31/07/2009

Blaise Compaoré sera-t-il pris au jeu politique?

 

P1.jpgAlors que des vents de contradictions, de confusions et d’exclusions soufflent sur le giga-parti au pouvoir, on aimerait bien savoir ce que le grand manitou pense de ça. Mais hélas ! L’enfant terrible de Ziniaré est réputé être un président qui n’aime pas dire ce qu’il pense. Contrairement au président français Nicolas Sarkozy dont la propension à se répandre dans la presse est devenue un casse-tête chinois pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Blaiso adore se murer dans son légendaire silence. Sauf qu’il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant des passes d’armes qui ont conduit à la suspension-exclusion de son ex-lieutenant Gorba du Bureau politique national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

Du moins, même s’il dormait, comme d’habitude, pendant tout ce temps, les nombreux bruits qu’on continue de faire autour du 4e congrès de « son » parti ont dû le réveiller de son sommeil. N’est-il pas finalement le principal concerné par la question de « patrimonialisation » du pouvoir que tout le monde pense bas, mais que Salif Diallo a eu le culot de mettre en débat ? N’est-ce pas parce qu’il a osé étaler ce sujet dit « sensible » dans les colonnes de notre confrère L’Obs. qu’il est accusé aujourd’hui de crime de Blaise-majesté ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arbre du largage de Gorba du CDP ne doit pas cacher la forêt du séisme politique provoqué par ses doutes sur les fondements du régime et surtout sur l’avenir politique même du Blaiso national. Une seule interview a suffi pour ébranler un système qui paraissait si sûr de lui.

Le remue-ménage que cela a suscité au sein de l’état-major du parti au pouvoir est la preuve d’une panique. Le show médiatique quasi instantané du Rocco a achevé de convaincre qu’il s’attendait à tout sauf à avaliser l’audace solitaire de son vice-président chargé de l’orientation et des questions politiques. En clair, l’heure n’était pas à une quelconque réforme des institutions, encore moins à une « conjecture sur le devenir du président ». De Salif ou de Roch, qui pouvait prétendre être dans les secrets de l’intention du Blaiso ? Telle est la vraie question. Maintenant que Salif a été proprement “largué” du CDP, on s’attend à ce que le Blaiso récompense Roczilla, Simon et compagnie pour avoir fait un bon boulot. Mais le hic dans ce jeu de qui-perd-gagne, c’est qu’il est bien difficile de faire la volonté d’un patron qui ne l’exprime pas clairement.

Une chose est peut-être d’exclure un camarade qui a la langue trop pendue, mais une autre est de savoir exactement ce que le chef désire. Or, en la matière, les « propositions » incriminées de Salif Diallo ne sont-elles pas plus réalistes qu’un forcing pour une nouvelle révision de la Constitution, notamment en faisant sauter le verrou de la limitation du mandat du président à « un mandat renouvelable une seule fois » comme le stipule l’article 37 de la Loi fondamentale ? N’est-il pas plus élégant de modifier le statut du président pour en faire « une reine d’Angleterre » que de modifier des dispositions constitutionnelles qui ne manqueront pas de provoquer une levée de boucliers au plan international comme on le voit d’ailleurs contre le voisin Tandja qui se croit obligé de justifier l’injustifiable ?

Comme on a pu le voir à l’issue du 4e congrès du CDP qui s’est achevé samedi dernier, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil du Faso. Pire, le Bureau exécutif national n’exclut pas la possibilité de voir modifiée la Constitution. Pour quoi faire ?

On suppose que c’est pour ménager un boulevard au Blaiso qui devrait plutôt se marrer d’entendre le Rocco proclamer que « Même si cette question n’est pas, pour le moment, à l’ordre du jour, je pense qu’il n’y a pas une Constitution qui n’est pas susceptible de modification ». Soit. Mais lorsqu’il souligne, par la suite, que : « Le défi majeur qui s’impose à notre pays pour tirer profit de l’effort du développement continu imprimé par la mise en œuvre successive des programmes et projets de société engagés ces dernières décennies par le président Blaise Compaoré, reste la création, à l’horizon 2020, de conditions d’un Burkina émergent », cela suscite une question logique. Le « Burkina émergent » se fera-t-il avec ou sans Blaise Compaoré ?

