ou « en perte de vitesse avec la volonté du patron du régime », Blaise Compaoré est le principal bénéficiaire de toutes les conjectures. Son silence cynique confirme bien qu’il s’est mis au-dessus de la mêlée afin d’en profiter en temps opportun. A lire entre les lignes du message qu’il était supposé adressé aux participants au congrès, il y a de quoi se demander à quoi riment les rajouts qui ont été faits manuellement sur le document portant la mention « Message de son excellence monsieur Blaise Compaoré, président du Faso ». A quelle fin le secrétaire général devenu 2e vice-président aurait-il choisi de tripatouiller la parole de son patron ? Mystère et boule de gomme. Mais comme vous pouvez le constater dans le fac-similé, ce tripatouillage de l’adresse du Blaiso est plus que suspect. A moins que cela ne présage d’un autre micmac.

 

07/07/2009

Polciers zélés affolent commerçants indisciplinés

SI.jpgPauvre Simon! Le courtmestre de la capitale a probablement jubilé trop vite, en proclamant que ses cheveux allaient enfin pousser. Optimiste qu’il était le 16 avril dernier à l’occasion de la cérémonie d’inauguration du grand marché réhabilité, il avait achevé son speech par un vœu qui semble être devenu, aujourd’hui, un cauchemar. «Bonnes affaires à tous les commerçants et commerçantes de Rood-Woko afin que prospère la ville de Ouagadougou!», avait-il proclamé, sous les applaudissements très nourris de la foule bigarrée des commer’ qui étaient venus assister à l’événement. Tout le monde était beau, tout le monde était content. Mais les anciennes habitudes ont la peau dure. 

S 2.jpgQuelques semaines après, l’euphorie est tombée. Les nouvelles mesures prises pour éviter les dérives qui ont été à l’origine de l’incendie qui a ravagé le marché en mai 2003 commencent à faire leurs effets. L’ordre et la discipline y règnent, mais les affaires ne marchent point. Du moins, pas encore. Les clients se font toujours désirer. Et comme le maire devait s’y attendre, les commerçants se sont lancés dans des conjectures. D’aucuns estiment qu’avec la bande piétonne qui enserre l’édifice, l’accès serait devenu plus difficile aux acheteurs qui étaient autrefois habitués à stationner leurs motos ou voitures pratiquement aux portes du marché. En tout cas, tous les engins sont tenus bien à l’écart dans des parkings réservés au côté sud pour les «deux-roues» et à la Maison du peuple pour les «quatre-roues». Cette nouvelle organisation de la circulation routière serait-elle responsable de la morosité des affaires à Rood-Woko? Rien n’est moins sûr.

Certes, cette disposition a mis fin à l’allure de grand bazar qu’était le marché. Désormais, les autorités communales ont l’œil sur chaque commerçant qui occupe régulièrement les lieux. Finie l’époque des occupations anarchiques et d’autres désordres qui avaient fait de Rood-Woko une sorte de «no man’s land» sécuritaire, «une terre sans loi». Mais là où le bât blesse, c’est qu’à force de vouloir que l’ordre et la discipline règnent comme dans une caserne militaire, les policiers municipaux, qui veillent à l’intérieur et à l’extérieur, ont fini par devenir indésirables et casse-pieds pour des commerçants. A force d’arpenter les couloirs du marché en lieu et place de clients qui se font toujours attendre, la flicaille de Simon s’est rendue agaçante. Et ce qui devait arriver arriva le 25 juin dernier.

Un policier, probablement trop zélé, avait voulu obliger un commerçant très aigri à respecter la consigne qui voudrait que les marchandises ne soient pas étalées devant les boutiques. Compte tenu de la haine cordiale que le second entretient traditionnellement avec  l’autre, la tension a vite fait de monter. Les autres commerçants, qui n’attendaient que la moindre étincelle pour «braiser du policier municipal», ont saisi l’occasion pour s’attaquer aux symboles d’une sécurité qu’ils considèrent comme étouffante pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Selon les constats que l’on pouvait encore faire sur place, les commer’ rebelles n’ont pas fait dans la dentelle. Dans leur rage de se libérer, ils ont littéralement défoncé les barrières de police qui étaient placées aux différentes entrées de la zone piétonne. Une manière bien ravageuse de signifier à l’autorité municipale qu’ils ne voulaient plus de ce dispositif. 

Après les chassés-croisés entre policiers et commerçants rebelles, certaines langues se sont déliées et on pouvait les entendre fustiger les barrières de la zone piétonne comme un obstacle qui empêche les gens de fréquenter le marché. Ou encore: «il y a trop de policiers dans le marché. Ils nous empêchent de travailler normalement». Le diable est donc lâché contre la Police municipale. Elle a même été obligée d’appeler la Compagnie républicaine de sécurité en renfort, mais le mal était déjà commis. La cocotte-minute avait eu le temps d’exploser.

S 3.jpgAlerté, le courtmestre Simon Compaoré a, lui aussi, débarqué sur les lieux pour constater les dégâts de la rupture entre commerçants et policiers. Il a même essayé de rassurer les occupants du marché. Mais sa conviction profonde est et demeure que «Les nouvelles mesures de sécurité ne plaisent pas à certains commerçants qui tentent de faire de la résistance». Déjà, à la cérémonie de réouverture du marché, il avait indiqué que: «Il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous ne serons pas compris par certains, mais si le prix à payer pour que Rood-Woko traverse le temps et reste un exemple est la rigueur dans son administration, eh bien! nous ne reculerons devant rien pour qu’il en soit ainsi.» Voilà qui est clair. Mais jusqu’où ira Simon dans la défense de cette rigueur?

Force est de reconnaître qu’il y a des efforts à faire aussi bien de la part des policiers municipaux que des commerçants pour que Rood-Woko ne devienne pas un fiasco. Autant «les enfants de Simon» -comme on appelle les policiers municipaux - doivent éviter l’excès de zèle, autant les commerçants doivent savoir se défaire de l’irrévérence qui semble avoir marqué génétiquement certains d’entre eux. Bref, chacun doit savoir raison garder pour aboutir à un partenariat plus intelligent. Car, ce n’est pas dans l’intérêt de la mairie ni de Simon lui-même de réhabiliter un grand marché qui n’est finalement que l’ombre de lui-même. Pour que les affaires prospèrent véritablement à Rood-Woko, il faut certainement que la mairie prenne la peine de communiquer un peu plus sur les conditions et les possibilités de sa réanimation. Un point, c’est tout.