P2.jpgSi oui, force est de reconnaître qu’en 2020 nous serons largement au-delà du terme constitutionnel du Blaiso qui, s’il est encore élu en 2010, devrait absolument passer la main en 2015. A moins que le CDP ne prépare quelqu’un d’autre pour le remplacer, il va falloir donner un coup de canif à la Constitution pour voir l’enfant terrible de Ziniaré continuer à piloter le navire qui mènera au fameux « Burkina émergent ». Pour tout dire, toutes les propositions - qu’elles proviennent de Salif ou du Rocco - semblent converger vers un seul et même but. Alors, question. Lequel serait donc plus loyaliste que l’autre ?

Au-delà de la guéguerre entre camarades « en perte de confiance avec le régime » ou « en perte de vitesse avec la volonté du patron du régime », Blaise Compaoré est le principal bénéficiaire de toutes les conjectures. Son silence cynique confirme bien qu’il s’est mis au-dessus de la mêlée afin d’en profiter en temps opportun. A lire entre les lignes du message qu’il était supposé adressé aux participants au congrès, il y a de quoi se demander à quoi riment les rajouts qui ont été faits manuellement sur le document portant la mention « Message de son excellence monsieur Blaise Compaoré, président du Faso ». A quelle fin le secrétaire général devenu 2e vice-président aurait-il choisi de tripatouiller la parole de son patron ? Mystère et boule de gomme. Mais comme vous pouvez le constater dans le fac-similé, ce tripatouillage de l’adresse du Blaiso est plus que suspect. A moins que cela ne présage d’un autre micmac.

 

07/07/2009

Polciers zélés affolent commerçants indisciplinés

SI.jpgPauvre Simon! Le courtmestre de la capitale a probablement jubilé trop vite, en proclamant que ses cheveux allaient enfin pousser. Optimiste qu’il était le 16 avril dernier à l’occasion de la cérémonie d’inauguration du grand marché réhabilité, il avait achevé son speech par un vœu qui semble être devenu, aujourd’hui, un cauchemar. «Bonnes affaires à tous les commerçants et commerçantes de Rood-Woko afin que prospère la ville de Ouagadougou!», avait-il proclamé, sous les applaudissements très nourris de la foule bigarrée des commer’ qui étaient venus assister à l’événement. Tout le monde était beau, tout le monde était content. Mais les anciennes habitudes ont la peau dure. 

S 2.jpgQuelques semaines après, l’euphorie est tombée. Les nouvelles mesures prises pour éviter les dérives qui ont été à l’origine de l’incendie qui a ravagé le marché en mai 2003 commencent à faire leurs effets. L’ordre et la discipline y règnent, mais les affaires ne marchent point. Du moins, pas encore. Les clients se font toujours désirer. Et comme le maire devait s’y attendre, les commerçants se sont lancés dans des conjectures. D’aucuns estiment qu’avec la bande piétonne qui enserre l’édifice, l’accès serait devenu plus difficile aux acheteurs qui étaient autrefois habitués à stationner leurs motos ou voitures pratiquement aux portes du marché. En tout cas, tous les engins sont tenus bien à l’écart dans des parkings réservés au côté sud pour les «deux-roues» et à la Maison du peuple pour les «quatre-roues». Cette nouvelle organisation de la circulation routière serait-elle responsable de la morosité des affaires à Rood-Woko? Rien n’est moins sûr.

Certes, cette disposition a mis fin à l’allure de grand bazar qu’était le marché. Désormais, les autorités communales ont l’œil sur chaque commerçant qui occupe régulièrement les lieux. Finie l’époque des occupations anarchiques et d’autres désordres qui avaient fait de Rood-Woko une sorte de «no man’s land» sécuritaire, «une terre sans loi». Mais là où le bât blesse, c’est qu’à force de vouloir que l’ordre et la discipline règnent comme dans une caserne militaire, les policiers municipaux, qui veillent à l’intérieur et à l’extérieur, ont fini par devenir indésirables et casse-pieds pour des commerçants. A force d’arpenter les couloirs du marché en lieu et place de clients qui se font toujours attendre, la flicaille de Simon s’est rendue agaçante. Et ce qui devait arriver arriva le 25 juin dernier.

Un policier, probablement trop zélé, avait voulu obliger un commerçant très aigri à respecter la consigne qui voudrait que les marchandises ne soient pas étalées devant les boutiques. Compte tenu de la haine cordiale que le second entretient traditionnellement avec  l’autre, la tension a vite fait de monter. Les autres commerçants, qui n’attendaient que la moindre étincelle pour «braiser du policier municipal», ont saisi l’occasion pour s’attaquer aux symboles d’une sécurité qu’ils considèrent comme étouffante pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Selon les constats que l’on pouvait encore faire sur place, les commer’ rebelles n’ont pas fait dans la dentelle. Dans leur rage de se libérer, ils ont littéralement défoncé les barrières de police qui étaient placées aux différentes entrées de la zone piétonne. Une manière bien ravageuse de signifier à l’autorité municipale qu’ils ne voulaient plus de ce dispositif. 

Après les chassés-croisés entre policiers et commerçants rebelles, certaines langues se sont déliées et on pouvait les entendre fustiger les barrières de la zone piétonne comme un obstacle qui empêche les gens de fréquenter le marché. Ou encore: «il y a trop de policiers dans le marché. Ils nous empêchent de travailler normalement». Le diable est donc lâché contre la Police municipale. Elle a même été obligée d’appeler la Compagnie républicaine de sécurité en renfort, mais le mal était déjà commis. La cocotte-minute avait eu le temps d’exploser.

S 3.jpgAlerté, le courtmestre Simon Compaoré a, lui aussi, débarqué sur les lieux pour constater les dégâts de la rupture entre commerçants et policiers. Il a même essayé de rassurer les occupants du marché. Mais sa conviction profonde est et demeure que «Les nouvelles mesures de sécurité ne plaisent pas à certains commerçants qui tentent de faire de la résistance». Déjà, à la cérémonie de réouverture du marché, il avait indiqué que: «Il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous ne serons pas compris par certains, mais si le prix à payer pour que Rood-Woko traverse le temps et reste un exemple est la rigueur dans son administration, eh bien! nous ne reculerons devant rien pour qu’il en soit ainsi.» Voilà qui est clair. Mais jusqu’où ira Simon dans la défense de cette rigueur?

Force est de reconnaître qu’il y a des efforts à faire aussi bien de la part des policiers municipaux que des commerçants pour que Rood-Woko ne devienne pas un fiasco. Autant «les enfants de Simon» -comme on appelle les policiers municipaux - doivent éviter l’excès de zèle, autant les commerçants doivent savoir se défaire de l’irrévérence qui semble avoir marqué génétiquement certains d’entre eux. Bref, chacun doit savoir raison garder pour aboutir à un partenariat plus intelligent. Car, ce n’est pas dans l’intérêt de la mairie ni de Simon lui-même de réhabiliter un grand marché qui n’est finalement que l’ombre de lui-même. Pour que les affaires prospèrent véritablement à Rood-Woko, il faut certainement que la mairie prenne la peine de communiquer un peu plus sur les conditions et les possibilités de sa réanimation. Un point, c’est tout.

Les chintocs tuent le marché des cycles au Burkina

M 5.jpgDepuis quelques jours, la Société industrielle du Faso (Sifa) a lancé une vaste opération de déstockage de ses produits. Les motocyclettes -P50 Junior, Ninja et autres Tassaba-, qui étaient autrefois hors de prix, sont même devenues subitement “plus moins chères” que les chars importés de Chine qui ont inondé le marché burkinabè au cours de ces dernières années. Une inondation qui avait déjà contraint à arrêter le montage de la mythique Yamaha V 80, considérée comme «la voiture burkinabè».

En effet, depuis la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994, ils étaient de moins en moins nombreux, les Burkinabè qui étaient encore capables de l’acheter pour eux, pour leur épouse ou encore pour leur «2e bureau». Le flux des salaires des fonctionnaires n’ayant pas suivi la flambée du coût de la vie, il a fallu revoir les priorités. Pendant ce temps, les responsables de la Sifa, désormais membre du groupe Cfao, n’ont pas pu adapter les prix au niveau des nouvelles réalités.  Comme elle devait s’y attendre, sa part du marché a été d’abord grignotée et maintenant accaparée par des importateurs de motocyclettes d’origine chinoise. Qualifiés au début de «génériques» à cause de leurs coûts 2 à 3 fois moins chers que les motos Sifa, ces «deux-roues» sont progressivement rentrés dans les habitudes. Les arguments de solidité et de longévité, autrefois évoqués par la «pionnière des deux-roues au Faso», ne semblent plus tenir la route.  Le prix d’achat a été finalement plus déterminant dans le choix des consommateurs. Paradoxalement, ils préfèrent une moto moins chère, donc accessible, qui ne dure pas à une moto qui dure mais trop chère.

Le message était donc clair. Et pourtant, la Sifa a cru, pendant longtemps, à un revirement de situation. Hélas. Après plusieurs années d’espoir, la vérité du marché est implacable.  Les Burkinabè ont été résolument conquis par les “chintocs”. Il a fallu que le volume de ventes des motos Yamaha se réduise comme peau de chagrin pour que l’état-major se rende compte qu’il ne pouvait tenir la concurrence.

M 1.jpgEn 2007, l’assemblage de cette moto qui se faisait autrefois dans la zone industrielle de Bobo-Dioulasso a été purement et simplement arrêté. La société n’arrivait plus à écouler suffisamment de produits pour maintenir cette chaîne de production. Pour ne pas abandonner complètement le marché à la concurrence et satisfaire une clientèle qui reste malgré tout attachée aux valeurs de la Yam’dame, le groupe Cfao s’est tourné vers le Japon pour l’importer directement. Une solution qui a permis de sauver la face, mais pas les finances, et les emplois. On a même parlé de délocalisation du montage au Mali voisin, mais il paraît que là également, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Les motos chinoises ne sont pas moins omniprésentes sur le marché malien.

Comme si cela ne suffisait pas, le virus du chintoc a également touché d’autres produits de la Sifa, les motocyclettes P50 Junior, Ninja, Tassaba... Par le jeu du prix, ces chars, qui étaient très prisés par les élèves, étudiants, jeunes gendarmes et jeunes fonctionnaires, ont été progressivement abandonnés au profit des «made in China». Avec des coûts maintenus à plus de 400 000 F CFA alors que ceux des chintocs n’ont cessé de baisser, il n’y a pas match. Au nom d’un certain réalisme économique dicté par la crise économique, les jeunes et leurs parents font le choix du moyen de déplacement le moins cher.  Comme on peut le constater dans les grandes villes et les campagnes du Burkina, les mobylettes sont de plus en plus rares tandis qu’on ne passe plus un «six-mètres» sans croiser ces nouvelles marques de chars qui pullulent partout. 

M 2.jpgAujourd’hui, la Sifa est confrontée à une nouvelle équation, celle de l’écoulement de ses cyclomoteurs qui se sont entassés au fil des mois dans ses magasins. Probablement las d’attendre une clientèle qui a les yeux et le porte-monnaie tournés vers des motos bon marché, le directeur général de la société et son staff ont choisi le scénario de déstockage. Conscient du fait que «c’est parce que nos motos coûtent cher qu’on a du mal à les vendre», le DG Seydou Ouédraogo, joint au téléphone depuis Bobo-Dioulasso où se trouve le siège social de la société, a laissé entendre qu’il était préférable de casser les prix pour rattraper des clients qui peuvent encore l’être afin de libérer les magasins. Cette opération est surtout commandée par la nécessité de soulager la Sifa de la pression qui pèse sur elle du côté des banques qui mettent de l’argent à sa disposition. En baissant les prix jusqu’à un niveau raisonnable, mais oscillant toujours entre 350 000 et 400 000 F chez les détaillants, il s’agit là d’une liquidation stratégique qui tombe à pic au début des vacances scolaires et universitaires. Mais ce clin d’œil intéressé suffira-t-il pour faire revenir tous ceux qui avaient abandonné les chars de la Sifa pour les chintocs? Rien n’est moins sûr.

M 3.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est qu’en plus de la problématique du prix, une sorte de désaffection semble s’être installée par rapport à la mobylette. Des jeunes gens désormais habitués à des motos qui vont plus vite que les voitures «France-au-revoir» n’auront-ils pas du mal à se remettre sur des P 50 qui décollent difficilement au feu rouge? Depuis la dernière pénurie du mélange, il paraît de plus en plus périlleux de posséder une motocyclette qui consomme du carburant 2 temps. Toutes choses qui ne militent pas en faveur des objectifs fixés par le déstockage de la Sifa. En plus, le lancement de cette opération est interprété par certaines langues fourchues comme le signe avant-coureur de la liquidation de la société. Vérité ou intox? Pour le directeur général de la Sifa, «il ne s’agit que d’une opération normale de gestion. La Sifa est toujours en place pour le moment», a martelé Seydou Ouédraogo. Mais jusqu’à quand? L’invasion des motos «made in China» va-t-elle finir par faire disparaître la Sifa? Les prochains jours nous éclaireront, probablement.